Author

Léonard Pottier

Browsing
The Night Chancers Baxter Dury
  The Night Chancers, Baxter Dury

  Depuis le génial Prince of Tears, avant-dernier projet en date du dandy britannique dans lequel il prouvait définitivement son talent, Baxter Dury n’a pas donné beaucoup de nouvelles. C’est aujourd’hui, dans une période difficile mais plus que jamais ouverte à la musique, qu’il fait son retour avec The Night Chancers, un nouvel album toujours aussi envoûtant. Avec la maitrise qu’on lui connaît, le chanteur insuffle à ce nouveau projet une profondeur sans égal dans sa discographie, élevée par une voix toujours aussi charnelle et magnétique.

 A l’occasion de cet évènement important de la carrière déjà bien remplie d’un artiste qui parvient à allier qualité et efficacité, nous avons eu la chance d’interviewer celui qui vous tiendra très certainement compagnie durant votre confinement et sûrement plus. C’est dans un hôtel parisien que Baxter Dury a accepté de répondre à nos questions concernant sa carrière et son nouvel album, bravant sa maladie qui ne lui permit pas d’être au meilleur de sa forme. D’une attitude désinvolte et d’un ton quelque peu nonchalant qui, on le sait, font partie de son identité mais aussi de son image d’artiste, élevés par un accent anglais bien prononcé, le chanteur ne nous a pas facilité la tâche, bien que toujours poli et à l’écoute de nos interrogations. Nous vous laissons découvrir cet entretien qui nous fait extrêmement plaisir de dévoiler :

Tout d’abord, j’ai l’habitude de débuter avec une question assez générale, afin d’en savoir un peu plus sur toi, notamment pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas forcément. Je voulais ainsi savoir ce que tu fais de tes journées. Quel est le quotidien de Baxter Dury ?

Baxter Dury : Interviews, interviews, interviews… (rires). Mon emploi du temps varie. Je fais beaucoup de choses. Ça dépend sur quel niveau tu te situes. Tu devrais poser des questions plus spécifiques. Par exemple, en ce moment, je fais la promotion de mon nouvel album et tout ce qui s’en suit. Cela engage évidemment des obligations promotionnelles comme des interviews, faire des photos et toute cette merde… Et cela dans plusieurs pays. En réalité, c’est amusant, à part quand tu as la grippe et que tu dois monter dans l’Eurostar à 5h du matin. Putain. Tu vois ce que je veux dire ?

Tu es occupé par la musique à chaque instant de ta vie ?

Baxter Dury : Non pas du tout, j’ai des pauses parce que tu as besoin de te reposer. Je suis pas ce genre de type bizarre totalement obsédé par la musique qui a constamment besoin de s’exprimer. J’ai de longues périodes comme ça puis j’arrête pendant un moment.

« Sur cet album, les histoires innocentes de ruptures ont fait jaillir des sentiments noirs mais qui, en tant que sujets de chansons, ne sont peut-être pas si sombres qu’on pourrait le penser. »

The Night Chancers est ton sixième album, qu’est ce qui a changé depuis que tu as commencé à faire de la musique ?

Baxter Dury : J’ai fait plus de six albums si tu comptes les collaborations etc. En réalité, j’ai fait beaucoup d’albums, je suis assez bon (rires). Ma vision a évidemment changé depuis les débuts. Je sais pas vraiment comment et je suis pas sûr d’être le meilleur commentateur de mon propre parcours. Mais je suppose que beaucoup de choses ont changé oui.

Ce nouvel album semble s’inscrire dans une évolution de ta part vers quelque chose de plus sombre, plus noir. Tu en as eu conscience lors de son élaboration ?

Baxter Dury : Hum… Plus sombre, je sais pas vraiment. Ça dépend ce que tu considères comme sombre. Lors de mon album précédent, il est vrai que je me trouvais dans un état d’esprit plus obscur. Pour autant, sur cet album, les histoires innocentes de ruptures ont fait jaillir des sentiments noirs mais qui, en tant que sujets de chansons, ne sont peut-être pas si sombres qu’on pourrait le penser.

 Par exemple la pochette de l’album, c’est très certainement la plus sombre parmi toutes celles que tu aies faite.

Baxter Dury : Oui, parce que la photo a été prise dans le métro et que tu ne peux pas faire plus clair que le désert (fait ici référence à la pochette de Prince of Tears). Tu ne peux pas comparer. Sur celui-ci, l’ambiance est plus claustrophobe. Je crois qu’être français (fait ici référence à son interlocuteur) implique une difficulté à choisir les implications narratives d’une histoire parce qu’une partie du langage doit se perdre. Tous mes albums sont équitablement lumineux et sombres à la fois.

The Night Chancers constitue donc la suite logique de ta musique ? Tu le perçois de cette manière ?

Baxter Dury : Je ne l’ai pas particulièrement pensé de manière logique, et ce n’est jamais sorti de cette façon je pense mais c’est l’album que je viens juste de terminer donc logiquement, il doit suivre le parcours de mon évolution.

Dans le clip de « Slumlord », le premier morceau de l’album à avoir été dévoilé, tu te mets en scène comme un débauché, alcoolique et drogué. Dans le mot slumlord, on retrouve d’un côté « slum » et de l’autre « lord », deux mots en contradiction. J’ai l’impression que tu aimes endosser des rôles de pouvoir : lord, prince… en les confrontant à des mots qui ne leur sont jamais associés en temps normal : slum, tears… D’où vient cette idée ?

Baxter Dury : La définition exacte de « slumlord » est une personne propriétaire de logements miteux, et qui exploite les personnes pauvres qui vivent à l’intérieur, en dépensant le moins possible pour l’entretien. Ça n’a rien de classe ni de loyal. C’est quelque chose de négatif.

« Je dois protéger une partie de la vérité. J’utilise des personnages pour éloigner les auditeurs de ma réalité et de mes pensées. C’est une technique de diversion. »

Alors que « Prince of Tears » révélait quelque chose de plus lumineux.

Baxter Dury : Prince of tears est plus fragile.

Tu aimes endosser des rôles ?

Baxter Dury : J’en ai besoin. Je dois protéger une partie de la vérité. J’utilise des personnages pour éloigner les auditeurs de ma réalité et de mes pensées. C’est une technique de diversion.

Comment tu composes tes morceaux ? Seul ou entouré ?

Baxter Dury : Parfois seul, parfois entouré… Je n’ai pas de règles à propos de ça. J’ai une équipe d’écriture. Par exemple, sur la chanson « Miami » du précédent album, c’est un ami à moi qui a écrit cette ligne de basse. Mon rôle est ensuite celui de répondre ensuite à ces propositions. Il y a certaines personnes qui ont une grande influence sur ce que je fais.

J’ai lu dans une interview à l’époque de Prince of Tears que tu plaçais la meilleure chanson en début d’album. C’est le cas ici avec « I’m not your dog » ?

Baxter Dury : J’en avais l’habitude oui, mais je ne l’ai pas fait sur cet album, parce que j’avais déjà en tête toute la construction. Je savais quel serait le début, le milieu, la fin… Je l’avais déjà séquencé avant de terminer les morceaux.

 Dans cette chanson d’ouverture, « I’m not your dog », tu introduis du français avec la phrase « ce n’est pas mon problème, je ne suis pas ton chienne », chanté par une voix féminine qui t’accompagne. D’où t’es venu l’envie de chanter en français ?

Baxter Dury : J’aime le français traduit par google. Il y a une maladresse, un accident de langage produit volontairement. C’est presque irrespectueux mais l’idée n’était pas d’être négatif envers le français. Musicalement, ce n’est pas destiné à être parfait car sinon ce ne serait pas très intéressant. On a proposé à certaines actrices françaises comme Marion Cotillard, Béatrice Dalle de le faire… Une de celles à qui on a demandé nous a dit que si elle le faisait, ça deviendrait trop cliché. Elle nous a conseillé de le laisser dans cette version pour que ça soit plus intéressant. Je crois que c’était une manière de me faire comprendre qu’elle n’aimait pas la chanson.

« Je m’excuse notamment auprès de tout le monde qui a collaboré sur cet album. Pour quelle raison ? Je ne sais pas. Mais je m’excuse. Ce sont des excuses gratuites, sans raisons… »

Dans la dernière chanson de l’album, une femme répète « Baxter loves you ». A qui t’adresses-tu lorsque tu lui fais chanter ça ?

Baxter Dury : A tout le monde. Je m’excuse. Je m’excuse notamment auprès de tout le monde qui a collaboré sur cet album. Pour quelle raison ? Je ne sais pas. Mais je m’excuse. Ce sont des excuses gratuites, sans raisons…

Pourquoi ne pas le chanter toi-même et le dire par l’intermédiaire d’une voix qui n’est pas la tienne ?

Baxter Dury : Ce n’est pas moi qui le dit mais je contrôle les paroles. C’est moi qui les ai écrites. Donc cela revient au même en un sens.

Tu sembles beaucoup influencé par Serge Gainsbourg. A quel point es-tu proche de sa musique ?

Baxter Dury : Un peu oui, mais je ne dirais pas beaucoup. En tout cas moins que ce que les gens pourraient penser. Il m’influence un peu, parfois.

En parlant d’influences, je trouve que « Slumlord » a de nombreuses similarités avec « Let’s Dance » de Bowie. Tu en avais conscience lorsque tu as écrit le morceau ?

Baxter Dury : J’ai réalisé cela à un moment où j’étais déjà bien avancé dans la composition du morceau. Quelques personnes m’ont fait la même remarque. J’ai empiré cet effet miroir en introduisant une rythmique qui sonne comme « Let’s Dance ». Au début de l’écriture de la chanson, je n’avais pas fait ce rapprochement mais lorsque je m’en suis rendu compte, j’ai joué volontairement sur cet effet, en appuyant d’autant plus sur cette ressemblance.

 Il existe cet éternel débat du rock qui veut que l’on choisisse entre les Beatles ou les Stones. Personnellement, j’aimerais un peu modifier la question et te demander si tu es plus Beatles ou Bowie ?

Baxter Dury : Bowie je pense. Non… Enfin je sais pas… Egalité sûrement… Je suis très fier de la musique anglaise. Je suis fier des Beatles, autant que je suis fier de David Bowie. Tu comprends ? Je suis fier. Donc pourquoi devoir choisir un camp ? Je me référence sûrement un peu plus à Bowie parce qu’il est vraiment très sophistiqué. Mais on ne devrait pas créer de compétition.

Tu as fais plusieurs collaborations en parallèle à tes albums solos. Je voulais revenir sur celle récente avec Etienne de Crécy et Delilah Holliday sur l’album B.E.D, un disque que je trouve très bon et extrêmement efficace. Comment tu as rencontré Etienne et Delilah ?

Baxter Dury : J’étais à Paris et il m’a demandé de faire une chanson. Je m’ennuyais un peu parce que ça faisait longtemps que je séjournais ici et nous avons donc fait un album très rapidement.

Est-ce que cet album, B.E.D, t’a donné des idées pour ton nouvel album solo The Night Chancers ? En terme de recherche sonore, de composition…

Baxter Dury : Pas vraiment. Ce sont deux choses séparées qui sont arrivées très rapidement. Il n’y pas eu beaucoup à réfléchir et c’est ce que j’ai apprécié le plus.

Sur I’m not your god, j’ai cru entendre un son de basse similaire à certains sons que l’on peut entendre sur B.E.D

Baxter Dury : C’est juste de la musique électronique tu sais. Ça sort de machines. C’est comme ça que ça marche, et les sons peuvent se ressembler. Je n’y pense pas vraiment quand j’écris les morceaux. Je ne cherche pas à répéter les choses que j’ai produite, c’est le coup d’une fois et ensuite je n’y reviens pas.

Tu ne prévois donc pas de donner suite à cette collaboration avec Etienne de Crecy et Delilah Hollyday ?

Baxter Dury : Non, ça n’arrivera jamais. C’était le temps d’un seul album. Mais je n’y pense pas autant que toi, si tu commences à y penser, ça ruine tout. C’était une musique très simple, inconsciente, qui n’a pas demandé beaucoup d’efforts mais qui au bout du compte a bien fonctionné, justement grâce à ce côté instinctif. Le truc est de ne pas trop y réfléchir, sinon ça ne marche plus.

 Tu penses quand même collaborer avec d’autres artistes à l’avenir ?

Baxter Dury : Maintenant, après tout ça, et en fonction de ce qui se passera par la suite, j’aimerais davantage travailler avec des artistes américains, proches du hip-hop, comme Franck Ocean. Je trouve que la musique afro-américaine est bien plus intéressante que tout le reste.

« Les gens parlent du streaming aujourd’hui, mais avant ils parlaient d’autres choses tout aussi merdiques »

Ta façon de chanter, lente et intense, à la limite du parler parfois, tu l’as beaucoup travaillé ou c’est quelque chose de naturel chez toi ?

Baxter Dury : La plus grosse partie est naturelle, mais tu dois toujours travailler certaines choses. Rien ne vient vraiment simplement, on doit y consacrer du temps.

Tes chansons sont généralement courtes et répétitives. Cela fait partie de ton identité musicale ? Es-tu attiré par d’autres manières de composition ?

Baxter Dury : Oui, cela fait partie de mon identité musicale. Et en terme de composition, je suis maintenant attiré par des choses qui proviennent d’Amérique. Faire quelque chose de différent m’intéresse.

 Qu’est-ce que tu penses de l’industrie musicale aujourd’hui ?

Baxter Dury : ne sais pas vraiment. Je crois que des artistes comme moi seront toujours les mêmes. Je crois que tout va bien en fin de compte. Je n’y pense pas vraiment en réalité. Il ne faut pas trop s’inquiéter. Les gens parlent du streaming aujourd’hui, mais avant ils parlaient d’autres choses tout aussi merdiques. Des choses auxquelles je m’intéresse peu. Du moment que je me porte bien et que je paye mon loyer, je n’ai pas grand-chose à dire.

C’est tout pour moi, merci beaucoup !

Pochette Album Baxter Dury Carla's got a boyfriend

 Présenté à la dernière édition du fameux festival du film fantastique Gégardmer ainsi qu’à celle de l’Etrange festival, Vivarium de Lorcan Finnegan faisait partie des films attendus, suscitant une certaine curiosité avant sa projection. Et pour cause, le pitch avait de quoi séduire, annonçant quelque chose de tordu, mystérieux, et ancré dans le réel. La présence de Jesse Eisenberg, un acteur/romancier/dramaturge subtil et talentueux qui a fait ses preuves à de nombreuses reprises, n’en mettait pas moins l’eau à la bouche.

 L’histoire est la suivante : un jeune couple, Gemma et Tom, est à la recherche d’un premier bien immobilier. Curieux des manières d’un agent drôle et bizarre, mais plus bizarre que drôle, ils vont rapidement se trouver pris au piège à l’intérieur d’un quartier résidentiel aux allures futuristes et labyrinthiques, désert et terriblement angoissant. A partir de là, comment s’en échapper ?

 

Une vision accrue d’une société en perdition…

 Vivarium fait tout d’abord l’état d’un monde aseptisé et inodore. A travers le film de genre, Lorcan Finnegan partage sa vision douloureuse d’une société antipathique où chacun ne peut compter que sur soi-même. Partant d’une première critique qui est celle du prix démesuré des biens immobiliers, Vivarium pousse ses accusations à mesure que son histoire progresse : perte d’autonomie, pression sociale, cycle sans fin, monde moderne sans saveurs… Des situations somme toute de la vie courante, ici poussées à l’extrême. Sous couvert d’un univers fantastique, c’est toute une réalité qui s’écroule. Prisonniers, les personnages principaux, merveilleusement interprétés par un couple d’acteurs brillant (Imogen Poots aux côtés de Jesse Eisenberg), représentent les victimes parfaites, amoureux et crédules, dont la joie et l’espoir sont rapidement étouffés, et qui n’ont pas d’autres choix que de vivre aux dépens d’un monde sectaire. L’entrée en matière du film, qui refuse d’habituer le spectateur à tout cadre « sain » en empêchant à l’introduction de s’éterniser (le couple mord à l’hameçon dès les dix premières minutes), nous laisse plonger la tête baissée dans le piège tendu.

 

… renforcée par un univers claustrophobe intelligemment mis en scène

 Les décors donnent de quoi émoustiller notre regard, avec une esthétique de l’artificialité, qui sert au film à appuyer son propos. Ce quartier de rêve, dans lequel on promet aux personnages une vie idéale, a tout d’une devanture en carton, pourtant impossible à démolir. Habitations dont la similarité grotesque fascine tout d’abord avant de nous écœurer aussitôt le piège mis en place : nuages en papier-mâché, terrain de vie construit comme un gigantesque plateau de jeu que les plans en extrême plongée nous permettent de visualiser explicitement… Car oui, Vivarium est avant tout un jeu, qui tend à priver les humains de leur sensibilité, et où l’on repense avec nostalgie à des sensations primaires disparues : odeurs, sensation du vent sur la peau… Ils ne sont plus que des robots réduits à leurs fonctions sociales primaires et destinés à une vie monotone et claustrophobe. Les sentiments s’essoufflent à mesure que les actions deviennent mécaniques. Alimentés (nourriture, papiers toilettes, savon…) par une aide extérieure invisible et inatteignable, leurs êtres ne sont plus que besoin vitaux, pions d’une société qui, sous couvert de soutien, laisse pourrir les esprits au profit des corps reproductibles.

 

Un film surprenant

 Construit autour d’un mélange subtil et bien dosé entre réel et surnaturel, le scénario n’échappe cependant pas à quelques faiblesses ou grossièretés, à force de tentatives visant à pousser l’histoire dans ses retranchements, quitte à en perdre tout pragmatisme. Bien que l’idée du cycle semble se tienne assez justement, la fin peine à convaincre, tant elle restreint notre imagination. Atteint d’un léger essoufflement dans sa seconde moitié, Vivarium n’en reste pas moins une aventure atypique, à la fois jouissive de par le cadre qu’elle vise à fabriquer, et angoissante par les ressorts qu’elle utilise pour attiser notre empathie.

Depuis la sortie de leur premier album « When I Have Fears », les jeunes Irlandais (James McGovern au chant, Damien Tuit à la guitare, Cathal Roper à la guitare, Gabriel Paschal Blake à la basse Blake et Diarmuid Brennan à la batterie) qui forment The Murder Capital n’arrêtent plus de faire leur apparition lors de dates européennes. Déjà leur quatrième en France. Avec des salles de plus en plus grandes et réputées, le groupe ne cesse d’évoluer et de gagner en influence à chacun de ses passages par la capitale française, rendez-vous importants pour les étoiles montantes du rock. Une évolution marquée par une fréquence de venue régulière et un public en continuelle constitution. C’est le Café de la danse auquel les cinq garçons ont décidé de s’attaquer. Une salle magnifique et confortable, qu’ils étaient bien décidés à brutaliser. Car la musique du groupe n’y va pas de main de morte. Bien que sophistiquée, réfléchie et extrêmement construite, son côté sauvage a tendance à prendre le dessus sur tout le reste en live. Ils ont l’habitude d’un public irlandais déchaîné, ils voulaient voir de quoi nous étions capables, nous français, souvent plus modérés dans l’emphase. Pour en savoir un peu plus sur le groupe et leur premier album sorti en août dernier, vous pouvez retrouver l’interview qu’ils nous ont accordés en novembre juste ici.

Après un passage au Nouveau Casino qui aura marqué les esprits, qu’attendions-nous de cette nouvelle date parisienne ? Certainement une proximité public/artistes encore plus étroite étant donné la construction de la salle, qui veut que sa fosse, davantage en largeur qu’en longueur (contrairement au Nouveau Casino) nous donne la sensation de toucher la scène à n’importe quel endroit. L’expérience devait en être supposément plus intense. Avec l’énergie du groupe que l’on commence à bien connaître, fait d’une férocité scénique lié à un charme envoûtant, tout annonçait le meilleur à venir. Pari réussi ?

 

 

Junior Dad, le jeune Irlandais au charme déstabilisant

Avant de les accueillir, un jeune homme se lance dans le vide, seul, simple, touchant. Cette personne, c’est Junior Brother, un Irlandais à la voix étonnante. Accompagné de sa guitare, il ose avec un grand courage une prestation originale, livrant un folk déconcertant avec un arrière-goût de punk. En équilibre constant, Junior Brother joue de sa voix perdue à travers les âges et étonnamment envoutante, quoique parfois inconfortable. Mais l’artiste joue de cet agacement. Il ne semble avoir peur de rien, et nous fait vivre consciemment une épreuve, déstabilisante mais que l’on apprend à aimer, et qui, certainement, nous laissera des traces à l’avenir. Sous cette carapace inoffensive sommeille donc une force secrète. A surveiller de près.

 

Au tour de nos Irlandais préférés

 Prévu à 20h50, les garçons arrivent vers 21h05. Et finissent avant 22h. Un peu court, sachant qu’une ou deux reprises n’auraient fait de mal à personne. Mais le groupe ne semble pas vouloir déroger à l’identité unique de son premier album. Une première œuvre certes incroyablement forte et cohérente, qui n’admet aucune sortie de voie, mais dont l’unicité ne devrait pas refuser sur scène certains apports bienvenus. Sur dix chansons, neuf seulement sont jouées. Les quelques minutes qui précèdent l’entrée du groupe semblent faire partie de la prestation, avec trois morceaux dont les versions enregistrées passent dans la salle à fort volume, mais sans personne sur le devant de la scène. Le public attend, impatient. Une question nous taraude alors : si ces morceaux (d’ailleurs très bons) font partie de l’univers musical du groupe, pourquoi ne pas les avoir joués eux-mêmes ? Loin d’être une trahison à leur identité, cela aurait surement renforcé cette dernière, car les influences ne sont jamais que des influences, et servent à gagner en pertinence et en profondeur. Surtout avec un groupe comme The Murder Capital, qui emprunte à beaucoup d’autres pour créer et renforcer un univers cohésif et très intime. Bon…

 

Une puissance toujours sauvage…

 Quoi qu’il en soit, avec un seul album à leur actif, difficile d’allonger ses sets. On ne leur en veut qu’à moitié. Ce qui nous importe réellement, c’est la qualité de leur proposition. Ils ouvrent directement avec leur morceau phare : « More is Less », contrairement au Nouveau Casino où ils avaient opté pour « Slowdance », une phénoménale montée en puissance. Nous avions d’ailleurs regretté de l’entendre si tôt, à un moment où le son n’est pas encore tout à fait réglé et où le public a besoin d’une bonne claque pour s’échauffer. « More is Less » convenait ici d’avantage à une ouverture, commençant le concert sur les chapeaux de roue. Le chanteur descend directement vers nous pour former un cercle au milieu de la fosse. Nous sentons son envie de nous voir s’affronter sous la sueur. Un concert de Murder Capital n’admet pas l’immobilité et fait appel à notre physique. Nous sommes vite emportés dans un tourbillon sonore auquel il semble difficile d’échapper, même pour les plus timides qui se voient soudainement pousser des ailes en entendant le cri perçant du chanteur sur la fin de « More is Less ».

 

… atténuée par un dosage maitrisé

 Néanmoins, le groupe a plusieurs cordes à son arc et réussit comme toujours à doser parfaitement son show, alternant entre brutalité précipitée et spontanée (« Feeling Fades, violence calculée (« For Everything »), et douceur maîtrisée (« On Twisted Ground »). « Love Love Love » détient la particularité en concert d’être d’une intensité apaisante. Les mots d’amour se mélange à des coups de guitare incisifs, et font du sentiment central du rock, de l’art et de la vie une épreuve sonore à multiples facettes.

Le concert poursuit sa route, avec un groupe que l’on sent heureux et épanoui d’avoir réussi à atteindre ce stade. Leurs têtes nous inspirent les meilleurs sentiments, car on y lit l’effort et l’honnêteté d’une démarche. Ce qu’ils nous livrent est pure et sincère : leurs âmes de rockeurs, que l’on devine authentique. Le public, dont la moyenne d’âge semble assez élevée, nous prouve encore une fois que le rock intéresse de moins en moins les jeunes. Quel regret ! Car c’est un véritable moment de partage qui se produit au Café de la danse ce soir-là, un moment destiné à toute personne qui se sent habité en son intérieur par la jouissance du rock. Et quelle plus belle jouissance que celle-ci, spontanée et sincère. Autant intimiste que minimaliste, un concert de The Murder Capital réveille nos désirs enfouis et restés secrets, si bien que la salle transpire de partout quand les dernières notes se font déjà entendre… Trop tôt… Nous ne reviendrons pas dessus.

 

 

Un concert malheureusement non dénué de défauts

 Cependant, quelques reproches sont tout de même à notifier : tout d’abord, une qualité sonore décevante, qui n’aura pas permis de délivrer toute la rage de la prestation. On reste plusieurs fois sur notre faim, dû à un son brouillon et à des instruments que l’on a parfois du mal à identifier voire à entendre… Bof pour un concert de rock. Ensuite, la prestation des garçons semble un peu trop quadrillée, calculée… Peu d’improvisation, aucune expérimentation. Juste l’album, dans un ordre différent, mais l’album quand-même, avec exactement les mêmes notes, les mêmes montées, les mêmes paroles, le même rythme. Zéro surprises. On regrette ainsi le manque de prise de risques, qui refusera au concert toute envolée, chose pourtant immanquable à tout rockeurs qui se respectent…. On se contentera de ça pour l’instant. Mais pour leur prochaine tournée, le groupe a encore des choses à apprendre et à améliorer pour passer de bon à très bon. Pour un jour devenir mémorable… Qui sait ? Personnellement, nous misons sur eux sans hésitations.

 

Retrouvez juste ici l’interview qu’ils nous avaient accordé en novembre dernier !

 

 Le duo que forme Frederico Pellegrini et Eric Pifeteau, deux ex membres du groupe de rock français The Little Rabbits formé à la fin des années 80, n’a rien de conventionnel. Les deux compères explorent depuis 2013 des contrées intimes et secrètes du paysage musical français. Leur musique est à leur image de couple excentrique : animée, moderne et déterminée, elle procure un sentiment de satisfaction intense. C’est en février prochain que sortira leur deuxième album : « AF ». Et autant le dire d’emblée, c’est très probablement le meilleur album français que vous entendrez cette année. Oui, nous ne sommes qu’en janvier, mais il faut bel et bien l’avouer, la claque monumentale qu’est ce nouvel album aura du mal à trouver rude concurrence en face.

 Fidèle à leur style unique, qu’ils ont su faire évoluer pour aujourd’hui atteindre des sommets, French Cowboy and the One nous invite à un périple musical pour le moins qu’on puisse dire intense. Dès le premier morceau, on y ressent une impeccable maîtrise. La production est d’abord ce qui saute aux oreilles. Rugueuse et électrique, elle donne tout son sens à d’excellentes compositions, aussi bien envoutantes qu’éprouvantes. Les sonorités utilisées, pour certaines déjà connues, sont ici revisitées selon une vision charnelle. La musique s’en prend à nous, elle nous rentre dedans, elle s’empare de nos corps, tantôt elle nous caresse avec vivacité (QVVDM ou DANSER) et tantôt elle nous plaque au sol sans concessions (Excel). L’urgence de la vie se joue dans nos oreilles (« embrasse-moi vite »), et le morceau VIVRE en est d’ailleurs le plus bel exemple. Cela donne lieu à une expérience agitée.

 

Des inspirations notables

 Certains motifs sonores récurrents sont repris au profit de grands morceaux, et les incombe de transmettre à travers eux une certaine histoire de la musique, aussi bien rock qu’électro. C’est ainsi que l’on retrouve des échos de plusieurs groupes ou artistes : on peut y entendre Kraftwerk mélangé à du Brian Johestown Massacre en passant par du Suicide. Les paroles ainsi que la manière de chanter peuvent parfois rappeler Philippe Katerine, Bashung ou Jean-Louis Murat, mais à faibles réminiscences. Car il existe une véritable identité propre qui appartient à ce duo : un phrasé généralement sec et abrupt, peu chanté, une voix provocatrice qui éveille nos désirs, ainsi qu’une constante proposition instrumentale. Tout cela donne naissance à des morceaux riches et passionnels, qui gagnent en intensité dès lors qu’ils parviennent à nous envahir.

 

Une œuvre complète et constante

 L’album prend sens dans son intégralité, et ne baisse jamais de niveau. Lorsque l’on écoute des excellents premiers morceaux d’un album, quel qu’il soit, on a toujours peur d’être déçu par la suite, que le reste ne soit pas aussi bon et que l’album disparaisse aussi vite qu’il est apparu. « AF » est loin de cela. Le groupe place d’ailleurs selon moi les meilleurs morceaux en seconde partie (QVVDM atteint des sommets, et TASAIME propose une terrible ligne de basse répétitive qui nous colle à la gorge). La répétition est un des points clés du groupe, qui en joue pour imposer sa force créative, entêtante et endiablée. L’ambiance parfois apocalyptique, mélangée à la sensualité des paroles et des sonorités, permet de créer une atmosphère oppressante, de laquelle on parvient difficilement à se détacher !

 

Une perle rare

Les œuvres musicales françaises comme celle-ci sont rares, et démontrent toute l’ingéniosité d’artistes malheureusement trop peu reconnus. « AF » est un appel sincère à la création et à l’élévation musicale. On y ressent tout le travail qu’il a fallu fournir pour arriver à ce splendide résultat final. Que ce soit au niveau de la production assez fascinante ou des compositions de haut niveau (EMBRASSE, VIVRE, AVANT, DANSER…), l’album est précis, concis et direct, à l’image des titres de ses chansons, presque tous composés d’un seul mot. La pochette, amusante, est la couverture trompeuse d’un secret bien gardé. Dès lors que vous trouvez la clé, il faut avoir la tête vide et être prêt à la surprise. J’espère que vous le serez en février.

 

Préparez-vous bien

Tout est dit, ce nouvel album est une perle rare, qui mélange les styles avec brio, et qui invente le sien grâce à un talent irréfutable. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! « AF » constitue donc l’apogée d’un groupe qui, même s’il n’est pas aussi productif qu’on le voudrait, poursuit son épopée musicale sans jamais perdre le sens ni la pertinence de leur art.

 

Tracklist :

01 – DISCO FLASH
02 – EMBRASSE
03 – SERRER
04 – VIVRE
05 – AVANT
06 – IN UTERO
07 – QVVDM
08 – EVEL
09 – PAC
10 – TASAIME
11 – DANSER