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Julia Escudero

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En février 2022, Big Thief publiait une petite merveille au nom épique « Dragon New Warm Mountain I Believe in you ». Au programme une pépite de 20 titres, rien que ça, emprunts d’un univers magique où la folk et le rock font bon ménage. On s’y sentait comme au coin d’un feu de camps, avec l’aisance que l’on a avec de bons amis. En confiance, en harmonie.Au creux de cet opus, de la diversité : parfois entraînant  « Spud Infinity », d’autres fois porté par des cassures de rythmes « Little Things », de la folk bien écrite « Certainly » ou les balades accrocheuses « Simulation Swarm ». Le tout porté par la voix inimitable de sa chanteuse, aérienne, profondément touchante. De quoi satisfaire un public exigeant, féru de folk rock mais pas que.

Big Thief - La Cigale - 2022
Big Thief à La Cigale – Photo : Louis Comar

Depuis la troupe d’Adrianne Lenker a parcouru le monde pour le défendre. La tournée américaine touchant à sa fin c’est vers l’Europe que les 4 inséparables s’envoleront pour y passer le printemps. Aucun passage français n’est pour autant programmé, parce que la vie est injuste tout simplement. Toujours est-il qu’au milieu des dates et des tours bus, Big Thief a pris le temps de composer et de tester ses nouveautés en live. Si les groupes de fans partagent quelques extraits captés ça et là au téléphone portable, laissant juste entre-apercevoir ce que pourrait donner le prochain opus du groupe, c’est finalement grâce au Late Show qu’il a été possible d’en écouter un peu plus.

« Vampire Empire » : vol au dessus d’un nid de chœurs

Intitulé « Vampire Empire » ce tout premier nouvel extrait convoque le meilleur de Big Thief. Partant d’un démarrage très folk rock, le titre dose à juste titre son envolé. L’aisance indé du groupe est toujours saisissante. Comme dans un « Little Things », les rythmiques et les voix s’y enter-mêlent, les éléments se mélangent. Le dialogue est là entre les instruments et le chant. Le groupe a le don de créer des morceaux planants où l’osmose est maîtresse. Ici, l’impression de voler entre les notes domine. La voix aérienne d’Adrianne Lenker y est pour beaucoup. Elle s’accélère, se pousse dans ses retranchement, d’abord aiguë, elle finit par se dévoiler plus grave allant jusqu’à pousser un cri bien senti à la « Contact » en fin de morceau. Léger comme les ailes d’un oiseau, ce titre promet un nouveau voyage enchanté pour le prochain album qu’on espère écouter au plus tôt.


Crédit photo : Louis Comar

Comme le temps passe vite. Quinze années nous séparent de la sortie de « Inside In / Inside Out ».  Déjà. De quoi se demander ce qui a bien pu se passer entre temps. Pour la bande de Luke Pritchard, beaucoup de choses, des albums, une vie de bébés rockeurs et aujourd’hui des bébés tout court, dont un premier pour le leader de la formation. Surtout l’année dernière, un nouvel opus bien plus lumineux qu’à l’accoutumée : « 10 Tracks to Echo in the Dark ». L’occasion donc de s’offrir une tournée pour célébrer tout ça. Parmi les dates programmées, une parisienne à l’Olympia reportée d’un an pour un motif que l’on connait maintenant trop bien : le Covid. Retour sur un moment de douce nostalgie dans un papier qui manque profondément d’objectivité, quand on aime après tout c’est pour la vie.

Ce samedi 18 février, l’Olympia est complet et prêt s’infuser une belle dose de souvenirs par les oreilles qui viendra toucher droit au cœur. Pour cause, la soirée promet d’être belle et de passer, comme les années, nous le disions plus haut, bien trop vite. Les lumières s’éteignent, la salle est emplie de bienveillance et notre chanteur débarque en solo sur l’inoubliable « Seaside ». Une ballade en entrée pour un groupe de rock ? Choix osé et rare puisque les copains ont tendance à préféré le gros singles qui claquent pour dire bonjour. Mais voilà un choix judicieux, déjà parce qu’il permet à l’Olympia de commencer à chanter en chœur dès les toutes premières notes de la soirée. Aussi et surtout parce qu’il est également le tout premier morceau à figurer sur l’épique premier jet de notre formation chouchoute. Seul armé d’une guitare et de son tee-shirt blanc, sourire aux lèvres, Pritchard sait qu’il parle à une assistance conquise et acquise à sa cause. L’instant permet un retour en arrière, ses boucles brunes dans les yeux rappellent bien des souvenirs. Mais où sont donc nos perfectos et nos slims ? D’ailleurs le groupe compte bien, comme il l’expliquera, donner la part belle à son album culte. Et pour se faire le voilà qui y consacre la première partie de son set, en jouant dans l’ordre les sept premiers titres qui le composent.

L’installation scénique est simple mais belle, les lumières propres, les musiciens habitués à se produire ensemble. « See the World » se pose logiquement en seconde position. Plus dansant évidemment, plus rock, aussi plus représentatif d’une certaine époque britannique qui avait bien touchée la France et était représentée chez nous par les BB Brunes. Les Kooks étaient d’ailleurs parmi les plus talentueux de ces déambulations musicales qui sentaient autant les premières cigarettes que les premières bières, les Ray Ban, les amours foudroyants et le rock lancinant. Au milieu de ces paroles connues, difficile de ne pas pardonner les erreurs, les moments moins justes du chant de Luke Pritchard par exemple qui ponctuent la soirée. « Ooh La », l’un des titres les plus connus du combo vient donc se placer rapidement dans le set. La foule chante plus fort que le meneur qui s’approprie l’entièreté de son espace scénique avec une confiance palpable, l’habitant d’un bout à l’autre. Chacun.e évoque un joli manteau et le monde comme un endroit qui mâche et recrache les jolies filles. Le frontman reste avare en paroles, il s’adressera à la foule certes, mais relativement peu pour mieux laisser places à ses compositions.

The Kooks - Olympia Paris 2023

Connexion vers le futur

Avant de faire un saut dans le temps pour mieux se concentrer sur son dernier né, le groupe s’offre un crochet par « She Moves in Her Own Way ». Sommes-nous nous aussi venu.es au show pour se raconter notre journée ?  Plutôt, notre passage de l’adolescence à l’âge adulte. Le titre est étiré en live et son dernier refrain est interprété encore une fois, de façon à en profiter plus longuement. L’introduction idéale en sommes. The Kooks a toujours eu un rock propre, une promenade portée par une voix qu’on connait maintenant par cœur, qui fait autant partie d’un référentiel commun et d’une histoire personnelle que l’odeur des gâteaux d’une grand-mère. La foule ondule donc doucement, sans débordement, la fête est douce. A priori avec l’âge adulte la bière a toujours le goût de l’Heineken, elle n’en a juste plus le prix (mais ça c’est de la faute de la salle).

L’âge adulte il est d’ailleurs temps de s’y plonger pleinement. « Connexion » et « Cold Heart » se succèdent rapidement pour montrer l’évolution des Kooks. En perdant ce côté glandeur désabusé, le groupe a largement changé de registre. Ce nouvel opus garde l’âme de compositions passées avec l’envie bien plus présente de créer un banger, de raconter une autre histoire. « Connexion » s’offre d’ailleurs des envolées lyriques sur son refrain chaleureux. Il faut admettre que le tout fonctionne mieux en live que sur album, porté par une euphorie collective.

L’âme des premiers albums plane toujours au dessus de l’Olympia. C’est ainsi que « Konk » se verra quand même offrir quelques titres, l’immanquable « Always where I need to be »  puis le très efficace « Do You Wanna » et sa sensualité qui évoque toujours le fantasme d’un club londonien au sol qui colle et aux open mics de qualité.

Crédit photo : Louis Comar

On ne l’a jamais caché le temps passe trop vite, à toute allure, il laisse sa marque et sa chaleur, l’impression de moments que l’on souhaiterait retenir mais qui fuient. Voilà donc venu le temps du rappel. L’occasion pour le groupe de s’offrir une petite reprise de David Bowie, « Rebel Rebel » avec l’aide de sa première partie : Stone. Un classique efficace avant de finir sur l’incontournable et évident « Naive ». Et si la naïveté de l’an 2006 n’est plus de rigueur en 2023, qu’il fut bon s’y vautrer quelques heures ce soir.


Il était temps ! Voilà des années que le cinéma d’horreur se mord la queue. On en a mangé du fan service, de la suite, du remake, de la redite. Au programme du film tiède, des effets tièdes, de l’envie de faire des films de petit génie qui passe son temps à raconter qu’il connait ses classiques. Seulement voilà, citer Micheal Meyers pour se la jouer fin connaisseur ne suffit plus. Et puis, on en a eu des litres de films à tiroirs, plus que d’hémoglobine. Certes, il y a beaucoup d’amour à avoir pour le cinéma d’Ari Aster mais il venait à manquer au répertoire actuel, une pellicule qui ose tout sans rien vouloir dire, par amour du genre uniquement. Un esprit slasher 70, 80 qui se fout de tout si ce n’est de mettre son spectateur en PLS sans jamais se prendre au sérieux. Et voilà que débarque « Terrifier 2 » de Damien Leone. Un bordel, blindé d’énormes défauts qui font tout le charme d’un film au goût douteux peu propice à faire débat tant il est libre. Le film idéal à voir entre potes fans de gore et de rires mal venus. On vous raconte.

terrifier 2 afficheTerrifier 2 : de quoi ça parle ? (De pas grand chose mais aussi…)

Après avoir été ressuscité par une entité sinistre, Art le Clown revient dans la ville de Miles County où il prend pour cible une adolescente et son jeune frère le soir d’Halloween.

Terrifier 2 : Est-ce que c’est bien ?

Bien c’est un grand mot et pourtant… L’histoire de la suite de « Terrifier » et des aventures de l’horrible Art le clown aurait dû prendre fin sur une plateforme de streaming. Le métrage a tout, y compris le budget (250 000 euros) du direct du DVD qui devrait commencer et finir sa course dans le bac à 1 euro. Seulement en France, la plateforme Shadows, qui s’est offert le film, décide de lui offrir une toute autre vie. En cause le bouche à oreille dans le milieu du cinéma horrifique et dans la presse spécialisée. En couverture de Mad Movies, en tête sur les trends des comptes spécialisés, le film commence à faire parler de lui. Et le voilà qui s’offre une sortie inattendue sur grands écrans. Certes dans quelques cinémas mais dans des multiplexes tout de même. La chose est assez rare. « Paranormal Activity » avait eu une destinée similaire avec un film sans budget qui pourtant se retrouvait sur grands écrans créant par la suite le mauvais empire Blumhouse et sa machine à broyer les bonnes idées grâce à des scénarios bâclés.

terrifier-2-art le clownPour « Terrifier 2 », difficile de détruire un scénario simpliste et difficile de créer la scission entre puristes de l’horreur et grand public. Déjà parce que le film de Leone n’est en rien fait pour le grand public. Non, il oscille entre humour très noir et tripes à gogo envoyant chier la cohérence pour plus de plaisir sanglant. En tête de liste des qualités de cette série Z : son humour et ses approximations volontaires. Vous aimez le cinéma de Rob Zombie, qui lui aime profondément le cinéma d’horreur sans jamais le prendre de haut ? Les images datées de « Massacre à la tronçonneuse » et le délire « Sharknado » (pas le meilleur des films de requins mais le plus connu) ? Vous allez adorer  ce métrage. La chose tient beaucoup au jeu d’acteur de David Howard Thornton dans le rôle du boogeyman vedette. Acteur de théâtre, il donne une dimension burlesque à son personnage muet et presque attachant mis dans des situations aberrantes avant ses meurtres en masse. Le voilà qui essaie des lunettes de soleil ou lave sa combinaison à la machine en lisant le journal avec toujours cet air candide qui tranche plus que les lames qu’il utilise. C’est bien le seul du casting à savoir jouer la comédie. Les autres ont tous un jeu oscarisable façon acteur studio Marion Cotillard dans Batman. Mais c’est aussi ça qui fait le charme.

Mais finalement est-ce si gore ?

Plutôt oui avec ses effets caoutchouc et beaucoup de faux sang. Quelques scènes pourraient bien vous donner la nausée même avec le cœur accroché. C’est le cas du sort réservé à une copine de l’héroïne ( ça compte pas vraiment comme un spoiler parce que tout le monde sait qu’elle existe uniquement pour le body count) long, violent, déluré, dégoutant ou une certaine scène avec de la purée. C’est peut-être l’introduction qui donne le plus le ton de ce qui attend le spectateur : un œil arraché sans se faire chier à donner plus de contexte que ça, personne n’est là pour ça après tout.

art le clown et siennaIl faut néanmoins se le dire « Terrifier 2 » est blindé de défauts et tout le monde est volontairement conciliant avec lui parce qu’il est rare. Outre les défauts évidents qu’on pourrait reprocher à un nanar, mais qu’on ne peut faire à un nanar qui s’assume, le film est beaucoup trop long. 2 h 09 de métrage qui tente de donner une certaines dimension à son héroïne, qui s’égare dans l’envie de raconter des choses, de créer un suspens, c’est un peu trop pour un bal de l’horreur qui va toujours là où il est attendu. Et c’est justement ce qu’on veut voir, des scènes grostesques qu’on se remémorera avec les potes avec lesquels on aura pu le voir, en gloussant devant une liste de mutilations bien dégueulasses, toujours horriblement gratuites. Wes Craven disait que le cinéma d’horreur est un exutoire. Il peut être bien des choses, une critique de la société, le déversement de nos plus bas instincts, une montagne russe géante. Là où il devrait généralement se moderniser, couper court aux clichés, ici il doit simplement convoquer l’ancien et proposer une nouvelle offre qui fait penser à un tour sur un grand huit. Quelques jump scares, beaucoup de décapitations, un périple devant lequel on glousse. Reste à regretter une scène coupée au montage, celle d’Art utilisant un pénis arraché pour souffler dedans comme dans un ballon et en faire des formes de chien, fleur ….et à s’amuser à chanter en chœur la chanson du clown immortel, plus violent et moins effrayant que Pennywise.

Nul doute que « Terrifier » deviendra une trilogie, que le prochain volet sera encore plus mauvais, avec un plus gros budget et le coeur toujours aussi empli d’un amour sincère pour un genre traité comme une basse sous catégorie du cinéma. D’ici là, si et seulement si vous avez le coeur accroché et que vous aussi vous aimez rire franchement devant des tripes et boyaux, courrez au cinéma pour le soutenir. En plus ça prouvera que vous savez mieux vous servir de vos jambes que tous les personnages de ce très chouette mauvais film.


The Cramps sont de retour… du moins dans les oreilles. Remis au goût du jour grâce à la série « Mercredi », le plus gros succès Netflix du moment, voilà leur titre « Goo Goo Muck » diffusé en boucle grâce à la vidéo de la fameuse scène de danse de Jenna Ortega. Cette dernière devenue aussi culte que virale n’arrête plus de faire parler d’elle que se soit pour évoquer le mouvement gothique ou la Covid de son actrice… La chose a été retourné dans tous les sens jusqu’à y perdre tout son sens. Pour ce qui est des Cramps, le retour en bonne grâce n’est pas non plus de l’acabit d’un « Running up that hill » de Kate Bush propulsé dans une nouvelle vie orbitaire grâce à « Stranger Things ». Le groupe fait pourtant partie des incontournables. Et si la redécouverte obsessionnel  de leur premier jet suite à son acquisition en vinyle dans une version d’origine me pousse à écrire ces lignes, « Mercredi » servira de prétexte tout à fait honorable pour vous convaincre d’écouter les merveilles d’un groupe qui a cassé les codes du punk , du rockabilly et de l’amour du cinéma de genre de série b. On en parle.

cramps songs the lord taught usUn peu d’histoire

Le contexte est toujours primordiale. Les Cramps, comme beaucoup de groupes de rock d’un certain âge – et c’est d’autant plus vrai dans le punk – ont plus changé de composition que de pulls au cours de leur brillante carrière. Reste qu’il naitra et mourra par la main de son chanteur, l’incroyable Lux Interiori (de son vrai nom Erick Lee Purkhiser), dont le décès en 2009 signera la fin définitive (Queen aurait pu trouver une forme d’inspiration dans cette idée, on dit ça comme ça…)

C’est pourtant par une histoire d’amour que tout commence. Nous sommes en 1976, au mois de mars, à Sacramento (Californie). Et comme au début d’un film d’horreur classique Lux Interiori prend en stop une parfaite inconnue Kristina Kristy Marlana Wallace. Contrairement à leur cinéma favori, le trajet se passe bien. Les deux échangent sur leurs passion commune pour les films à petits budgets dopés aux monstres mal faits et aux litres d’hémoglobine mais aussi pour les musiciens méconnus. Elle devient Poison Ivy (comme le personnage de Batman) et ils décident ensemble de fonder un groupe.  Pour que le projet puisse fonctionner ils invitent à les rejoindre deux musiciens… ce qui est un grand mot puisque leurs nouveaux acolytes ne savent absolument pas jouer de leurs instruments respectifs. Syd Vicious non plus me direz-vous à juste titre. Greg Beckerleg, alias Bryan Gregory prend la guitare comme ils peut et Miriam Linna se met elle aussi tant bien que mal à la batterie. La basse ? Nique la basse, le combo fera sonner ses guitares à l’unisson et ça ira très bien.

the crampsIl faut encore choisir un nom. Ce sera The Cramps. Pour les crampes menstruelles des règles oui. Voilà encore une preuve de l’immense liberté, de l’intérêt social et de la modernité du punk. Notre groupe d’origine a en plus mis More Women on stage et on est toujours en 1977 !

L’idée que le groupe serait pénaliser par l’amateurisme de ces musiciens est pourtant une chimère. Au contraire le rendu musical est bluffant. Inspirés par les pionniers du rock dont le rockabilly, la formation y ajoute sa touche de psyché, de punk déluré, de surf music et une maîtrise sans limite de ses rythmes. L’excellence est là. D’ailleurs, il n’y a pas à s’y tromper, la troupe de californiens débarque à New-York et devient résidente du CBGB. Ils s’y produisent en alternance avec Suicide d’Alan Vega ( !!!!! je répète !!!!! – à quel point aurait-on aimé vivre ça ?). Mettons une parenthèse pour se plaindre à nouveau de ce qu’est devenu le CBGB : une boutique de luxe peuplé de vêtements certes rock mais que seuls les Rolling Stones peuvent se payer. Finalement Lina quitte le groupe pour fonder deux autres groupes et un fanzine (Kicks). Elle est remplacée par Nick Knox. Le groupe fonde son label Vengeance, enregistre ses premiers titres, se lance sur les routes, part à la conquête de l’Europe. Et puis vient enfin le premier album en 1980 : « Songs the Lord Taught Us ».

Un album messianique

The Cramps - Fever

Rien ne peut préparer à l’immense claque qu’est ce « Songs The Lord Taught US ». Si ce n’est pas sur cette pépite que vous trouverez « Goo Goo Muck » tout est à tomber sur cet album aussi lourd que barré, à l’esthétique singulièrement inspirée par le cinéma qui leur parle et par ceux qui les ont inspirés. Nos compères ne se contentent pas d’y poser leurs compositions personnelles : ils y ajoutent des reprises à l’opposé des originaux. C’est ainsi qu’on peut découvrir sous une nouvelle oreille  « Strychnine » des Sonics ou « Tear It Up » de Johnny Burnette. Mais aussi et surtout le tour de force « Fever » initialement signé par Little Willie John, l’un de leurs titres les plus connus. L’originale à une beauté jazz profondément rock’n’roll, elle respire l’amour, le groove, donne l’envie de bouger sensuellement ses hanches. Celle des Cramps se fait dangereuse dès ses premières notes chuchotées comme une menace. Les rythmiques brisées y sont obsédantes et donnent des sueurs froides. Le titre se délie à pas de velours et sublime toute l’élégance de l’originale, la canalise pour la rendre underground et la voix rauque de Lux Interior n’est pas étrangère à cette recette gagnante.

Il faut dire que le message était bien passé dès les premiers minutes de l’opus avec le titre complètement déjanté « TV Set ». Lux y crache ses mots dans le micro, les répétitions y deviennent un ADN. Pas de doutes possibles, les Cramps ont les sonorités et les cordes qui sifflent du punk mais ils s’élèvent vers une dimension bien plus écrite et construite. « Rock on the Moon » est la définition exacte du rockabilly sous acide, lunaire, délirant et exaltant. Mais ce qu’ajoute aussi le groupe à son album c’est sa touche californienne et son soleil surf. Là où la scène indé new-yorkaise capture une noirceur pour mieux la canaliser, nos acolytes convoquent les ténèbres et les rendent dansants. Comme aurait voulu le faire « Thriller » finalement… Mais faire la danse des zombies ne suffit pas. A moins qu’on ne parle de « Zombie Dance », huitième titre de l’album, dément de bout en bout et parfait accord entre les courants qui le précède et la modernité punk de l’instant.  La composition originale « Garbageman », quant à elle, est une inoubliable illustration des prouesses dont sont capables les Cramps.

« I was a Teenage Werewolf » à l’étoffe d’une bande originale efficace là où « Sunglasses after Dark » profite de la voix habitée de son frontman. Mais aussi et surtout d’une guitare sonnant de façon tonitruante, sans relâche pour mieux capturer l’âme des aigus et en faire cadeau au seigneur qui les habite.  L’album profite d’une cohérence parfaite de bout en bout, pas un seul morceau ne vient à être de trop. Révolutionnaire, indé, vivant. Il s’adresse à un public averti et sait pourtant se rendre accessible. « Mercredi » sera peut-être une belle occasion pour le public de le redécouvrir et d’y danser une danse endiablée qui ne lui permettra pas d’avoir des crampes.