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Julia Escudero

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The Wombats - Trabendo Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
The Wombats – Trabendo Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

The Wombats est un trio originaire d’Angleterre formé en 2003 qui excelle à la création d’univers indie rock solaire. A ne pas confondre avec le wombat, le mammifère de la famille des marsupiaux fouisseurs. Un des rares animaux à faire des crottes cubiques pour votre culture générale. Si ce fun fact vous semble un peu délirant, il aura au moins ce trait commun avec l’atmosphère musicale, et sûrement scénique de The Wombats, le groupe cette fois. Pour cause, la formation de retour avec le percutant « Oh ! The Ocean » a aussi la particularité d’aller doit au but dans ses composition et de savoir créer une atmosphère tout aussi joviale sur scène qu’en studio. Laissons tomber nos cubes quelques temps pour mieux se focaliser sur la musique intemporelle de nos copains qui sera vous faire dire « Chier, que c’est bon ! ».

Oh ! qu’il fait bon vivre sous le soleil des Wombats

The Wombats - Trabendo Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
The Wombats – Trabendo Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

C’est le 14 février 2025 que le nouvel opus des mammifères les plus rock de la planète sortait. Jour des amoureux idéal donc pour créer le coup de cœur. Et, l’opération séduction est, il faut le dire, particulièrement efficace. Déjà parce que l’album « Oh! The Ocean » a une beauté inoubliable et une efficacité de composition radicale. Objet conçu pour s’écouter dans son intégralité, il se repose tant sur son approche easy listening que sur sa vocation tubesque. D’une écoute à l’autre, ce nouveau jet, à la production carrée pour ne pas dire cubique (wink wink),  pourrait bien vous faire coller ses refrains aux tripes de façon irrémédiable. Voilà qui est bien mieux que la poche ventrale du wombat d’Austalie, l’animal cette fois. D’ailleurs en concert, le mini ourson d’Australie fait son apparition sous forme géante, représenté par un costume qui vient semer la fête plutôt que de creuser des terriers. Voilà qui est aussi sympathique que la joyeuse troupe de fans qui les suivent mot après mot. Quand on aime, on ne compte pas, Saint-Valentin ou pas.

Notre formation a des guitares qui feraient passer le soleil de Melbourne pour une triste journée hivernale. Les originaires de Liverpool, à l’accent bien tranché savent monter dans les plus hauts sommets. Il y a de ça deux ans, leur « Fix Yourself Not The World » s’offrait la première place au Royaume-Unis, là où ils remplissent des stades. Le sixième né de leur portée musicale compte bien le surpasser en s’offrant un album ambitieux mais surtout très très honnête. C’est ainsi que pour ne pas laisser de place au hasard, on retrouve à la production John Congleton connu pour avoir travaillé avec des pointures en terme d’efficacité : Wallows, le groupe hyper tendance de Dylan Minette mais aussi du projet très pointu qu’est St Vincent. Coloré et riche il l’est et pour autant, il n’hésite pas à questionner. De trouver de la beauté chez les autres et dans le monde à pourquoi on ne s’arrête pas pour sentir les fleurs. Du sérieux et puis du moins, tout est permis et rien n’empêche la catharsis. C’est ce que laisse immédiatement entendre le premier titre de l’opus qui s’appelle quand même « Sorry I’m late I didn’t want to come ». Outre, sa traduction qui fait sourire, le groupe y est très sérieux sur son refrain aussi aérien que planant et qui évoque quelques effluves de Phoenix.  Difficile de ne pas apprécier cette sensation proche de celle qu’on ressent lorsque commence une grosse soirée avec de bons potes. Ce même sentiment qui prend d’assaut lorsque l’on se trouve au concert de la formation qui cette année s’offre une tournée géante. Elle posait d’ailleurs ses valises au Trabendo de Paris pour une soirée aussi chaude qu’un mois de janvier australien. Vous savez les saisons y sont inversées et ce soir là, mars est devenu août pour celles et ceux qui y assistaient.

The Wombats - Trabendo Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
The Wombats – Trabendo Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Dans l’œil des Wombats

L’album « Oh ! The Ocean » a pris pour couverture un œil de wombat en gros plan,  dans lequel l’océan se reflète. Ce clin d’œil était à souligner avant de bondir sur le morceau « Blood on the hospital floor » et son introduction aux doux accents synthpop qui frôlent les rythmiques pop-punk. Le courant revient en vogue en ce moment. De Sum 41 qui a fait ses adieux dans des stades, aux albums de Blink 182 remis au goût du jour, les mélodies teen s’offrent une nouvelle jeunesse. The Wombats, sans jamais tomber dans les travers de facilités du genre américain, lui piquent sa capacité à créer des titres aussi joviales qu’efficaces qui démarrent en trombe et posent leur refrain sans flancher. Facile de repenser à la période de ces créations musicales lorsque l’on voit que le morceau suivant porte le nom d’une icône d’une époque révolue : Kate Moss. Au cours des 12 titres qui le composent, le groupe va chercher la précision. Moins teinté d’électro que « This Modern Glitch », leur deuxième album, il offre une plus grande part de liberté à ses guitares. « My Head is not my friends » arrive à parfaire un équilibre doux-amer. « Pourquoi ma tête et mon corps sont-ils toujours déconnectés ? » se demandent les acolytes sur leur communiqué de presse. Si corps et tête se séparent bien souvent, les rythmiques du bassiste Tord Øverland Knudsen et du batteur Dan Haggis, elles s’accordent toujours à la perfection. La preuve en est donnée sur « I love America and she hates me ». Pays qui ne demande qu’à être remis en question avec sa politique actuelle dont on ne saurait dire assez de mal. Matthew Murphy n’aura d’ailleurs aucune retenue à en parler sur scène. L’album se conclut sur un met délicat, un peu de homard et le titre « Lobster ». Il se déguste avec les oreilles et non les doigts cette fois. Plus langoureux que ces prédécesseurs, il laisse instantanément une touche de nostalgie en fin d’écoute. Finir « Oh! The ocean » c’est finalement comme un dernier jour de vacances au bord de l’océan. Heureusement pas besoin de poser de RTT pour y retourner, il suffit d’appuyer sur « PLAY » encore et encore.

The Wombats - Trabendo Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
The Wombats – Trabendo Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Lucky Love - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Lucky Love – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Lucky Love est un personnage à part dans le paysage musical français. Déjà parce que musicalement, il aime à varier les registres, du solaire au plus intense jouant d’un timbre hors normes pour séduire le plus grand nombre. Aussi parce qu’il multiplie les rôles et les capacités : tantôt chanteur, tantôt danseur, transformiste ou encore acteur. Il excelle en tout. Mais surtout parce qu’il redéfinie les normes, bouge les acquis et donne une nouvelle image de ce qu’est être un artiste, être un homme, à succès dans l’Hexagone. Exit, les petites cases, dans lesquelles nous étions enfermé.es depuis bien trop longtemps. Face à un public largement sous le charme, Lucky Love posait ses valises à la Cigale de Paris deux soirs de rang. Au programme de l’amour, en quantité et ça c’est déjà beaucoup de chance !

Lucky Love : beaucoup d’amour

C’est un show entier et parfaitement calibré qui attend ce 25 mars le public de la Cigale de Paris. Ce dernier s’est déplacé en masse. Il Faut dire que Lucky Love a charmé toute la France depuis l’été dernier. Fierté nationale découverte grâce à la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques, Luc Bruyère de son vrai nom, a ému tous.tes celles et ceux qui découvraient ses pouvoirs magiques lors de la cérémonie de la place de la Concorde. Ce soir là, il adaptait son titre « My Masculinity » pour en faire « My Ability ». Hymne évocateur de son handicape, lui qui est né avec un seul bras.

Lucky Love et la masculinité

Sur scène, plus qu’un étendard, qu’un reflet de sa vie, Lucky Love est surtout un très grand artiste. Rareté en concert, notre homme choisit d’ailleurs d’interpréter son single phare dans les premières minutes de son set. Pour parfaire l’instant, il en profite pour inviter « la plus belle des fleurs », Marguerite de la Star Ac à le rejoindre sur scène. Les deux voix s’y allient avec beauté et le jeu de lumière met en valeur leur duo chorégraphié.

Lucky Love - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Lucky Love – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Cette Cigale, date de grande importance pour lui, c’est celle des surprises, de son envie d’en faire un moment unique. Il faut le dire, la très belle salle parisienne est un tournant dans nombre de carrières. Elle est le pas vers la consécration indiscutable qu’est l’Olympia. Au delà du simple concert, dans son écrin de beauté, celui de Lucky Love est aussi le marqueur indéniable d’une nouvelle aire pour la culture en France. Lucky Love, c’est celui qui n’aurait pas eu la même mise en avant, la même chance ne serait-ce qu’une quinzaine d’années plus tôt. Et qu’il était temps de mettre des coups de pieds dans l’archétype figé de la figure de l’artiste. Celui qui devait transmettre les émotions et pourtant auquel il était si difficile de s’identifier. Le talent ne suffisait pas, il fallait être dans des « normes » moroses, pré-établies. Notre artiste, ce soir, permet aux personnes LGBTQ+ de trouver un autre miroir sur scène, il permet de donner de la visibilité aux personnes en situation de handicap. Et enfin, il interroge sur cette fameuse masculinité. Qu’est-elle supposée être ? Pourquoi doit-elle obliger à des attitudes ? Des critères imposés ? Quand la Cigale reprend un tel hymne en chœur, les frissons sont forcément légion. En donnant la chair de poule à son audimat, il interroge sur ce qu’il en est de sa voix. Son droit d’expression. Et cette base posée permettra au reste du show de n’avoir plus recours qu’au grandiose.

Lucky Love : de grandes habilités

Et ce soir, avec un charme indomptable et fascinant, il apporte nombre de réponses à ces questions, et les clame haut et fort. Parfois pour parler de sujets difficiles et d’immense importance comme l’aide et l’acceptation des personnes atteintes du VIH. Souvent, les premier pas au cabaret qui a vu pousser notre garçon chanceux, prennent le pas sur sa façon de s’exprimer. Théâtral, grandiose, showman à part, il nous parle d’amour. De beaucoup d’amour, de ceux heureux et déçus. L’amour nous conte-il, il l’a attendu, mais il n’est pas venu. « A un moment donné, je me suis dit, il ne va pas me faire ça quand même! » s’amuse-t-il. Toujours à la façon d’un cabaret, il prend à partie les premiers rangs, taquine une jeune femme qui le regarde de près.

Lucky Love - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Lucky Love – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Du rire au larmes, le public n’a pas le temps de reprendre son souffle. La masculinité en 2025, ne serait-elle pas empathique et sincère ?  Enfin proche des autres. Les dés sont jetés en matière de sensibilité. Dans son costume, notre hôte d’une sincérité troublante s’ose à se se raconter. « Jveux d’la tendresse » est l’un des temps fort de ce beau moment de live. Mais la surprise de taille vient lorsque Lucky Love annonce que l’un de ses mentors à qui il doit son succès va le rejoindre sur scène. Le suspens dure quelques minutes pour laisser finalement apparaitre Gaëtan Roussel ( également meneur de Louise Attaque). Les deux livrent un duo à la complicité évidente sur « Le plus jeune sur la Terre », dernier sommet atteint avant de conclure le spectacle. Alors que les deniers morceaux sont entamés, Lucky Love donne une dernière fois de la voix, son timbre à part, véritable renouveau et bouffée d’air frais pour la scène française qui commençait à tourner autours de ses acquis. De « I don’t care if it burns » titre éponyme de son album à l’immense élégance pop jusqu’au très joyeux « Happier on my own », la promenade aura été belle. L’avenir, sous le regard de Lucky Love, il pourrait bien être radicalement différent. Et ça, ça serait une vraie chance.


Lady Gaga est de retour ! Le très attendu MAYHEM a enfin été dévoilé le 14 mars, avec énormément d’attentes.  Artiste monumentale, les années ont fait d’elle une icône, sorte d’objet collectivement aimé, porte-parole autant que chanteuse. La célébrité aura tendu à Stefani Germanotta un miroir déformant, la personne a été oubliée au profit de la déesse, de la Mother Lady Gaga. Il fallait, après 17 années de succès, s’interroger. Déjà sur ce qui se trouvait face au miroir mais aussi sur ce qu’était l’essence même de sa musique. Sûrement, se retrouver. Voilà donc que la musicienne publie 14 titres, profondément pop, entre hommage à peine voilé à ceux et celles qui habitent ce courant musical et retour sur ses propres prouesses et débuts. Le chaos de MAYHEM donne naissance à un opus pour plaire aux fans de la première heure mais aussi pour redonner une véritable définition de ce qu’a toujours été la chanteuse. Elle face à elle-même.

lady gaga mayhemGaga un jour, Gaga toujours ?

Quand on lit son communiqué de presse officiel, le moins que l’on puisse dire c’est qu’on y est plongé des les chiffres. Giga star pour public gaga, la chanteuse s’offre tous les tops, tous les sommets, tous les nombres qui donnent le tournis. « Die With A Smile », en duo avec Bruno Mars, qu’on retrouve en fin de galette a par exemple remporté un GRAMMY Awards 2025 dans la catégorie de la Meilleure Performance Pop en Duo/Groupe. Mais on peut aussi lire que  « Sur Spotify, le single a passé plus de 100 jours consécutifs en première position du classement Monde ». Des prouesses encore et toujours. Pourtant au delà des chiffres c’est un véritable retour aux sources percutant que s’offre Lady Gaga. Et pas seulement de sa pop à elle comme elle l’explique. MAYHEM c’est surtout un immense tour de piste de la pop qui a marqué génération après génération. Mais aussi d’une redéfinition de ce que c’est qu’est Lady Gaga et de son essence même. A ses débuts, la chanteuse se revendiquait de l’âme de Madonna. Et tout était allé très vite. Sa capacité musicale allant de pair avec une gestion de son image impeccable. A tel point, qu’à la sortie de The Fame, une prestigieuse faculté américaine en faisait un sujet d’étude et de cours. Depuis la phénomène Gaga s’est éparpillé. Changeant ses gammes, faisant ses preuves au cinéma et dans la série « American Horror Story ». Un premier rôle qui lui allait bien si comme à son habitude Ryan Murphy n’était pas parti dans tous les sens en fin de saison.  Gaga extravagante s’était donc assagie, se donnant une image moins exubérante. Au placard la robe en viande … et puis finalement, l’envie de retrouver ce qui a fait ses débuts s’est imposé. Et nous voilà donc le 14 mars 2025, avec un objet reflet d’un temps passé qui ne demande qu’à pointer le bout de son nez. Preuve de son besoin de retrouver la recette de ses premiers succès, Lady Gaga nous y offre même une cinquième piste baptisée « Vanish Into you » dont la mélodie sonne comme une relecture du titre culte « Bad Romance ». A tel point qu’on pourrait presque fredonner les paroles de l’original en écoutant le nouveau.

Lady Gaga - Abracadabra (Official Music Video)

Un album en miroir brisé

La thématique du miroir brisé, c’est elle qui peuple la promo de l’album. Elle prend tout la place sur son imagerie. Une double Gaga comme on la retrouve dans le clip de « Disease ». La chanteuse lutte contre ses démons autant qu’elle les embrasse. S’était-elle perdue pour mieux se retrouver ? Les déambulations de « Joanne » ou encore de « Chromatica » avaient en effet laissé son public sur une sorte de faim. Certes l’amour pour une musicienne de sa trempe promet d’être suivie quoi qu’il arrive.  Il oblige à défendre toute composition et autorise toute déambulation musicale. Mais l’esprit de « Born this way » venait à manquer. D’ailleurs ce serait quoi finalement l’âme de la musique de Lady Gaga ? Déjà une voix forte. De ces chanteuses que seule l’Amérique peut nous offrir. Celle-là aura particulièrement sa part sur le titre « Blade of Grass », agréable ballade qui aurait aussi pu trouver sa place sur la la B.O de « A Star is born » en 2018. Mais aussi, une grande capacité a assimiler ce qu’est et ce qu’a été la pop. Pour mieux lui donner des nouveaux codes, la chanteuse les avale et les recrache avec sa propre touche. Voilà donc que « Zombieboy » sonne avec évidence comme le « Hollaback Girl » de Gwen Stephanie.  Tout comme le morceau de la leadeuse de No Doubt, la force de Stefani Germanotta c’est aussi de savoir jouer avec les rythmiques. Celles entêtantes d’ « Abracadabra » constituent un tour de force dès le lancement de ce nouveau jet. Mettant directement les bases pour rappeler qui est la « Mother » ultime.  Ce statut de Mother Monster, elle le doit surtout grâce à sa communauté et autant d’amour que de défense (essentielle)  des droits LGBTQ+.   Ainsi la musicienne ne perd jamais une occasion de parler de ce sujets, de sensibiliser, de militer. Et la communauté lui rend en masse l’amour qu’elle distribue.

« Born this way » en était d’ailleurs l’étendard premier . Le titre du morceau en lui-même, limpide. Le temps n’a fait que consolider la chanteuse dans ce statut d’icône et de porte-parole. Elle l’est aujourd’hui pour plusieurs générations, le bien qu’elle a fait par le passé en terme d’acceptation a fleuri comme de jolis bourgeons, faisant d’elle la reine couronnée d’une nature sublime. Elle fait d’ailleurs partie de ces artistes qui lient les générations, intemporelle, indétrônable, comme elle l’a toujours espéré. Aux Grammys Awards, alors qu’elle recevait le prix du meilleur duo pop pour « Die with a Smile », elle en profitait pour mettre de nouveau en avant ses engagements. Elle rappelait notamment que « Les personnes trans méritent d’être aimées. La communauté queer a besoin d’être élevée. » avant d’ajouter que « la musique c’est l’amour ». Cet amour porte depuis toujours la chanteuse, son discours n’a jamais changé, jamais pris une ride bien au contraire, il s’amplifie avec les années qui passent. Aujourd’hui d’ailleurs, il fait encore plus sens avec un Donald Trump, tout particulièrement virulent et dangereux au pouvoir et dont les propos et actions transphobes et LGBTphobe sont terrorisantes. Les artistes américain.es prennent en 2025 une responsabilité décuplée et il est important qu’elle en soit.

Lady Gaga Mayhem DeluxeThe Fame Mother

Le reflet de Lady Gaga passe par son immense succès. Devenue bien commun, la musicienne n’hésite pas à parler de succès dans un titre particulièrement catchy « Perfect celebrity ». Est-elle pour autant la poupée d’un public d’adorateurs.trices comme elle l’évoque dans ses paroles ?  Une bête à cash ? Pas forcément. Elle prouve être une artiste entière au moins qui sait passer en revue les sonorités qui l’ont bercée et accompagnée. Parmi eux, on reconnait l’âme de Prince, de Michael Jackson mais aussi de David Bowie (et son titre « I’m affraid of Americans »)  sur  le morceau « Killah ». Elle s’offre également une percée pop aussi mémorable qu’avec « Hey hey nothing else I can say » sur « How bad do you want me ». Entre références à son propre univers, passage en revue de ses meilleurs titres et introduction puissante sur ce qui restera après plusieurs écoutes, le morceau le plus fort de l’album :  » Disease », la chanteuse aura réussi sans nul doute à revenir plus forte que jamais. Gaga face à elle-même est aujourd’hui indétrônable et sa force est toujours aussi tapageuse. On en attendait pas moins de son septième album studio en solo. Reste à attendre de la voir le défendre en live. Nul doute qu’elle sera à même de lui donner cette âme entre grotesque et beauté. Tout en rappelant au monde, s’il avait oublié, qu’elle est aussi celle qui jouait du piano avec ses pieds autant que ses doigts quand l’OVNI Gaga débarquait à la conquête de notre planète chaotique. Et ça c’était une très belle introduction à une légende qui mérite de perdurer !

Lady Gaga - Disease (Official Lyric Video) clip

Michael Kiwanuka. Son nom est une évocation du sublime. C’est peut-être avec la série « Big Little Lies » que vous avez d’abord entendu ses morceaux. Du moins l’incroyable « Cold Little Heart » qui constituait son générique. Pourtant le britannique a su se détacher du simple attrait d’un single à série pour se constituer un univers d’une beauté rare et une discographie qui ne lasse jamais. En novembre 2024, il publiait son quatrième opus : « Small chances ». Un bijou, une fois de plus. Le chanteur donnait donc rendez-vous à son public le vendredi 28 février au Zénith de Paris pour le présenter. Nous avons eu la chance d »y assister, on vous amène dans cette soirée aux couleurs ocres.

Michael kiwanuka au pays des rêves

Il faut suivre ses rêves. « Follow your dreams », c’est le septième titre du dernier né de Kiwanuka. Mais aussi aussi le second morceau interprété ce soir au Zénith de Paris. Il aura fallu attendre 21 heures 15 pour voir débarquer sur scène l’incroyable musicien. Et faire la queue, le public du chanteur étant plutôt de l’école dernière minute pour entrer dans la salle. Normal, me direz-vous, point de groupies ce soir, ils et elles sont plutôt des adeptes de la musique et de la musique seulement. Voilà qui tombe bien puisque Kiwanuka est là pour proposer un véritable tour de force de cet art. A ses côtés, de très nombreux musicien.nes et un choeur. Les couleurs chaudes prennent possession du Zénith. Un bâton d’encens fume sur scène, des lampes donnent le sentiment de s’être installé dans un salon cosy. L’hiver s’est arrêté. Il a laissé son blanc manteau aux portes de la salle de concert dès que les premières notes de « The Rest of me » ont commencé à résonner. La voix grave de notre hôte n’invite qu’à la relaxation. Ici tout n’est que luxe, calme et volupté. Le luxe, le vrai se constitue surement d’instants de grâce, de petits moments de perfection, d’un bien-être que rien ne saurait troubler comme c’est le cas en cet instant. Et tant mieux si le tout résonne en chacun.e comme un rêve éveillé, car, nous le disions, ce soir nous allons suivre nos rêves et la figure onirique qu’est Kiwanuka pour se faire.

MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert
MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert

Régner sur le monde magique des salles de concerts

La musique de Michael Kiwanuka ne saurait souffrir d’aucune interruption. D’ailleurs, le maitre des lieux  sera finalement peu loquace. Quelques remerciements chaleureux viendront ponctuer la soirée. Pour autant, la communication n’en est pas amoindrie. Bien au contraire. La musique, le plus beau des langages, constitue la conversation rêvée de cette soirée presque parfaite. La set list défile avec aisance. « Father’s child » est interprété puis l’immense « Black Man in a white world » issu de l’album « love & hate ». L’occasion de rappeler les origines ougandaises du chanteur dont les parents avaient fuit le régime d’Idi Imin Dada. Et si on en profite pour se permettre quelques pensées à résonance actuelle, l’immense talent de notre homme pourrait bien être une bonne claque à la figure de nombre de nos dirigeants se permettant de questionner les vertus de l’immigration à coup de discours nauséabonds. Nul besoin en revanche de devenir un Michael Kiwanuka en puissance pour faire un pied de nez à un discours montant, qu’il faudra toujours combattre. Mais ne nous égarons point et revenons à notre soirée et donc à ce morceau à la résonance si puissante, dans son texte, son interprétation fabuleuse et surtout son choeur dont l’écho n’a de cesse de faire frissonner. Nos parlions plus tôt de soirée – presque – parfaite.  Pourquoi ce presque ? Outre l’évidente référence au diner presque parfait, qui pourrait bien coller à une soirée qui mérite un 10/10 en toute seconde ( point besoin d’aller la noter dans les toilettes, revenez !), le presque tient au choix de la salle du Zénith. Bien que ce soir sa disposition lui offre un univers bien plus cosy, la forme de sa fosse, le manque de possibilité de bien se placer, le public peu avare d’un placement en avant scène viennent à enrayer l’atmosphère si relaxante qu’instaure notre musicien. Le lieu est peut-être trop grand pour profiter pleinement de la communion offerte. « Rule the World »  (issu de « Love & Hate ») résonne ensuite et le son particulièrement bien géré, donnent à tout l’assistance le besoin de faire Kiwanuka le maître incontesté du Monde.

Notre maison, encore…

Un écran géant en arrière-scène vient ajouter une touche de beauté supplémentaire au moment. On y découvre des visages souriants, de tout âge, de toute origine. Des moments de beautés, de profonde plénitude. Un brin de fumée s’invite aussi à la soirée. Une brume de douceur. Nous sommes chez nous, dans un lieu où seule la bienveillance peut exister. La scène du Zénith est devenu le salon de Michael Kiwanuka. La musique en parcourt chaque recoin, elle vient masser nos cerveaux et nos coeurs. Debout, dans la fosse, le son nous permet de nous installer confortablement, se faisant fauteuil pour l’occasion. « Hero » ampli la salle. Le morceau issu de l’album « Kiwanuka » envahi les esprits. Les musiciens se complètent et forment un tout avec cette voix soul si puissante, leur précision est obsédante. Et puis finalement, comme notre instinct nous l’avait fait deviner, Kiwanuka parle de foyer avec l’un de ses plus grands succès « Home Again ». Hymne empli d’espoir, promesse d’un nouveau jour qui arrivera, de la force que nous retrouverons. Cette promesse vient percuter chaque spectateur ce soir qui chante avec lui. Les doutes s’envolent, si notre héros le dit, un jour on se sentira forts à nouveau. La set list défile à toute allure et le temps d’un premier au revoir pointe trop rapidement le bout de son nez. C’est un nouvel extrait de son dernier album qui vient à conclure ce premier acte : « Stay by my side ».

MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert
MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert

Des au revoir emprunt d’amour et non de haine

L’amour c’est aussi et surtout ce qui définie le mieux la performance de Kiwanuka. Et pas ce type d’amour forcé de pop star qui passe sa soirée à offrir de longues tirades pour constamment parler d’amour ou dire aimer son public. Non, nous en sommes loin. Loin des clichés, loin du forcing, loin des habitudes, des gimmicks de spectacle. L’amour ce soir, il se distille dans l’air, il apparait naturellement, il prend position parce que ce concert sent la sincérité. Parce que surtout, il sent l’adoration de la musique, de la vivre et la partager. Aussi essentielle que l’air que l’on respire. Et qu’importe si la set-list se répètera dans d’autres villes, demain, après-demain et les jours qui suivent. La sincérité touchante d’un moment parfaitement harmonieux suffisent à le rendre sincère, à en faire un souvenir précieux. « Lowdown » et ses deux parties peuplent les retrouvailles du rappel et « Four long years » viennent le clore non sans que chaque musicien.e n’ait été au préalable présenté.e. Sans trop attendre, un dernier rappel vient sceller nos tristes au revoir. L’immense « Cold Little Heart »résonne enfin, dans une version à l’intro écourtée. Mais dans un format idéal pour le live. Puis enfin, une dernière note d’amour sur « Love & Hate ». L’amour et la haine, le ying et le yang, l’équilibre toujours. Si tout doit être équilibré, alors dehors en quittant le Zénith, le Monde semblera brouillon, stressant, anxiogène pour compenser l’harmonie éprouvée. Heureusement, on gardera la lumière apportée par Kiwanuka dans nos petits coeurs, parfois trop froids.

MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert
MICHEAL KIWANUKA ZENITH 2025 ©Kevin Gombert