Ariana Grande est-elle malade ? Doit-on la laisser tranquille ? S’inquiéter de sa santé serait-ce encore commenter le corps des femmes ? Alors que la chanteuse vient de publier son très attendu album Petal, les réseaux sociaux s’enflamment bien plus sur ce sujet que sur les mélodies elles-mêmes. Certes l’album bat tous les records et se classe dans les tous les tops Spotify. Il n’empêche que le clip du titre éponyme est celui qui fait jaser. On y retrouve Ariana Grande qui dénonce justement l’acharnement dont elle est victime. Elle y raconte images à l’appuie les pressions qui sont les siennes, le jugement continu que lui renvoie sa fan base et ses détracteurs. Elle y dénonce ne jamais être à sa place, tronçonne ses maux. Ariana Grande parle de célébrité. C’est ce qu’elle connait, depuis qu’elle est bien trop jeune. La célébrité précoce sacrifie toujours ses enfants. Elle brise, Britney Spears en aura été l’illustration suprême. Mais cette célébrité, elle n’est pas nôtre. Ce message, même si on l’entend est celui qui vient fausser le débat. De même en est-il du fait de savoir si nous devons ou non nous octroyer le droit de commenter le corps de la chanteuse. Parce qu’alors qu’elle dénonce avec ferveur notre envie de juger son image, c’est bien squelettique qu’elle apparait à l’écran. Le mot n’a rien d’insultant, il n’a pas notion de jugement de valeur. Il est ici un constat froid, le squelette de sa cage thoracique apparait sous nos yeux aussi impuissants qu’influençables. Et l’affaire a un horrible goût de déjà vue. De ce regard que l’on posait anciennement sur le corps de Nicole Richie au début des années 2000. Elle aussi argumentait, comme Ariana être simplement à son poids de forme. L’heroine chic peuplait alors nos vies, comme les site pro-Ana pour pro Anorexie. Voilà qui fut le cas également pour Taylor Swift quelques années plus tard qui croulait sous les TCA. Elle même promettait aller très bien, renvoyant l’idée au grand public qu’être bien c’est surtout être très mince. Encore et encore, le schéma se répète. Et avec lui l’envie d’accuser les femmes qui en sont autant les victimes que l’étendard. Ces célébrités qui peuplent nos vies et font bonne presse à une minceur si extrême qu’elle tient, quasi toujours, du trouble du comportement alimentaire. Et donc, rappelons-le de la maladie. Que doit-on faire d’elles ?

Ariana Grande, une pause loin des regards
Les réponses vont bon train. D’autant qu’aujourd’hui la parole s’étale sur tous les réseaux sociaux. Chacun.e y va de son avis, retrace son vécu, parle en toute liberté de TCA comme de laisser tranquille leurs artistes chouchoutes. D’autant plus maintenant qu’Ariana Grande a annoncé qu’elle comptait prendre une pause à la fin de sa tournée Eternal Sunshine en septembre, renoncer à la comédie musicale « Sunday in the park with George » à laquelle elle devait participer à Londres en septembre 2027. Il est temps pour elle de s’éloigner des lumière explique-t-elle, elle souhaite se retirer un temps de la vie publique. Elle serait lassée de lire les commentaires sur son physique, souffrirait trop de ce qui en est dit. Il faudrait, nous dit-on conclure en beauté ses spectacles et enfin se reposer.
Certain.es s’offusquent, pleurent alors dans des vidéos. A cause des détracteurs, leur idole ne sera plus présente pour elles et eux. Une idée insoutenable. Il aurait fallu lui foutre la paix. Il ne faudrait pas se demander à quel point sa santé bascule sous nos yeux depuis plusieurs années. Il ne faudrait pas relever la minceur extrême du casting de « Wicked ». Même si la chose semble bien funeste. En plaçant cette notion on confond toujours le concept de commenter le corps d’une femme, ce qu’on ne souhaite plus faire, et taire la maladie et ses conséquences sur la société.

Blâmer les justes coupables
Il est pourtant temps de se poser les bonnes questions. Comment en tant que société peut-on à ce point raconter la valeur de la maigreur continuellement au point de créer comme repère, comme modèles des artistes que l’on a rendu malades ? La réalité se trouve sur nos réseaux sociaux chaque jour. Alors que l’on voit continuellement des publicités vantant les mérites d’un probiotyque pour perdre du poids, de conseils silhouettes, de comparatifs de corps suite à une perte de poids qui serait le secret du bonheur. Le problème vient d’images vantant une obsession maladive pour le sport que l’on ne pratiquera jamais assez, des calories que l’on compte. Pratiquer une activité sportive c’est excellent évidemment, ça l’est moins quand ça tourne à la culpabilisation liée aux résultats et à l’idée que tout le monde pourrait s’il s’entraîne assez avoir le même corps. Le problème est dans les tailles présentes en boutique de vêtements qui mettent de côté n’importe quelle personne qui ferait plus d’un XL. De mots distillés chaque jour : Summer body, regret d’avoir mangé du sucre, blague sur la prise de poids dès que l’on mange. Remplacer le plaisir alimentaire par l’idée de s’être lâché.es. Nous sommes dans une société régie par le contrôle de soi, constant. Par l’obsession de l’image. Et la perfection de l’image doit se faire dans la difficulté et la souffrance. On pointe du doigt Ariana Grande parce que trop maigre pour ne se demander ce qu’il l’a conduite à perdre ce poids. Et pour oublier que dans le sillage de ce qu’elle vit, qu’on ne prétendra pas connaitre, elle s’expose à l’oeil influençable d’un public jeune qui peut imaginer sa maigreur comme une critère de beauté. On maintient sous nos yeux l’image de la très jeune femme que l’on a connu, au risque de dire que ce qui est beau chez une femme c’est d’avoir un corps adolescent pour ne pas dire enfantin. On crée un fantasme qui ne saurait évoluer. Ni grandir, on interdit aux femmes de prendre la place. On le fait tous et toutes, sans le vouloir, parce qu’on nous a appris que le « beau » est primordial et que le beau est synonyme de mince.

RIP Body Positive movement, parti trop tôt
S’il ne s’agit jamais de juger d’un corps mince- chaque morphologie doit être équitablement célébrée- il est faut aujourd’hui admettre que celui d’Ariana Grande ne correspond plus au simple critère de minceur. Son corps semble souffrir de dénutrition, ce qui peut être très grave. L’anorexie, en plus d’entraîner de grandes souffrances, tue. Elle n’est pas la première, elle est l’un des nouveaux visage de ce fléau. On n’oublie pas Whitney Houston entre la fin des années 90 et le début des années 2000 que la pression avait poussée à une maigreur extrême accentuée par la prise de drogues. L’inquiétude aujourd’hui est autant lié à Ariana Grande et sa santé qu’au miroir tendu à notre société. Le body positive n’aura pas tenu la route plus de 5 minutes. Il aurait pourtant été l’une de nos meilleures luttes. Mais, il faut souffrir. Si Ariana Grande ne doit pas être mise au bûcher c’est parce qu’elle est victime, de propos aliénants. Tu dois être mince, plus toujours plus, aura-t-elle entendu comme nous sur chaque pub, écran et sûrement de la part de son entourage professionnel. Et puis, tu es maintenant trop maigre lui dit-on aujourd’hui. Malgré tout ses efforts, elle ne serait jamais assez bien. Nous ne sommes pas là pour la diagnostiquer, il va de soit. Souffre-t-elle d’anorexie ? La maladie a elle-même plusieurs formes. Et elle peut aussi venir des nombreux chocs rencontrés par l’artiste entre l’attentat dont a été victime son concert, la perte de Mac Miller… Son poids peut avoir des sources multiples, et cela relève de son intimité.
Un ancien journal de bord qu’elle tenait en ligne, dévoilant ses secrets pour rester « Healthy » semble bien pointer pourtant vers une obsession induite sur la quantité d’aliments ingérés. Mais qu’importe finalement les motifs de cette maigreur, il faut s’en inquiéter avec bienveillance. Pour qu’elle se sente le droit de guérir, d’exister, de ne plus souffrir. Il ne faut pas juger la chanteuse mais bien notre regards sur les corps, notre rapport au poids et comment celui-ci a été induit.

Praise Jameela Jamil
L’actrice Jameela Jamil, grande prêtresse féministe a toujours eu les mots justes. L’ancienne actrice de l’immense « The Good Place » a elle-même souffert d’anorexie. Après avoir visionné le clip de Petal, elle a, à très juste titre pris la parole pour dénoncer une glamourisation de l’anorexie : « Si nous commentons son corps, nous risquons de nuire à sa santé mentale, ce qui serait terrible, et personne ne le souhaite » puis d’ajouter : « Si nous ne commentons pas son corps, nous risquons de normaliser cette image auprès de centaines de millions d’adolescentes, d’enfants et même d’adultes influençables qui consomment son contenu. Un contenu qui met délibérément en avant ses os et sa silhouette menue à l’aide de ceintures et de corsets ». Elle en profitait pour ajouter que les photos d’Ariana Grande, et de son clip tournent aujourd’hui sur des sites pro-Ana et est montré comme modèle par de jeunes-filles qui en font un objectif. « Elle est en train de mourir sous nos yeux » alerte alors la comédienne à très juste titre.
Pour Ariana, Nicole, Lana, Taylor, Kelly et nous
Aujourd’hui Il faut surtout offrir au Monde le droit de se laisser aller, d’abandonner cette aliénation collective. Remercier la vie d’avoir accès à de la nourriture qui nous maintient en vie. De ne pas vivre une période de famine, ou dans un pays qui souffre de le faim, ce qui n’est pas le cas partout dans le Monde. Il faut faire du soin de la santé mentale, le premier critère de beauté. Rendre l’apaisement roi, il faut lâcher nos corps, les laisser vivre et les aimer collectivement. Le summer et le winter body serait ceux qui sont les nôtres. Nos imperfections doivent enfin devenir nos critères de beautés. Il faut accepter de vivre sans scruter nos images. Pour Ariana, Nicole, pour Taylor, Lana, Kelly Osbourne. Pour nous toutes et tous.
KJ Apa ou quand un homme prend la parole
Quelques mots sur KJ Apa qui livrait récemment un témoignage essentiel. Le comédien mais aussi chanteur (puisque l’on sait qu’il est également Mr Fantasy, secrètement pas si secrètement) s’offrait un moment de confidence avec son ex co-star de Riverdale Cole Sprouse. Il en profitait pour raconter être un personne qui tombe rapidement dans les addictions. Pour illustrer le propos, il racontait alors qu’en plein confinement alors qu’il devait reprendre le tournage de Riverdale, il devait surveiller son corps pour retrouver celui d’Archie. Un corps qui devait être « parfait » donc, comprendre sec et très musclé. Mais voilà que notre acteur isolé pour ne pas risquer d’attraper le COVID avait envie de manger. Un soir, il commanda, nous dit-il, un gros menu Mac Do. Oui mais pris de remords après en avoir mangé, le voilà qui jette ses reste et urine dessus. Histoire de s’assurer de ne pas en manger de nouveau. Il explique également qu’il se faisait alors souvent vomir à cette époque. Ce soir là, la faim le reprend. Il se jette sur sa poubelle et vient à manger les morceaux que l’urine n’a pas touché. Ce qu’il en conclut, c’est bien qu’il est le problème. Qu’il ne peut se laisser aller sans tomber dans l’addiction, dans l’excès. Son témoignage est essentiel parce qu’il rappelle que la pression sur le corps des hommes existe tout autant. Elle est juste différente. On attend d’eux une musculature idéale, là encore sans que la moindre trace de graisse ne vienne pointer son nez. Cette attente, si peu réaliste participe au développement de troubles du comportement alimentaire. Le problème n’est pas l’envie de KJ Apa de manger un big Mac ou plusieurs. Le problème est la culpabilité qu’il éprouve à cette idée. Le problème est l’attente que l’on met sur son corps et la pression qu’il met sur l’idée de manger certains types de repas. L’addiction et la frustration peuvent facilement se lier en un tout néfaste. Il faut que l’on change nos regards pour que les célébrités que l’on regarde puissent s’autoriser à vivre autrement. Et qu’elles nous aident aussi à libérer nos corps. Il faut que le poids ne soit pas plus un poids si lourd sur nos consciences.
Bad Bunny : la casita, de la résistance au sacre de la beauté unique
Bad Bunny est devenu tout un symbole. La superstar originaire de Porto Rico était déjà…
Sexualisation des popstars : la mise en avant codifiée et schématique des corps féminins
Lors d’un concert donné à Barcelone le 9 mai dernier, Olivia Rodrigo a été au…
D’Emily In Paris à Wicked : Romantiser le corps unique, maigre, idéalisé
Voilà quelques semaine qu’Emily in Paris lançait sa saison 5, à Rome cette fois. Avec…


