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Adrien Comar

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The Libertines – Trabendo Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Plus d’un an et demi après un passage au Zénith de Paris et seulement quelque mois après leur prestation au 104 à l’occasion des Inrocks Festival, les Libertines étaient déjà de retour dans la capital pour deux dates intimistes au Trabendo. Venus défendre leur excellent nouvel album « All quiet on the eastern esplanade », nous avons assisté à la deuxième des deux soirées avec les londoniens. Retour sur un concert en sueur dans la salle la plus alambiquée de tout Paris.

CHAUD COMME UN SAUNA

Nous arrivons malheureusement trop tard pour Vera Daisies, moitié brisée du duo Ottis Coeur qui se lance en solo. En tout cas, le Trabendo est déjà bien rempli pour l’ouverture des hostilités, même si la terrasse avec ses bières, ses guirlandes et les températures estivales en supplément font de l’œil au public. Il fait donc déjà une chaleur torride avant même que les hymnes anglais résonnent dans la salle à capacité moyenne. Notons à ce propos qu’il est très appréciable d’écouter la bande à Doherty et Barât dans une salle à dimensions plus humaines que les Zénith ou mainstages qu’elle a l’habitude de fouler de son pas lourd. Bref, la fosse est blindée de monde et les corps moites suent déjà : plus que quelques lancés de bière et nous voilà dans le meilleur pub francilien.

The Libertines – Trabendo Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

ORGIE DE TUBES

L’ambiance est au rendez-vous pour l’arrivée des Libertines, le pit se déchainent dès les premières notes du culte « Up the Bracket », enchaînée avec frénésie à « The Delaney » – la déferlante de tubes est ouverte. En effet, ce soir les londoniens ne lésinent pas à proposer un superbe panorama de leur prodigieuse discographie. À l’exception de « You’re my Waterloo », tous les hits du groupe sont interprétés, jusqu’à la classique quoiqu’ô combien efficace conclusion par « Don’t look back into the Sun » (ou plutôt « ne te retourne pas dans le soleil » comme balbutie Doherty avec un accent français caricatural). Best-of entremêlé des derniers rejetons du groupe, la setlist ravit petits et grands.

FIN DE SOIRÉE ?

Très vite, deux contrastes ressortent cependant : l’un sur scène et l’autre dans le public. Si la foule est déchaînée et saute et boit à qui mieux-mieux, la recette sur scène ne mélange qu’un des deux ingrédients. « Merci le Trabenbo » articule péniblement le frontman. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce serait mal les connaître que d’attendre un lifestyle healthy et jus de carottes de la part d’un des groupes de rock les plus punks encore existant, MAIS (oui il y a un mais) c’est dommage que cela contribue à alourdir la performance plutôt qu’à l’entrainer dans une folie bachique. Les titres peinent à s’enchainer, et les regards dans le vide ne semblent pas signifier une joie frénétique d’être sur scène. Les balances ne sont d’ailleurs pas assez percutantes et oscillent vers quelques excès de reverb pendant les transitions des morceaux. Il n’en reste pas moins que pour celles et ceux qui les ont déjà vus, le concert s’inscrit dans la continuité d’insouciance du duo terrible Doherty / Barat. Il est toujours question de jouer sans chichis, sans se préoccuper de la réaction publique mais pour le simple plaisir de balancer du son. Derrière la guitare le musicien a toujours 20 ans et la chaleur fait monter l’ivresse.

AVEC DU ROCK, LA FÊTE EST PLUS FOLLE

Malgré ce manque certain de dynamisme de la part des Libertines, il n’en demeure pas moins une forme de générosité et de spontanéité agréable. La setlist déjà fournie s’allonge en effet d’un rappel à base de variations acoustiques où chacun des membres s’essaye au chant. Puis enfin, les  blagues et regards complices entre les membres laissent entrevoir une forme de plaisir qu’il serait  nécessaire de cultiver pour faire de leurs concerts des fêtes rock, folles et libres à l’image de ce groupe mythique qui n’a jamais perdu son aura .

The Libertines – Trabendo Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Royal Republic - Olympia Paris 2023
Crédit photo : Louis Comar

Ce samedi 28 janvier, les suédois de Royal Republic amenaient leurs paillettes et leur rock à l’Olympia pour conclure une tournée européenne de près de deux mois. C’est à guichet fermé que le groupe s’est produit à l’occasion de leur RATA-TATA TOUR, mettant en avant, comme vous ne vous en doutiez pas, l’un des derniers single en date du groupe: RATA-TATA. Retour sur une soirée en demi-teinte en dépit des paillettes étincelantes et de l’humour royal.

 

 

 

KO KO MOuai…

Ce sont les nantais de KO KO MO qui ont ouvert la piste de la discothèque rock, et ce comme sur le reste de la tournée de Royal Republic. Il n’y a pas à dire, le duo français a un grand sens de la scène: lightshow impressionnant, complicité avec le public, solos endiablés… ; le public est conquis, en redemande, notamment les multiples fans arborant un t-shirt de la formation. Cela fonctionne – en première partie… Parce que mince, quel manque de saveur et d’originalité. Les compositions sont d’un banal à n’en plus finir, le jeu de scène – bien que maîtrisé – tend vers la prestance d’un (bon) groupe de reprise d’AC/DC pour une fête municipale et n’en finit plus de faire taper son public des mains. Plusieurs fois par chansons, sur toutes les chansons ! C’est trop, vraiment trop. Outre ce courant qui n’est clairement pas passé de notre côté, les nantais ont mis le feu au public de l’Olympia comme demandé.

Ko Ko Mo - Olympia Paris 2023
Crédit photo : Louis Comar

UN SET… PEU SETISFAISANT

Sans nouvel album, les suédois ont misé sur leurs trois derniers single pour cette nouvelle tournée. Autant dire que la différence avec celle célébrant Club Majesty était  de zéro. Il y a bien sûr toujours le plaisir d’apprécier ces boules d’humour et d’énergie mais le majeur problème est là: cette tournée n’était pas utile. Sur dix-sept morceaux, de nombreux hits du groupe passent à la trappe et la part belle est faite aux reprises et aux single, si bien qu’aucun des quatre albums du quatuor n’est représenté à sa juste valeur ce soir. La setlist est en effet le bémol majeur de cette soirée, d’autant plus que le « tube » RATA-TATA – entonné par le public durant chaque (!) silence de la soirée – a le don de nous agacer, dommage pour cette fois.

MATES PAILLETTES

Bien sûr l’humour des quatre grands gaillards fonctionnent toujours aussi bien et leur énergie est forte mais… mais quelque chose manque. Peut-être ce public qui semble n’être venu que pour se sauter dessus et non pas écouter de la bonne musique. Sûrement aussi les balances atroces (merci l’Olympia) – que le chanteur redoutait et qui masquent les voix et empêchent de reconnaître les intros de certaines chansons. Les paillettes brillent moins ce soir avec Royal Republic. Les artistes sont pourtant dévoués, originaux – comme avec ces deux chansons en acoustique au plus proche du public, ou ce cover de Are you gonna go my way avec KO KO MO – mais chaque raté additionné fait que l’ensemble peine à prendre de l’ampleur pour nous.

Soirée donc en demi-teinte de notre côté malgré le superbe accueil du public et le dévouement du groupe à sa musique et à mettre le feu au dance floor. Attention ce n’est cependant pas une fin de règne, entendons-nous. Seulement certaines réformes sont à envisager ; la préparation d’un nouvel album annoncé à la fin de la prestation par Adam Grahn le permettra probablement. Ce n’est pas un grand oui pour nous cette fois, mais la dynastie républicaine suédoise la plus rock aura, espérons le, de quoi satisfaire ses vassaux avec son prochain effort.

Royal Republic - Olympia Paris 2023
Crédit photo : Louis Comar

Paolo-Nutini_La-Cigale-Paris_2022
Crédit photo : Louis Comar

En ce frais lundi d’octobre c’est à la Cigale de Paris que nous nous rendons pour réchauffer nos mains fraichement bleuies et les souvenirs d’une époque pas si lointaine. En effet, règne sur la salle mythique un petit air de nostalgie aux abords des retrouvailles avec la coqueluche pop-rock/folk des années 2010: Paolo Nutini. Car après 8 ans d’absence, l’écossais pas si italien qu’il n’y parait annonçait son grand retour avec Last Night In The Bittersweet, un quatrième album tout en maturité. La tournée annoncée de coutume dans la foulée n’était pas pour nous déplaire, retour sur un beau moment de musique.

INNOVATIONS ET RENOUVEAU

À en observer l’âge moyen de l’audience, ce n’est pas se mouiller que d’affirmer que la plupart du public est ce soir présent pour raviver le goût de nutini qui manquait depuis trop d’années à sa douce oreille. Le dernier opus, bien que savamment composé et interprété, a tout de même peiné à conquérir les coeurs des fans, sûrement du fait de ses expérimentations musicales dénotant en partie du travail habituel du musicien. Et ce désir d’innovation se ressent particulièrement ce soir: de nombreux titres (« Candy », « Jenny Don’t Be Hasty », « Let Me Down Easy »…) sont joués dans des versions tout à fait différente de celles usuelles. Entre approches house et transformation quasi-totale de l’identité des morceaux, Nutini a nettement décidé de passer un cap dans son processus créatif. Au ban les ballades à trois accords, accompagné de ses talentueux musiciens, l’interprète se démène pour se ré-inventer. La démarche fonctionne plus ou moins bien, voire frustre sur certains « tubes » mais témoigne d’une croissance tout à fait louable, quoique encore perfectible. La Cigale semble toutefois conquis par ces nouveautés et en redemande.

« LAST NIGHT IN LA SWEET CIGALE« 

Mais ne vous faîtes pas de bile, Paolo, sa guitare acoustique et sa superbe voix sont toujours de la partie. La superbe section de morceaux acoustiques conquit notamment la salle parisienne et offre un moment de douceur et de communion par-delà les cieux. Comme à son habitude, l’artiste écossais est dévoué à son art et laisse la torpeur de l’instant musical pénétrer ses viscères et ses cordes vocales. Cette abnégation est contagieuse et s’incarne dans les réactions réjouies de l’audience, jusqu’à faire soulever tout le parterre de la Cigale. C’est un vrai moment de partage auquel il est donné d’assister ce soir. Nutini instaure une intimité précieuse chérie par chaque spectateur. D’une rare poésie.

Paolo-Nutini_La-Cigale-Paris_2022
Crédit photo : Louis Comar

NUTINI, COMME CHEZ LUI

C’est essentiellement le dernier effort du musicien qui est représenté ce soir au cours du set et il faut dire que l’écouter en live le rend plus accessible et appréciable. Chacun des nouveaux morceaux prend de l’ampleur et conquis un public pas forcément entièrement familier avec ces compositions. De toute manière la performance est accueillie à bras ouverts. Il suffit d’entendre le parterre donner de la voix sur « Iron Sky » pour saisir la force de cet engouement. Paolo Nutini est ici comme chez lui, le public parisien ne cesse de l’acclamer et de l’apostropher ; harangues auxquelles il n’hésite pas à répondre avec humour. Et c’est ainsi après 2h de show hors du temps que Paolo Nutini quitte la Cigale, sous les applaudissement d’un public entièrement séduit, conforté dans ses souvenirs plaisant d’un musicien sommes toute très talentueux.


Lulu Van Trapp - Maroquinerie - 2022
Lulu Van Trapp à la Maroquinerie – Crédit photo : Louis Comar

Reportée à deux reprises, le 7 avril 2022 avait enfin lieu la release party à la Maroquinerie de Paris du premier album des Lulu Van Trapp : I’m not here to save the world. Véritable pépite pop-rock et baroque, le charismatique quartet n’a pas cessé de tourner l’année passée jusqu’à jouer en premier partie de Last Train à l’Olympia le mois dernier. Ce « Bal de l’Amour » dans la mythique salle parisienne s’annonçait comme une consécration absolue pour les Lulu. Alors, près d’un an après la sortie d’un  bouillon musical prodigieux, de teasings et de tournée, débrief d’une soirée très attendue.

Lulu au Far West

20h, la salle s’éteint, il n’y a qu’une vingtaine de personnes puis une batterie, une basse et deux guitares sur le par-terre de la fosse. La mise en scène prévue par Lulu Van Trapp mène les Agamemnonz, groupe instrumental de surf-rock western (rien que ça), à jouer dans la fosse. Vêtus de leurs plus belles robes, les quatre rouennais offrent un set vitaminé et solaire apprécié d’un public grandissant. Après 40 minutes de chorégraphies endiablées, les Agamemnonz laissent une Maroquinerie pleine à craquer, chauffée à bloc pour accueillir les stars de la soirée.

Que le bal commence

Les membres du public acclament leurs rockeurs préférés alors qu’aux grilles entourant la scène a été ajoutée une avancée dans la fosse. Enfin, Lulu Van Trapp investit le plateau sous une pluie d’applaudissements. Début de set calme derrière ces barreaux de désir bestial. Rebecca, la chanteuse, débute ses danses aphrodisiaques et le public parisien chante à tue tête. Puis, lorsque les grilles, finalement peu exploitées (à notre grand regret), disparaissent, le quartet enchaîne ses titres les plus rock et énergiques. Lulu, Valley of Love et Brazil s’enchaînent et mettent le feu à la Maroquinerie. À l’image des quatre copains qui mettent toute leur âme dans leur prestation de ce soir, la salle parisienne brûle de désir.

STRIP – TEASE SURPRISE

Aux grandes occasions, de grands moyens ! Les Lulu Van Trapp ont réservé à leurs fans de nombreuses surprises pour le Bal de l’Amour. De ce magnifique moment acoustique exécuté dans un silence d’or aux deux nouveautés interprétées ce soir, le public de la Maroquinerie a été régalé. Puis comment ne pas évoquer la performance de Love on the Brain (cover de Rihanna) qui restera longtemps dans la tête des spectateurs. En effet, après avoir dédicacé cette chanson à la France Insoumise, six danseur.ses nu.es ont débarqué sur scène pour se mouvoir au rythme de la sensualité du titre. Moment suspendu, parfait pour préparer le terrain au morceau phare du jeune groupe: Les Mots d’Amour. Ce titre aux allures de tube des années 80 finit de mettre tout le monde d’accord et amorce la fin du concert.

AMOUR, TOUJOURS ?

Ce soir, les Lulu Van Trapp avaient mis les petits plats dans les grands et s’étaient préparés d’arrache-pied pour leur Maroquinerie à guichets fermés. Ce moment tellement attendu par les musiciens ne leur a peut-être pas laissé le temps de profiter pleinement de leur soirée. Une pression pas tout à fait redescendue s’est laissée ressentir et quelques bémols ressortent de ce show bien huilé. Rien de grave, la sympathie, la joie et l’abnégation totale du groupe à sa musique sont venimeuses. Bien qu’un peu jeune dans sa globalité, le Bal de l’Amour était une superbe réussite.

Lulu Van Trapp a entièrement conquis la Maroquinerie, sous le charme après un set chargé en surprises et marqué de moments fascinants. La prestance du groupe français est indéniable et leur talent scénique évident. De plus, les titres sont tous aussi réussis les uns que les autres. Les quatre copains auraient surement gagné à en mettre un peu moins dans un tout déjà bien fourni, mais ce n’est pas grave. Les Lulu sont doués, c’est certain. Et s’ils n’étaient pas là pour sauver le monde, ils ont bien réussi à sauver l’amour et la Maroquinerie le temps d’un bal tellement spécial.