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Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Moglai Bap) par Tom Beard
Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap) par Tom Beard

Impossible d’y échapper ces derniers mois : Kneecap s’impose comme l’un des groupes les plus bruyants et affûtés de la scène actuelle. Avec Fenian, le trio nord-irlandais signe un disque plus vaste et plus structuré qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière l’énergie et les morceaux taillés pour le live, l’album déploie une palette sonore élargie, entre rave, trip-hop et expérimentations électroniques, tout en affirmant une ligne politique toujours plus frontale.

Dans la continuité de Fine Art (2024), Fenian marque une étape : celle d’un groupe qui ne se contente plus de provoquer, mais qui organise son propos. La réappropriation du terme “Fenian”, longtemps utilisé comme insulte, devient ici un fil rouge. C’est un geste à la fois identitaire et politique, qui traverse des morceaux oscillant entre satire, confrontation directe et moments plus introspectifs. Entre chaos et écriture plus dense, Kneecap gagne en ampleur sans perdre son mordant.

À Paris, c’est dans un hôtel chic à deux pas de Montmartre que Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap donnent rendez-vous. Étendus sur des canapés aux tissus épais, ils enchaînent poignées de main, sourires larges et blagues instantanées. L’échange commence avant même d’avoir commencé, car avant d’entrer dans le vif du sujet, le groupe et la journaliste se perdent dans une longue conversation sur la meilleure manière d’imiter un accent irlandais…

Pop’n’Shot : C’est impossible de dire « Smugglers and Scholars » sans imiter votre accent. 

Mo Chara (Kneecap) : (rires) Oh ! Bien joué, il est bon ton accent irlandais. Le secret, c’est de retirer le H après le T et de faire une intonation qui monte à la fin de ta phrase : « Tank yoU » 

Pop’n’Shot : Ouais j’ai remarqué ça… Tank YoU !

Mo Chara : Ouais, voilà très bien. Nous, dans le nord, on prononce pas le T non plus, on met un F à la place. Fank yoU. 

DJ Provai (Kneecap) : Ank YOu ! (Rires)

Mo Chara : Parfois, en interview, je m’oublie et je prends un accent australien ! 

Pop’n’Shot : Good day, mate ! 

Mo Chara, Dj Provai : Good day, mate !!! 

Móglaí Bap débarque dans la salle en tapant du pied et se jette dans le fauteuil. 

Pop’n’Shot : On commence ? 

Mo Chara : Allez ! 

Pop’n’Shot : Un, deux, trois ! Comment on dit en irlandais ? 

Móglaí Bap (Kneecap) : Aon, dó, trí. 

DJ Provai : Un, deux, trois.

Pop’n’Shot : Comment vous décririez votre album en quelques mots? 

Mo Chara : En quelques mots ? Impossible ! On est irlandais, on peut pas contenir une idée en quelques mots, on parle trop. On peut faire cent mots ? 

Pop’n’Shot : Oui. Les français sont pareils. 

Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap, en choeur : en quelques mots… Ils soufflent. 

DJ Provai : Explosif ! (Rires) Profond ! 

Mo Chara : Je sais pas, je suis trop mauvais à ce jeu. On préfère laisser les gens se faire leur propre analyse du projet. Avec Kneecap, on veut pas se cantonner à quoique ce soit. 

Pop’n’Shot : Question suivante, celle-là elle marche pas, c’était un crash test. Donc cet album s’appelle Fenian. Ce n’est pas le premier projet qui contient ce mot, puisque vous aviez déjà la chanson « Fenian Cunts ». Qu’est-ce qui vous a poussé cette fois à construire tout un album autour de cette identité ? 

Móglaí Bap : « Fenian Cunts » était une chanson qui s’inspirait de cette insulte qu’on balance aux militants irlandais depuis plusieurs décennies. Le terme Fenian est un terme qui vient du folklore du pays, des soldats irlandais, qui a été détourné en terme injurieux. C’est un mot que beaucoup de gens se sont réappropriés et veulent se débarrasser de cette image de sauvage, de malpropre qui lui a été associé. C’est une vision colonisatrice, ça. Et récupérer ce mot, c’est très important pour la population irlandaise, c’est récupérer ce qui nous appartient. 

Pop’n’Shot : Et sur l’album, c’est Fenian au singulier. Pas au pluriel. Pourquoi ? 

Móglaí Bap : Belle observation, bien joué. 

Mo Chara : Merde, je sais pas. 

Pop’n’Shot : Je vous ai coincés là, hein ? (Rires) Pardon, je me suis rendue compte de ce détail quand Moglai Bap répondait. 

Mo Chara : (rires) en fait, en général, Fenian est généralement utilisé au singulier, comme un adjectif. Il arrive avant un autre mot : Fenian bastards, fenian cunts. 

DJ Provai : Et l’origine du mot vient de « guerrier »…

Mo Chara : En vrai, on y a pas réfléchi à ce point… (rires) 

Pop’n’Shot : Sur le morceau « Smugglers and Scholars » —

Móglaí Bap : excellent l’accent ! 

Pop’n’Shot : Merci, c’est euphorique ! (Rires) Il y a un sens historique très fort et d’appel à l’action collective. Est-ce que c’est par besoin de garder l’Histoire en vie ou c’est pour faire un parallèle avec ce qu’il se passe dans le monde aujourd’hui ?

Mo Chara : L’idée originelle du morceau était de se moquer de cette vision de l’Irlande que le monde extérieur peut avoir. On a beaucoup d’intellectuels, scientifiques, littéraires, mais il y a aussi ce stéréotype sur les irlandais qui sont considérés stupides, principalement aux États-Unis ou en Angleterre. Pendant les Troubles, tout le monde pensait que le pays était « Cauldron and Clover » (chaudron et trèfles)  et on a joué sur les mots avec « Smugglers et Scholars » (dealers et intellectuels).

Móglaí Bap : En Amérique, principalement les descendants d’immigrés irlandais, ils ont une vision très distordue de ce qu’est l’Irlande. Les gens imaginent des lutins, des arc-en-ciels et qu’on vit tous dans des petits cottages. 

DJ Provai : il y a eu aussi une campagne de propagande ! 

Mo Chara : Leproganda ! 

DJ Provai : En Angleterre, ils nous représentaient comme des singes qui boivent de la bière, très agressifs. C’était même dans les journaux britanniques. On nous représentait comme des sauvages pour justifier ce qu’ils faisaient au peuple irlandais. Tu regarderas, c’étaient des images atroces. 

Pop’n’Shot : Aujourd’hui, l’Irlande est très idéalisé, il y a une concentration qui est faite dessus. Ça se remarque sur les réseaux sociaux, dans les séries, cette vision américanisé du pays. Comment on navigue entre l’identité irlandaise et cette vision fantasmée ?

Móglaí Bap : Je vois très bien ce que tu veux dire, c’est une vision très américaine. Ils sont incapables de comprendre le quotidien. Ils imaginent qu’on vit dans une chaumière avec le feu dans la cheminée. J’adorerais hein, mais c’est pas la réalité. 

Mo Chara : Fais ce que tu veux !

Pop’n’Shot : Je pense pas qu’il y fasse bien chaud en hiver par contre…

Móglaí Bap : C’est surtout illégal maintenant, parce que les matériaux utilisés pour les construire étaient très mauvais pour l’environnement. 

Mo Chara : De quoi ? Les chaumières ? Mais non…

Pop’n’Shot : De toute façon, je l’ai toujours dit : rien de mieux qu’un HLM ! (Rires) Vous savez, en préparant cette interview, je me suis rendue compte que j’avais interviewé beaucoup d’artistes de République d’Irlande, mais pas d’Irlande du Nord et — 

Mo Chara : Oh c’est génial ! 

Móglaí Bap : Qui ?

Pop’n’Shot : Fontaines D.C., Sprints, euh….

DJ Provai : J’ai compris Prince ! 

Pop’n’Shot : Bien sûr, Prince, le roi de la funk de Minneapolis, du comté de Galway. (Rires)

Móglaí Bap : Il est mort ?

Mo Chara : Oui, il y a dix ans. 

Moglai Bap : Oh non… 

Pop’n’Shot : On parle du même Prince, hein ? 

Mo Chara : Oui…. Prince Andrew. 

Pop’n’Shot : Lui, il devrait être mort ! (rires) 

DJ Provai : Sinéad O’Connor s’est battu avec lui. 

Pop’n’Shot : oui, elle en parle dans son livre ! Elle le décrit comme Dracula. 

Mo Chara : C’était un super artiste, mais il avait l’air impossible à vivre… Mon dieu, on est pas bons à l’exercice de l’interview tous les quatre… on est trop bavards, faut qu’on se foute en terrasse pour une bière (rires) !

Pop’n’Shot : Ahem ! Oui ! Je voulais justement vous parler du film Kneecap réalisé par Rich Peppiatt. C’est comme ça que je vous ai découverts en 2024, comme la plupart de votre public non-irlandais, j’imagine. C’est un point très important dans votre carrière. Un artiste vit autant grâce à sa musique, que grâce à l’image qu’il véhicule. Vous voyez le film comme une extension de votre musique ou un espace séparé où vous avez pu raconter votre histoire différemment ? 

Mo Chara : Eh ben, c’est difficile de dissocier le film de nous, vu que le film s’appelle littéralement Kneecap ! Mais c’est une version romancée de qui sont nos personnages de scènes. On joue des extensions de nous-mêmes. Heureusement, le film s’est avéré pas si mal. La plupart des biopics sont vraiment très mauvais et on rejoue en boucle les passages glorieux, mais on garde sous silence les périodes plus sombres, plus réalistes que les artistes traversent. On aurait pu être connus comme ce groupe qui a ce film de merde à leur nom, comme Prince.

Móglaí Bap : Il a fait un film ? 

Pop’n’Shot : Trois même. 

Móglaí Bap : Wow. Ils sont si mauvais que ça ?

Mo Chara : Il joue dans les trois ? 

Pop’n’Shot : Ouais ouais, mais bref ! 

Mo Chara : Oui, du coup pour répondre à la question : Kneecap le film est très connecté à notre réalité, encore aujourd’hui. Il raconte notre histoire, celle des chansons ! Beaucoup des histoires du film sont inspirées de nos chansons et des nos vraies expériences. C’est un beau mélange de tout ça. 

Fenian - Kneecap - disponible le 31 mai
Fenian – Kneecap – disponible le 31 mai

Pop’n’Shot : En dehors de la dimension cinématographique, il y a une importance grandissante sur les visuels d’un artiste, avec les réseaux sociaux, les clips, etc. Est-ce que ça influe votre manière de concevoir votre musique ? 

Mo Chara : Hmm… Non. 

Pop’n’Shot : Je peux développer mon propos. 

Mo Chara : Vas-y, en fait. 

Pop’n’Shot : C’est plus une sensation qu’un fait. En soit, tout le monde a une caractéristique qui fait qu’on nous reconnait, mais quand tu deviens un artiste, ça devient une signature, un logo. Chappell Roan et ses cheveux roux, Prince et le violet, Freddie Mercury et la moustache et sa veste jaune… Et je me demandais si avec la pression des réseaux sociaux et en devenant de plus en plus connus, ça affectait l’élaboration de l’image de Kneecap ? Si vous vous sentiez obligés de vous en créer une ? 

Mo Chara : Bonne question ! C’est pas vraiment ce à quoi on pense pour être honnête. On ne fait pas des choix en fonction d’une certaine image ou d’un visuel. Si une chanson naît d’un moment alors c’est que ça avait besoin d’arriver. Il y a des chansons qu’on a écrit pendant qu’on préparait Fenian qui ne figurent pas sur l’album, mais c’est parce que le moment dans lequel elles ont été conçues est passé et elles nous paraissaient obsolètes. L’image est importante pour un artiste, pour être identifié, ça c’est sûr et on le comprend, mais on se concentre sur d’autres choses. L’image te confine à une boîte et c’est à l’opposé de ce que l’on veut être. 

DJ Provai : Pour rebondir ce que tu dis, tu parlais de Freddie Mercury et de sa moustache, mais elle est arrivée plus tard dans sa carrière. 

Mo Chara : Qu’est-ce qui est arrivé en premier ? La musique ou la moustache ? (rires)

DJ Provai : Mais le truc, c’est qu’effectivement, un jour il a débarqué sur scène avec une moustache et une veste jaune et les gens ont gardé cette image de lui. C’est presque une vision posthume. Et si les gens s’y sont accrochés, c’est sûrement parce que c’était un bon choix de sa part, mais un artiste finit toujours par dépasser l’image. 

Mo Chara : T’es plus qu’une cagoule !  

Pop’n’Shot : Et qu’est-ce qui a changé le plus dans votre approche de la musique depuis vos débuts en 2018 ? 

Móglaí Bap : Oh ! On voulait un son plus mature, même par rapport à Fine Art. Dan Carey a produit Fenian, il a travaillé avec Fontaines D.C., Wet Leg et d’autres encore. Notre collaboration a permis à cette envie de voir le jour. Dan a des sons très complexes, avec des synthétiseurs, et son approche de la musique correspondait à la nôtre. Aussi, au niveau des paroles, je pense qu’il nous a permis de nous épanouir mieux, et d’apporter cette maturité à notre écriture. 

Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Moglai Bap) par Tom Beard
Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap) par Tom Beard

Pop’n’Shot : Nous sommes donc dans une période où les réseaux sociaux sont prédominants dans le monde. Comment on vit le fait d’être artiste constamment observé, tout en étant vous mêmes des consommateurs qui observent ? 

Móglaí Bap, en sifflant : Woaaah, bien joué.

Mo Chara : T’as besoin de plus de temps pour qu’on continue cette interview! Wow, euh…  ça demande de la réflexion ! C’est canoniquement épuisant comme rythme ce rapport aux réseaux sociaux aujourd’hui, mais dans tous les cas, oui, tu dois te vendre sur les réseaux sociaux pour exister. Je pense que plus tu gagnes en succès, plus tu perds en liberté ou en paix et silence, disons. C’est à double tranchant cette position : pour tout le positif qui t’arrive, tu dois te préparer à du négatif, de l’inconfort.

Móglaí Bap : Et en même temps, la raison principale pour laquelle Kneecap en est là où il est aujourd’hui, c’est grâce aux réseaux sociaux. On ne passait pas à la télé, on ne passait pas à la radio. On a dû chercher notre propre manière de créer du lien et d’aller chercher la connexion avec les gens. On a créé une communauté sur WhatsApp, le canal Instagram… Mais je dois l’avouer, ça peut être chiant les réseaux sociaux en permanence. Mais ça a été important pour les plus petites communautés comme la nôtre de pouvoir prendre contact comme ça.

Pop’n’Shot : Comment vous voyez l’évolution de l’irlandais dans votre musique à mesure que le public devient de plus en plus international ?

Móglaí Bap : Je pense que parce que peu de gens parlent l’irlandais, les gens connectent avec l’énergie derrière le projet même s’ils ne comprennent pas tout. Parce que même en Irlande, tout le monde ne parle pas irlandais. Avec Kneecap, on a créé cette atmosphère qui met les gens à l’aise. Dans ce monde, on part du principe que l’on doit tout comprendre, que c’est une nécessité, mais c’est pas forcément vrai, surtout en musique. On est pas obligés de comprendre quelque chose pour l’apprécier. Il n’y a pas que la musique en anglais. C’est pour ça qu’on est allés au Japon, ils nous aiment beaucoup et pourtant ils nous comprennent pas forcément. Beaucoup de gens que j’y ai rencontré ne parlaient même pas anglais, alors l’irlandais on s’assoit dessus, mais ça ne les a pas empêchés de passer un bon moment au concert et de revenir.

Mo Chara : C’était quoi la question déjà ? L’évolution de la langue dans notre musique ? L’idée c’est que tu fais de la musique pour toi, pas pour les autres. Au moment où tu commences à faire de la musique pour les autres, t’es foutu.

Pop’n’Shot : Et c’est quoi la chose la plus fenian que vous ayez jamais fait ? 

Mo Chara : J’ai joué James Connolly dans une pièce de théâtre à l’école !

Móglaí Bap : J’ai bu 12 ou 14 pintes de Guinness avec Liam Cunningham.

DJ Provai : Euh…

Mo Chara : La chose la plus Fenian qu’il ait jamais fait c’est de prendre son temps pour répondre !

Fenian sort le 1er mai et le groupe sera de passage à Paris le 20 novembre prochain au Zénith de Paris.

 


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C’est aux couleurs de l’Irlande qu’il faut se parer pour célébrer cette dernière journée de Rock en Seine. Une journée Up to 90 comme le dit l’expression irlandaise pour dire bouillante (up to 90 degree). Trèfles à quatre feuilles peuplent en effet les parterres du festival verdoyants pour mieux accueillir deux des plus gros noms d’une dernière journée très attendue. Le premier Kneecap, a beaucoup fait parler de lui notamment en raison de nombreuses polémiques autour de leur engagement pour la cause Palestinienne et de leurs  procès. Le second, Fontaines D.C est devenu de loin la plus grande sensation rock du moment. En dehors des deux comparses et leurs performances fracassantes, la journée est allée de coup de cœur en coup de cœur. Impossible de rater l’envoûtante Sharon Van Etten and the Attachement Theory, de ne pas se laisser envoûter par Sylvie Kreush, de ne pas pogoter avec Fat Dog ou de danser aux côtés de Dylan Minette et son groupe Wallows ou de finir la journée avec la tête d’affiche : Queens of the Stone Age. On vous emmène avec nous pour debrifer ce moment dont il est difficile de redescendre.

Fontaines D.C : une si belle romance !

FONTAINES D.C.
Fontaines D.C par Olivier Hoffschir pour Rock en Sein

Que s’est-il donc passé ? Il y a 3 ans, Fontaines D.C s’offrait la scène Cascade (aujourd’hui Revolut, les choses changent trop vite) face à un public d’adeptes, compacts oui mais surtout indé. Les voilà qui aujourd’hui prennent d’assaut la grande scène et la remplissent, à ras-bord. Difficile de se frayer un chemin au milieu du public souvent estampillé au couleurs du groupe. Rose et vert donc. Ce sont elles qui donnent le premier indice sur ce qui a retourné toutes les cartes. La sortie de l’album « Romance » l’année dernière, un changement de label et voilà que la groupe de Grian Chatten est sorti de son territoire de rois du pop punk indé. En lieu et place la formation est devenue icône du mouvement et n’est pas sans rappeler la puissance d’Arctic Monkeys en terme d’aura et de succès. A Rock en Seine, l’affaire ne manque pas, faisant du groupe un concurrent sérieux en terme de notoriété à la tête d’affiche du soir : Queens of the Stone Age. Côté scène c’est un set assez simple qui attend la foule, pas de gros effets scéniques, pas d’énorme mise en scène, peu de temps de prise de parole. Parce que finalement ce qui porte Fontaines D.C, c’est la musique elle même. Ainsi, le groupe choisit de tout miser sur une set list aux petits oignons dans laquelle les tubes se succèdent. Une entrée immense sur « Here’s the thing » met tout le monde d’accord alors que les minutes qui suivent ne laissent pas le temps de reprendre son souffle tant toute l’assemblée chante à pleins poumons : « Jackie down the line », magistral suit avant d’enchainer : « Boys in the Better land », « Televised Mind », « Roman Holiday »… Combien ont-ils de hits ? Leur discographie n’est-elle finalement pas que succession étourdissante de tubes fédérateurs sans aucune fausse note ? On passe de l’excellence de « Skinty Fia » à la beauté révolutionnaire et désarmante de « A hero’s death ». « Romance », qui est loin d’être oublié pour autant n’ pas seulement redéfinie le statut du groupe en terme de notoriété, il a aussi rabattu ses cartes musicales. La mélancolie, la beauté sombre et introspective a fait place à quelque chose de plus brut et instinctif, loin des évidentes influences the Smiths-iennes du groupe. Les voir basculer de façon si radicale, si évidente dans l’hyper notoriété donne ce sentiment de vivre l’histoire de la musique. De ce genre de concerts dont on parlera encore dans des décennies pour mieux dire j’y étais ! Le dernier single dévoilé du groupe « It’s Amazing to be young » s’offre une place au centre du live. L’immense « Favourite » (issu de « Romance ») aux notes à la Oasis est l’occasion pour Fontaines D.C de le dédicacer à leurs comparses de Kneecap qui jouaient juste avant eux sur la scène Bosquet. Comme eux, le groupe affiche en fin de concert d’immenses slogans « Free Palestine », écho au drapeau qui peuple la scène depuis les toutes premières minutes. Les trois derniers titres arrivent déjà. Un malaise dans la foule interrompt les festivités alors que tout le public applaudit quand la personne est en sécurité. « In a Modern world », le titre le plus puissant du dernier album résonne enfin et prend aux tripes. Avant de se dire au revoir on se chante « I Love you » et l’assistance dans toute sa puissance et sa beauté personnifie cet amour viscéral, fou que seul le live sait offrir. Enfin, la crise d’angoisse de Grian Chatten, le premier extrait de l’excellent « Romance », résonne. « Starbuster » met tout le monde en transe. Ici cette sincérité à se confier résonne autrement. L’angoisse se partage et se dissout, les douleurs sont devenue une fête que l’on ne voudrait jamais quitter.

SYLVIE KREUSCH : girl crush fontaines d.c

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Sylvie Kreusch – Rock en Seine 2025 – Crédit Photo @Pénélope Bonneau Rouis

Pour cette cinquième et dernière journée de Rock en Seine, le rendez-vous avait été fixé un peu plus tôt qu’à l’accoutumée. Certains auraient pu céder à la tentation de quelques heures de sommeil supplémentaires, mais le soleil éclatant et l’excitation encore bien présente ont suffi à faire lever les plus récalcitrants. C’est Sylvie Kreusch qui avait l’honneur d’ouvrir le bal.

À 13h40 précises, la chanteuse belge fait son entrée, vêtue d’une robe blanche scintillante bordée de fourrure. On s’interroge sur la manière dont elle supporte une telle tenue sous cette chaleur écrasante… mais très vite, la question s’efface. Sa voix cristalline, légère et limpide, apporte une bouffée de fraîcheur aux festivaliers déjà rassemblés. Et soudain, on réalise que le sommeil pourra bien attendre.

Plus tard dans son set, elle s’octroie même un petit bain de foule, armée d’un parapluie au motif de pastèque. Un geste simple, mais fort, par lequel elle affirme avec élégance son soutien à la cause palestinienne. Car ce sont souvent ces petites marques symboliques qui ouvrent la voie aux grandes avancées.

FAT DOG : chiens sans laisse fontaines d.c

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Fat Dog – Rock en Seine 2025 – Crédit Photo @Pénélope Bonneau Rouis

15h40 sonne, et c’est le signal : C’est l’heure de courir vers la Grande Scène, parce que Fat Dog va commencer.

Originaire du sud de Londres, le groupe s’est taillé une sacrée réputation en un temps record. Moins d’un an après la sortie de leur premier album Woof, ils enchaînent déjà les festivals aux quatre coins du globe. Leur passage au Trabendo en avril dernier avait laissé un parfum de chaos joyeux. Alors, autant dire qu’on les attendait de pied ferme.

fat dog rock en seine
Fat Dog par Kevin Gombert

Joe Love, le chanteur, débarque sur scène clope au bec et bière à la main, les bras tendus avec une nonchalance affirmée. Le groupe s’installe, un extrait théâtral résonne, voix caverneuse à la Vincent Price… puis surgit le hurlement d’introduction : « Vigilante » explose. Dans la foule, les premiers pogos se forment. Chris Hughes, derrière les synthés, se jette rapidement dans le public, dirigeant les corps comme un maître de cérémonie, mains en pinces de crabe pour dicter la chorégraphie du pogo.

Tout le concert se joue dans ce rapport direct, charnel, avec le public. Quand ce n’est pas Hughes qui plonge dans la foule, c’est Joe Love qui passe la quasi-totalité du set dans les bras des spectateurs. Cette proximité transpire d’authenticité, et rend Fat Dog immédiatement attachants : on a envie d’être de leur bande. Mention spéciale au violoniste, qui délaisse soudain son instrument pour offrir une improbable démonstration de breakdance, achevant de rendre le moment totalement fou.

Kneecap : The Wind That Shakes Rock En Seine fontaines d.c

Kneecap-Rock-En-Seine
Kneecap – Rock en Seine 2025 – Crédit Photo @Pénélope Bonneau Rouis

Tiocfaidh ár lá! Ohlala! Sans doute l’un des concerts les plus marquants, sinon le plus marquant, de cette édition 2025.
À 18h25, Kneecap doit monter sur la scène du Bosquet. Problème de riche pour les festivaliers : à 19h25, Fontaines D.C. démarre sur la Grande Scène, à l’autre bout du site. Dilemme classique des festivals : quitter Kneecap avant la fin pour filer voir Fontaines ? Ou rester jusqu’au bout et assumer d’arriver en retard ? Réponse en fin de récit.

Mais avant même que la première note ne retentisse, impossible d’ignorer le contexte. Kneecap n’est pas un groupe comme les autres. Leur soutien affirmé à la Palestine leur a déjà valu d’être écartés de plusieurs festivals et même bannis de Hongrie pendant trois ans. Mo Chara, lui, est actuellement poursuivi après avoir brandi un drapeau du Hezbollah en concert. Autant de polémiques qui, loin de les affaiblir, nourrissent leur aura : celle de la nouvelle génération du punk irlandais, rebelle, fière et impossible à faire taire.Rock en Seine, lui, n’a pas cédé. Le festival a choisi de maintenir Kneecap à l’affiche. Un geste fort, qui sonne comme un soutien non seulement à leur musique, mais aussi aux causes qu’ils portent, palestinienne et irlandaise en tête.

C’est dans ce climat chargé que le public se presse devant la scène du Bosquet. L’attrait du scandale joue son rôle : beaucoup sont venus « voir ce qu’il va se passer ». Mais d’autres sont là pour témoigner ouvertement leur soutien, drapeaux irlandais et palestiniens à la main, keffiyeh sur les épaules.

Dès 18h10, l’attente devient compacte, presque étouffante. On se faufile difficilement dans le crash, tandis que les voix s’élèvent déjà : « Free, Free Palestine! ». Le ton est donné, l’heure suivante appartiendra à l’Histoire.

18h25. 3CAG explose dans les enceintes. Dans le crash, c’est la cohue, les photographes se bousculent comme rarement pour cette scène. Avant même l’arrivée du groupe, des slogans apparaissent, traduits en français :
« Israël commet un génocide contre le peuple palestinien. Plus de 90 000 personnes ont été assassinées en 22 mois. Le gouvernement français est complice : il vend et facilite le commerce d’armes à l’armée israélienne. »

Puis le rituel commence. DJ Provaì arrive en premier, cagoule tricolore irlandaise vissée sur la tête. Mo Chara et Moglaì Bap suivent aussitôt, et la clameur monte d’un cran. Quelques sifflets surgissent : un petit groupe d’opposants tente de troubler le set. Rapidement, la sécurité les isole et les évacue. La tension est palpable, mais Kneecap ne plie pas. Au contraire, ils redoublent d’énergie et martèlent leur message. Pour eux, le constat est limpide :
« C’est plus facile de se concentrer sur un groupe de rap irlandais que sur le réel problème : un génocide est en train d’avoir lieu et tant que rien ne se sera fait, nous ne nous tairons pas. »

Mais ce concert, malgré son poids politique, reste avant tout une célébration. Moglaì Bap rappelle avec fierté que ce sont des Françaises qui ont offert à l’Irlande son drapeau tricolore. Parce que Kneecap, c’est aussi ça : une force révolutionnaire qui redonne souffle à une langue en danger. L’« Effet Kneecap » a relancé l’usage de l’irlandais, jadis menacé de disparition presque totale, et leur rap abrasif le propulse à nouveau sur les lèvres d’une génération entière.

Et cette joie, elle est là : dans leurs rires, leur complicité et l’énergie contagieuse de leurs morceaux. Le public scande leurs textes, mélange d’anglais et d’irlandais, repris à pleins poumons par une foule franco-irlandaise en communion totale. Mo Chara s’en amuse : « Il y a des Irlandais dans le public ? » — « Oui ! » — « Et des Bretons ? » Moglaì Bap s’émerveille du goût des escargots à l’ail, pendant que DJ Provaì, goguenard, lance un « Allez les Bleus ! » repris par la foule.

Côté setlist, on est servis. Une large part de Fine Art, leur dernier album, ponctuée en fin de concert par deux classiques absolus : H.O.O.D. et Guilty Conscience. Et pour conclure ? Leur tout dernier single, The Recap.
Réponse au dilemme originel donc : nous sommes restés jusqu’au bout, incapables de lâcher une seconde de ce qui restera comme un moment historique du festival. Parce qu’au-delà des polémiques et des slogans, une certitude demeure : le punk est d’abord une manière de vivre, de résister, de croire. Et nul mieux que les Nord-Irlandais ne peut en incarner la fierté, la rage et l’espoir.

 


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Et toi, comment tu fais des découvertes en musique ?Les supports sont variés, du vinyle au streaming, les possibilités infinies. En ce qui concerne la musique, il est impossible de tout découvrir et écouter. Et pourtant la curiosité est présente, l’envie d’en connaitre d’avantage est bien là. La musique se partage comme un cadeau, se vit collectivement. Comment faire pour toujours en découvrir plus ? D’artistes actuels, aux anciennes pépites, de morceaux cachés aux génies oubliés, il fallait une méthode. On a demande à 16 artistes leurs trucs et astuces pour rester curieux et tomber sous le charme de musique qu’ils n’avaient jamais encore entendues. En espérant que leurs conseils vous aidera à faire de très belles découvertes et à toujours les partager.

Et toi, comment tu découvres de nouveaux morceaux ?

 Fontaines D.C, Carlos O’Connell, guitariste

C’est difficile de penser à autre chose qu’au plus évident mais… j’ai tendance à laisser Spotify le faire un peu pour moi. J’ai l’impression que mon algorithme est bien entrainé. Quand je finis une écoute d’album sur Spotify, j’écoute les chansons recommandées qui suivent et j’en fais des playlists. Mais je fais des playlists pour toutes mes humeurs et j’ajoute les nouveaux morceaux là-dessus ensuite. Et une fois que j’ai plus de temps, je creuse un peu plus. Les gens vont plus trop dans les disquaires pour acheter un vinyle sans l’avoir écouté aujourd’hui. En tout cas, moi non. J’adore les disquaires mais je n’y vais jamais sans savoir ce que je vais y acheter. Je le fais avec les livres par contre. On voyage tellement avec les tournées que je vais toujours dans les petites librairies pour demander l’avis du libraire. Je devrais peut-être le faire avec les vinyles.

FONTAINES D.C. / La Route du Rock 2022 / Crédit : Théophile Le Maitre

Sprints, Karla Shubb, chanteuse

Je galère un peu à vrai dire. Quand j’étais petite, j’achetais des magazines, j’écoutais la radio et je découvrais de nouveaux artistes comme ça. Maintenant, même si tu as les plateformes et les algorithmes, il faut quand même que tu fasses le choix d’aller chercher de nouvelles choses. Donc je continue de regarder dans les magazines ou en ligne. Et c’est un peu pour ça qu’on est très influencés pas le rock 90s où c’était plus facile de découvrir des artistes finalement.

Bagarre

Maître Clap : Spotify, Soundcloud

La Bête : Moi les trends Tiktok. C’est des artistes qui vont dans tous les sens mais avec les morceaux identifiés, tu peux aller les chopper et aller plus loin. Ça m’a amener beaucoup de morceaux, des choses inconnues parfois même anciennes.

Mus : Sinon surfer, se laisser porter par les plateformes, surfer sur le net avec Lycos quoi (rires)

Bagarre au Festival Chorus 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Tout album a toujours quelque chose à apporter. –  Asha Lorenz

Sorry

Asha Lorenz : J’aime prendre un album que je ne connais pas chez un disquaire. Et même s’il n’est pas si bon, tout album a toujours quelque chose à apporter. Et si tu t’impliques dans le travail de l’artiste, tu y trouveras toujours quelque chose et c’est satisfaisant. Donc impliquez vous à un artiste.

Louis O’Brien : J’en trouve beaucoup dans des films et des séries.

Le groupe Sorry pendant leur concert au Popup
Sorry – Crédit photo : Louis Comar

Vitalic

Il y a beaucoup de musique qui se transmet avec tes amis, il y a aussi les réseaux sociaux. Comme je fais des DJ sets, je dig, je vais acheter des morceaux sur des distributeurs indépendants et puis aussi j’en découvre en festival et en soirées.

Vitalic - Fnac Live - 2022
Vitalic au Fnac Live 2022 – Crédit photo : Louis Comar

Je pense qu’il y a une forme d’écoute passive de la musique qu’encourage les applications. – Alex Bleacher

Real Estate

Alex Bleecher : Je pense que la meilleure façon de faire est de demander à tes amis ce qu’ils écoutent en ce moment. Aussi en tournée avec des groupes j’écoute toujours ce qu’ils écoutent dans le van. J’en trouve aussi beaucoup aussi sur Spotify. Ca semble être une méthode courante de nos jours. Je mets quelque chose que je veux écouter et je laisse le flow se faire. L’algorithme est assez intelligent sur ce sujet. Mais ce qui est triste c’est que souvent je me souviens pas des noms de ces albums ou des morceaux. Mais si quelqu’un me demande tu écoutes quoi en ce moment ? Je me dirai je connais ce titre, je l’ai écouté en boucle la semaine dernière mais je ne me rappelle pas le nom du groupe. Je pourrai mieux m’engager sur ce sujet mais je pense qu’il y a une forme d’écoute passive de la musique qu’encourage les applications. Sinon pour éviter ça il faut acheter des albums. Je continue d’acheter des albums récents ou pas parce que ça crée un lien. C’est la meilleure façon de faire. Je vais chez le disquaire. Je l’ai fait récemment à Londres, prendre un album que je ne connaissais pas du tout et l’acheter. Comme ça je n’oublie pas le nom.

Martin : J’ai une réponse un peu similaire. Demander à des amis. J’en ai qui font beaucoup de playlists et les postent. Je ne demande rien, je regarde directement. J’ai fait aussi une tournée solo il y a quelques années et on avait fait une énorme playlist participative. Il y avait tellement de choses que ne connaissais pas dessus. Je peux en trouver aléatoirement sur les plateformes et si ça me plait j’irai me renseigner sur les artistes et m’immerger dans leur univers. C’est amusant de découvrir le catalogue de quelqu’un et avoir l’impression de le posséder. Et acheter de la musique c’est bien. Vous devriez le faire aussi. Ce qu’on possède finalement c’est ce qu’on veut le plus écouter. La gratuité c’est cool mais finalement ce n’est pas ce à quoi on tient le plus.  C’est un engagement même si c’est un bon argument pour le capitalisme (rires).

Alex : Finalement les playlists des plateformes nous font nous demander qui choisit mes goûts en musique ? Moi ou une machine ?

Real Estate - showcase at Agnès B @ Pénélope Bonneau Rouis
Real Estate – showcase at Agnès B @ Pénélope Bonneau Rouis

 En Attendant Ana, Margaux, chanteuse

Je ne vais pas parler au nom des autres. On a tous des modes et des rythmes de consommation de la musique super différents mais je dirais quand même que de tourner, et donc de voir des concerts tous les soirs, c’est le meilleur moyens de découvrir des groupes. Et puis on peut leur acheter du merch, ça reste le moyen le plus direct de les soutenir !

Julia Holter

Souvent c’est grâce à mon mari parce qu’il trouve toujours des nouveautés. Et je n’en trouve pas tellement par moi-même parce que je ne suis pas dans une période de recherche de ma vie. J’y reviendrai, en ce moment je suis trop occupée. Il prend le temps pour moi. Il achète des albums tout le temps. C’est ma réponse honnête. Parfois j’en trouve quand même en lisant, des amis me donnent des conseils, j’écoute aussi la radio. J’ai aussi trouvé quelques nouveautés dans un disquaire au Japon. J’ai hâte de les écouter.

Spotify, même si on trouve extrêmement injuste la façon dont ils rémunèrent les artistes, qui étouffe la musique émergente. – Rebecca Baby

Lulu Van Trapp, Rebecca, chanteuse

Malheureusement pas mal encore a travers Spotify, même si on trouve extrêmement injuste la façon dont ils rémunèrent les artistes, qui étouffe la musique émergente. En vérité, la plateforme est facile et c’est cool pour faire des playlists et écouter des artistes que tu connais déjà, mais pas trop pour digger. On essaie de s’en détacher. On est la génération YouTube, et en vrai ça reste notre plateforme numéro 1 aussi bien pour la découverte que pour les raretés. Juste marre des pubs quoi. Mais ça reste l’endroit d’internet ou tu peux te perdre pendant des heures dans les clips et trouver de vraies sources d’inspiration. Sinon on va voir énormément de concerts, parfois plusieurs fois par semaine. On a la chance d’être résidents au Point Éphémère et du coup on a juste à sortir de notre studio pour aller voir des artistes géni.ales.aux. Il y a des salles dont on aime particulièrement la programmation, la Boule Noire, la Mécanique Ondulatoire, la Maroquinerie, le Trabendo,… le Tony Collectif aussi, qui est la plus petite et la plus stylée et pointue en terme de prog de tout Paris!

Lulu Van Trapp - Olympia - 2022
Lulu Van Trapp à l’Olympia – Crédit photo : Louis Comar

Warhaus

Je ne suis pas tellement un connaisseur de musique. Quand j’écris un album, je fais justement en sorte de ne rien écouter autours pour rester focaliser sur la musique. Je pense donc que mon conseil serait assez classique : utiliser Internet (rires). Je ne suis pas le genre de personne qui va constamment digger, ça vient directement à moi. Je suis inspiré par la musique, mais parfois je suis gêné de pas assez chercher. Pour moi si tu connais trois bons albums de genres différents tu as assez d’informations pour être créatif en musique. Pour moi, il faut au moins connaitre un album de Bob Dylan et un de Nina Simone !

J’écoute des radio classiques ou en ligne. – Greg Ahee

Protomartyr

Joe Casey : Même si certains ne découvrent pas de nouveautés, il y a tellement de nouveautés en musique que c’est difficile de savoir comment s’y prendre. Je n’ai pas de Spotify and co donc je compte sur mes amis pour me dire ce qui est bien. En tournant aussi dans différents pays on peut demander aux gens s’ils ont des recommandations. Parfois dans d’autres langues.

Greg Ahee : J’ai Spotify et parfois je découvre des choses via cette plateforme mais je trouve toujours ça dégoutant parce que ça se base sur ce que j’aime mais je trouve que c’est trop structuré grosses entreprises. Je me dis que ces immenses boites vole ma data. J’essaie d’éviter ça. Du coup pour éviter ça j’écoute des radio classiques ou en ligne. Les stations locales à Détroit ont pas mal de belles choses. NTS sur internet a de très belles choses.

Fakear

En ce moment c’est Spotify qui me guide. Après c’est Youtube parce que je vais souvent y chercher de la matière et en tombant sur la musique traditionnelle, ça m’oriente vers pas mal de choses. Mon algorithme est vraiment à part maintenant parce que je l’utilise autant pour regarder des vidéos de gamers que pour faire des découvertes. Du coup, il me suggère des choses supers et très diverses. J’ai beaucoup d’heureux accidents, j’utilise aussi beaucoup Spotify : les tracks favoris de certains artistes. Myd par exemple a une super playlist et c’est intéressant de voir ce qu’ils ajoutent. Si je suis un mega fan de Bonobo par exemple, je sais que je vais découvrir de belles choses. Caribou fait ça, et tu peux écouter ce qu’il écoute.  Et c’est plutôt pas mal.

Spotify… chiant. Je préfère demander aux gens qui m’entourent – Lias Saoudi

Lias Saoudi, Fat White Family

J’avais l’habitude de découvrir des choses grâce à Saul. Mon algorithme perso a perdu en qualité depuis qu’il n’est plus dans ma vie [les deux compères ont pris des chemins séparés]. Je ne consacre pas beaucoup de temps à découvrir des nouvelles choses en musique. Spotify… chiant. Je préfère demander aux gens qui m’entourent; avec qui je travaille. Mais je suis en ce moment et depuis longtemps dans une période livre. Quand je veux me relaxer, je lis un livre. Je ne veux rien écouter quand je suis dans cette période là, concentré seulement sur la littérature. Et puis quand je retourne dans mes périodes musicales, je vais réécouter et découvrir de nouvelles choses. Parfois, j’ai l’impression que la musique est responsable de toute ma souffrance donc je préfère m’en éloigner. J’ai l’impression de la détester parfois. Ça n’est pas le cas, mais c’est une impression. C’est un peu comme si tu travaillais dans un restaurant de saucisses, et bien tu n’as pas forcément envie de saucisse au petit déjeuner (rires)

THE FAT WHITE FAMILY CIGALE 2024
©KEVIN GOMBERT

Thérèse

Je découvre des nouveaux sons tout le temps. Mon premier canal, c’est insta, que je digge en masse haha. En fait, j’ai une playlist Spotify qui s’appelle « French Turfu » où je mets mes pépites made in France et que je partage… À force, des artistes se sont passés le mot et me proposent des tracks où viennent me suivre sur insta et je regarde par curiosité… Sinon je suis plein de webzines / pages de magazines / comptes qui ont des sélections super chouettes ! Je demande à ma communauté ce qu’elle écoute, je suis l’actualité des tremplins (Inouïs, Ricard, Zebrock, Francos etc.). Puis of course, à travers ce que mes potes artistes ou non, en France ou à l’inter partagent. Et ils sont d’horizons socio-culturels tellement différents que c’est super riche ! En dehors des réseaux, je checke souvent ce que l’algo Spotify me propose (c’est plus ou moins pertinent). Et sinon, je shazame volontiers au restau, ciné même quand je ne capte pas haha… Je mate les affiches dans la rue, dans les chiottes de bars haha ! Franchement il suffit d’ouvrir les yeux à Paname pour découvrir des nouveaux sons…! Le plus dur c’est de ne pas être frustrée par l’incapacité de tout écouter !

Thérèse
crédit : Pénélope Bonneau Rouis

Jai, Tora

Personnellement j’utilise beaucoup Bandcamp et c’est une bonne façon de faire des découvertes en dehors de la bulle de l’algorithme streaming. Ceci dit, les suggestions d’algorithme et des radios fonctionnent très bien de nos jours et tu peux y trouver une quantité sans fin de musique brillante. J’aime toujours visiter les disquaires quand je suis à l’étranger car ils sont généralement de bons conseils et que tu trouveras des choses très différentes de ce que tu as chez toi. L’uatre chose à faire c’est d’aller en clubs, concerts et festivals. Comme ça en plus de faire des découvertes tu défends la musique live.

St Graal


 

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