affiche les femmes s'en mêlent 2018 En mars, la journée de la femme permet, un peu, parfois, de se préoccuper du problème des droits des femmes dans le monde le temps d’une journée. Certes, avec le temps, le message du 8 mars est devenu l’occasion de faire des remises sur les parfums et d’offrir des fleurs.

 

Mais certaines personnes se tuent à donner de la voix à ces messages. Et quitte à donner de la voix, autant le faire en musique. Preuve que les femmes aussi ont du talent- mais attends qui en doutait? Une véritable distinction est-elle vraiment à faite surtout dans les milieux culturels?- Le festival Les femmes s’en mêlent leur laisse chaque année le micro et ce depuis 20 ans.

 

Au programme, la femme plurielle, comprendre, une multitude de talents, toutes différentes les unes des autres, tant dans l’appréhension de leur projet que dans leurs performances.

 

Après une avant-première au Théâtre des Etoiles le 8 mars– Logique- nos artistes féminines et leur public décidaient de prendre d’assaut la Machine du Moulin Rouge de Paris le temps d’un weekend.

Et alors tes soirées du vendredi et du samedi?

Deux scènes, deux ambiances. Vendredi en se glissant dans la salle parisienne c’est un lieu multiple que l’on découvre. Le bar à bulle est ouvert et propose de jolis cocktails modernes et des goûts atypiques.  L’espace central et son décors industriel est réservé aux grosses performances alors que la Chaufferie, petite salle souterraine avec l’ancienne chaufferie pour décors ( et pour le coup ça claque) servira de lieu aux sets acoustiques. C’est d’ailleurs cet espace qui ouvre le bal avec Helluvah.

 

The Pack AD suit. Les talentueuses rockeuses y font vibrer leurs guitares.  Le duo péchu issu du Canada ne manque pas d’énergie. Leur son brut s’empare de la petite salle qui rapidement s’embrase. De part et d’autre alors que les moins timides s’approchent de la scène et se mettent à danser les murmurent se font nombreux. “C’est vachement bien” osent certains face à ce rock incisif et noble qui sent bon les clubs rock nord américains.

 

Pas de temps à perdre pourtant puisqu’il est bientôt l’heure du duo live formé par l’écrivaine Virginie Despentes et le groupe Zero. Dans la salle, la diversité est aussi mise, femmes et hommes se mélangent. Les excentricités sont nombreuses, les tenues modernes, sexy, les coiffures osées. Ici, on peut être soit.

festival les femmes s'en mêlent 2018

 

Le moment tant attendu approche, très attendu pour l’auteure de ses lignes d’ailleurs pour deux raisons: la première c’est que lors du Printemps de Bourges 2017, il m’avait été impossible d’assiste à ce show, les billets ayant été trop rapidement pris d’assaut. La seconde raison s’appelle Virginie Despentes et son oeuvre en général. Est souvent cité son magistral “Vernon Subutex” par les initiés, pourtant, c’est le classique “Baise-moi” qui m’avait retourné lors de sa lecture. Je m’y étais accrochée mot après mot, une souffrance extrême se détachant de chacun d’entre eux. Cette pensée m’avait alors traversée “si tu poses ce livre il te sera probablement impossible de le reprendre tant chaque phrase, incroyablement écrite te fait mal aux tripes.” Un texte qui transmet tant, qui dit tant, ça ne se lit pas tous les jours. Alors oui voir son auteure sur une scène, ça fait très envie.

 

Et d’ailleurs ça donne quoi? Ce ne sont pas ses textes qu’a pourtant choisi de lire la maîtresse de cérémonie mais celui de Louis Calaferte “Requiem des innocents” paru en 1952. Accompagnée par les compositions enivrantes, profondes et fortes de Zero, la romancière engagée déclame les mots qu’elle lit sur scène. Un brin timide peut-être? Bien qu’habituée maintenant à la présence d’un public, elle donne corps avec force aux mots qu’elle lit. Les talentueux musiciens, eux en retrait, jouent doucement de leurs sonorités pour donner corps au tout. Il est peut-être à la longue difficile de suivre ce live très dense qui s’enchaîne sans laisser de pause au spectateur avec une certaine uniformité. Mais l’effort et l’énergie sont là pour donner corps à un propos au court de cette adaptation scénique abrasive.

 

Et quitte à parler littérature, et textes viscérales, il aurait été difficile de faire les Femmes s’en mêlent sans La Piéta. C’est sans masque que la boule d’énergie débarque sur les planches. Si tu n’as pas vu la Piéta sur scène, courre rattraper cette monstrueuse erreur. La féline chanteuse se donne corps et âme sur scène pour chanter ses maux. Happant le public dans un tourbillon, utilisant les mots crus qui gênent et font saigner avec l’aide de ses musiciens. Déchaînée, impossible à arrêter, et ce même lorsqu’une panne technique essaie de s’interposer , la musicienne entraîne la salle dans un tourbillon de réflexions issues de son oeuvre. Après tout, les textes des morceaux de La Piéta sont les chapitres du livre qu’elle écrit. Bien loin d’être “La Moyenne” comme elle le chante, la musicienne convainc toujours avec une folie merveilleuse son assistance.

 

 

Le samedi s’il ne fallait ne retenir qu’un nom ce serait celui de Pink Kink. Ce quatuor féminin et très jeune de punk rockeuse à la sauce moderne débarque à la chaufferie pour créer un véritable raz-de-marrée et ce sans crier gare. Sapées avec des tenues grunge et barrées, la chanteuse porte son soutien-gorge sur un haut en résilles, la claviériste  une robe t-shirt destroy, la bassiste une longue robe rouge habillée avec des baskets, le tandem sent bon l’authenticité et a fraîcheuse de la jeunesse. Les voix se mélangent et se regroupent alors que notre lead singer, peut-être un peu malade, pousse les décibels. Le punk rock fait danser alors que certains titres plus doux flirtent avec la new wave (après tout le clavier apporte cette touche).  Bien que ce soit rarement le membre le plus remarqué d’un groupe, la bassiste de Pink Kink, elle, bouffe la scène. Véritable phénomène sautillant en robe rouge, la belle qui fait aussi les choeurs  apporte une dose de vitamine supplémentaire à cette performance qui vaut le détour.

 

Outre ce moment fou, cette fête qui aura duré toute la nuit aura aussi été l’occasion pour la France de rencontrer l’américaine Blimes Brixton, et son rap positif. Véritable déesse du flow, incroyable dans son appréhension de la scène, la chanteuse ne manque pas d’interagir avec son public.  Celle qui excellait aux battles a préféré les abandonner tant elle les trouvait néfastes : “La musique c’est supposé unir, regardez tous ces gens autours de vous, regardez cette diversité.” Amen. La musique c’est le langage universelle et la sienne illustre ce propos.

 

Impossible également de ne pas évoquer la performance de scratch de la DJ  de l’excentrique chanteuse Reverie qui a su très tôt donner une âme festive au moment. Et faire revivre les années 90.

 

Un média présent qui faisait un micro-trottoir pour l’occasion posait cette question “Et toi tu lui souhaites quoi au festival pour le futur?”. Surement deux choses: la première continuer à nous apporter ces talents variés et pluriels féminins et féministes et à faire vivre une scène qui vaut le coup. La seconde concerne sûrement plus le Monde. Il faut souhaiter qu’un jour les droits de la femme soient si respectés, si présents, si normés qu’aucune bataille ne soit plus nécessaire. Et qu’on se rende compte à travers le Monde, de Paris aux villages de terres lointaines que la femme n’est jamais qu’un humain comme un autre et que les différences qu’on nous voient ne sont qu’illusions. Chaque être humain est unique et comme disait Sniper, il faut de tout pour faire un Monde.

 

 

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