Make television great again ! Après 4 saisons délurées, blindées de tripes, de boyaux et d’analyses de la société passées au vitriole voilà que The Boys va tirer sa révérence en mai sur Amazon Prime. Une nouvelle saison aussi attendue que scrutée qui fait autant anticiper que redouter le final. Mais surtout un dernier énorme doigt d’honneur adressé à Trump et son gouvernement.
Alors cette saison 5 ? the boys
Le créateur de la série Erik Kripke confiait dès le lancement de sa saison finale, redouter un effet Game of Thrones. Un dernier épisode qui viendrait retourner les cartes et la faire passer pour une mauvaise série aux yeux de toute.s. Parce qu’un seul épisode pourrait bien redéfinir des années des travail s’il venait à ne pas être à la hauteur des attentes. Et comme elles sont élevées pour une série aussi novatrice et grandiose que The Boys ! Originellement issue du comics de Garth Ennis et Darick Robertson, le show n’avait reculé devant rien pour faire passer ses messages tout en délivrant un moment jouissif et jusqu’au-boutiste. Dans les faits, le lancement de la saison ne dénote pas tant avec la qualité du spectacle offert jusqu’ici. Sans sembler à bout de souffle, la série continue de chercher son lot de sensationnel et à jouer avec les codes du gore pour amuser la galerie. Explosions humaines et autres meurtres sanguinaires sont toujours omniprésents au point même de devenir un élément de décors oubliable. Pour autant, c’est surtout le sort de nos boys qui vient à nous tenir en haleine. Ça et la dérive d’Homelander. L’anti-héro, inspiré par Superman et brillamment interprété par Anthony Starr continue sa folle dérive cette fois-ci armé des pleins pouvoir. Le glissement de terrain est aussi phénoménal que le laissait entendre les précédentes saisons. Des camps de redressements ont été créés, baptisés camps de la liberté. Tous celles et ceux qui viennent à dire du mal d’Homelander y sont enfermé.es. Le cyber-terrorisme, c’est aussi du terrorisme, explique-t-il. Au milieu de la grandeur de son jeu d’acteur, rares sont ceux qui dénotent. Deep ( Chace Crawford ) garde son effet comique et détestable, sa bêtise en faisant un running gag facile et laissant le public lui souhaiter une mort longue et douloureuse. Sage est de loin le personnage le plus raté de ces deux dernières saisons. L’idée qu’elle inspire pourrait être grandiose mais le résultat est absent jusqu’à preuve du contraire. La personne la plus intelligente du Monde ne fait rien de si intelligent. A part avoir expliqué sans expliquer être à la tête d’un super plan diabolique en fin de saison passée. Ses nouvelles motivations quant à elles manquent d’un trait de génie. Pour ce qui est des boys, Frenchie (Tomer Kapon) garde sa touche attachante qui en faisait un fan favorite. Frenchie, le personnage, puisque l’acteur, ancien militaire israélien lui, a attisé toutes les colères en ces horribles temps de guerre. Sans taire cet aspect politique, puisque de politique nous parlerons plus tard, concentrons-nous déjà sur le déroulé de l’histoire. La relation de Frenchie et Kimiko (Kren Fukuhara) s’est transformé en histoire d’amour. Une liberté prise avec les comics qui déjà n’avait jamais nommés « la fille » et qui décrivaient une relation amical et platonique. Voilà qui suffisait largement, toutes les formes d’amour n’ont pas nécessité à devenir une romance. Maintenant Kimiko a de plus retrouvé la parole, et pourquoi pas finalement, même si elle n’en avait pas besoin que tout son caractère soit foutrement bien écrit. Frenchie, de son côté revient à une relation hétérosexuelle. La relation uniquement puisque le personnage avait été dépeint comme bisexuel dans la saison précédente au grand damne des bigots, toujours outrés de voir des représentations diverses à l’écran. Dans un show pourtant clair sur ses couleurs politiques et ses options. De son côté, Butcher (incroyale Karl Uban), qui ne cherche surtout pas sa rédemption, poursuit son chemin vers la vengeance. Hughie (Jake Quaid) et Annie (Erin Moriarty) restent fidèles à eux même et sont même un brin en retrait en terme de puissance narrative. Tout comme Mother’s Milk ( Laz Alanzo) qui suit le rythme si ce n’est pour balancer quelques vérités tranchantes à ses acolytes. Ce petit cocktail explosif permet de poursuivre l’histoire, sans jamais avoir ce sentiment d’une fin prochaine. Tout défile presque comme une saison classique. A cela près que le totalitarisme est bien là.
Make television great again ! tHE BOYS

Au milieu d’une intrigue aujourd’hui rodée, c’est bien le parallèle avec l’administration Trump qui rend le show si addictif. Les premières images ne trompent pas. Des bottes qui tapent le sol, symbole évident du fascisme et l’Allemagne nazie donnent le ton. Un sosie de Charlie Kirk fait son apparition à l’écran, rappel qu’il était un grand défenseur de l’administration Trump et tâcle aux polémiques qui ont suivis son assassinat. Si les saisons précédentes avaient pu, on ne sait comment laisser planer le doute sur les motivations politiques de nos showrunners, les choses sont dites cette fois-ci. Pourtant alors qu’Homelander en plein ego trip vient incarner tous les traits toxiques et risques de dérives du président américain, ce dernier surprend toujours dans la vraie vie. C’est le complexe South Park qui avait renoncé au premier mandat à le caricaturer tant il semblait impossible de faire pire que le bonhomme. Ainsi quand Homelander décide de se prendre littéralement pour Dieu, Trump dans la vraie vie publie une image IA de lui-même devenu Jesus guérisseur. Voilà comment l’absurde et la dystopie devienent réalité en tout instant. On serait tentés de jouer à qui à dit ça Trump ou Homelander ? Lors d’une nouvelle tentative de tir sur le président il expliquait d’ailleurs que c’est uniquemet parce qu’il devait être quelqu’un d’important qui fait de grandes choses. Sa mauvaise foi peuple nos récits, nos informations. Celui qui déclarait sur -anciennement- Twitter « I won, by far » lors de sa défaite aux précédentes présidentiels est ici clairement dépeint.
Homelander s’interroge après avoir tué l’un de ses anciens amis et explique ne pas comprendre pourquoi il est toujours abandonné par tout le monde. Pire il s’interroge quand à l’absence à ses côtés de celui qu’il a tué. Derrière ce masque, celui d’un bébé capricieux qui boit du lait maternelle, le visage claire, limpide, du pire des tirants. Plus qu’une simple caricature, qu’un mouvement clair vers le président, The Boys est une mise en garde. A chaque action néfaste d’Homelander, son équipe de com s’empresse d’expliquer que c’est un coup des Starlighters, évidente représentation de la résistance ou plus largement de celles et ceux qui défendent les démocrates. Tout y passe, l’utilisation grossière de la religion, détourné en chaque instant le fanatisme chrétien pour servir les causes les plus abjectes, via le personnage d’Oh Father. Le prêcheur convainc par ses super-pouvoirs et jamais par la raison. Un fléau bien existant aux Etats-Unis qui tronque des préceptes et utilise la religion pour rejeter en masse les minorités, les avancés sociales. Parfois certain.es inventent les textes sacrés, d’autres appliquent à la lettre des mots écrits il y a trop longtemps pour qu’ils ne résonnent aujourd’hui à la lettre. Quelques blagues viennent à souligner le caractère dystopique du show. Ainsi Chappell Roan aurait été elle-même enfermée dans un camp « de la liberté ». Le président totalitaire ou plutôt Homelander qui dicte au président chaque action n’accepte aucune contradiction, aucune erreur, violente tout le monde, son fils inclus. Le violeur explique être innocent, que sa victime était consentante et là encore la réplique résonne douloureusement dans notre réalité. Mais rien n’éteint le culte qui lui est voué à coup de propagande, de fake news et d’utilisation des réseaux sociaux. Il faudra dans notre réalité se méfier des faux prêcheurs, sourcer réellement et croiser les informations que l’on entend. Surtout, alors que Trump s’enrichie sur les dos de ses guerres, lui et ses proches, il faudra toujours en parler. On ne tait pas les actes, les évidences. L’art, comme les séries télévisées, est un excellent moyen d’éveiller les consciences. The Boys terminé, on espère que d’autres sauront prendre le relais pour rappeler pourquoi il faut toujours dénoncer, alerter et agir pour éviter aux Homelanders de notre monde de prendre les pleins pouvoirs. Et pour ça, pas besoin de véritables super-pouvoirs, l’argent et les capacités oratoires (même minimes) suffisent amplement.
Et la suite de The Boys ?
La célèbre série tirera sa révérence le 20 mai sur Amazon Prime. La veille quelques chanceux.ses pourront assister à une séance en avant-première du dernier épisode. Gen V, de son côté s’arrêtera au bout de deux saisons. Les personnages qui ont été créés devraient trouver leurs conclusions dans les derniers épisodes de The Boys. Côté narration, rien n’est certain. Les comics s’achèvent sur un véritable bain de sang des protagonistes. Mais de grands libertés ont déjà été prises par la série. Enfin, un spin off Vought Rising est déjà prévu et nous permettra entre autre de suivre les débuts de Vought et d’en apprendre plus sur Soldier Boy (Jensen Ackles), personnage déjà présent dans le show aux répliques cinglantes. Ce représentant d’une Amérique mascu, beauf et dopée aux hormones retrouvera à ses côtés Stormfront. Tout un programme pour début 2027.
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