Champs-Elysées Film Festival Jour 2, à la découverte de l’Amérique de Rick Alverson

Le mercredi 19 juin 2019, le réalisateur américain Rick Alverson présente en avant-première son film The Mountain : une odyssée américaine, une semaine avant sa sortie française. Un film qui retrace la traversée du pays du jeune Andy, à la recherche de ce qu’il est, et du docteur Wallace Fiennes. Ensembles, ils parcourent les hôpitaux psychiatrique ou Fiennes procède à de nombreuses lobotomies sur des patients comme des pantins, soumis aux décisions médicales. Un film qui est à la un fois road movie et un récit initiatique qui met en scène Tye Sheridan aux cotés de Jeff Goldblum et qui s’offre un puissant monologue de Denis Lavant.

The Mountain : refuser l’Amérique

En plus de remettre en question les institutions américaines en dénonçant les pratiques douteuses de la médecine des années 50, Rick Alverson livre un film qui refuse le pays qu’il semble mettre à l’honneur.
Le film est diffusé au format 1:33, un choix étonnant pour un film qui veut montrer du pays. Mais surtout un refus de la tradition cinématographique américaine et de l’unité populaire et culturelle qu’a rendu possible le cinéma. Encore aujourd’hui, le cinéma américain se filme en Scope, un format inventé pour magnifier les paysages, pour imposer la richesse du pays. Un choix d’autant plus étonnant que le film repose sur l’idée d’un road movie affirmée dès le titre. S’il filme les routes à proprement parler, Rick Alverson n’offre pas un voyage à travers les paysages emblématiques du pays. Alors si nous prenons le temps de nous arrêter dans un diner, symbole américain par excellence, c’est pour y manger chinois.

Plus encore, l’esthétique du film joue sur une uniformisation de l’image, les dominantes de couleur, tantôt autour du blanc et beige ou du gris rappelle une URSS, sa répression, son lien aux institutions et à l’impossibilité d’aller à leur encontre.

Un filmage libre 

Rick Alverson se permet de nombreuses références à Kubrick et à Lynch entre autres qu’il cite en reprenant certains plans les plus célèbres de leur filmographie. Ainsi vous pouvez admirer cette voiture sillonner les montagnes qui rappelle le plan à l’hélicoptère de Kubrick dans Shining ou les rideaux rouges desquels sortaient Maclachlan dans Twin Peaks. On retrouve également le filmage des personnages étranges, le travail autour de la corporalité de ces physiques atypiques, alors ici pas de géants, pas de fantômes mais des personnages hermaphrodites filmés des apparitions et un Denis Lavant qui entre dans une transe, agitant bras et jambes, grimaçant même parfois.

Libre, le film de Rick Alverson l’est aussi quand il s’agit d’emprunter au cinéma expérimental. Le film propose des séquences qui opèrent un déplacement de l’occurence narrative, qui suspendent le récit, qui offrent une respiration au spectateur mais surtout un moment de réflexivité sur les images elle-mêmes.
Ces séquences de patinage artistiques, en top shot pendant lesquels nous admirons une pirouette ou une chorégraphie circulaire travaillent un autre aspect du cinéma expérimental, sa capacité à être sensoriel. Ici, en travaillant la dissociation entre les sons et les images. Le son des patins contre la glace ou celui des éventails qu’agitent les patineuses et qui viennent fouetter le vent deviennent de douces mélodies tant agréables qu’elles ne sont pas immédiatement assimilées comme appartenant aux images auxquels elles correspondent.

Le film tout entier agit comme un manifeste. Plus que de retracer le récit d’apprentissage (ou plutôt la chute) du personnage principal, le film réfléchit sur le cinéma, sur la tradition américaine et n’hésite pas à remettre en question les conventions de filmage admises.
The Mountain est un petit bijoux qui ne néglige aucun aspect de la mise en scène. Les acteurs sont dirigés à merveille dans cet univers singulier qui gravite autour d’eux, le sound design est travaillé avec discrétion mais avec une précision folle, les décors et ses couleurs sont une recherche esthétique constante.
C’est un film méticuleux que nous avons découvert grâce au Champs-Elysées Film Festival, le genre de film qui nous rappelle pourquoi nous aimons le cinéma !

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