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Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch
Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch

Dans l’Amérique cabossée de la Grande Dépression, Peter Bogdanovich filme un duo d’escrocs au grand cœur : Ryan et Tatum O’Neal, père et fille à l’écran comme à la ville. Paper Moon est une arnaque sentimentale, une fable sur la tendresse maquillée et la survie par la ruse. On y apprend qu’il existe mille façons d’aimer, même quand on n’en connaît aucune.

Sortez vos mouchoirs : magie du cinéma en cours

Il faut toujours revisiter ses classiques. Surtout si ceux-ci ont fait pleurer votre mère quand elle avait votre âge. Attention, n’y voyez pas là un sadisme de ma part, ni un complexe d’Œdipe mal soigné. Oh non. Les larmes dont je parle ne viennent pas d’une tristesse écrasante suite à un dénouement déchirant. Je ne parle ni du Choix de Sophie ni de Titanic. Deux films que je n’ai pas (encore) vus.

Les larmes dont je parle, vous les connaissez, j’espère, autant que celles qui nous montent lors de la scène de la porte dans Titanic — pas besoin de voir un film pour en connaitre sa scène la plus marquante manifestement. Je parle des larmes qui nous montent face à la beauté d’un plan, d’un paysage, d’une nostalgie, d’un duo, de la relation peu conventionnelle d’un père et de sa fille. Enfin, plus que de larmes, je parle d’un film : Paper Moon.

It’s only a paper moon…

Dans l’Amérique prohibée des années 30, Addie Loggins (Tatum O’Neal) perd sa mère dans un accident de voiture. Elle a 9 ans et se retrouve seule ; dans les environs, tout le monde s’accorde à dire que la défunte était une femme de petite vertu. C’est sur son enterrement que s’ouvre le film. Face à la caméra, un visage d’enfant dur et impassible, filmé légèrement en contrebas, les yeux rivés sur la tombe. À ses côtés, seulement un prêtre et deux voisines. L’éloge funèbre est vite perturbée par l’arrivée en fanfare d’un étranger au volant d’une voiture crapotant, au bord de la panne technique. Pffffrrtt pffrrrt, clac ! Il se gare, ferme la porte et marche un peu trop gaiement vers la cérémonie. Le plan est fixe. On le voit visser son chapeau sur ses boucles blondes, enfiler sa veste à la hâte, arracher les fleurs d’une tombe. En quelques secondes, le portrait de Moses Pray (Ryan O’Neal) est dressé. On comprend vite qu’il est l’un des anciens amants de la mère d’Addie et qu’il est donc peut-être le père de cette dernière. Mais il est plus que ça : goguenard, voleur, charmeur, toujours légèrement marginal et désaccordé avec le monde qui l’entoure. Les aventures peuvent commencer.

Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch
Addie Loggins (Tatum O’Neal) – Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch

Ne tombons pas dans l’écueil de paraphraser un film, ainsi revenons juste sur quelques détails pour saisir l’enjeu de l’histoire. À contre-cœur, Moses ‘Moze’ Pray se voit confier la garde d’Addie pour l’emmener à St Joseph, Missouri, chez sa tante. On passera la folie de voir des voisines laisser partir une enfant avec un inconnu. Disons que c’est une facilité narrative… et une autre époque, peut-être. Sauf que ce qu’elles ignorent, c’est que Moze est un voleur à la petite semaine. Magouilleur de première, il a lancé une entreprise de fausses bibles à revendre aux femmes fraichement veuves et à qu’il fait croire qu’elles ont été commandées (mais pas encore payées) par leurs maris peu avant leur mort. Dès la scène suivante, en utilisant Addie à son insu, il fait chanter le frère de l’amant marié de sa mère (qui était au volant au moment de l’accident), et obtient 200$ « pour aider l’enfant ». Il s’achète aussitôt une nouvelle voiture. Addie, plus maline qu’il ne le pense, réclame plus tard ses 200$ et l’intrigue du film commence dès lors : Moze doit lui rembourser son argent, sinon elle le dénonce à la police. Une animosité s’installe entre les deux, mais qui se dissipera peu à peu avec toutes les arnaques qu’ils mettent en place.

Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch
« I want my 200$! »

Paper Moon ou L’Amérique de la jeunesse perdue

Paper Moon révèle plusieurs choses. Il aborde la relation filiale, la peur du rejet, le besoin de connection et le rapport à l’arnaque comme manière de survivre. Paper Moon met en scène des personnages esseulés dans un pays qui leur fait faux bond : une enfant traumatisée, endeuillée qui ne l’exprime jamais. Un beau-parleur plus vulnérable qu’il ne le laisse croire. Une danseuse prostituée qui n’a aucune perspective d’un avenir meilleur. Une adolescente exploitée et mal-traitée par la danseuse. Ils habitent une Amérique dépeuplée, sur des routes interminables, où tout est éphémère, accidentel, fragmentaire.

C’est évidemment le personnage d’Addie qui nous frappe le plus. La performance est inoubliable, tout en retenue et dureté. À peine orpheline, elle fait face à une réalité terrifiante : personne ne veut d’elle et elle se retrouve dans la voiture de cet inconnu qui est peut-être son père, qu’elle sait qu’il est son père et qu’elle sait qu’il sait qu’il est son père. Pourtant il refuse. Il se refuse cette éventualité en surface, alors qu’au fond de lui, quelque chose remue, s’affirme, devient une évidence que cette enfant est sa fille. Peut-être pas de sang, d’accord admettons que ce ne soit pas sa fille, mais la relation dépasse très vite ces liens-là et devient la connection tant espérée de ces deux âmes. Tout est éphémère, je le disais. Sauf eux.

Dans le creux d’un regard

Attention, ne vous laissez pas avoir par ces prémices. Paper Moon n’est pas un film dramatique, mais il n’en est pas pourtant excessivement comique. Il se cale juste au creux de tout ça, aussi doux-amer qu’un mélange des genres puisse être. Il vous fera plus sourire qu’autre chose tant les personnages sont attachants.

Ça parle beaucoup dans le film, ça râle beaucoup aussi. Ça s’engueule, ça panique et ça se recentre. Mais c’est dans les regards que tout se joue. La photographie du grand chef opérateur László Kovács (Easy Rider, Ghostbuster, etc) est une addition parfaite à la narration du film. Celui-ci est esthétiquement sublime, épuré et composé d’assez peu de personnages. Ce film parle de deuil, sans jamais prononcer le mot, ni lâcher une larme. Dans ce road-movie, on voyage léger et on garde le passé sous le tapis. Addie vit avec le fantôme de cette mère que les autres prenaient de haut. Qu’est-ce que ça fait d’elle, sa seule enfant ? Sa seule enfant, dont on se débarrasse en la confiant à un inconnu.
Addie est consciente de la réputation de sa mère. Elle sait que Moze a été avec elle. Elle ne comprend pas exactement comment il l’a été, elle est trop petite, mais elle comprend qu’il l’a été suffisamment pour être éventuellement son père. La scène des 200$ est significative sur le sujet : « Rencontrer une femme dans un bar ne veut pas dire que tu as automatiquement un enfant derrière ! » lui lance-t-il, presque hargneux. « C’est possible.. » répond-elle, à court d’arguments. Son regard dans cette scène est plein de naiveté et d’espoir. Il s’agit d’un des rares moments dans le film où l’on peut entr’apercevoir une once de naiveté dans l’attitude de cette enfant. Elle veut une figure parentale à laquelle elle peut se rattacher. Et Moze est le seul qui s’offre à elle.

Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch
Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch

Chaque visage est caressé d’une lumière douce, porté par un regard teinté de tristesse et de désespoir. L’Amérique prohibée est le parfait arrière-plan pour ces personnages désemparés. Ballotée à l’avant des différentes voitures de Moze, Addie ne laisse, elle, paraître ouvertement aucune émotion, aucun besoin d’affection. C’est son regard qui le fait pour elle, sa petite voix rauque, toujours prête à aboyer plus fort que le chien d’en face. Ne pas montrer sa faiblesse, ne pas montrer ses doutes face à celui qui se refuse d’être son père (alors que vraiment ils ont la même tête). Le même qui tente tant bien que mal de cacher son affection grandissante pour l’enfant.

Bad Father Figure

Moze s’impose comme la figure paternelle à la fois émotionnellement absente et attentionnée. Tantôt égoïste, tantôt avenant, il n’accorde son affection à Addie qu’en petites coupures. Il n’hésite pas à la tâcler, lui disant sans gêne qu’il ne l’aime pas, puis se ravise, et par le geste, l’attention, le regard lui dit exactement l’inverse. Parce que, très vite, l’homme se laisse attendrir par les ruses d’Addie. L’entente se fait naturellement et sans grand effort. Ils s’impressionnent l’un et l’autre en permanence.

Des détails ne trompent d’ailleurs pas ; des gestes d’affection, une complicité instinctive, immédiate. Est-ce que ce sont les acteurs, réellement père et fille dans la vraie vie, qui s’oublient ou sont-ce les personnages eux-mêmes qui s’oublient ? Il l’attrape par l’épaule, la surveille, et la regarde toujours avec douceur quand elle regarde ailleurs. Elle s’en rend compte et ne lui rend qu’une fois qu’il ne la regarde plus. Tout est contenu et pourtant ça explose en permanence. Ça explose dans leurs yeux : Quand il lui dit que c’est une belle enfant qui ressemble à sa mère, on comprend qu’Addie n’avait jamais été vraiment complimentée et ne sait pas comment l’appréhender.

Quand Moze rencontre Trixie au carnaval, et qu’il passe la soirée à payer pour la voir danser, Addie et lui se disputent. Elle s’énerve parce qu’il lui échappe et elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas en quoi elle ne lui suffit pas, alors qu’elle n’a que lui. C’est la deuxième fois qu’une figure parentale lui échappe. Addie voit en Trixie une rivale qui met en péril sa seule stabilité. Elle craint qu’elle ne lui vole l’attention de Moze, son seul repère au monde.

Au bal des rêveurs

Je le disais en début d’article : Moses Pray a quelque chose de désaccordé du reste du monde. Il est sans cesse à contre courant de ceux qui l’entourent. Toujours bien habillé, ses vêtements détonnent pourtant. De tous les personnages masculins, il a le style le plus exubérant. Costume légèrement trop grand à carreaux, chemise à rayures, cravate à pois, d’autres fois à fleurs. Le motif est omniprésent et reflète sa vie, toujours en mouvement, faite de bric et de broc. Lui aussi est esseulé. C’est un homme qui ne vit que de l’éphémère. Il survit grâce à ses mots et sa souplesse. On ignore d’où il vient, son accent change en milieu de film (mais si on a vu Barry Lyndon on sait que les accents c’est pas le fort de O’Neal père). Il traverse l’Amérique de ville en ville. Rien ne dure. Ses voitures changent sans cesse.

Moses Pray, tombeur de ses dames ? Assurément, mais c’est en partie pour fuir la misère et la solitude. Le passage avec Trixie Delight n’est pas si drôle qu’il le laisse paraître. Madeline Kahn est évidemment sensationnelle et délivre une performance à la croisée du burlesque et du grotesque. En danseuse de carnaval, on comprend très vite que c’est une prostituée qui ne dit pas son nom. Le seul à ne pas (vouloir) comprendre ? Moze.

De son côte, Trixie Delight sait qu’elle est vouée à une vie horrible, instable, de pauvreté et de promiscuité forcée. Elle sait que cette idylle avec Moze ne peut pas durer et qu’elle finira par la saboter. Elle abuse d’Imogene, adolescente noire résignée sans le sou qui travaille gratuitement, silencieusement pour elle. Trixie s’en prend à plus faible qu’elle pour se donner une quelconque importance. De son côté, le plan d’Addie pour s’en débarrasser est égoïste, oui, mais c’est un instinct de survie. Elle ne doit pas, elle ne peut pas perdre Moze. Quand elle envoie Moze à l’étage, elle semble presque regretter, comme si elle savait qu’elle lui faisait de la peine. L’arnaque n’est pas montrée comme une farce dans Paper Moon. Ce n’est pas une faiblesse d’âme mais leur seule chance de survie. C’est leur ultime ressource.

Quand Moze apprend que Trixie l’a « trompé », son visage ne renvoie pas de la colère, ni de la rage, mais du désespoir. Il a le coeur presque brisé. Il s’était refusé de voir que ça ne pouvait pas durer, que cette idylle n’était pas réelle. Il était dans le déni et se retrouve trahi et blessé. Le charmeur s’est menti à lui-même pour entretenir une illusion d’aisance.
C’est la scène suivante, où pour la première fois Moze n’a pas « le coeur à préparer un mauvais coup » que l’on obtient la première temporalité du film. Deux mois se sont écoulés avec Trixie Delight. Ça fait donc deux mois qu’il pensait s’être trouvé une femme, enfin. C’est dans cette période qu’il s’achète sa plus belle voiture. Il vit pour la première fois dans l’illusion d’une vie stable.

Quand le blondinet devient cendré : brûlez vos idoles

Réviser ses classiques, c’est aussi dépoussiérer certains records. Quand Paper Moon sort en salles en 1973, le monde redécouvre Ryan O’Neal sous un nouveau jour. Il n’est plus l’amoureux niais et endeuillé de Love Story (1970), il n’est plus non plus le blond idiot de Peyton Place. Nous sommes trois ans avant le dévoilement de Barry Lyndon et avec Paper Moon, il donne l’impression d’être un bon acteur. Il n’a jamais été aussi beau, aussi bon et il apporte au personnage de Moses Pray, une malice pétillante dans le regard et une éloquence de charmeur. Tête de fouine, beau-parleur, toujours poli, toujours bien mis, il est prêt à bondir, à soutirer le moindre sou au moindre passant. Et on a du mal à en détacher le regard.

Le bellâtre était déjà dirigé par Bogdanovitch dans l’excellent What’s Up, Doc? l’année précédente, avec Barbra Streisand. Il y jouait une version 70s de Cary Grant dans Bringing Up Baby, et elle de Katharine Hepburn. Une rapide visite de sa filmographie nous informera que Ryan O’Neal excelle particulièrement lorsqu’il est en duo ; pas assez de substance en tant qu’acteur, bon miroir, jolis yeux, il ne rebondit réellement que si quelqu’un d’autre est là pour le rattraper. Et, Paper Moon en est l’exemple le plus flagrant. Sauf que cette fois, c’est sa fille qui commande. Tatum O’Neal marquera dès son premier film, l’ego boursoufflé de son père et l’Histoire au fer rouge. Lors de la cérémonie des Oscars de 1974, elle se voit remettre l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Elle a neuf ans et devient la plus jeune comédienne récompensée. Cela fait cinquante et un ans et Tatum porte encore cette couronne. Une réussite qui ne le fera pas briller à la maison, puisque O’Neal père n’était finalement pas le parent modèle qu’on aurait imaginé. Derrière le vernis de charme, Ryan O’Neal s’est révélé être un père tourmenté et violent, alternant fascination et cruauté envers ses enfants comme envers ses compagnes. Oui, si le film célèbre la complicité fragile d’un père et d’une fille, la vraie vie, elle, s’écrira autrement. Brûlez vos idoles, qu’on vous a dit, même quand celles-ci ont l’oeil vif et la moustache lustrée.

Paper Moon (1973) de Peter Bogdanovitch
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Affiche de Call me by your name 2017
 

Trois nominations aux oscars, rien que ça pour « Call Me By Your Name » le film franco_brésilo_américano-italien de Lucas Guadagnino. Parmi ces possibles récompenses , le film tentera de rafler l’oscar du meilleur film, celui du meilleur scénario adapté et celui du meilleur acteur pour le frenchie Timothée Chalamet, nouvelle tête du cinéma international à seulement 22 ans.
 
En plus de cette reconnaissance, « Call me by your name » se prépare déjà un bel avenir alors que son réalisateur promet deux suites à la façon de « Before Sunrise » de Richard Linklater. Tout un programme. Mais ce film alors, il est si bien que ça ?
 

Déjà de quoi ça parle ?

 
On est en 1983, c’est l’été et Elio Perlman, 17 ans passe ses vacances en Italie dans la demeure que possède sa famille. Il attend que l’été passe, en jouant de la musique classique, en profitant des fêtes et en flirtant avec son amie parisienne Marzia. Son père éminent professeur de la culture gréco-romaine ( Michael Stuhlbarg) et sa mère traductrice (Amira Casar) , convient chaque année un étudiant doctorant à venir travailler avec eux durant six semaines. Cet été là, Oliver (Armie Hammer), un jeune et séduisant américain est choisi. Elio et lui découvrent alors l’éveil du désir et vivront un été qui les chamboulera à jamais.
 

Ok et finalement ça vaut le coup ?

 
extrait du film call me by your name 2017
 
Les années 80 sont à la mode. C’est un fait, sa culture et ses humeurs sont présents partout, le succès de Stranger Things et la mode dans les magasins sont là pour le prouver. Pourtant aucune œuvre n’arrive mieux à capter l’essence particulière de cette époque que « Call Me by your name ». Par soucis du détail, pour nous plonger un peu dans cette naïveté, clin d’œil à l’enfance de beaucoup d’entre nous, Guadagnino n’hésite pas à copier les jeux de caméra d’autre fois. Les filtres sont vieillis et les fondus enchaînés sont nombreux. La mise en scène est vieillotte et pourtant l’histoire contée est incroyablement moderne.
 
Si la pellicule a ce grain des années 80, elle capte aussi le soleil. Ce soleil fou et cette chaleur envoûtante. Celle que l’on envie et qui rappelle la naïveté de l’adolescence, la lenteur des étés qui s’éternisent dans la jeunesse, leur beauté et leur perfection. Difficile de regarder « Call me by your name » sans qu’une pointe de nostalgie ne viennent vous cueillir et vous rappeler votre propre été parfait.
Dans ses décors sublimes, au milieu des fêtes de villages et des baignades, le film ensorcelle et prend le spectateur au cœur de son propre vécu.
 
Une fois ce cadre idéal mis en place, une fois la découverte de la maison ( hello la jolie piscine) achevée, il est temps de commencer notre éducation sentimentale.
Les sentiments dans « Call Me by your name” ils passent pas l’art, la musique, le classique, le piano, la littérature et les références. Ils passent aussi par les langues et cet incroyable prouesse : créer un film qui se joue en trois langues différentes. Ainsi Timothée Chalamet passe du français à l’italien puis à l’anglais avec aisance et sans trébucher. Un touche d’allemand vient même s’ajouter au tableau. Le langage c’est aussi celui de la musique, s’exprimer à travers un piano, à travers le rythme qui s’excitent et s’adoucissent, la guitare qui chante et qui fait des clins d’oeil.
Mais être polyglotte ne suffit pas face aux sentiments, ceux là se jouent dans des regards, et des jeux contacts plus subtiles à percevoir.
 

« Call Me by your Name » ou la naissance du désir »

 
extrait du film call me by your name 2017
 
En prenant son temps, en vivant sur ce rythme solaire, le métrage plonge son spectateur dans un univers si réaliste qu’il en devient familier. « Que fait-on l’été ici? » demande d’ailleurs Oliver à Elio en début de pellicule, « On attend que l’été passe. » C’est ainsi que née avec douceur cette romance et ses non dits.
Le film est avant tout la confrontation de trois façons d’appréhender le désir. Trois générations qui le perçoivent de façons radicalement opposées. Le premier, celui que l’œuvre met le plus en avant est celui d’Elio. A 17 ans, le jeune homme découvre sa sexualité et s’en amuse, la pousse et la teste. A travers des scènes le rendant parfois ( volontairement) ridicule, parfois incroyablement attachant, le petit génie, celui qui a réponse à tout découvre sous nos yeux et au cours de ces 6 semaines l’existence du corps et de ses besoins. La scène de la pêche en est d’ailleurs l’illustration parfaite.
 
Face à lui , le désir d’Oliver plus âgé joue un effet de miroir. Lui qui connaît déjà son corps et ses besoins, les vit librement et s’amuse des découvertes du plus jeune. La encore sa réaction à la scène de la pêche en jeu de miroir permet de capter l’essence de ma sexualité de ce personnage.
 
Enfin, les parents qui ont passé l’âge de la passion et de ses folies apportent un œil bienveillant au récit. Le père d’Elio, en retrait pendant le film prend d’ailleurs un sens nouveau au cours d’un épilogue final qu’il est indispensable d’écouter avec attention.
 
Bien loin des clichés sur le rejet d’une orientation sexuelle, « Call me by your name » prend le pari de ne jamais juger ses personnages, même pas à travers le regard de ceux qui les entourent. Bienveillants, les parents et amis de nos héros font plus offices de mentors. Si le monde et ses réalités sont violents, cet été là en est épargné.
 
extrait du film call me by your name 2017
 

Un travail soigné d’un bout à l’autre de la pellicule

Si toutes ces raisons ne vous ont pas donné envie de courir vous enfermer en salles obscures puis de vous acheter un billet d’avion pour l’Italie histoire d’y passer l’été, « Call me by your name » a encore plus à offrir. Impossible de ne pas mentionner le travail magnifique réalisé sur la bande originale par Sufjan Stevens. Ses mélodies pop ponctuent à la perfection ces moments volés par la pellicule et ne manquent pas de donner le ton des pensées de nos personnages.
 
Sans trop en révéler, il est impossible de parler de ce film sans évoquer au moins du bout des lèvres, la scène du générique. L’excellente performance de Timothée Chalamet, les deux mondes qui cohabitent et ce regard qui dit tout laissant ainsi le temps aux spectateurs de s’imprégner des émotions de ce personnages. Elle est à elle seule une belle leçon de cinéma.

 

Bref courez le voir sur grand écran à compter du 28 février 2018. Vous ne serez pas déçu. A la rédac on croise fort les doigts pour les oscars.
 
Envie de parler des films nominés aux oscars? Retrouvez notre critique de « Get Out » qui malgré la grande fierté de voir un film d’horreur présenté lors de la cérémonie n’y a pas sa place.
 
Vous reprendrez bien un peu de soleil? « American Honey » va vous éblouir!