Nuances de féminité au Printemps de Bourges 2017 (Reportage)

Il n’y a pas qu’une seule façon d’être féminine, il y en a mille. Il n’y a pas de schéma pré-établi et encore moins en musique où tout est permis. Si le Printemps de Bourges est un temps de découverte, il est aussi l’occasion de proposer de la diversité artistique, certes, mais aussi en terme de genre. L’occasion pour nous de passer en revue ces manières d’être femme dans la musique au cours de cette édition 2017.

La féminité selon Warhaus et son alter-égo Sylvie Kreusch a quelque chose de sensuel. Le chanteur flamand, ancien leader de Balthazar se produisait au Théâtre Jacques Coeur le 21 avril. Si il y présentait son projet solo, c’est loin d’être en solo qu’il officie. La chanteuse blonde à ses côtés est loin d’être un faire-valoir. Sur scène, la belle greffée sur un pupitre ondule à l’ancienne, façon Jessica Alba dans « Sin City ». Robe chemise fluide et talons rock au pieds, la belle lâche avec sensualité les paroles qu’elle chante. En coulisse, Warhaus confiait surtout qu’elle était sa muse. Celle qui n’a pas étudié la musique l’aurait inspiré sur ses compositions. Une naïveté, une fraîcheur inspirante ? Pour celui dont la scénographie fait penser à un film noir des années 60, cette présence féminine fait sens. Un peu old-fashion comme façon de voir la femme ? Plutôt complètement arty !

 

La féminité à Bourges elle peut débarquer à tout moment et même venir, sans scrupules, d’hommes. Des hommes qui parlent de femmes ? Non ce serait trop simple : D’hommes en robe, qui jouent du punk. Sans tomber dans les clichés, sans se caricaturer mais en étant libérés, les compères américains  de PWR BTTM jouent sur une autre forme de féminité et tentent de se poser des questions. C’est quoi cette part de féminité ? Où se situe-t-elle ? On peut en débattre sans tomber dans les débats publics traditionnels et en se laissant rappeler que la différence peut-être suffisamment mince pour être gommée d’un coup.

Et si la femme était une salope ? L’homme serait un salop. C’est ce que répond du moins Therapie TAXI, petits nouveaux de la scène pop française. La formation, rencontre de trois mecs et une meuf se produisait à 20 heures 30 au 22. Si le groupe aime à parler trash, n’hésite pas à raconter ses soirées arrosées, à s’amuser de la prise de drogue, c’est bien son titre « Salop(e) » qui marque les esprits. On y écoute avec des paroles osées « tu vas bouffer mon tampon » au fur et à mesure que le couple se déchire. Loin de la polémique d’Orelsan et son « Sale Pute », la différence est dans l’échange.

Si de son côté la grande Virginie Despentes, auteur sans concession des incroyables « Baise Moi » et « Vernon Subutex » donnait la réplique à Zëro pour un mélange des genre, littéraire et musicaux cette fois, c’est bien le 22 qui donne la part belle à la féminité ce 22 avril.

Le 22 met à la femme à l’honneur

Il raconte comment on peut-être féminine et rétro avec Juniore. Le groupe d’Anna Jean a souvent été comparé à Françoise Hardy. Sur scène, cette image devient limpide : la voix extrêmement féminine et sucrée de sa meneuse, sa jolie frange brune, la douceur qu’elle dégage. La belle enchaîne les titres aux sonorités 60’s revendiquant de leur piquer leur légèreté. Bien loin d’être seule sur scène, Juniore est un groupe de fille plein de complexité. Un véritable groupe féminin composé de trois membres à trois personnalités distinctes. Sur scène, dans un premier temps, on pense à Brigitte. Pourtant quelque chose varie. Juniore crie son amour pour Polanski et le cinéma de genre. D’ailleurs les musiciennes n’hésitent pas à faire crier la foule « Un cri bien strident qui fait mal aux oreilles des voisins ! » Un cri de scream queen en somme qui rappelle la présence de « la chose » sur scène. Le bassiste, seul homme de la formation, est en effet vêtu comme un fantôme, allégorie de la Mort, visage caché et recouvert d’un draps blanc. De là à dire que Juniore cache son unique homme comme à l’accoutumé c’est la femme qui est cachée, il n’y a qu’un pas. C’est du moins un des pistes qu’utilise le groupe pour expliquer sa présence. « Panique » s’enchaîne comme pour prouver qu’on peut être féminine et pluriel.

Pas besoin pour autant de se défaire de toute présence masculine pour être féminine. C’est bien ce que les très énergiques Pirouettes prouvent au 22. Le couple de musiciens propose avec une pêche folle de se replonger dans la folie des 90’s. Installé derrière un synthé, le duo hyper complice s’amuse à recréer cette atmosphère folle et libérée dont la nostalgie est actuellement palpable. Les trentenaires dirigeraient-ils le monde actuel ? A en voir des « Stranger Things », le retour des « Minikeums », le remake de « Ça » et les nouveaux phénomènes rétros, la question mérite d’être posée. Avec un logo délicieusement ringard, les Pirouettes proposent pourtant de renouveler leurs classiques. On pense le temps d’une minute et un sourire aux lèvres à l’univers doux d’ « Hélène et les garçons » pour sa candeur. Pourtant bien loin d’être le projet d’un hommage à une époque, le combo sait jouer avec les codes actuels, les maîtrise et part à la conquête d’un public qui danse volontiers. Avec sa frange, ses longs cheveux et sa combinaison noire Vickie Chérie excelle et rappelle qu’à Bourges on peut-être féminine et amoureuse.

D’autres façons d’être femme, le Printemps en propose en quantité: celle en duo de Kid Francescoli, celle en solo et au piano de Cléa Vincent ou encore celle de Calypso Rose, chanteuse trinidadienne aujourd’hui âgée de 77 ans et toujours aussi pêchue en live.

Il n’y a pas de règles, pas de façon unique d’être femme et il fait parfois bon de simplement le rappeler en musique.

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