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Julia Escudero

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La saison des festivals est enfin ouverte ! Avec les beaux jours, We Love Green a l’intention de planter sa graine et ses notes dans les esprits. En ce dimanche 2 juin, la pluie a fait place au beau temps. Direction le Bois de Vincennes (armé.es quand même de bottes en caoutchouc et d’un ciré, sait-on jamais) pour applaudir une programmation variée mais aussi donner de la force au festival qui met en son coeur la défense de l’écologie. Une journée forte, marquée par les sets de Troye Sivan, King Gizzard and the Lizzard Wizzard et SZA. On vous raconte !

King Gizzard and the Lizard Wizard – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Festival d’utilité publique

Créé en 2010, le festival We Love Green n’a pas un simple rôle culturel dans le paysage musical français. Il a aussi pour but d’être vecteur d’engagements et porteur de messages. Voilà l’un des principaux atouts, d’ailleurs, de la musique. Si elle sait parfois exister pour la beauté de l’art, elle  joue un rôle primordial dans les luttes sociales et progressistes.  A son origine, l’évènement était organisé au Parc de Bagatelle et jouait d’une programmation majoritairement électro. Devenu plus hétéroclite en changeant son lieu, il a eu à coeur de créer un évènement d’ampleur tout en adoptant les meilleurs pratiques environnementales. Gestion des déchets, restauration durable (avec une montée en puissance depuis deux ans d’une offre entièrement végétarienne)  mais aussi espaces réservés à des associations spécialistes de la transition écologiques, talks et conférences font partie de l’ADN même de l’évènement. Ce qui pourrait sembler  releyable au second plan en vue de la programmation est loin de l’être. A l’heure où l’Europe voit placer parmi ses hauts responsables des partis climato-septiques , le contre pouvoir porté par la culture devient plus essentiel que jamais. Chaque action compte et l’ombre politique n’est jamais loin. En la matière We Love Green fait un travail d’information remarquable et donne de plus en plus de visibilité à son sujet central depuis ses débuts. Il n’y pas de petit geste et associer des têtes d’affiches qui ont un véritable pouvoir comme Justice ou SZA à des problématiques plus globales fédère un travail essentiel sur les consciences. Cette année, les samedi et dimanche, l’évènement proposait ainsi des conférences dans sa Think Tank allant de la guerre contre le plastique, l’avenir des océans à l’éco-anxiété ou encore la réflexion sur ce qu’est une oeuvre écologiquement engagée. Il n’existe aujourd’hui aucune recette idéale. Néanmoins donner de la voix, poser des questions, instruire et réfléchir collectivement sont autant de démarches majeures à mettre en avant. Chacun.e sera en mesure d’agir en sa propre conscience en en sachant le plus possible. Et en matière de poser sa petite graine, le travail du festival est au moins à saluer, avant de vous parler pleinement des artistes qui ont fait rayonner sa dernière journée.

We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

We Lovecity

Maintenant que le cadre est posé, il est temps de laisser place à la musique. Nous sommes après tout venu.es pour ça ! En ce début d’après-midi, un rayon de soleil, vient percer les nuages. Bénévoles et festivaliers sa réjouissent instantanément, le mois de mai aura été particulièrement humide et les précédentes soirées auront transportés leur lot de K-Way et de boue (c’est parce que tout va bien côté climat évidemment ça). Le sol reste d’ailleurs particulièrement composé de gadoue aujourd’hui.   Qu’à cela ne tienne, sortez vos bottes et faites place à l’amour !

Lulu van Trapp – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Si on parle d’amour sans transition, sans même avoir fini d’ouvrir le ciré pour prendre pleinement le soleil sur nos épaules qui devaient être nues, c’est que le concert de Lulu Van Trapp  a déjà débuté sur la Grande Scène. Le groupe est venu présenter cet après-midi son nouvel album, « LoveCity ». Et comme son nom l’indique il y est question d’amour. Pas toujours d’ailleurs d’amour amoureux. Celui plein de pouvoir de l’amitié par exemple, ou d’une communauté. Cette dernière, donnait de la puissance quelques jours plus tôt dans une Machine du Moulin Roue pleine à craquer. La voilà à nouveau réunie aujourd’hui, amassée autour de la scène où le groupe déploie comme toujours une énergie communicative. Toujours sensuelle, toujours proche du public, la formation excelle comme à chaque concert à entraîner l’assistance à rejoindre son armée. « L’amour et le bagarre », interprété en fin de set offre une claque indéniable, de celles qui font du bien. Il faut reconnaitre au titre une efficacité immédiate en live.  Les têtes tournent déjà et les corps s’échauffent. L’esthétique est au centre d’une prestation qui marque les esprits, tout comme les mélodies toujours bien écrites de nos compères. Depuis les débuts du groupe avec « Les Maux d’amour », il n’a fait que prendre en puissance et en réelle capacité à proposer une oeuvre écrite et cohérente de bout en bout.

Lulu van Trapp – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Puisqu’il est question de débuts, Yamê, qui se produit sur la même scène un peu plus tard dans la journée a à coeur de partager les siens. Il y est question de faire des boeufs dans un bar de quartier avec des musiciens qu’il ne connaissait pas. Mais explique-t-il, il est difficile d’appréhender quelqu’un en découvrant simplement ses notes, il faut prendre quelques minutes et ces quelques minutes là elles sont sur scène. Pourtant, c’est de là qu’est née la magie qui aujourd’hui lui offre l’immense scène et un public aux yeux qui brillent. Parmi les musiciens à ses côtés, l’un fut rencontré lors de ces improvisations scéniques. Et quand on sait improviser ne sait-on pas tout faire ? Aujourd’hui, avec un set bien plus travaillé la chose parait évidente. Le musicien porte avec lui une profonde sincérité qui ravi les coeurs. Ses morceaux efficaces font mouche et donnent la réplique à un accompagnement musical dont la beauté est indéniable.

Yamê – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Troye Sivan a fleur de pop

Il ne peut être toujours question de débuts et pourtant est ce que changer radicalement les coutumes d’un courant ne marquerait pas une forme de débuts ?  Pour Troye Sivan l’aventure musicale débutait en 2015 avec un premier album « Blue Neighbourhood ».  Un début dans la musique, certes, mais qui n’était pas un début de carrière.  Aujourd’hui, c’est  pourtant du dernier album du  chanteur australo-sud- africain : « Something to Give each other » dont il est question. Et  que se soit sur sa pochette ou sur scène, le musicien – qui est aussi acteur et Youtubeur – donne d’emblée la couleur : il va être question de sexualité et aucun tabou ne saura être accepté. Connu pour être une icône gay (sujet dont il parle publiquement depuis 2013), il embrasse pleinement ce statut et se sexualise volontiers.

Troye Sivan – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Oui, il sera donc question de sexe et d’oser au cours d’un set qui est, il faut lui reconnaître, le plus impressionnant de la journée. Il ne faut pas deux morceaux à notre hôte pour se retrouver à genoux face à son danseur qui tient son micro en lieu et place de son organe.

Moins de dix minutes donc pour parler fellation et donner à la pratique des vertus musicales qui marquent les esprits. L’avant-scène est pleine à craquer. Le public se tasse et voilà que Troye Sivan crée sous leurs yeux une toute nouvelle définition de la pop. Certes, ses mélodies sont plaisantes et accrocheuses. Pourtant, c’est surtout sur son jeu de scène et les mille messages qu’il renferme qu’il  est interessant de se pencher. Hyper-sexualiser les pop stars féminines a toujours été recette de succès et de gros sous. Sans être exempt de jugement – après tout, il faut toujours avoir un avis tranché et les femmes n’ont qu’un droit raisonnable à parler de sexe dans la société- les Madonna et Britney Spears qui l’ont précédé se devaient d’être explicitement sexuées. Sexuée, faussement prudes (bonjour « Baby one more time » ou « Like a virgin »), mais toujours prêtes à être objets de désirs. Les pop stars masculines, elles, se devaient d’avoir une image toute autre. Ici, les cartes sont clairement redistribuées. En partie homme objet, Troye Sivan se déshabille, fait tomber le haut, et tombe carrément à genoux mimant l’acte sexuel avec en arrière plan un de ses acolytes scéniques (vous avez l’image). Mais il est aussi le meneur d’une troupe de danseurs aux physiques d’éphèbes. Tout le set est rodé et les tenues s’enchaînent jusqu’au port d’un bustier noir dont la forme est habituellement réservée aux femmes (et fait ouvertement penser à la Madone de la pop). Evidemment, la qualité d’un jeu si travaillé tient en sa première capacité à créer un divertissement de haute qualité. Mais il est surtout le reflet de temps qui changent et d’une nouvelle ère. Les hommes aussi peuvent être objets de désirs sur scène, le public LBTQIA+ a le droit à ses idoles, et ces idoles savent parler au plus grand nombre.

Troye Sivan renverse les coutumes, ose tout. Son esthétique queer sent autant la modernité que la libération. Elle est l’incarnation d’une nouvelle génération qui a redéfini ses codes et a changé les consciences pour le mieux. La pop n’a en aucun cas à être un dinosaure figé qui se répète et ne tourne qu’autour d’elle-même. Elle a souvent été faite porte parole, des artistes comme Lady Gaga en sont la preuve. Mais elle s’est bien trop souvent cantonné à être la propriété de femmes. Forcément lui découvrir un nouveau visage est une réussite à saluer. Il est d’autant plus bon de la retrouver auprès des autres courants en tête d’affiche des festivals où elle manque souvent. Voilà donc un show qui marquera à n’en pas douter l’histoire de cette édition de We Love Green pour ne pas dire l’histoire du festival tout court !

Troye Sivan – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

King de pretto et les magiciens rockeurs

L’Australie est bien présente aujourd’hui ! Les rois du rock mais surtout de l’hyper-productivité, aka King Gizzard  and the Lizzard Wizzard sont de fait les suivants à se frotter à la Grande Scène. Les musiciens sont bien plus sobres et classiques dans leur performance que l’incroyable spectacle auquel on vient d’assister ! Evidemment en même temps puisque pour les rockeurs, la performance est surtout synonyme de précision instrumentale. En la matière, le groupe est toujours à couper le souffle. Son show fait office d’OVNI dans la programmation du jour. Batterie et guitare s’y répondent brillamment alors que les titres s’enchaînent. Comment font-ils le tri pour créer une set list dans l’immensité de leur répertoire ? La question reste largement ouverte. Toujours est-il que cette dernière fait mouche, équilibre idéal entre punk musclé et metal accessible. Le groupe est la représentation d’un courant indé qui claque, qui transcende les génération, connait ses classique et sait écrire l’histoire. Quitte à n’avoir que peu de représentants du rock aujourd’hui, celui-ci tenait de l’excellente idée, après tout, n’en est-il pas la meilleure synthèse, entre pointu et accessible ?

King Gizzard and the Lizard Wizard – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Gonflés à bloc d’une énergie qui circule pleinement dans nos veines, il est temps de retrouver Eddy de Pretto. Notre frenchie a beaucoup évolué depuis ses débuts. Une belle assurance vient d’emblée donner du corps à sa performance. Seul sans musiciens (une vidéo diffusée sur les grands écrans dévoile leurs visages que l’on ne verra pas sur les planches), le voilà qui arpente un tout nouveau décors qui met autant en avant sa voix qu’un jeu avec un écran. Plus écrit que jamais, son set a pour but de défendre son dernier opus, paru en 2023, « Crash Coeur ».

Eddy de Pretto – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

La musique de De Pretto a souvent fait office de thérapie pour le musicien. Pour lui, comme pour son public qui vient à se reconnaitre dans ses écrits. Il va bien mieux, partage-t-il d’ailleurs. Il prend soin de sa santé mentale et invite son public à faire de même. Il faut en parler. Tout comme des icônes gay qui lui ont permis de trouver sa place artistique et qu’il raconte dans le titre « R+V » d’Elton à Freddie en passant par Verlaine (mais merci de le prendre plutôt en exemple pour ce qui est de sa poésie et non sur le principe de tirer sur son amant). Il fait d’ailleurs beaucoup de place à son nouvel opus sur scène, qu’il chante en allant sans fin d’un bout à l’autre de la scène. La carrière aidant, le musicien a perdu en spontanéité. Une évidence puisqu’avec le succès viennent les enjeux et les histoires à conter changent. Pourtant l’interprétation à fleur de peau qu’il pouvait avoir vient à manquer. Elle était la marque d’une sensibilité communicative qui nous faisait tomber amoureux.ses de ses compositions. De Pretto garde néanmoins son phrasé légendaire, sa belle capacité à écrire et un univers comme nul autre.

Il est aussi impossible de bouder son plaisir en retrouvant au programme des morceaux issus de ses débuts. Evidemment « Fête de trop » permet à toute l’assistance de chanter à pleins poumons. De son côté « Kid » est le joyau de la journée. Le  musicien en profite pour  demander au public de lever leurs verres à l’extraordinaire histoire qui est la sienne. Le morceau est en effet aujourd’hui utilisé dans les manuels scolaires mais aussi à l’assemblée nationale contre les thérapies de conversion. Et voilà qui rappelle la grandeur de l’oeuvre et l’importance capitale d’Eddy de Pretto dans la paysage culturel français. « Cure » est, et restera l’un des meilleurs albums sortis au court de la précédente décennie et son interprète aura lui aussi su casser les codes, plaçant sur un pied d’égalité créativité et message.

Eddy de Pretto – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Un moment bien urbain

Evidemment les scènes Hip hop et RnB ont une place centrale dans la programmation du festival. Tout comme la scène électro. Cette dernière était là au début de l’évènement et il est d’autant plus logique de voir qu’une scène entière lui est consacrée, sous forme de serre géante pour mieux semer des notes. Ainsi la présence aujourd’hui de la dernière pousse électro Peggy Gou et son incroyable créativité ravi les foules. Originaire de Corée du Sud, installée à Berlin, elle tire le meilleur des courants issus deux pays pour fabriquer un son hybride, on ne peut plus fascinant. Son immense modernité est à la hauteur de la renommée d’Etienne de Crécy, lui aussi présent ce soir. Le maître de l’électro et la nouvelle génération, jouent tour à tour face à un public très réactif. La musique transcende les générations.

Luidji – We Love Green 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Et côté urbain donc ?  Me direz-vous alors que le jeu de mot ravageur de l’inter-titre vous a interpellés. Eh bien on retrouve le français Luidji. Impossible de ne pas lui accorder quelques lignes tant sa présence sur scène crée la folie côté public. A raison, puisque le musicien au rap sombre qui oscille vers le  RnB gère la scène comme s’il y était né. Pas besoin de trop forcer sur le décors, l’excellence des jeux de lumières et la puissance de ses titres suffisent à fédérer ses adeptes qui ne perdent pas une note. Chaque mot est chanté à tue tête. « Pour deux âmes solitaires » a beau être son plus gros succès, personne, en cette fin de journée n’est solitaire.

Enfin, immense programmation ce soir, SZA vient clôturer la Grande Scène. On pourra néanmoins lui reprocher un set trop calculé qui manque d’audace. La chanteuse propose une performance propre aux reines de la pop sur un décors, lui très travaillé. les premiers rangs sont pourtant conquis alors que chorégraphie et échanges sont soignés au millimètre. Quelques beaux moments viennent en plus marquer les esprits, comme lorsque la chanteuse se balance sur une immense boule qui n’est pas sans rappeler le clip de Miley Cyrus (mais moins nue, aussi il est impossible d’être plus nue que Miley dans le clip … après sinon ça tourne au film d’horreur mais ce n’est pas la question). Performeuse avant tout, elle profite d’un répertoire qui fait plaisir à ses fans et d’une belle mise en avant de son dernier né « SOS ». Un show à l’américaine à l’image de la grandeur de ce que ses icônes pop et RnB savent produire. Mais dont le manque d’authenticité ou de décadence viennent à freiner l’enthousiasme de celles et ceux qui connaissaient moins l’oeuvre de la super star.

Il ne reste plus que quelques pas de danse. La pluie n’était pas là aujourd’hui et la musique a réchauffé les coeurs (est-ce un report ou un poème ?). Ce soir, dès le crépuscule, à l’heure on noircit la campagne nous partiront (disait Victor Hugo). Nature, berce-nous chaudement : on a froid (disait Rimbaud) sur le chemin qui nous ramène, les esprits plein de beaux souvenirs. Vivement l’an prochain pour faire de nouveau faire rimer nos vers verts !


 

 

 

On y est presque ! Plus que quelques semaines à attendre avant de retrouver les festivals d’été et en tête de liste, le plus engagé de tous : le Festival We Love Green. Pour son édition 2024, l’évènement qui aura lieu à la Plaine de la Belle Etoile au Bois de Vincennes du 31 mai au 2 juin a mis les petits plats dans les grands et promet, en plus d’une affiche de qualité, d’intensifier son offre food végétarienne tout en mettant l’accent sur l’écologie. Burna Boy et Justice promettent de faire la fête les vendredi et samedi alors que la journée du dimanche fera le grand écart entre les genres de SZA à Eddy de Pretto en passant par King Gizzard.

affiche we love greenUne affiche variée et des journées éclectiques

Côté programmation cette année,  le Hip Hop a toujours le vent en poupe. Le courant qui vit son nouvel âge d’or promet de faire venir ses plus beaux noms : Ninho, Burna Boy, Hamza (vendredi 31 mai), Kaytranada, Josman, Lala&Ce  (samedi 1er juin), SZA et Yamê (dimanche 2 juin)  seront de la partie.

Les fans d’autres courants ne seront pas pour autant en reste. Les très attendus Justice seront là pour défendre leur dernier né,  « Hyperdrama » qui cartonne actuellement. Le même jour, il ne faudra pas manquer la performance de BADBADNOTGOOD, génies des instruments et du jazz, prodiges des compositions solaires.

Declan Mckenna, Lewis Ofman, Paris Texas, L’Impératrice et SHYGIRL font également partie des coups de cœur immanquable de cette édition.

Festival We Love Green 24Un dimanche dans l’herbe

La journée du dimanche dénote tout particulièrement puisqu’elle profite d’une programmation variée et très pointue. A commencer par la présence des immenses King Gizzard and the Lizard Wizard ! Les rockeurs les plus prolifiques de l’histoire de la musique sont aussi les plus survoltés en live. Parfois punk, parfois metal, leur immense discographie promet des concerts pluriels qui ne laissent pas une minute pour souffler.

Côté France, Eddy de Pretto sera également se la partie pour un set toujours touchant et à fleur de peau. Troye Sivan fait comptera parmi les très bonnes surprises de la journée. L’électro pop du chanteur, acteur et Youtubeur sud-africain promet de faire danser les festivaliers. A ces noms s’ajoutent les bêtes de scène de Lulu Van Trapp leurs textes en français et leurs shows théatrales.  Incontournables, l’immense Etienne de Crécy – l’un des plus grands noms de l’électro français, le pointu Chilly Gonzales dont le nom rime avec qualité, les rockeurs endiablés de Lysistrata ou encore la néo soul de Crystal Murray et sa voix bouleversante ne laisseront aucun répit aux festivaliers qui devront courir d’une scène à l’autre.

Autant de bonnes raisons de se jeter sur la billetterie.

We Love Green 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Une offre pour les foodie et toujours des engagements écologiques

L’autre star du festival sera son alimentation. We Love Green promet en effet à ses festivaliers un week-end 100% végétarien pour la deuxième année consécutive. Pour défendre ses engagements, le festival rappelle que la production de viande est responsable de 15% des gaz à effet de serre. Un dispositif qui souhaite donc mettre en avant ces faits et permettre de renforcer les objectifs de l’évènement.

We Love Green 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Mais végétarien veut aussi dire se faire plaisir. Pour sélectionner le line-up des chef·fe·s de la 13ème édition du festival  et les accompagner : un jury de pros triés sur le volet, co-présidé par Alain Ducasse et Romain Meder. L’occasion pour certain.es de créer une carte sans viande et de se renouveler, pour d’autres de montrer  que goût et convictions font bon ménage. Voilà qui promet de se régaler en faisant du bien à la planète !

A cela s’ajoute un programme de conférences et un villages des initiatives pour un festival qui promet comme il le fait depuis 2011 de rester libre, indépendant et précurseur et d’être un véritable laboratoire d’expériences à ciel ouvert. Ferme solaire, vaisselle consignée, zéro plastique, vaisselle comestible, tri sélectif, le festival ne manque pas d’idées pour être 100% green.

Autant de bonnes raisons de ne pas manquer We Love Green cette année. Les places sont disponibles ici.


Calum Scott – Olympia 2024 – Crédit photo : Louis Comar

C’est une configuration particulière qui attendait les fans de Calum Scott ce 18 avril à l’Olympia de Paris. Le musicien à fleur de peau y proposait un véritable spectacle qui mettait autant en scène une narration soutenue que son envie de pousser les pulsions lacrymales des spectateurs. Assis, ces derniers ont pu se laisser complètement prendre dans cette bulle hors temps, concert en journal intime, proposé ce soir-là. On vous raconte.

Calum Scott: au commencement était la musique

Ce soir, la fosse de l’Olympia, traditionnellement debout, se vivra en configuration assise. Les sièges ont été installés face à la scène comme une promesse : le concert  de Calum Scott se vivra comme un grand spectacle. De prime abord, le concept peut mettre une certaine distance entre l’artiste et le public. Un concert debout, dans le mouvement, ne se vit pas de la même façon que celui, assis, qui revoie au rôle de spectateur. C’est un fait mais aussi un positionnement qui correspond à la démarche artistique de Calum Scott sur scène. Le musicien se présente en effet, veste à strass greffé sur les épaules, comme un véritable showman au set très écrit. Vous le savez sûrement, le chanteur a fait ses débuts grâce à Britain’s got Talent.  La façon particulière qu’a une émission télévisée de construire une performance live, elle se sent dans la mise en place du concert de ce soir. Autant dans son déroulé très travaillé, construit que dans sa montée en puissance et sa capacité à captiver les foules. Si le concept fonctionne sur des téléspectateurs, installés chez eux, forcément, il prend bien plus de force en live. Nombreux.ses sont les musicie.nnes à accompagner le chanteur sur scène ce soir. En plus des traditionnelles guitares and co on retrouve un piano, un violon, un violoncelle. Le tout donne du corps aux compositions. Le bal s’ouvre sur la dernière sortie de l’artiste : « Lighthouse » et puis les titres s’enchainent. Le moment se vivra d’ailleurs en trois temps, un premier qui met en avant les morceau sans pause, le second, bien plus intime, qui laissera la place à Calum Scott de se raconter et enfin le dernier qui transformera l’Olympia en dancefloor. Ainsi « Need to know »,  » Rise », « Biblical » s’enchaînent et transportent le public dans l’univers grandiose du chanteur. Le tout repose aussi sur la voix de Calum Scott, maître de cérémonie aguerri qui joue des escaliers de son décors pour ajouter du mouvement à sa mise en scène. Il monte en puissance titre après titre, tient ses notes et offre des prouesses vocales qui sans nul doute inciteraient chaque membre de l’audience, jury d’un soir, à retourner sa chaise en lui disant : « Je te veux dans mon équipe ».

Cher journal,

Le show se construit donc en plusieurs chapitre. Si le premier, plus hermétique, avait une véritable théâtralité, laissant scène et public en deux espaces distincts, le second vient à casser ces codes. C’est sur « Boys in the Street », cover de Greg Holden, que les choses changent. Le chanteur installe un petit coin plus intime sur scène, proche des violons, assis, il se confie. Tout d’abord sur son envie de chanter un morceau qui changerait le monde et aurait un véritable impact sur les gens. En ça, son titre, explique-t-il, a aidé à des nombreuses personnes à faire leur coming out. L’occasion de se dévoiler aussi sur sa vie sentimentale et les difficultés rencontrées avec son père lors de son propre coming out. Ce petit coin sur scène, c’est celui de l’audience, celui où le musicien communie avec son public. Ses confidences, sorte de journal intime, elles résonnent dans l’existence de nombreuses personnes présentes. Les rythmes des morceaux sont ralentis, à fleur de peau. « Flaws » est l’occasion d’évoquer la mauvaise image que l’on peut avoir de soit-même. Ou de comment les réseaux sociaux faussent la perception et mentent. Calum Scott en profite pour évoquer sa soeur, qui ne se trouve jamais à la hauteur et rassurer quant à la beauté de chacun.e. Enfin « Father », lui permet de faire le point sur sa relation avec son père. Le temps leur a permis d’assainir leurs relations. Le musicien en profite d’ailleurs pour rappeler qu’il préfère avoir eu cette relation compliquée que de n’avoir jamais eu de père. Les paroles du musiciens, très audibles tiennent une place central dans son fil narratif. A l’image d’une comédie musicale, elles servent à sublimer des propos et racontent une histoire. L’histoire de la vie de notre hôte qui se raconte autant en échanges avec l’audience qu’en musique.

Calum Scott s’amuse par la suite à rappeler qu’il aime faire des chansons pour faire pleurer. Grand fan des musique poignantes, il n’a de cesse de chercher à émouvoir. Mais la vie est pleine de surprises. Ainsi, l’un de ses titres phares est bien loin d’être son plus triste. En effet, « Where are you know » doit son succès à une collaboration avec Lost Frequencies. Il est donc temps de se sécher les yeux et de changer radicalement d’atmosphère. La foule se lève de son siège en un moment de danse cathartique. Voilà que le concert prend son troisième et dernier visage, celui d’une grande fête. « Whistle », l’un de ses plus grands tubes suit d’ailleurs le mouvement. Calum Scott s’offrira ce soir un rappel, comme tous les plus grands showmen avant de conclure sur une reprise de l’une des plus grandes artistes de sa génération : « I Wanna dance with somebody (Who Loves Me) » de Whitney Houston. Il laissera au public le souvenir d’un moment hors temps, entre écriture et sincérité qui a su changer de visage à mesure des minutes qui défilent. De quoi permettre au public de quitter l’Olympia en ayant pu passer par toutes les émotions, allégé de ses larmes et groggy de ses pas de danse.


Fabricant de larmes a fraîchement débarqué sur Netflix et voilà déjà que le film se situe dans les premières places des visionnages de la plateforme. Le métrage italien réalisé par Alessandro Genovesi et adapté du roman d’Erin Doom avait d’ailleurs tout pour séduire : une histoire d’amour torturée, des adolescents super beaux gosses, un sombre passé … la recette des histoires qui font toujours plaisir qu’on les prenne au sérieux ou non. Le fait est qu’on y prend facilement goût. Mais le drame a frappé. Le film n’est pas seulement mauvais, il est si mauvais qu’il ferait passer « 50 shades of Grey », cette douce comédie involontaire, pour un chef d’oeuvre. Après avoir autant rit que grincé des dents devant, on vous propose un tour des nombreux problèmes que l’on rencontre au cours de 103 longues minutes de visionnage. Promis, c’est pépite. Attention on spoile absolument tout !

le fabricant de larmes affiche
La rose noire fameux symbole d’un amour torturé …

Fabricant de larmes de quoi ça parle ?

Lors d’un accident de voiture, Nica (Caterina Ferioli) est blessée et ses parents tués sur le coup. Elle sera alors placée dans un orphelinat, le Grave tenu par la terrible Margaret Stoker (Sabrina Paravicini)  qui inflige aux pensionnaires de son institut des sévices psychologiques et physiques. Parmi les enfants se trouvent à la fois Adeline, une orpheline en attente de futurs parents comme elle mais aussi Rigel (Simone Baldasseroni) , un petit garçon qui semble être le protégé de Margaret, le seul à être épargné par la directrice. Quelques années plus tard, Nica et Rigel sont tous deux adoptés par le même couple. Si dans un premier temps, leur relation semble particulièrement toxique, leurs sentiments se révèlent au fil du temps jusqu’à les consumer peu à peu.

Le Fabricant de gêne

nica et rigel le fabricant de larmes
Une tension sexuelle existe entre ces deux personnages

Tout commence bien mal. La petite Nica perd ses parents dans un tragique accident de voiture… qui a bien peu de sens. Un camion qui roulait au milieu de la route et que le père n’esquive pas parce que euh il ne l’esquive pas. Sa mère a pourtant le temps de lui donner une dernière directive de vie « le loup n’est le méchant de l’histoire que parce qu’on lui laisse cette place », ça laisse songeur.  Le loup c’est un clin d’oeil super fin à Nigel, le méchant de l’histoire au coeur tendre. Mais voilà qui viendra plus tard. Pour l’instant, aidée par une réalisation à la lourdeur rare et aux gros filtres plus sombres que ceux de Twilight, notre petite Nica se retrouve orpheline et sans une égratignure. Dans son orphelinat, tout est triste. Margaret, l’horrible tenancière de ce lieu maudit qui apparemment n’a absolument aucun personnel, veut faire vivre l’enfer aux enfants qu’elle héberge et qui ont évidemment tous les même âge.  Elle lui fait d’ailleurs confisquer son collier, seule souvenir de sa maman. Un collier en forme de papillon, parce que Nica veut dire papillon, parce qu’elle est belle et fragile comme un papillon – les indices sur la qualité du métrage interviennent immédiatement, on peut au moins lui reconnaître de ne pas mentir.

C’est là qu’elle rencontre sa meilleure amie, Adeline (Eco Andriolo Ranzi), qui a tous les critères de la meilleure amie : comprendre insipide, gentille, sans personnalité et moins belle que l’héroïne. Les années de souffrance passent sans adoption. Et notre héroïne, comme Bella nous fait la narration de son histoire avec des phrases toutes faites récitées sur un ton inspiré. Mais voilà que Nica a un rêve, comme Raiponse, c’est d’être adoptée. Elle a en réalité, et ça va surement en surprendre plus d’un.e , toujours voulu avoir une famille ! Enfin à ses 16 ans, son voeu est exaucé. Des gentils parents la choisissent. Certes, elle aura une période d’essai mais tout de même, quelle chance ! En sortant de l’orphelinat quelle n’est pas leur surprise en entendant quelqu’un jouer du piano. Et la surprise est d’autant plus de taille que c’est un super beau gosse qui se cache derrière l’instrument. Ni une ni deux, comme si c’était promo sur les pulls, ils décident d’adopter les deux enfants et tout le monde monte en voiture. Sauf que Nica et Rigel ne s’entendent pas et doivent faire bonne figure pour rester adoptés. Et puis s’ils disent être comme frère et soeur, une tension (sexuelle) existe entre eux.

Nica elle est plutôt frustrée, ça se voit avec finesse au fait qu’elle porte toujours une queue de cheval. Rigel, lui, est torturé, ça se voit avec finesse quand il joue du piano avec l’air pensif et triste. Leurs premiers échanges dans la maison sont d’emblée problématiques. Il l’appelle « Papillon » comme si c’était une sorte d’insulte, s’auto qualifie de loup ( il n’y a pas à faire ça) et lui dit de ne pas venir dans sa chambre. Alors qu’elle n’essaie pas d’y aller de toute façon. En plus, il la menace en se collant très fort à elle et en lui tournant autour, comme un bon gros prédateur sexuel. Christian Grey est en admiration, même lui envoyait un peu moins chier Anastasia pour la draguer. Mais bon, qui resiste à se faire mal parler et maltraiter par un beau gosse ? Pas Nica, qui d’ailleurs profitera rapidement d’un Rigel torse nu pour montrer ses beaux abdos. Lui c’est un prédateur, un homme brisé par la vie. Elle, c’est une fille merveilleuse. Vous vous souvenez quand Bella tombait tout le temps dans Twilight parce qu’elle est maladroite ? Que c’était SON trait de personnalité ? Cette fois-ci Nica aime les animaux. Du coup, elle a de petits pansements au bout des doigts parce qu’elle adopte tous les animaux pour les soigner et qu’apparemment ils lui rongent le bout des doigts en continu. (Pourquoi le bout des doigts ? Pourquoi cette idée ? ). Cette passion de gentille pour les animaux donne lieu à deux scènes qui ont de quoi devenir culte. Puisque Nica se trouve son Jacob en la personne de Lionel (Alessandro bedetti). Un lycéen qui va tomber furieusement amoureux d’elle au point de la stalker, l’agresser sexuellement aussi mais tout ça est raconté comme si c’était de la drague et de l’amour passion pour que ça passe.

Le fabricant de PLS

Rigel au piano le fabricant de larmes
Rigel joue du piano pour avoir l’air super sombre

Pour qu’on comprenne que la protagoniste aime les animaux, il est important de créer un échange explicite sur le sujet, tout bon scénariste vous le dira. Dans les faits, ça donne ceci. Lionel se présente et Nica lui retire un escargot sur la pull. Ce n’est jamais arrivé à personne. Si quelqu’un a déjà eu un escargot accroché au pull qu’il portait sur lui au lycée, pitié qu’il me contacte pour m’expliquer comment ça a pu arriver sur son épaule. Le dialogue qui suit se ressent un peu comme ça :

Nica : Ho Lionel attention tu as un escargot sur le pull. Je te l’enlève et je t’explique ce qu’est un escargot parce que je connais bien les animaux. En fait ils ont une carapace mais si on l’écrase ils peuvent mourir. Ce qui est leur moyen de défense peut aussi les condamner. Clin d’oeil sur le fait que je suis aussi un être fragile.

Lionel : Tu viens de me sauver la vie ! Merci. En plus c’est si intelligent ce que tu dis, je vois que tu as une grande expertise du monde animal. Tu m’expliqueras ce qu’est une girafe un jour ?

Nica : C’est un chien avec une jambe à la place du cou. Et je voulais surtout sauver l’escargot.

Mais une fois ne suffit pas. Dans un second échange plus tard avec Lionel, Nica décide de garder une cuillère en bois au lieu de la jeter. Ca peut toujours servir dit-elle si elle trouvait un oiseau avec une aile brisée et qu’elle devait la réparer. Mais de quel oiseau elle parle ? Pourquoi ? Combien de cuillères à usage unique léchée a-t-elle chez elle ? Est-ce pour ça que les animaux lui bouffent les doigts ? Lionel est évidemment charmé et décide donc de lui proposer un date.

Tout naturellement pour Rigel, l’affaire passe crème. Le mec qui n’est pas abusif va donc aller péter la gueule de Lionel salement parce que Nica, elle doit être à lui pour qu’il puisse se refuser à elle. Certes, elle a rien demandé mais il doit dire non et se frotter à elle avec des phrases du type  » Si tu te colles à moi tu vas brûler les ailes papillon. Je suis le loup, et ne m’approche pas pendant que je te tripote en te disant de partir. » Et voilà que pendant le combat qu’il a initié, le pauvre Rigel est blessé. La tension sexuelle qui était palpable bien que les protagonistes ne se disent jamais rien devient explicite. Tout en lui disant de rester loin de lui, il se frotte à son ventre et lui touche la poitrine. Il se frotte d’ailleurs très souvent à son ventre en ayant l’air de souffrir le martyr, gros regard mélodramatique. Que ce ventre lui fait du mal … L’amour passion est là, elle ne peut s’éloigner du « loup » et il voudrait bien lui montrer son « loup » mais ne veut pas faire mal au papillon…

Le fabricant de cringe

le fabricant de larmes
Nica, sa queue de cheval et « LE loup »

Chaque scène respire le cringe. Les pensées de Nica en trame narrative ne font que renforcer cette sensation de ne pas trop comprendre ce que l’on voit et de quel fantasme étrange est tirée cette histoire. Tout est très explicité au cas où le public serait très très bête. Quand Rigel joue du piano, il attrape d’ailleurs un papillon dans sa main. L’écrasera-t-il ? Nica qui l’observe en a le souffle coupé. Eh non, il le libère, il a le coeur tendre on vous dit. A chaque dialogue s’ajoute l’idée qu’ils doivent être frère et soeur. Même sans lien sanguin, quand même ils ont été adoptés ensemble à 16 ans.

L’héroïne se fait aussi des amies. Que des filles. Celle qui l’accueille le premier jour au lycée, Billie et devient immédiatement sa pote. On ne sait pas trop pourquoi puisqu’on ne les voit être complices à aucun moment. Du coup, c’est pas mal qu’Anna, la mère adoptive de Nica l’explicite un peu pour nous : « C’est bien tu as des amies dès le premier jour »

Nica : « Non je t’ai dit que  j’ai parlé à la meuf qui faisait le comité d’accueil au lycée même si personne ne fait ça dans la vraie vie. »

Anna : « Si, tu as une nouvelle amie insipide pour montrer que tu es un personnage que tout le monde apprécie grâce à ta beauté et ton expertise du monde animal.  »

Et puis, il y a aussi la pote de sa pote : Miki. Elle est au début très désagréable et ne dit même pas bonjour (alors que les yeux c’est le reflet de l’âme). Puis sans transition, l’invite dans sa grande maison. Elle est riche et ça se souligne de cette façon : « Rentrez les filles, je finis de brosser mon cheval et je demande aux serviteurs de nous faire à manger. » Vraiment. Même si Miki n’aime pas parler de son argent et que ça n’a absolument aucun interêt pour l’histoire. Toujours est-il qu’il existe une tradition au lycée : glisser dans le casier des filles une rose un jour spécial sans révéler qui a posé la dite rose. Chaque année Billie en reçoit une sans savoir de qui ça provient. C’est en fait sa meilleure pote qui lui laisse parce qu’elle est amoureuse d’elle. Ouf, on pensait que le film jouait d’un sexisme et d’une hétéronormativité malsaine et voilà que non en fait. Bon si, puisque l’histoire de révéler ses sentiments à sa meilleure amie sera bien vite oubliée. Ou la scène a été coupée au montage ou le scénariste a zappé cette histoire dont de toute évidence il se tapait.

Nica elle, reçoit une rose noire. La preuve d’une amour dévorant et malsain, c’est explicité- c’est vraiment dit clairement, presque lentement au cas où vous seriez trop stupides pour comprendre.  Mais qui a mis la rose noire dans le casier ? Le suspens est insoutenable. Pendant ce temps, Nica et Rigel continuent de se frotter et de mal se parler sous le regard jaloux de Lionel. Ce dernier finit par emmener Nica à la soirée du lycée et la coince dans une salle de classe. Là il l’embrasse de force et tente d’abuser d’elle. Mais bon tout va bien puisque Rigel débarque et pète la gueule du mec. Trop de tension sexuelle, ça y est c’est LE moment : nos frères et soeurs s’avouent leur passion dévorante l’un pour l’autre et couchent ensemble. L’amour c’est beau.

Le fabricant de fin expédiée après plus d’une heure de vide

rigel nica the tearsmith
Un baiser sous la pluie pour toujours plus de romantisme et d’originalité

Visiblement au montage, ils se sont dit que cette histoire de merde avait déjà beaucoup trop trainé. Il est donc temps d’envoyer du bon gros mélo et d’en finir pour le plus grand bien de toutes et tous. Lionel, toujours aussi jaloux agit comme quelqu’un de raisonnable comme tout l’entourage de Nica. Il coince les tourtereaux sur un pont avec sa voiture en parlant avec mépris de leur relation « incestueuse » qui pour rappel n’est absolument pas incestueuse. Il les menace, tente de les tuer en leur fonçant droit dessus avec sa voiture. Non pas parce que le mec a sa place derrière les barreaux et qu’il se fait une fixette sur une meuf qui ne veut pas de lui. Mais parce que comme le suggèrent dialogues et réalisation, il a toutes les raisons d’être choqué par cette relation si complexe et malsaine. Aussi, il s’inquiète un peu pour Nica parce que Rigel il est quand même étrange. Donc d’inquiétude le voilà qui essaie de la renverser pour la faire reprendre ses esprits et se mettre enfin avec lui. Oui, le film donne une jolie image du féminicide. Nos amoureux sautent donc naturellement dans la rivière pour se sauver.

Si jusque là tout n’était pas horriblement lourd, qu’on ne trouvait pas assez que ça en faisait des caisses, voilà qu’arrive le sommet des mauvais soaps, ce que seuls les pires séries osent. Le jumeau diabolique me demanderez-vous ? Non ça c’était dans 365 DNi, film lui aussi en dessous de toute attente. Cette fois, c’est donc… le coup du coma ! Bingo. Rigel est dans le coma mais ce n’est pas le seul problème. Seulement un petit coma n’aurait pas été assez dramatique. Il fallait continuer d’en faire des tonnes et des tonnes. Voilà donc qu’en fait Rigel se sentant trop « loup » et ne voulant pas compromettre l’avenir de Nica a refusé son adoption. C’est la méchante Margaret qui a récupéré sa garde ! Et comme elle est vraiment super méchante elle interdit à Nica d’entrer dans sa chambre, à l’hôpital où elle ne peut le voir qu’à travers une fenêtre sans le toucher. Ce moment de l’histoire oblige forcément à faire une recherche rapide sur l’autrice du roman pour savoir si par hasard elle aurait moins de 15 ans et abusé de « Pretty Little Liars ». Ca pourrait expliquer des choses. Mais même pas.

En parallèle, les enfants de l’orphelinat aujourd’hui tous âgés de 16 à 18 ans lancent leur procès contre leur bourreau. Nica accepte finalement dans un non retournement de situation que tout le monde a vu venir même le mec qui s’était endormi devant le film, de témoigner. La voilà à la barre :

L’avocate de la méchante : Nous sommes ici pour faire le procès de Margaret la méchante donc tout à fait normalement à la place je vais te balancer des trucs bizarres sur ton histoire d’amour dont je sais pas comment je les sais pour te mettre dans le malaise même si c’est sans rapport.

Avocat de la défense : objection votre honneur même si ça se dit pas en Italie !

Son honneur : Répondez à toutes les questions harcelantes et hors sujet Nica, je veux le potin.

Avocate de la méchante : Vous êtes amoureuse de Rigel et il a préféré plutôt que de sortir avec vous retourner à l’orphelinat parce que personne ne vous aime. C’est vous la méchante, jamais vous resterez avec ce super BG.

Nica : Heu l’histoire est plus complexe.

Avocate de la méchante : Oui ou oui il a choisi son retour à l’orphelinat ?

Nica : oui mais …

La voilà qui part aux toilettes, pleure, se fait réconforter par sa nouvelle mère aimante et enfin nous offre le pire monologue de l’histoire du cinéma. Si les frères Lumière avaient su …

Nica : Je vais pas parler de la maltraitance que j’ai subit même si c’est le sujet. A la place, je vais parler de Rigel et dire que c’est lui la victime. Comme Margaret le préférait, elle ne le maltraitait pas mais le faisait assister aux abus. Du coup, il a pensé qu’il était le loup, un monstre alors que non c’est un gentil. Les loups en fait se sont des chiens mais plus gros. Rigel c’est un gentil chien, je l’aime, il m’aime, l’amour c’est beau. Même les méchants ne peuvent nous séparer !

La salle d’audience : applaudissements, pleurs, se roulent sur le dos

Rigel au piano le fabricant de larmes
Rigel joue du piano pour avoir l’air super sombre

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Le spectateur chez lui : Mais putain c’est quoi cette merde ? Pourquoi je me fais subir ça ?

Et donc, en moins de quelques minutes d’écran, la méchante va en prison, Rigel se réveille du coma et dans le future il a une fille avec Nica. Il n’y pas plus de point à cette phrase que de transitions dans cette fin d’histoire.

Il faut savoir que le tome 1 de ce livre problématique a une suite. Aurons-nous la chance de subir ça au court d’un nouveau métrage ? Ou ce « happy end » de 10 secondes suffira-t-il ? Voilà qui laisse rêveur. En attendant, si ce n’est déjà fait n’hésitez pas à regarder ce film comme l’hilarant « 50 Shades of Grey » ou même « After ». Mais dans tous les cas  il faudra garder en tête qu’en matière de féminisme et d’entretient de la culture du viol, du féminicide, et des abus divers, ces films font l’apologie de tout ce qui ne va pas. Et non être maltraitée, ce n’est jamais romantique.