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Julia Escudero

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Thérèse Toxic

Avec la Vague, Thérèse avait habitué son public a de la qualité, de la nouveauté et une gestion forte de son image. La chanteuse activiste et bienveillante a décidé de voler de ses propres ailes et d’utiliser son prénom pour se faire. Thérèse tout simplement comme Cher, Madonna, MIA avant elle à qui elle n’a pas à envier la posture, le professionnalisme, le militantisme, la faculté à être un personnage entier, à être une star née en somme.

Avec La Vague, la musicienne optait pour le mélange des genres, orientalisant à coup d’intrus traditionnels le rock, le hip hop, la pop et l’électro, jouant sur des rythmiques bien pensées et sur une voix puissante. Pas de doute, en solo, la styliste saura adapter ces sons world pour leur donner un coup de modernité, créant quelque chose de novateur et bien pensé qui sait que dans le monde actuel, la musique ne doit pas avoir de frontières. Rentrée en studio fin septembre pour enregistrer son premier EP, elle dévoilait les coulisses de cette expérience à ses followers à travers des vidéos baptisées « Behind the Fringe ». Un beau teasing qui promet justement l’intervention d’instrus traditionnels dans une série de titres d’une modernité sans fin.

C’est aussi ce qui fait la beauté de Thérèse en tant qu’artiste, sa capacité à s’ouvrir, à être à fleur de peau, à se dévoiler avec sincérité et à transmettre la tornade folle qui sommeille en elle dans sa musique. Avec Thérèse on communie, on parle, on vit l’art. Son premier titre T.O.X.I.C s’avère d’ailleurs être une forme de confidence prônant l’émancipation des relations toxiques avec l’autre comme avec soi-même. Entraînant, entêtant, alliant le charme de l’indé à la capacité tubesque des morceaux radiophoniques, ce premier jet va vous enchanter et vous donner la furieuse envie de bouger vos fesses. N’en déplaise d’ailleurs aux normes actuelles qui feraient de la danse le mal absolu. Thérèse offre à ce premier titre un clip tout aussi iconique, au programme des fleurs, du feu, de la puissance, de la force, de la férocité féminine (et féministe) et une mise en images très léchée. Co-produit par Adam Carpels, ce titre est une ode à la liberté, ce dont nous avons absolument besoin par les temps qui courent.

Découvrez le clip de T.O.X.I.C


we hate you please die

Dès sa découverte au Printemps de Bourges 2019, une certitude s’est installée : We Hate You Please Die allait devenir un incontournable de la scène indé rock française. Il faut dire que le quatuor mixte envoyait du très lourd passant du lo-fi au screamé au court d’une performance artistique et jusqu’au-boutiste où la tiédeur était exclue.

Un premier album « Kids are lo-fi » paru en octobre 2018 allait en ce sens peuplé d’expériences musicales déjantées et de titres puissants. Un EP  » Waiting room » était quant à lui publié en mai 2020. Ces galettes, loin d’être passées inaperçues permettant ainsi à la formation de s’offrir quelques très jolis tremplins dont un prix Chorus qui lui sera officiellement remis le 1er octobre 2020. La qualité est là et elle ne trompe pas.

Il faut dire que les musiciens engagés ( que ce soit sur les causes sociétales ou écologiques) confèrent au punk rock garage une note transcendantal.  On n’écoute pas tant We Hate You Please Die qu’on ne le vit. Vibrant, moderne, dans l’air du temps, le groupe a su rapidement se faire une place évidente dans une scène riche, réinventant le rock qui commençait à sérieusement manquer au paysage musical actuel.

Un clip sous LSD pour « Figure it out »

Finalement,  le groupe a décidé de donner une nouvelle vie au morceau « Figure it out », titre à part dans sa bande son puisqu’il côtoie avec succès le fuzz psychédélique, en lui offrant un clip. Ce morceau hallucinogène de plus de 7 minutes invite à un tour de montagnes russes. On débute doucement bercé par quelques notes de ballade avant que guitare et batterie ne se déchaînent, que le psyché ne prenne le dessus sur la voix, que les 70’s ne copulent avec les années 2020. La montée semble sans fin et les loopings font loi.  Il fallait les tenir ces 7 minutes sans perdre le cap et l’auditeur, le pari est pourtant relevé haut la main.

Pour l’habiller, le groupe a choisi un cartoon aux couleurs criantes qui pourrait tout aussi bien être l’imagerie d’un cerveau sous LSD. Il est signé par le réalisateur et illustrateur Julien Brunet. En ces temps de restrictions sans fin, ce « Figure it out » sonne comme une dernier souffle de liberté nécessaire.


Les concerts à venir

01/10/20 : Festival Chorus

Paris 02/10/20 : Festival Qui Sème Le Son

Parthenay 08/10/20 : Plein Air

Tulle 06/11/20 : Le Tangram, Evreux


lux aeterna

Si l’Étrange festival qui touche à sa fin dimanche 13 septembre a vécu nombre de temps forts, la diffusion du dernier film de Gaspar Noé était sans équivoque le plus attendu. Le réalisateur italo-argentin est par ailleurs l’un des poulains de l’évènement année après année. 2019 lui permettait d’offrir Climax en avant-première et de présenter la première de The house that Jack built de Lars Von Trier. Cette année c’est donc avec le très attendu Lux Aeterna qu’il revient en portant à l’affiche Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle. Ce 12 septembre une standing ovation attend d’ailleurs le réalisateur et Béatrice Dalle dans une salle pleine à ras-bords soit à 60% de sa capacité, Covid-19 oblige.

Lux æterna de quoi ça parle ?

béatrice dalle charlotte gainsbourg gaspar noe

Charlotte Gainsbourg accepte de jouer une sorcière jetée au bûcher dans le premier film réalisé par Beatrice Dalle. Or l’organisation anarchique, les problèmes techniques et les dérapages psychotiques plongent peu à peu le tournage dans un chaos de pure lumière.

Lux æterna, est-ce que c’est bien ?

lux aeterna

Un peu de contexte tout d’abord, le moyen-métrage de Gaspar Noé tient d’une commande à réaliser en urgence pour le festival de Cannes. C’est au bluff selon ses dires que le metteur en scène a promis un film sans même en connaître le sujet. Fort de son nom et de ses très grandes réussites, « Irréversible » restera dans les anales du cinéma français, ce dernier a su vite s’entourer d’un casting cinq étoiles réunissant Béatrice Dalle la sulfureuse et la douce mais téméraire Charlotte Gainsbourg pour un film qui évoquera la sorcellerie. Changement de registre d’ailleurs pour le cinéaste puisque le film est pour la première fois de sa carrière tout public donc loin de son traditionnel interdit aux moins de 16 ans et s’attire la sympathie des Cahiers du cinéma pour la première fois, comme quoi la qualité viendrait d’un manque de violence ou peut-être d’un point du vue interne sur le monde du cinéma selon ces derniers. Passons le discours sur le cinéma d’épouvante et sa perception par la critique en France, il est connu de tous ses amateurs. Avant même le début du film, Dalle n’a de cesse de vanter les mérites de l’oeuvre « Il est trop bien » allant jusqu’à ajouter qu’il est sa plus grande fierté. Doit-on la croire ? Verdict.

Objet étrange que ce Lux ætera qui a bien sa place au festival qui le projète en presque avant-première. Etrange dans son traitement où l’improvisation est mot d’ordre mais aussi dans son approche et ses couleurs. Puisque le métrage se partage l’affiche entre deux points forts : la rencontre de deux actrices opposées dans leurs tempérament et l’image et le jeu de plans et de couleurs. Le sujet finalement parait secondaire. D’entrée déconseillé aux épileptiques,  il met en image la Cène et la passion du Christ sous un jeu de lumières justement prompt à créer une crise d’épilepsie. Fort de son recule sur le travail de cinéaste, le film joue la carte d’un second degrés et d’un recul volontaire à l’aide de citations piquantes dévoilées à dose régulière sous forme de panneaux. On ne peut enlever à Gaspar Noé sa capacité à créer une atmosphère, ici de plus en plus étouffante à mesure qu’elle frôle avec l’anarchie et l’hystérie.

L’autre point fort du réalisateur étant sa capacité à travailler en équipe, connu pour laisser les acteurs improviser sur les plateaux, il semble ici leur donner une carte blanche intégrale construisant son récit sur les personnalités des deux stars, leur offrant l’occasion d’être elles-même face caméra. Un long dialogue entre elles, franchement savoureux et dévoilé sur un écran coupé en deux fera ainsi l’unanimité pour un public adepte de ses deux femmes. Béatrice Dalle, la grande gueule, exubérante et attachante balance quelques grandes phrases bien senties sans se prendre au sérieux et avec un ton naturel et parlé. Les hésitations dans le discours, l’absence de fluidité propre à la vraie vie sont ainsi mises en lumière. Timide mais éblouissante, Charlotte Gainsbourg ponctue la conversation avec pudeur.

Les sorcières sont bien au programme, oui, puisqu’une scène de bucher doit être filmée mais aussi et comme c’est introduit le dialogue parce qu’il est facile de ré-adapter le discours de la sorcière sur la femme de 2020. Béatrice Dalle ne serait-elle pas jetée au bucher par son producteur et son chef opérateur alors qu’une femme prend le pouvoir derrière la caméra ? N’est-ce pas aussi le cas des autres actrices qu’on n’écoute pas et qu’on ne comprend pas ? Une femme déterminée ne serait-elle pas une sorcière lorsqu’elle tente de prendre du pouvoir ? En choisissant également de créer une oeuvre en deux langues anglais et français, Noé pousse cette incompréhension entre les êtres et peut-être aussi, semble-t-il s’amuser à demi clin d’oeil, entre une équipe de cinéma qui joue entre coups bas et incapacité à être dirigée. Puisque tout le monde semble chercher à prendre le pas sur l’autre, à dépasser son rôle. La lumière y est un incroyable vecteur de tension et d’angoisse tout comme le son qui lorsqu’il perturbe la communication devient diviseur.

Gaspar Noé semble s’adresser dans ce moyen métrage aux érudits. Si le film parle du cinéma et était destiné au festival de Cannes, il est l’occasion de tacler, remettre à sa place, créer des situations qui paraissent vécues. Quitte à laisser de côté un spectateur lambda qui comprend ce qu’on lui dit mais ne peut ressentir les scènes qui lui sont proposées. L’histoire quasiment laissée de côté au profit du sentiments et d’hystérie collective déstabilise et fait de cet objet cinématographie une bête de festival bien plus qu’un métrage à laisser entre toutes les mains. C’est probablement l’un des points noirs du film qui dit des choses mais finalement sans trop en dire et sans les dire à tout le monde. Les citations parfois amusantes ramènent le propos à sa place, laissant à tous l’occasion brève de faire partie de cette aventure. Un brin décousu l’oeuvre manque peut-être de la violence propre à Noé, n’en déplaise à certains, pour mieux appuyer son propos et le rendre plus lisse. L’épreuve vécue par les actrice se transforme parfois aussi en épreuve pour le spectateur lui aussi agressé par la lumière et le son. Est-ce une façon de l’intégrer au récit et la montée en tension palpable ? L’hystérie d’ailleurs comme la sorcellerie reste des maux que l’on attribuait volontiers à la femme, en ces temps de percée féministe, le discours semble tomber à pic sans jouer l’axe de la redite des réseaux sociaux.

Loin d’être exempt de défauts, le film séduira un public déjà conquis et initié tout en mettant ses actrices en son centre. Il pourra néanmoins laisser complètement sur le carreau, certains spectateurs dépossédés de l’instant. A en juger pourtant par l’euphorie galvanisante en sortie de salle 500, les fans du cinéastes, les cinéphiles farouches y trouveront leur compte. D’autres pourraient y voir un clip joliment mis en scène mais trop improvisé et manquant d’une construction plus linéaire. Point de choc et de scène qui empêcheront de dormir la nuit au programme, mais une réflexion abstraite à reprendre pour mieux l’intégrer. A ne pas mettre dans toutes les mains donc.

Sortie en salle prévue le 23 septembre.

Bande-annonce


possessor film 2020 extrait

Très attendu par les aficionados de cinéma de genre, « Possessor » s’est joué pour sa deuxième diffusion à l’Etrange Festival à guichets fermés. Il faut dire que le long-métrage du fils de David Cronenberg ( La Mouche, Chromosome 3) n’a rien à envier à la qualité à laquelle nous a habitués le père. Entre place du travail destructrice de la personne, danger des nouvelles technologie, caméra précise et effets carrément gores, l’oeuvre est jouissive. On vous raconte.

Possessor de quoi ça parle ?

Tasya Vos est membre d’une organisation secrète : grâce à des implants dernier cri, elle peut contrôler l’esprit de qui bon lui semble. Jusqu’au jour où le système bien rôdé de Tanya s’enraye. Elle se retrouve alors coincée dans l’esprit d’un homme, dont le goût pour la violence se retourne contre elle.

Possessor, pourquoi c’est bien ?

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Si Cronenberg père est connu pour son rapport au corps et son obsession pour ses transformations, cette marque de fabrique revient volontiers dans le travail du fils. Loin d’être un simple film d’époque, le réalisateur Brandon Cronenberg signe ici un métrage puissant qui aurait pu aussi bien sortir au sommet de l’âge d’or du cinéma d’épouvante (dans les années 70 à 80) que dans nos sombres années 2020. Loin des grandes sorties horrifiques actuelles souvent édulcorées, ce Possessor s’évertue à repousser les limites, osant tout ou presque, choquant par son visuel fort en hémoglobine tout en gardant pourtant un ton froid et posé. Le corps, lui est vu sous toutes ses couture. La sexualité y est omniprésente et prend en fonction de ses protagonistes plusieurs visages questionnant presque le genre du bout des doigts lors d’une scène au graphisme époustouflant. L’identité, au coeur de l’intrigue, celle qui attache aux proches y est sans cesse questionner. Sommes-nous une somme de souvenirs ? Le reflet de nos impulsions ? semble-t-il questionner.

D’entrée, le malaise est palpable. D’abord celui d’une héroïne brillamment interprétée par Andréa Riseborough (Birdman). C’est d’ailleurs avec un casting 5 étoiles que l’oeuvre qui avait choqué au festival de Sundance se déploie. A l’affiche, on retrouve par ailleurs Tuppence Middleton (Sense 8), Jennifer Jason Leigh (Atypical, Les sentiers de la perdition)  ou encore Sen Bean (Golden Eye, Game of throne) qui rejoint la famille des acteurs de GOT que l’on découvre sous un nouveau jour dans les métrage horrifiques de l’Etrange Festival  à l’instar de Maisie Williams, incroyable dans The Owners).

La guerre psychique pour le contrôle du corps est au centre de cette fable éprouvante où les penchants violents de chacun ne font qu’accroître une sur-enchère de frustrations et de goût pour le travail bien fait. Savoir rester soi-même plutôt qu’avoir la liberté d’être une personne échangeable dans la société, est ici une valeur centrale du travail de Cronenberg qui pousse son propos à son apogée. A cela s’ajoute une atmosphère aussi viscérale que macabre qui prend vie dès les premières secondes du film sans jamais perdre de temps. Le spectateur y est valorisé alors qu’il n’est jamais pris pour un incapable de se raccrocher à une histoire, il y est au contraire embarqué sans jamais être noyé dans une profusion de détails contextuels. Sobre dans son propos, cette oeuvre entre science-fiction et thriller ne lésine jamais sur les moyens visuels. D’abord grâce à des décors à couper le souffle mais aussi et surtout par l’explication des sentiments grâce la mise en images lors de nombre scène où la dualité se superpose, où les visages se mélanges et où le flou et les effets de couleurs se succèdent. L’abstrait y devient très concret alors que trouble et intensité se côtoient. La bande son signé Jim Williams également sublime fait vibrer ce récit graphique. Tasya réussira-telle à contrôler le corps de Colin ? A s’adapter en quelques jours à une vie qui n’est pas la sienne tout en ne s’oubliant pas ?  Toutes ces questions trouveront réponses au court d’une heure quarante haletante de bobine à ne pas laisser entre toutes les mains. Nul doute que ce Possessor a tout pour devenir culte auprès des fans de cinéma de genre au coeurs bien accrochés.

En espérant que le film se distribue dans les cinémas français qui sont souvent frileux lorsqu’il s’agit de diffuser de l’horreur bien construite. L’Etrange Festival, lui, se poursuit au Forum des Images jusqu’au 13 septembre.

Découvrez la bande-annonce de Possessor