Declan Mckenna – Paris 2023 – Crédit photo : Louis Comar
Declan McKenna publiait son premier album « What do you think about the car ? » en 2017 à tout juste 19 ans. Une belle prouesse pour le petit génie de l’indie-rock anglais qui a su se fédérer un public d’adeptes dès ses premières heures. Aujourd’hui le musicien s’apprête à publier son troisième album studio « What happened to the beach » le 9 février 2024.
Une pépite pop rock aboutie, colorée et pleine de bonne humeur. A la réalisation de cet opus très attendu on retrouve Gianlucca Buccellati, connu pour avoir travaillé avec Arlo Parks et Lana Del rey, un gage de qualité s’il en est. Plus d’un milliard de streams, quelques 200 000 albums vendus dans le Monde à presque 25 ans, le musicien sait qu’un public de fans l’attend avec impatience. C’est d’ailleurs sur elles et eux qu’il a pu compter pour le retrouver dans la très intimiste Mezzanine des Trois Baudets à Paris. Cet espace bar a permis à Declan McKenna d’offrir un set acoustique à la foule compacte. Assisté d’une guitariste, il a joué quelques titres en exclusivité de ce dernier jet histoire d’en donner un avant-goût. Multi-instrumentiste et en grande forme, c’est à la guitare qu’il débute son set endiablé, pas besoin d’artifices pour plaire quand on sait créer des mélodies entêtantes et bien faites. Plus tard, en fin de concert le voilà qui se retrouve propulsé derrière le piano de la salle. Derrière lui un cercle de fans qui lui laisse l’espace de chanter, l’encourageant en chantant eux aussi mais du bout des lèvres pour ne pas troubler le moment. Il y a toujours une grande beauté à vivre ces instants privilégiés de communion entre artistes et fans dévoués. La preuve indiscutable que la musique marque les cœurs, les esprits et unie toujours. La magie n’a pas manqué d’opérer en cette soirée du 29 novembre. La chaleur humaine palpable faisait oublier le froid glacial extérieur qui a trop vite pris d’assaut la capitale. Côté public, alors que l’espace lui-même cassait la fameuse distance que peut créer la scène, impossible de rater une seule note distillée. Même les traditionnels murmures étaient proscrits. Plus bavard, le chanteur s’est laissé aller à des nombreuses blagues face à une vue imprenable sur le boulevard Pigalle, ses néons, son bouillon de fêtes et ses immenses lofts qui font rêver. Voilà qui promet un bel album, entraînant, entêtant et dont la version live en set intégral sera un must de l’année 2024.
Pour celles et ceux qui ont raté ce passage, le rendez-vous est déjà conné à la Cigale de Paris le 3 mai mais aussi le 29 avril au Tranbordeur de Lyon , 30 avril au Barbey de Bordeaux et le 2 mai au Mem de Rennes.
En attendant, on invite à (re) vivre le showcase de Declan McKenna grâce à une galerie photos signée Louis Comar.
(Re) vivez ce moment en photos
Declan Mckenna – Paris 2023 – Crédit photo : Louis Comar
Declan Mckenna – Paris 2023 – Crédit photo : Louis Comar
Declan Mckenna – Paris 2023 – Crédit photo : Louis Comar
Declan Mckenna – Paris 2023 – Crédit photo : Louis Comar
Pluralité et qualité. Ce sont les mots d’ordre du label Pias qui s’offre un catalogue toujours plus pointu. Il suffit de jeter un oeil rapide à la sélection…
Quel festival rime mieux avec mise en avant d’une scène indé pointue que le Pitchfork Music Festival ainsi que son Avant-Garde ? A travers le monde, l’évènement qui s’offre plusieurs visages, rayonne par sa diversité. Être au Pitchfork c’est une promesse de qualité mais aussi celle de s’adresser à un public expert qui connait aussi bien son sujet qu’il fait confiance à une équipe brillante à la programmation. A Paris en ce mois de novembre 2023, le festival prend d’assaut de très nombreuses salles de la capitale. Des connues : le Pop Up du Label, le Café de la Danse, le Supersonic, le Badboum … mais aussi des lieux atypiques comme l’église de Saint-Eustache.
En ce samedi 11 au soir, armé du bracelet qui permet d’accéder à toutes les salles de l’évènement du côté du grand quartier de Bastille, il est temps de se lancer dans la course aux concerts. L’un des plus attendus n’est autre que celui de Bar Italia. Le groupe londonien est l’une des figures fulgurantes de la scène rock cette année. Signé chez Beggars, gage de qualité s’il en est, il s’était offert une Boule Noire à guichets fermés durant l’été. Les retrouvailles avec un public parisien impatient de lesvoir sur scène était aussi l’occasion de célébrer la sortie de son second opus en une seule année. Après l’excellence de « Tracey Denim », pépite aux allures de Sonic Youth à la sauce moderne sans pour autant jamais tomber dans le plagiat, « The Twist » publié le 3 du même mois entérinait le statut d’un groupe puissant à l’esthétique aussi léchée que sincère. C’est donc sans surprise qu’à l’heure du début du show soit 20 heures 30, le Café de la Danse se voit envahit par une ordre de fans de rock dont l’écrasante majorité a entre la vingtaine et la trentaine d’années. Impossible pour beaucoup d’entre elles et eux d’entrer. La jauge est plus que pleine et il faudra attendre de miraculeuses sorties pour pouvoir se frayer un chemin dans la petite salle parisienne.
Aucun moyen de se tromper, c’est bien pour eux que la foule s’est déplacée. Le bar est vide là où l’avant scène déborde. Chacun.e s’entasse, grimpe là où il ou elle peut pour tenter d’apercevoir et de bien voir les petits génies du rock.
Côté scène, la formation joue la carte du minimalisme. Aucun décors, aucun effet et quasiment aucune parole échangée avec le public. Seule la musique compte et le fait d’en jouer un maximum en un minimum de temps soit 40 minutes de shows. La chanteuse profite d’un look particulièrement sobre si on se concentre le haut de son corps : chignon, veste de costume, jupe plissée. Un collant noir et blanc aux longues rayures vient à casser le tout. Tout ça est à l’image de leur prestation : lisse et propre mais cassée par la mélodie radicalement rock que dévoile le combo.
Précision statique
En les retrouvant sur scène la comparaison avec Dry Cleaning sonne comme une évidence. Qu’il s’agisse de parler des compositions doucement lancinantes et hypnotisantes qui les caractérisent, de la voix féminine qui domine la musique ou simplement de la posture sur scène. Alors que la musique de Bar Italia est clairement un dialogue , la voix du chanteur s’additionne comme une réponse avant de reprendre elle-même le lead de l’instant. La qualité est clairement au rendez-vous. Le son est bon, la voix millimétrée, la mélancolie qui se dégage des versions studio est bien là, l’interprétation est juste et précise.
Néanmoins le tout est trop statique et manque d’ampleur sur scène. Les membre de la formations ne semblent pas encore avoir pris leur aise sur les planches, se cachant derrière leurs instruments et compositions sans savoir comment se mettre en avant eux en tant que personne. Le tout donne une note plus dure à l’instant. Ils oscillent légèrement et quand un membre du public réclame un titre en particulier seul le mot « Maybe » sera prononcé en réponse. Le public lui suit le pas, certes heureux de les découvrir en live mais se contentant de bouger avec lenteur pour suivre les notes. Une forme de timidité peut-être pour un groupe formé en 2020? Toujours est-il que même les visages de ses acolytes restent fermés et concentrés sur leur activité.
Les deux derniers albums s’alternent et les temps forts de « Tracey Denim » ne sont pas oubliés pour autant dont l’excellent « Nurse! ». Un véritable régal à entendre en live, à l’image de cet album très égal où tout les titres sont aussi bons les uns que les autres., chacun y ayant son exacte place. Le concert se termine comme il a commencé. Pas d’au revoir, pas un mot. Juste une dernière note qui flotte dans les airs sans chichis, sans larsen. Le Pitchfork Avant-Garde continue lui de résonner dans le quartier de Bastille ce soir-là mais aussi dans tout Paris jusqu’au 12 novembre.
Pour finir l’année en beauté et se préparer pour 2024, on vous fait un petit topo des album qu’on attend en 2024. Premiers extraits à l’appuie, cette nouvelle…
La Chute de la Maison Usher disponible depuis le 12 octobre 2023 sur Netflix suit Roderick et Madeline Usher, des frères et sœurs jumeaux et entrepreneurs, qui ont bâti un véritable empire pharmaceutique autour d’un médicament anti-douleur. Lorsqu’une mystérieuse femme révèle au monde entier leurs secrets sordides, les membres de cette famille vont commencer à dévoiler leur vraie nature.
La chute de la maison Usher, est-ce que c’est bien ?
Chaque année, la tradition persiste. Pour Halloween, Mike Flanagan dévoile sur Netflix une nouvelle série. Voilà qui est encore plus excitant que de revoir « Love Actually » avant noël. Et chaque année la question se pose, sera-t-il aussi bon que les précédentes fois ? « Haunting of Hill House » était un chef d’œuvre sur le deuil, « Bly Manor » l’histoire d’un amour maudit, le sommet de son travail « Midnight Mass » était une lettre fascinante sur la religion et la rédemption, « Midnight Club » sorti hors saison, avait été injustement boudé alors que ce « Fait moi peur » centré sur la maladie était également une excellente histoire. « La Chute de la Maison Usher », cette fois, librement inspiré de l’œuvre d’Edgar Alan Poe promettait donc de passer un excellent moment de frissons. Et ça tombe bien, puisque, effectivement, Flanagan nous plonge une fois de plus dans une série complexe, très écrite et particulièrement brillante. Certes « Midnight Mass » gagne la palme de la meilleure série qu’il aie pu réaliser mais celle-ci vaut largement le détour.
On aurait été beaux, on aurait fait pleurer les corbeaux
C’est donc l’univers du célèbre auteur qui aura inspiré Flanagan pour ce nouveau coup d’éclat. En pratique, comme toujours la série est très bavarde. Les personnages, très bien écrits et interprétés par les acteur.rices avec lesquels il a l’habitude de travailler shows après shows. On a plaisir à retrouver ses chouchous de Carla Gugino ( à l’opposé des rôles très doux qu’elle campe habituellement), Kate Siegel, Zache Gilford et les autres … On y retrouve également les dialogues verbeux et formulations très écrites que l’on connait au réalisateur. Cette fois-ci l’intrigue se découpe en actes dont chacun s’inspire d’une nouvelle de Poe. Et comme, il s’agit ici de rendre hommage à ce géant de la littérature fantastique avec classe, nombreux sont les passages récités sous forme poétique. L’exploit que nous propose donc le réalisateur c’est de conjuguer cela à un récit fourni sans jamais tomber dans les pièges évidents de la lourdeur ou du prétentieux. Evidemment, comme on le retrouve chez l’auteur, la présence d’un corbeau va faire basculer l’existence dorée et privilégiée des personnages – tous abjects- que l’on suit dans un cauchemar noir qui laissera peu de place à l’émotion. Le corbeau ici, il peut aussi se lire de manière très littéraire : celui qui signe un courrier anonyme et menaçant. Sauf qu’il n’est pas uniquement menaçant, il est létal. Pas de spoiler ici, il est dit dès les premières minute que chaque enfant Usher a trouvé la mort dans des circonstances dramatiques. Chacune de ces tragédies est une nouvelle interprétation d’un conte noir, de Poe donc modernisé au possible, et remettra au goût du jour des écrits comme « Le cœur révélateur » ou « Le double assassinat de la rue Morgue », considéré comme le premier roman policier de l’histoire moderne. Le corbeau c’est la femme qui les pourchasse . Et si dans les années 1800, l’évocation de l’oiseau pouvait en elle seule paraitre effrayante, elle risquait en 2023 de vite devenir désuète. Heureusement pour nous, Flanagan sait gérer un récit et rend effrayant un oiseau donc les ailes noires paraissaient plus enclines à faire peur aux enfants qu’aux adultes. La poésie rencontre le gore, parfois extrêmement violent mais dont l’esthétique léchée fait qu’il entre parfaitement dans la dynamique construite. Les sauts dans le temps qui suivent le récit de Rodrick Usher (Bruce Greenwood) coulent avec aisance, construisant ainsi plusieurs dynamiques de suspens. La folie dont sont pris les protagonistes se dévoile en toute pertinence. Rien n’est laissé au hasard, et un indice sur chaque mort est par ailleurs donnée en début de chaque épisode. Décors et costumes vertigineux s’ajoutent et perfectionnent une œuvre qu’il faut absolument voir.
Eh bien! Dansez maintenant
Tout ça ne serait rien sans le sens et les engagements que met Flanagan dans sa « Chute de la maison Usher ». Il y a l’évidence chute des bébé du népotisme. Critique acide d’enfants, aujourd’hui adultes, devenus monstrueux de par leur filiation. Qu’importe d’ailleurs que la découverte de leur bonne naissance eu été tardive, fut-elle à l’adolescence ou l’âge adulte, la bonne fortune arrivée les transforme. Pour se sentir exister sous l’œil de leur père mais aussi par eux-même chacun.e est amené.e à créer sa propre entreprise. Grassement payée par papa certes, mais avec l’impression d’avoir créer leur bonne fortune puisque papa juge durement et ne donne qu’une fois convaincu de la prospérité qu’engendrera l’entreprise. Hors et comme le dira Camille (Kate Siegel), les enfants Usher ne créent pas, ils font travailler d’autres pour eux. Et tout est ici question de filiation : l’héritage qui revient de droit même s’il doit être pris de force. Et cet héritage pourri jusqu’à l’os, celles et ceux qui en profitent. La méritocratie est bien plus intéressante aux yeux de notre narrateur. Dans un conte noir, l’idée parait effectivement sensée.
Mais c’est finalement en fin de série que son sens le plus profond est dévoilé dans sa totalité. Bien sûr l’écologie, la limite du capitalisme, l’exploitation dans le travail sont abordés mais le cœur même du sujet c’est bien de parler de la génération précédente et de son immense égoïsme. Et si pour s’offrir toutes les possibilités, en toute impunité, il suffisait de laisser payer le prix fort à la génération suivante ? Ne serait-ce pas la meilleure manière de faire ?
Singe qui rit, single qui pleure
Pour appuyer son propos, Flanagan n’hésite pas à parler clairement des test sur les animaux. Un long discours limpide y est dédié. Appuyant sur la caractère souvent inutile de la chose, comme les tests pour les maquillages. L’humain y est également montré comme abjecte et bien plus bestial que le chimpanzé torturé pour lui sauver la vie. De nombreuses tirades viennent s’ajouter à ce propos. Celle sur les enfants exploités, les dérives de la drogue, de l’alcool, du sexe quand on a accès à tout, en tête de liste. Les tests sur les animaux ne sont pas les seuls concernés puisqu’ils sont aussi effectués sur les humains, surtout dans les pays défavorisés en mentant allègrement sur les conséquences engendrées sur les population. Et comment représenter le bourreau qui est à la tête de ces méfaits ? Eh bien simplement comme un bouffon. Flanagan ne laisse rien au hasard. Rappelant que les pharmaceutiques peuvent être d’une acidité létale et que bien mal appris celui ou celle qui ne saurait sans méfier. En ce monde obscure, la démone qui torture notre famille a plus de compassion, de douceur et d’humanité que la famille dépeinte.
Pour contrebalancer, deux personnages donnent un ton plus lumineux au récit : Annel Lee ( la femme de Rodrigue) et Leonor. Elles sont empruntes d’empathie. Mais attention, la beauté peut se pervertir. C’est aussi ce qui transparait lorsque l’on regarde les enfants grandir : Frederick et Tamerlane. Enfants ils sont le foyer, la candeur. Adultes, rongés par l’argent, ils sont les plus monstrueux de leur fratrie. Les conjoints, spectateurs et victimes apportent eux et elles aussi du relief et ne vient que prouver de la monstruosité de la famille Usher.
En particulier celle qui est le personnage le plus fascinant : Madeleine. La sœur jumelle magnifique, brillante, forte et hautement machiavélique. Elle apporte avec elle la question de la quête d’immortalité. Un propos souvent abordé dans les contes sombres et y répond encore une fois par la modernité tout en questionnant l’intelligence artificielle. Elle est celle qui manipule, sorte de Gemini Cricket inversé, qui souffle les idées diabolique à celui qu’elle perverti. Madeleine a une noble cause en tête : changer le monde mais pas forcément pour le meilleur. Simplement pour son meilleur à elle.
En finalité, Flanagan s’intéresse à la question du Et si ? Avec des si on refait le monde dit-il. Si Rodrigue avait fait les bons choix que serait-il devenu ? Que seraient devenus ses enfants ? La réponse est donnée pour mieux mettre en perspective l’importance des décisions qui sont des choix de vie et pour rappeler ce qui compte vraiment.
La véritable richesse nous dit-il, est bien celle de la famille et de l’amour. C’est pour cette raison que l’homme le plus riche du monde n’est pas celui auquel on pense. Et si cette morale parait facile ou évidente, elle est amenée dans une conclusion brillamment interprétée et livre un savant écho à une vision du monde qui n’aura pas changer de 1800 à 2023.
Loverman qui êtes-vous ? Il est des coups de cœur évidents. Certain.es auront pu le découvrir en première partie de Tamino ou de Sylvie Kreusch en France faisant…
Il n’est de meilleur rendez-vous automnal que le MaMA Music & Convention. Chaque année, alors que l’automne se profile, il marque une rentrée bien entamée et des retrouvailles…
Buck Meek : « Haunted Mountain » – balade dans les montagnes miraculeuses
Le brillant guitariste de Big Thief, Buck Meek a aussi une carrière solo. Son nouvel album est bien plus country que la folk rock à laquelle il nous a habitué, quoique le dernier né du groupe d’Adrianne Lenker, « Born for loving you » a lui aussi sa vibe emprunte d’une Amérique solaire. Ce « Haunted Mountain » est en réalité une promenade à travers les chemins lumineux de l’amour. Un concentré de joie, loin des brouillards rocailleux auxquels l’oreille est habituée. Jeune marié, profitant d’une nature sauvage qui l’inspire et lui rappelle sa place dans le monde, Buck Meek nous prend par la main avec bienveillance pour promettre des temps apaisés. L’amour certes, mais sous toutes ses formes de la plus platonique, à celle de la maternité jusqu’à l’évidence amoureuse, tout passe en revu. La cadence promet un périple au cours duquel il fait bon vivre. Pour illustrer son propos, le chanteur choisit de faire une référence musicale à son pays, l’Amérique et reconstitue au mieux cette culture toujours aussi neuve empreinte de son Texas natal. C’est pourtant dans les montagnes portugaises que la majeure partie de la galette se voit écrite. Facile d’accès, il n’en oublie pas d’emprunter aux plus grands, Neil Young en tête de liste, pour se livrer. Si les paroles sont légères les mélodies le sont tout autant et respirent l’apaisement d’un feu de camp (« celui de « Dragon new warm mountain I believe in you » peut-être ?). Refrains entêtants la disputent à couplets rodés, le tout porté par le voix unique de Buck Meek qui sonne comme celle d’un ami qui vous veut du bien. Idéal pour commencer cette rentrée sur les meilleurs sentiers.
The National : « Laugh Track » – sourire sous son plaid
C’est la surprise ! The National avait déjà sorti un album cette année et les voilà déjà de retour ce 18 septembre avec un nouvel opus « Laugh Track ». Le successeur de « First two pages of Frankenstein » s’inscrit dans une ambiance bien plus post punk et se révèle dans une forme de noirceur à fleur de peau. Il faut tout de même reconnaitre à The National sa capacité à créer des morceaux évidents à l’oreille comme faisant partie d’un paysage dans lequel on aime cocooner. C’est notamment vrai en ce qui concerne le plus grand titre de cet opus, »Weird Goodbyes » qui s’offre une atmosphère aussi apaisante qu’enivrante. Il faut dire qu’on y retrouve en featuring l’immense Bon Iver. L’alliance des deux ne pouvait que créer un titre intemporel dont la mélodie frapperait juste et fort. Ce n’est pas le seul invité à prendre sa part de galette sur ce nouveau bijou. Au cours de titres hantés et puissants, on retrouve la voix famillière de Phoebe Bridgers sur le titre éponyme, « Laugh Track » donc. L’occasion de se payer quelques jolies notes avec l’une des artistes les plus en vogue du moment. Mais c’est aussi à travers des titres comme « Dreaming » que The National rappelle la puissance lyrique dont ils sont capables. La voix grave comme un étendard, il entend bien entraîner son auditeur dans une valse captivante dans laquelle il est aisé de se laisser entraîner. Album doudou des premiers soirs d’automne, il vous fera apprécier pleinement les feuilles qui tombent, les plaids et le thé bien chaud, qui l’accompagnent parfaitement.
Slowdive : »Everything is alive », sensibilité mathématique
On ne présente plus Slowdive. Valeur incontestable de la shoegaze et de la dream pop, grand parmi les grands depuis 1989, le groupe adoré fait son retour dans les bacs en 2023. La formation sait prendre son temps. Il aura fallu que 6 années s’écoulent entre leur dernier né « Slowdive » et ce nouveau bijou « Everything is alive ». Ce qui est toujours moins que les douze années qui séparaient les deux opus précédents. Toujours est-il que cette nouvelle galette a fait couler beaucoup d’encre, promis des concerts à guichets fermés en quelques heures seulement et a créé une ébullition de joie au sein des amateurs de scène indé. Avec logique puisque la sauce prend dès les premières secondes de cet album à la pureté rare, aussi aérien et léger qu’infiniment construit. Le groupe maîtrise, il faut le dire parfaitement son jeu. Slowdive, on le sait mais on prend toujours plaisir à le redécouvrir, écrit avec une précision millimétrée. Les notes sonnent avec une effervescence calculée et une retenue magnifiée. Le groupe surprend par sa capacité mathématique à frapper juste qui, pour une fois, ne s’oppose en rien à la grandeur des sentiments qu’il évoque. Trip psyché apaisant, voltiges mélodiques riment, aussi surprenant que cela puisse paraitre, avec retenu. Au cours de ce périple de 8 titres, le groupe pose ses bases. Chaque titre s’élevant magnifiquement. Il faudra porter une attention toute particulière à l’excellent « Prayer Remembered », deuxième joyau de ce magnifique jet. À moins que, et là sera la force d' »Everything is alive », la capacité à créer des intros qui font mouche immédiatement et placent parfaitement chaque titre dans son contexte, ne soit le plus gros point fort d’un objet qui n’a pas un seul temps faible. La mélancolie automnale n’aura jamais été aussi bien écrite.
Half Moon Run : « Salt », le piment de la saison
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Il ne saurait être de beaux moments à l’automne sans compter sur Half Moon Run. Et ça tombe bien, les canadiens étaient de retour en 2023 avec un nouvel opus qui, comme à leur habitude, évoque aussi bien les grands espaces verdoyants qu’une pop indie qui vient toucher à la folk. Invitation permanente à l’évasion, le groupe garde la touche qui lui est propre dans ce « Salt » qui apporte néanmoins une effervescence, un brin plus lumineuse qu’à l’accoutumée. En la matière, un morceau comme « Hotel in Memphis », aux notes énergiques et à la cadence accélérée assume bien plus sa capacité pop que ne le faisait le plus intimiste « Full Circle » pépite du groupe qui lui a valu sa notoriété. Vivons nous une réinvention d’Half Moon Run pour autant ? On lui retrouve ses mimiques traditionnelles : voix aérienne qui s’allie à un clavier tout aussi léger tout comme les couplets très écrits qui ont su faire sa force. La production carrée et propre de cet opus vont d’ailleurs avec ce à quoi le combo nous a habitués. Seulement les rythmiques s’y emballent donnant une lumière ocre à l’ensemble, plus énergique, vibrante et même dansante. Un voyage en musique, au chaud, sans sortir de chez soi.
L – Raphaële Lannadère : « Cheminement », tendresse sinueuse
Le cheminement, selon le dictionnaire c’est l’idée de poursuivre son chemin, d’avancer, d’évoluer. Au cours de ses quinze ans de carrière, L n’a cessé d’évoluer et de se frayer un chemin bien à elle dans cette jungle qu’est la scène musicale actuelle. Cheminement, c’est le nom de son cinquième album.Et il y a quelque chose d’indéniablement de passionné à cet album. Recueil liturgique et élégiaque aux différentes influences de L. Des Beatles à Greta Thunberg en passant par Miriam Makeba, L tisse des cantiques quasi amoureux pour les célébrer. Dans son morceau « Greta », L reprend le discours de Greta Thunberg à l’ONU en 2019 : « How dare you ? » . Il est difficile de passer à côté du morceau unificateur, « Ensemble » en collaboration avec Sandra Nkaké. La voix cristalline de L se mêle à la voix profonde de sa consoeur, et offre de nombreuses dimensions à ce titre inoubliable. Le chemin qu’emprunte la chanteuse s’offre de nombreux détours et ose mélanger les genres, de la chanson et aux inspirations d’ailleurs. Autre particularité de l’album ; la performance live. « L’idée, c’était de voir comment l’art contemporain pouvait trouver sa place sur scène et ce que ça pouvait apporter de sensible et d’onirique à un concert de chansons » confie Anne-Sophie Bérard, sa collaboratrice pour la scénographie. Passer de la représentation à l’exposition en somme.Une chose est sûre, L n’a pas fini de cheminer.
Lany : « A beautiful Blur » – flou optimiste
Un peu d’optimisme en cette saison ! Si les précédents albums sélectionnés se laissent subjuguer par la mélancolie des arbres ocres, Paul Klein, de son vrai nom, change les codes. Le chanteur qui a conquis le public avec des titres comme « Malibu Nights » ou encore « cowboy in LA » reprend la recette qui a lui valu le succès en remettant au goût du jour le rock alternatif. Le point fort de Lany est sa capacité à créer des refrains entêtants et de garder l’attention de son auditeur grâce à des bridges bien sentis qui se délient en fin de titres. La production, signée Mike Crossey est épurée et permet de plonger pleinement dans ce jet de douceur solaire. Comme si on pouvait y capter les derniers rayons avant que l’hiver ne débarque. Lany ne s’y interdit rien, du rock, de la pop mais aussi des brins d’électros. Et le tout prend incroyablement bien. Tel Harry Styles, le chanteur s’envole vers une pop sensible et à fleur de peau. Pas étonnant donc de le retrouver nommé aux Pollstar Awards 2022 dans la catégorie « Meilleure Tournée Pop », aux côtés de la superstar mais aussi des Jonas Brothers et de BTS. Balades qui pourraient se faire l’illustration de passages cinématographiques s’entremêlent avec des titres plus dansants, conçus pour se magnifier en live. Il sera de passage à Paris le 13 novembre pour tester cette théorie. Et permettre de voir les feuilles tomber comme la meilleure nouvelle de l’année.
L’automne est là, les feuilles rougissent, les températures baissent, il est temps de cuisiner des courges et surtout, de vivre trois jours de MaMA Music & Convention. Comme…