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Julia Escudero

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Longlegs, sorti le 10 juillet sur les écrans français est de ses thrillers à avoir fait couler beaucoup d’encre. Très attendu, le nouveau film d’Oz Perkins promettait le retour des thrillers comme on en fait plus. Une ambiance maîtrisée était alors promise à renfort de promotion autour d’un Nicolas Cage au sommet de sa forme et d’un véritable moment de frissons. Pour une fois, le teasing était même en dessous de la grandeur de l’œuvre. Puisque, tout en connaissant ses classiques, Longlegs s’avère être le joyau attendu par les aficionados de genre, un grand moment de cinéma, que l’on espérait plus. On en parle.

Longlegs Oz PerkinsLonglegs, de quoi ça parle ?

L’agent du FBI Lee Harker, une nouvelle recrue talentueuse, est affectée sur le cas irrésolu d’un tueur en série insaisissable. L’enquête, aux frontières de l’occulte, se complexifie encore lorsqu’elle se découvre un lien personnel avec le tueur impitoyable qu’elle doit arrêter avant qu’il ne prenne les vies d’autres familles innocentes.

Longlegs, pourquoi c’est excellent ?

Et s’il était possible de faire mentir tous les adages ? Peut-être êtes-vous familier.es avec cette notion : plus Nicolas Cage a les cheveux longs dans un film, plus ce dernier sera mauvais. L’acteur star a, on le sait, à son actif nombre de navets assumés tout juste bons à payer ses factures. A tel point qu’on en oublierait ses capacités de grandeur et de choix d’excellence scénaristiques. Eh bien, il fallait patienter. Avec ses longs cheveux et ses longues jambes l’acteur se paye l’un des meilleurs films de ces dernières années et l’une de ses performances les plus marquantes, à vous obséder pour les années à venir.

longlegs afficheTout démarrait déjà fort bien. Il suffit de quelques plans à Longlegs pour se mettre dans le bain et s’émerveiller. Un décors glacial, une mise en scène oppressante et une enfant. L’image se fait carrée, vintage comme un vieux téléviseur pour se présenter. Là un intrus, le ton doux et pourtant si menaçant, l’ombre du mal, à peine dévoilée, vue des yeux d’une petite fille. Point de scène de slasher et de massacre. Non, Perkins choisit un dialogue simple dont seule la caméra, la musique et la noirceur du propos viennent nourrir une angoisse indicible. Cette mise en bouche, qui donnerait envie de prendre ses jambes à son cou, marque le coup d’envoi d’un film qui jamais ne commettra d’impairs et saura toujours tenir son spectateur en haleine. Son atout, un film taillé sur le fil du rasoir, une atmosphère obscure et pesante. On pourrait l’écrire en boucle comme une obsession digne du plus grand culte : quelle ambiance !

Gérer ses références sans se prendre les pieds dans le tapis

Libération avant nous parlait du très attendu Longlegs, comparant son succès à celui de Smile. Film d’horreur à l’immense succès qui redonnait aux films de démons une véritable aura. Le journaliste s’interrogeait alors sur ces succès, était-ce lié au simple fait qu’enfin en matière d’horreur le boulot soit fait et non aux immenses qualités des métrages ? La pauvreté du paysage horrifique n’était il pas ce qui embellissait le tableau ? Ce qui est vrai pour Smile est faux pour Longlegs, me permettrai-je de répondre. Le premier en effet avait le mérite de faire peur là où le genre s’embourbait ces dernières années dans une successions de clichés mal écrits et de coutumes usées en boucles. En sa faculté à bien faire le taff, oui Smile valait le détour. S’osant même à avoir enfin des idées et traitant du poids du traumatisme en l’associant à l’horreur. La finesse venait certes à lui manquer mais le propos et sa mise en scène offraient un très bon spectacle. Sans pour autant valoir qu’on lui accorde toutes les éloges qui lui furent faites (une suite en prévision laisse par ailleurs craindre le pire, même l’excellent Conjuring ayant sombré sur l’autel de vouloir y ajouter des suites à la médiocrité risible), le film fonctionnait parfaitement bien.  Longlegs n’est point du même sang. Il ne s’agit en rien d’une œuvre qui se contenterait d’écrire convenablement un thriller. Bien au delà, il se construit à la perfection de plan en plan. Et si son sujet semble en partie reprendre aux classiques du genre c’est parce qu’il leur fait référence avec amour. Les inspirations y sont digérées et fines sans pour autant être copiées.

Longlegs Nicolas CageD’Hopkins à Perkins en passant par Spacey

Oz Perkins est on le sait le fils d’Anthony Perkins, l’interprète de Norman Bates dans le culte Psychose d‘Hitchcock. Avec un tel bagage, difficile pour notre homme de pas connaître ses classiques en matière de thrillers. Sauf qu’à mesure du temps, exception faite de True Detective, le courant avait connu un long moment de disette. Il semblait alors impossible de rendre le tueur en série iconique. Esprit Criminel a peut-être fait du mal qui sait, à force de banaliser le propos au risque de lui faire perdre sa capacité à effrayer. C’est comme quand les mots je t’aime, trop répétés, perdent de leur intensité. Pourtant, notre réalisateur aime les thrillers. Et ça se voit. Cette lettre d’amour, joliment écrite, elle ne fait que prendre en intensité, voilà ce qu’offre une belle plume – ou un bon jeu de caméra.

Tout du long, l’âme d’Hannibal Lecter, du Silence des Agneaux plane sur le métrage. C’est sûrement en raison du classique duo tueur en série / agent des forces de l’ordre jeune et innocente. Maika Monroe (que vous avez vu dans It Follows – mais c’est quoi la métaphore de ce film bordel ?) joue parfaitement bien le rôle de la détective Lee Harker. Entièrement dans son personnage, aussi fragile que mystérieuse, elle a peu à envier à son inspiration évidente Clarice Starling. Et elle fait de plus mentir Stephen King, le maître, qui expliquait qu’il faut profondément aimer les personnages pour que l’horreur fonctionne. Ici l’attachement peut paraitre moins puissant et, pour autant, le fil scénaristique qui se déroule fonctionne entièrement. Tout comme les jump scares, judicieusement dosés. Le scénario est peut-être moins important que dans d’autres œuvre parce que sa mise en images, elle, tient de l’excellence. Et puis Longlegs emprunte aussi bien des traits à ceux de Buffalo Bill, tueur recherché du Silence des Agneaux, au moins dans une scène dans son antre qui n’est pas sans rappeler le thriller culte. Tout comme le fait de s’en prendre aux familles rappellera forcément Dragon Rouge.

LonglegsL’ombre du grand méchant plane à tout moment sur notre film. Perkins cite volontiers et à raison Seven de David Fincher.  Dans ce dernier on ne voit presque jamais le tueur, (Kevin Spacey donc) mais il est pourtant toujours là. Sa scène, à la fin du métrage reste le moment le plus fort du film et celui qui a à jamais marqué les esprits. C’est que le réalisateur souhaite faire de son Longlegs et de Nicolas Cage, une ombre menaçante, qui hantera vos nuits d’insomnies malgré un court passage à l’image. Et le propos fonctionne, tout le temps. Surtout que notre grand méchant s’offre des scènes bluffantes (celle de la voiture notamment), portées par un jeu d’acteur à l’efficacité redoutable.

Enfin et sans trop en dire, alors que le monde semble comme toujours tourner dans tous les sens, les réseaux sociaux s’osant à parler satanisme avec un sérieux moyenâgeux, le film revoit son mythe et le renvoie à sa juste place : sur une pellicule. ( Et donc pas dans les conversations sur X qui nourrissent une paranoïa elle profondément effrayante quant à la capacité de nos congénères à entretenir des légendes urbaines pour les ériger en faits. S’il vous plait, arrêtez de faire ça)

Au cinéma, l’idée du mal absolu qui s’en dégage fait toujours frissonner lorsqu’il est justement utilisé. En le détachant d’une certaine superstition religieuse mais en simple grand méchant, dont les actions ne seraient jamais de « détruire le Monde » mais bien de corrompre et de faire le mal. Longlegs, quant à lui restera un thriller diablement efficace, autant que ce que le cinéma d’Ari Aster a pu offrir, à courir voir sur grand écran, à très grandes enjambées s’il vous plait !


Pour celles et ceux qui apprécient le cinéma d’horreur, le nom de Taous Merakchi sera forcément familier. L’autrice est aujourd’hui devenue une figure incontournable lorsqu’il s’agit de parler de films de genre en France. Écrivaine, rédactrice web, podcasteuse, elle multiplie les supports et excelle toujours à la plume. On lui doit des ouvrages comme « Le Grand Mystère des règles « , « Mortel : Petit guide de survie à la mort, » ou encore « Le Paon« . Surtout, elle n’est jamais bien loin lorsqu’il s’agit de traiter de cinéma de genre (elle a notamment été jury au festival de Gerardmer) et de remettre en perspectives des œuvres cultes qui ont peuplé son adolescence.  C’est ainsi qu’elle était tout naturellement invitée à parler de tueuses au cinéma et plus particulièrement du cas « Buffy contre les vampires » dans le cadre d’une table ronde aux Champs-Elyées Film Festival. C’est suite à cet évènement qu’elle a accepté de répondre à nos questions. Un sujet tout particulièrement riche duquel il nous serait possible de parler des heures. Avec Taous,  on parle du personnage de Buffy et de son impact, d’adolescence comme un temps crucial, de cinéma de genre, de tueuses à l’écran, de final girls et de féminisme. Une interview passionnante, à lire.

Taous Merakchi par Amandine Giloux
Taous Merakchi par Amandine Giloux

Du cinéma de genre au genre féminin au cinéma …

Tu fais partie de la génération qui a grandi avec la série « Buffy contre les Vampires » que l’on suivait à la télévision. Quels souvenirs associes-tu à ce show ? Le personnage de Buffy t’a-t-il influencé dans ton passage entre enfance, adolescence et âge adulte, comme de nombreuses personnes qui pouvaient s’y identifier ?

Taous Merakchi : Pour moi Buffy c’est vraiment la fin de la primaire et le début du collège, la tradition de la trilogie du samedi, que j’honorais chaque week-end avec ma mère. Si on ne s’est pas toujours accordées sur toutes les séries, celle-ci a vraiment été celle qu’on a suivie du début à la fin ensemble. Quand je ratais un épisode, elle me le racontait pour que je puisse raccrocher les wagons la semaine suivante, et inversement (eh ouais, pas de replay à l’époque). Je partageais cette passion avec ma meilleure amie de l’époque aussi, qui avait poussé le délire jusqu’à poser un enregistreur audio à côté de la télé pour pouvoir écouter les épisodes en boucle — elle m’avait filé une des cassettes et je m’endormais régulièrement en écoutant les deux mêmes épisodes, à tel point que je connais encore certaines des répliques de la VF par coeur aujourd’hui. J’avais des posters d’Angel sur mes murs, qui ont été remplacés par des posters de Spike au fur et à mesure de l’avancée de la série. J’avais acheté le guide officiel de la série, un gros bouquin plein d’anecdotes sur le show et les acteurs, bref, c’était une obsession. Je voulais être une Buffy avec l’attitude de Faith.

 L’intitulé de ta Table Ronde au Champs Elysees Film festival était « Buffy contre les vampires, la meilleure des tueuses ». Pour toi est-elle la meilleure figure de « tueuse » portée à l’écran ?

Taous Merakchi : Ce qui différenciait beaucoup Buffy d’autres héroïnes plus ou moins similaires à l’époque, c’était son humanité toute en nuances. Elle était réelle, palpable, on pouvait s’identifier à elle facilement — jusqu’au moment où elle passait en mode tueuse. Elle faisait des conneries, elle était parfois bornée et égoïste, elle faisait du mal sans forcément s’en apercevoir, c’était un personnage complet, avec ses défauts réalistes. Le fait qu’on l’ait vue alterner régulièrement entre « je suis la tueuse et c’est moi qui décide » et le « c’est pas juste j’ai jamais demandé à avoir cette responsabilité » me rassurait vachement, parce que les deux sentiments sont autant valides l’un que l’autre et qu’on a tous et toutes le droits de vaciller un peu dans nos bottes de temps en temps.

D’où l’importance d’avoir plusieurs modèles différents, le plus possible, pour que tout le monde y trouve son compte

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement les personnages des tueuses, de celles des final girls ? L’une de ces figures renvoie-t-elle avec plus de puissance à l’empowerement féminin ?

Taous Merakchi : Sur le papier, on se dit que la tueuse est celle qui va à la confrontation, qui est formée pour ça, et que la final girl est celle qui survit quand ça lui tombe dessus alors que, justement, rien ne l’avait préparée à cette situation. Mais beaucoup de final girls deviennent des tueuses, une fois qu’elles prennent connaissance de la menace qui plane. Ce qui fait d’elles des final girls c’est pas forcément qu’elles sont les seules à survivre (même si c’est souvent le cas), c’est aussi qu’elles finissent souvent par se dire « eh allez merde, y en a marre » avant de s’armer et d’aller elles aussi à la confrontation pour en finir une bonne fois pour toutes (et potentiellement sauver des vies au passage). Les deux sont puissantes à leur façon, et les deux sont source d’empouvoirement. D’où l’importance d’avoir plusieurs modèles différents, le plus possible, pour que tout le monde y trouve son compte.

Quand les femmes créent, notamment quand elles créent du genre, il y a forcément le passif qui s’immisce dans nos fantasmes et nos représentations

Le personnage de tueuse dans Buffy tue uniquement des « monstres », elle est dépeinte comme étant du côté du « bien ». Les tueuses féminines ont d’ailleurs régulièrement cette image au cinéma. Elles tuent par vengeance, pour de justes causes – Carrie se venge de ses bourreaux / Erin se défend dans You’re next/  dans Jennifer’s Body, Jennifer donne une leçon à ceux qui veulent abuser de son corps / Debbie Salt venge son fils dans Scream 2 –  Penses-tu que le cinéma cherche à justifier moralement le meurtre lorsqu’il est commis par une femme ?
Taous Merakchi : Je pense pas qu’il y ait une volonté quelconque de justifier quoi que ce soit. Je pense qu’il y a plusieurs explications. Parfois, c’est simplement pour être un peu subversif et surprenant : on ne s’attend pas à trouver une femme sous le masque de Ghostface dans Scream 2, donc paf, surprise. Le fait de mettre une femme dans un rôle de tueuse ou de celle qui sauve tout le monde en tabassant tous les méchants, ça surprend le public (bon, moins aujourd’hui, heureusement). Ensuite, il y a l’aspect cathartique. Quand les femmes créent, notamment quand elles créent du genre, il y a forcément le passif qui s’immisce dans nos fantasmes et nos représentations, et on se demande souvent « et si j’avais tel ou tel pouvoir, comment je me défendrais/vengerais ? » Je suis pas sûre qu’il soit possible d’exister en tant que femme consciente de son environnement sans nourrir un petit fantasme de vengeance. Moi je le vois comme un petit gremlin à qui je jette des couennes de jambon à chaque fois que je subis une nouvelle micro-agression. C’est pour ça que j’aime autant ces films, ils s’adressent directement à mon gremlin, il se sent compris.
Buffy contre les vampires
Le personnage de Buffy est certes central mais compte aussi sur un entourage très important, le Scooby Gang. Dans leurs rangs, d’autres personnages féminins ont aussi marqué leur époque : Cordelia, Anya, Willow, Tara … Quel regard portes-tu sur elles ?
Taous Merakchi : Elles m’ont appris beaucoup sur mon rapport aux femmes, et en grandissant j’ai souvent changé de regard sur elles. J’ai été ado dans les années 2000, donc tout n’était que compétition et « les filles c’est nul », du coup quand je voyais des personnages de femmes « difficiles », je les trouvais chiantes — comme Cordelia ou Anya, qui me tapaient sur les nerfs. Quand mes potes mecs m’avouaient fantasmer sur elles, ça m’énervait encore plus. À l’époque tout était encore dicté par le regard des hommes dans ma vie, et je ne jugeais les femmes qu’à travers leurs critères et le rôle qu’elles jouaient dans la hiérarchie sociale. Et évidemment, aujourd’hui, j’ai envie de gifler le personnage d’Alex avec une chaise de jardin, et toute mon affection va aux femmes de la série.

Difficile de parler de « Buffy contre les Vampires » sans rappeler que la série a diffusé le premier baiser lesbien sur petit écran (tout comme « Dawson » filmait le premier baiser gay du petit écran). Selon toi cette série et cette époque ont-elles été le berceau de grandes avancées pour les causes LGBTQ+ ?

Taous Merakchi : Alors étant hétérosexuelle et cisgenre je n’ai malheureusement pas grand chose à dire à ce sujet là parce que ça ne m’a pas du tout impactée directement. À tel point que je ne me souviens même pas que ça m’ait particulièrement surprise à l’époque, je sais juste qu’avec ma mère on était très contentes qu’elle ait enfin trouvé l’amour après ses déboires avec Alex et Oz haha.

L’adolescence est une période chrysalidaire, où tout peut changer du jour au lendemain sans qu’on ne contrôle rien, et où tout est une question de vie ou de mort.

Buffy porte également en elle l’intensité de l’adolescence. Pourquoi cette période particulière est-elle si importante au cinéma ? Pourquoi continue-t-elle de parler et de fasciner à l’âge adulte ?

Taous Merakchi : Ah, l’adolescence, je pourrais en parler pendant des heures. C’est une période qui me fascine et pour laquelle j’ai énormément d’affection, ce qui explique que mes goûts soient restés coincés à cette époque-là. Ayant eu des années collège et lycée difficiles, j’estime avoir « raté » mon adolescence (elle a, en réalité, été exactement ce qu’elle devait être) et je cours après depuis que j’en suis sortie. Je blague souvent sur le fait que la Taous de 17 ans est toujours au volant, mais c’est pas tout à fait faux. L’adolescence est une période chrysalidaire, où tout peut changer du jour au lendemain sans qu’on ne contrôle rien, et où tout est une question de vie ou de mort. C’est aussi une période de solitude et de frustration, parce que les adultes sont tous tellement déconnectés de leur adolescence (et ont tellement de choses d’adultes à gérer) qu’ils oublient à quel point tout est intense pour les ados. Ils en rient et se moquent plus ou moins gentiment parce que « c’est pas la fin du monde », sauf que c’est perçu comme tel, et que c’est impossible d’avoir du recul quand on a pas assez d’années au compteur. C’est une période bâtarde, où, pour paraphraser Britney, on est pas tout à fait une fille, pas tout à fait une femme, tout n’est qu’entre-deux. Les adultes nous responsabilisent et nous infantilisent parfois dans le même souffle, et on est nous-mêmes à la fois pressés de grandir et freinés par une immaturité qu’on ne peut pas transcender du jour au lendemain. C’est la période de toutes les premières fois, de toutes les premières confrontations avec la réalité, de l’apprentissage des émotions les plus fortes, des liens sociaux, des liens intimes, de ses propres limites, une formation express à l’expérience humaine, dans un cadre qui nous force souvent à se contorsionner et dont on déborde sans arrêt sans jamais réussir à trouver une position confortable. C’est fascinant et épuisant, et c’est très bien que ça ne dure qu’un temps.

Le fait que les femmes s’emparent de leurs propres histoires et créent leurs propres personnages aide beaucoup à rajouter des nuances nécessaires pour que tout le monde s’y retrouve. 

film Heathers projeté au CEFF 2024
film Heathers projeté au CEFF 2024
Une femme qui se bat, qui est la plus forte tout en étant dépeinte comme « féminine », est-ce une représentation importante ? La beauté d’une héroïne, les tenues qu’elle porte, ça a son importance dans l’image renvoyée au public ?
Taous Merakchi  : Comme pour tout le reste, pour moi ce qui importe c’est qu’il y en ait pour tout le monde. J’ai grandi en pensant qu’il n’y avait que deux façons d’être femme : ultra féminine ou garçon manqué. Du coup, Buffy qui était à la fois la fille girly qui aime le shopping et le maquillage mais qui était capable de distribuer des mandales, c’était cool pour l’époque. Je trouvais ça chouette de pouvoir garder sa féminité en toute circonstance, même si moi je ne m’identifiais pas à ce modèle. Aujourd’hui j’aspire à un peu plus de diversité, et le fait que les femmes s’emparent de leurs propres histoires et créent leurs propres personnages aide beaucoup à rajouter des nuances nécessaires pour que tout le monde s’y retrouve. 
Ça fout les glandes, mais honnêtement entre la musique, la télé et le cinéma, j’ai plus beaucoup d’œuvres dans mon panthéon personnel qui ne soient pas souillées d’une manière ou d’une autre par les agissements d’un mec abusif et/ou toxique.
Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la série avec les accusations portées notamment par Charisma Carpenter sur le comportement toxique de Joss Whedon pendant le tournage ?

Taous Merakchi : Comme l’a dit Sarah Michelle Gellar à la lumière de ces prises de parole, pour beaucoup de fans, Buffy c’est pas que lui, c’est les acteur.ices, c’est la communauté qui s’est construite autour, c’est tout ce qui en a découlé, et c’est aujourd’hui ce qui compte le plus. Ça fout les glandes, mais honnêtement entre la musique, la télé et le cinéma, j’ai plus beaucoup d’oeuvres dans mon panthéon personnel qui ne soient pas souillées d’une manière ou d’une autre par les agissements d’un mec abusif et/ou toxique. C’est difficile de déposséder un créateur de son oeuvre, surtout quand il est encore en vie et que l’argent et la gloire lui reviennent encore, donc en général quand on parle de Buffy on prend toujours le temps de rappeler que son créateur est une merde avant d’en chanter les louanges.

Pour moi, le cinéma de genre est le baromètre de l’humanité.

Selon toi, le cinéma de genre est-il féministe ? Doit-il s’améliorer sur ce sujet ?
Taous Merakchi : Je pense pas qu’un genre puisse être quoi que ce soit par essence. Pour moi, le cinéma de genre est le baromètre de l’humanité. On sait ce que traverse une génération en regardant ce qui lui fait peur. Et aujourd’hui, les combats sociaux ont une place importante dans la vie des gens, notamment des jeunes, donc forcément, ça se reflète dans les films et les séries qui en ressortent. Ça vaut pour le féminisme mais aussi pour les luttes antiracistes, les luttes des classes, le rapport au corps, au genre, à la sexualité, etc. L’horreur est le genre qui parle le mieux de notre humanité et de ce qu’on traverse de génération en génération, d’où l’importance de permettre à tout le monde d’y contribuer, parce qu’on a besoin de toutes ces voix pour créer une œuvre globale qui nous ressemble. Ça permet aux luttes de converger, aux dialogues de s’installer, et ça donne des illustrations simples et claires pour nous aider à comprendre ce que d’autres traversent.
Pour aller plus loin, n’hésite pas à t’abonner  au compte instagram  de Taous Merakchi : @jackxparker. On te recommande chaudement de  t’abonner à sa newsletter pour tout savoir sur le genre et ne rien rater de l’actu du grand et du petit écran sur patreon.com/taousmerakchi .   Son prochain livre sortira en octobre 2025 — et il sera justement consacré à l’horreur et au monstrueux. On a forcément hâte de le découvrir !

 


Ce mardi 25 juin 2024, le Champs Elysées Film Festival clôturait sa 13ème édition en récompensant comme toujours le cinéma indépendant Franco-américain. Pendant une semaine, le festival a fait vibré la plus belle avenue du Monde au gré de découvertes, avant-premières, projections, tables rondes, conférences. Cette année, il faisait de plus la part belle à un sujet tout aussi féministe que celui de l’an passé : Les tueuses. (Vous pouvez retrouver noter dossier sur l’image du pouvoir au féminin lors de l’édition 2023 ici) L’occasion de revoir quelques pépites dont les cultes « Heathers », « Ginger Snpas » (pendant lycanthropique à « Carrie »), « Possession » ou encore « The Juniper Tree » (avec une jeune Björk et dont vous pouvez retrouver la critique sur Pop&Shot). Mais aussi l’occasion d’organiser une Table Ronde autour du thème « Buffy contre les vampires ». Enfin le Champs Elysées Film Festival, c’est comme à chaque édition, l’occasion de mettre en lumière un cinéma indépendant d’une immense richesse et d’une grande pluralité, qui sait autant être percutant au box office que parler à un public plus confidentiel. Le palmarès de cette édition vous permettra à coup sûr de faire de très belles découvertes cinématographiques. N’hésitez pas à ajouter tous ces films à vos futures watching list !

champs elysées film festival 2024

Découvrez le palmarès du Champs-Elysées Film Festival 2024

Jury longs métrages

Le Jury Longs Métrages, présidé par la réalisatrice et scénariste Rebecca Zlotowski entourée de l’actrice, chanteuse et réalisatrice Alma Jodorowsky, le cinéaste et scénariste Jimmy Laporal-Trésor, la productrice Marie-Ange Luciani et le réalisateur Nicolas Peduzzi, a décerné les prix suivants :

– Le Grand Prix du Jury du Meilleur Long Métrage Américain Indépendant à
Good One de India Donaldson. Dotation de 11 000 € par la Banque Transatlantique remise à la réalisatrice comme aide au développement de son prochain long métrage.

– Le Grand Prix du Jury du Meilleur Long Métrage Français Indépendant à
Diaries from Lebanon de Myriam El Hajj. Dotation de 11 000 € par la Banque Transatlantique remise à la réalisatrice comme aide au développement de son prochain long métrage.

– Le Prix du Jury de la Meilleure Réalisation Américaine à Nathan Silver pour son film Between the Temples. Dotation de 2500 € par le festival remise au réalisateur.

– Le Prix du Jury de la Meilleure Réalisation Française à Caroline Poggi et Jonathan Vinel pour leur film Eat the Night. Dotation de 2500 € par le festival remise au réalisateur.

Jury formats courts

Le Jury Formats Courts, présidé par le réalisateur, scénariste et acteur Jean-Baptiste Durand entouré de l’actrice et réalisatrice Emilie Brisavoine, l’artiste et actrice
Park Ji-Min
, le réalisateur, acteur et metteur en scène Nans Laborde-Jourdàa et l’autrice et réalisatrice Ovidie, a décerné les prix suivants :– Le Grand Prix du Jury du Meilleur Court Métrage Américain Indépendant à
Merman de Sterling Hampton. Dotation de 2500 € par la Banque Transatlantique remise au réalisateur.– Le Grand Prix du Jury du Meilleur Court Métrage Français Indépendant à
Les liens du sang de Hakim Atoui. Dotation de 2500 € par la Banque Transatlantique remise au réalisateur.
Une Mention Spéciale est décernée à Corps tannés de Malou Six.
– Le Grand Prix du Jury du Meilleur Moyen Métrage Indépendant ex-æquo à
Reset de Souliman Schelfout et Incident de Bill Morrison. Dotation de 3000 € par le festival remise aux réalisateurs

Jury presse

Le Jury Presse, composé des journalistes Esther Brejon, Arthur Cios, Olivia Cooper-Hadjian et Laura Pertuy, a décerné les prix suivants :

– Le Prix de la Critique du Meilleur Long Métrage Américain Indépendant à
Between the Temples de Nathan Silver.

– Le Prix de la Critique du Meilleur Long Métrage Français Indépendant à
Eat the Night de Caroline Poggi et Jonathan Vinel.

Prix du Public

– Le Prix du Public du Meilleur Long Métrage Américain Indépendant à
I Saw the TV Glow de Jane Schoenbrun.

– Le Prix du Public du Meilleur Long Métrage Français Indépendant à
Habibi, chanson pour mes ami.e.s de Florent Gouëlou.

– Le Prix du Public du Meilleur Court Métrage Américain Indépendant à
Bob’s Funeral de Jack Dunphy.

– Le Prix du Public du Meilleur Court Métrage Français Indépendant à
Sirènes de Sarah Malléon. 

– Le Prix du Public du Meilleur Moyen Métrage Indépendant à
Voyage de documentation de Madame Anita Conti de Louise Hémon. 


 

Et toi, comment tu fais des découvertes en musique ?Les supports sont variés, du vinyle au streaming, les possibilités infinies. En ce qui concerne la musique, il est impossible de tout découvrir et écouter. Et pourtant la curiosité est présente, l’envie d’en connaitre d’avantage est bien là. La musique se partage comme un cadeau, se vit collectivement. Comment faire pour toujours en découvrir plus ? D’artistes actuels, aux anciennes pépites, de morceaux cachés aux génies oubliés, il fallait une méthode. On a demande à 16 artistes leurs trucs et astuces pour rester curieux et tomber sous le charme de musique qu’ils n’avaient jamais encore entendues. En espérant que leurs conseils vous aidera à faire de très belles découvertes et à toujours les partager.

Et toi, comment tu découvres de nouveaux morceaux ?

 Fontaines D.C, Carlos O’Connell, guitariste

C’est difficile de penser à autre chose qu’au plus évident mais… j’ai tendance à laisser Spotify le faire un peu pour moi. J’ai l’impression que mon algorithme est bien entrainé. Quand je finis une écoute d’album sur Spotify, j’écoute les chansons recommandées qui suivent et j’en fais des playlists. Mais je fais des playlists pour toutes mes humeurs et j’ajoute les nouveaux morceaux là-dessus ensuite. Et une fois que j’ai plus de temps, je creuse un peu plus. Les gens vont plus trop dans les disquaires pour acheter un vinyle sans l’avoir écouté aujourd’hui. En tout cas, moi non. J’adore les disquaires mais je n’y vais jamais sans savoir ce que je vais y acheter. Je le fais avec les livres par contre. On voyage tellement avec les tournées que je vais toujours dans les petites librairies pour demander l’avis du libraire. Je devrais peut-être le faire avec les vinyles.

FONTAINES D.C. / La Route du Rock 2022 / Crédit : Théophile Le Maitre

Sprints, Karla Shubb, chanteuse

Je galère un peu à vrai dire. Quand j’étais petite, j’achetais des magazines, j’écoutais la radio et je découvrais de nouveaux artistes comme ça. Maintenant, même si tu as les plateformes et les algorithmes, il faut quand même que tu fasses le choix d’aller chercher de nouvelles choses. Donc je continue de regarder dans les magazines ou en ligne. Et c’est un peu pour ça qu’on est très influencés pas le rock 90s où c’était plus facile de découvrir des artistes finalement.

Bagarre

Maître Clap : Spotify, Soundcloud…

La Bête : Moi les trends Tiktok. C’est des artistes qui vont dans tous les sens mais avec les morceaux identifiés, tu peux aller les chopper et aller plus loin. Ça m’a amener beaucoup de morceaux, des choses inconnues parfois même anciennes.

Mus : Sinon surfer, se laisser porter par les plateformes, surfer sur le net avec Lycos quoi (rires)

Bagarre au Festival Chorus 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Tout album a toujours quelque chose à apporter. –  Asha Lorenz

Sorry

Asha Lorenz : J’aime prendre un album que je ne connais pas chez un disquaire. Et même s’il n’est pas si bon, tout album a toujours quelque chose à apporter. Et si tu t’impliques dans le travail de l’artiste, tu y trouveras toujours quelque chose et c’est satisfaisant. Donc impliquez vous à un artiste.

Louis O’Brien : J’en trouve beaucoup dans des films et des séries.

Le groupe Sorry pendant leur concert au Popup
Sorry – Crédit photo : Louis Comar

Vitalic

Il y a beaucoup de musique qui se transmet avec tes amis, il y a aussi les réseaux sociaux. Comme je fais des DJ sets, je dig, je vais acheter des morceaux sur des distributeurs indépendants et puis aussi j’en découvre en festival et en soirées.

Vitalic - Fnac Live - 2022
Vitalic au Fnac Live 2022 – Crédit photo : Louis Comar

Je pense qu’il y a une forme d’écoute passive de la musique qu’encourage les applications. – Alex Bleacher

Real Estate

Alex Bleecher : Je pense que la meilleure façon de faire est de demander à tes amis ce qu’ils écoutent en ce moment. Aussi en tournée avec des groupes j’écoute toujours ce qu’ils écoutent dans le van. J’en trouve aussi beaucoup aussi sur Spotify. Ca semble être une méthode courante de nos jours. Je mets quelque chose que je veux écouter et je laisse le flow se faire. L’algorithme est assez intelligent sur ce sujet. Mais ce qui est triste c’est que souvent je me souviens pas des noms de ces albums ou des morceaux. Mais si quelqu’un me demande tu écoutes quoi en ce moment ? Je me dirai je connais ce titre, je l’ai écouté en boucle la semaine dernière mais je ne me rappelle pas le nom du groupe. Je pourrai mieux m’engager sur ce sujet mais je pense qu’il y a une forme d’écoute passive de la musique qu’encourage les applications. Sinon pour éviter ça il faut acheter des albums. Je continue d’acheter des albums récents ou pas parce que ça crée un lien. C’est la meilleure façon de faire. Je vais chez le disquaire. Je l’ai fait récemment à Londres, prendre un album que je ne connaissais pas du tout et l’acheter. Comme ça je n’oublie pas le nom.

Martin : J’ai une réponse un peu similaire. Demander à des amis. J’en ai qui font beaucoup de playlists et les postent. Je ne demande rien, je regarde directement. J’ai fait aussi une tournée solo il y a quelques années et on avait fait une énorme playlist participative. Il y avait tellement de choses que ne connaissais pas dessus. Je peux en trouver aléatoirement sur les plateformes et si ça me plait j’irai me renseigner sur les artistes et m’immerger dans leur univers. C’est amusant de découvrir le catalogue de quelqu’un et avoir l’impression de le posséder. Et acheter de la musique c’est bien. Vous devriez le faire aussi. Ce qu’on possède finalement c’est ce qu’on veut le plus écouter. La gratuité c’est cool mais finalement ce n’est pas ce à quoi on tient le plus.  C’est un engagement même si c’est un bon argument pour le capitalisme (rires).

Alex : Finalement les playlists des plateformes nous font nous demander qui choisit mes goûts en musique ? Moi ou une machine ?

Real Estate - showcase at Agnès B @ Pénélope Bonneau Rouis
Real Estate – showcase at Agnès B @ Pénélope Bonneau Rouis

 En Attendant Ana, Margaux, chanteuse

Je ne vais pas parler au nom des autres. On a tous des modes et des rythmes de consommation de la musique super différents mais je dirais quand même que de tourner, et donc de voir des concerts tous les soirs, c’est le meilleur moyens de découvrir des groupes. Et puis on peut leur acheter du merch, ça reste le moyen le plus direct de les soutenir !

Julia Holter

Souvent c’est grâce à mon mari parce qu’il trouve toujours des nouveautés. Et je n’en trouve pas tellement par moi-même parce que je ne suis pas dans une période de recherche de ma vie. J’y reviendrai, en ce moment je suis trop occupée. Il prend le temps pour moi. Il achète des albums tout le temps. C’est ma réponse honnête. Parfois j’en trouve quand même en lisant, des amis me donnent des conseils, j’écoute aussi la radio. J’ai aussi trouvé quelques nouveautés dans un disquaire au Japon. J’ai hâte de les écouter.

Spotify, même si on trouve extrêmement injuste la façon dont ils rémunèrent les artistes, qui étouffe la musique émergente. – Rebecca Baby

Lulu Van Trapp, Rebecca, chanteuse

Malheureusement pas mal encore a travers Spotify, même si on trouve extrêmement injuste la façon dont ils rémunèrent les artistes, qui étouffe la musique émergente. En vérité, la plateforme est facile et c’est cool pour faire des playlists et écouter des artistes que tu connais déjà, mais pas trop pour digger. On essaie de s’en détacher. On est la génération YouTube, et en vrai ça reste notre plateforme numéro 1 aussi bien pour la découverte que pour les raretés. Juste marre des pubs quoi. Mais ça reste l’endroit d’internet ou tu peux te perdre pendant des heures dans les clips et trouver de vraies sources d’inspiration. Sinon on va voir énormément de concerts, parfois plusieurs fois par semaine. On a la chance d’être résidents au Point Éphémère et du coup on a juste à sortir de notre studio pour aller voir des artistes géni.ales.aux. Il y a des salles dont on aime particulièrement la programmation, la Boule Noire, la Mécanique Ondulatoire, la Maroquinerie, le Trabendo,… le Tony Collectif aussi, qui est la plus petite et la plus stylée et pointue en terme de prog de tout Paris!

Lulu Van Trapp - Olympia - 2022
Lulu Van Trapp à l’Olympia – Crédit photo : Louis Comar

Warhaus

Je ne suis pas tellement un connaisseur de musique. Quand j’écris un album, je fais justement en sorte de ne rien écouter autours pour rester focaliser sur la musique. Je pense donc que mon conseil serait assez classique : utiliser Internet (rires). Je ne suis pas le genre de personne qui va constamment digger, ça vient directement à moi. Je suis inspiré par la musique, mais parfois je suis gêné de pas assez chercher. Pour moi si tu connais trois bons albums de genres différents tu as assez d’informations pour être créatif en musique. Pour moi, il faut au moins connaitre un album de Bob Dylan et un de Nina Simone !

J’écoute des radio classiques ou en ligne. – Greg Ahee

Protomartyr

Joe Casey : Même si certains ne découvrent pas de nouveautés, il y a tellement de nouveautés en musique que c’est difficile de savoir comment s’y prendre. Je n’ai pas de Spotify and co donc je compte sur mes amis pour me dire ce qui est bien. En tournant aussi dans différents pays on peut demander aux gens s’ils ont des recommandations. Parfois dans d’autres langues.

Greg Ahee : J’ai Spotify et parfois je découvre des choses via cette plateforme mais je trouve toujours ça dégoutant parce que ça se base sur ce que j’aime mais je trouve que c’est trop structuré grosses entreprises. Je me dis que ces immenses boites vole ma data. J’essaie d’éviter ça. Du coup pour éviter ça j’écoute des radio classiques ou en ligne. Les stations locales à Détroit ont pas mal de belles choses. NTS sur internet a de très belles choses.

Fakear

En ce moment c’est Spotify qui me guide. Après c’est Youtube parce que je vais souvent y chercher de la matière et en tombant sur la musique traditionnelle, ça m’oriente vers pas mal de choses. Mon algorithme est vraiment à part maintenant parce que je l’utilise autant pour regarder des vidéos de gamers que pour faire des découvertes. Du coup, il me suggère des choses supers et très diverses. J’ai beaucoup d’heureux accidents, j’utilise aussi beaucoup Spotify : les tracks favoris de certains artistes. Myd par exemple a une super playlist et c’est intéressant de voir ce qu’ils ajoutent. Si je suis un mega fan de Bonobo par exemple, je sais que je vais découvrir de belles choses. Caribou fait ça, et tu peux écouter ce qu’il écoute.  Et c’est plutôt pas mal.

Spotify… chiant. Je préfère demander aux gens qui m’entourent – Lias Saoudi

Lias Saoudi, Fat White Family

J’avais l’habitude de découvrir des choses grâce à Saul. Mon algorithme perso a perdu en qualité depuis qu’il n’est plus dans ma vie [les deux compères ont pris des chemins séparés]. Je ne consacre pas beaucoup de temps à découvrir des nouvelles choses en musique. Spotify… chiant. Je préfère demander aux gens qui m’entourent; avec qui je travaille. Mais je suis en ce moment et depuis longtemps dans une période livre. Quand je veux me relaxer, je lis un livre. Je ne veux rien écouter quand je suis dans cette période là, concentré seulement sur la littérature. Et puis quand je retourne dans mes périodes musicales, je vais réécouter et découvrir de nouvelles choses. Parfois, j’ai l’impression que la musique est responsable de toute ma souffrance donc je préfère m’en éloigner. J’ai l’impression de la détester parfois. Ça n’est pas le cas, mais c’est une impression. C’est un peu comme si tu travaillais dans un restaurant de saucisses, et bien tu n’as pas forcément envie de saucisse au petit déjeuner (rires)

THE FAT WHITE FAMILY CIGALE 2024
©KEVIN GOMBERT

Thérèse

Je découvre des nouveaux sons tout le temps. Mon premier canal, c’est insta, que je digge en masse haha. En fait, j’ai une playlist Spotify qui s’appelle « French Turfu » où je mets mes pépites made in France et que je partage… À force, des artistes se sont passés le mot et me proposent des tracks où viennent me suivre sur insta et je regarde par curiosité… Sinon je suis plein de webzines / pages de magazines / comptes qui ont des sélections super chouettes ! Je demande à ma communauté ce qu’elle écoute, je suis l’actualité des tremplins (Inouïs, Ricard, Zebrock, Francos etc.). Puis of course, à travers ce que mes potes artistes ou non, en France ou à l’inter partagent. Et ils sont d’horizons socio-culturels tellement différents que c’est super riche ! En dehors des réseaux, je checke souvent ce que l’algo Spotify me propose (c’est plus ou moins pertinent). Et sinon, je shazame volontiers au restau, ciné même quand je ne capte pas haha… Je mate les affiches dans la rue, dans les chiottes de bars haha ! Franchement il suffit d’ouvrir les yeux à Paname pour découvrir des nouveaux sons…! Le plus dur c’est de ne pas être frustrée par l’incapacité de tout écouter !

Thérèse
crédit : Pénélope Bonneau Rouis

Jai, Tora

Personnellement j’utilise beaucoup Bandcamp et c’est une bonne façon de faire des découvertes en dehors de la bulle de l’algorithme streaming. Ceci dit, les suggestions d’algorithme et des radios fonctionnent très bien de nos jours et tu peux y trouver une quantité sans fin de musique brillante. J’aime toujours visiter les disquaires quand je suis à l’étranger car ils sont généralement de bons conseils et que tu trouveras des choses très différentes de ce que tu as chez toi. L’uatre chose à faire c’est d’aller en clubs, concerts et festivals. Comme ça en plus de faire des découvertes tu défends la musique live.

St Graal