
Photo : Louis Comar
Si le punk est synonyme de libération, l’est-il aussi de féminisme ? Sur sa longue histoire, il a accueilli, au mois dans ses succès une grande part de groupes fondés par des mecs. Mais pas seulement. Le courant est aussi intimement lié à l’esprit des Riot girrrl. On rêve d’un grand retour des Distillers, parce que si Deftones a fait son come back et est à l’affiche ce soir, pourquoi pas le groupe de Brody Dalle ? C’est elle, quand j’avais mes 15 ans qui m’avait appris que les meufs aussi pouvaient tout faire. Y compris être encore plus forte que les groupes de mecs qui cartonnaient alors avec le pouvoir suprêmes d’être jusqu’au boutistes. Brody en faisant alors tout autant et ne s’interdisait rien. C’est encore le cas aujourd’hui. L’icône nous vient d’Australie. Dans la vie, il n’y a peut-être finalement pas de hasard. Puisque c’est aussi le cas des vibrants Amyl and the Sniffers, présents en cette journée du samedi 29 août sur la Grande Scène de Rock en Seine. La bande originaire de Melbourne est mené par la grandiloquente Amy Taylor. En cette semaine de deuil international suite à la perte de Dolly Parton, voir débarquer la boule d’énergie punk sur scène pince un brin le coeur. Notre chanteuse blonde a bien des traits communs avec l’icône de Nashville disparue trop tôt. Notamment cette immense chevelure blonde. Attention, le look peut en dire bien plus qu’il n’y parait. Dolly l’utilisait et en faisait des tonnes volontairement. Pour montrer d’où elle venait, de la pauvreté. Pour rejeter le soit disant on goût dominé par les ellites riches. Pour s’affirmer, pour ne chercher à se lisser, à se cacher, pour être visible. Son look était un acte militant. Et voilà qui colle parfaitement à Amyl and the Sniffers.
Amyl and the Sniffers, le retour des riot grrrl à Rock en Seine
Sur scène, c’est bien la chanteuse qui accapare tous les regards. Normal, cette boule d’énergie survoltéene laisse pas un temps de répit au public. Le passage de cette formation sur la scène du festival parait logique. Rock en Seine avait en effet accueilli quelques années plutôt les indomptables et cultes L7. Le groupe de riot grrrl par excellence. Seulement cette fois, le plaisir est d’autant plus présent qu’Amyl and the Siffers s’offre carrément la Grande Scène, ce qui était loin d’être le cas à l’époque du groupe d’Américaines. Il y a toujours quelque chose de cartoonesque aux performances survoltés d’Amy Taylor. Elles résonnent autant qu’elles se dessinent sous nos yeux. La guitare s’y répète en un vortex tout puissant alors que les rythmiques de la batterie mènent clairement la danse. Amyl, c’est le nom de la molécule contenue dans le poppers. Le groupe expliquait qu’écouter leur musique faisait autant planer que mal au crâne en quelques secondes. A en juger par le set, le mal de crâne sera plutôt pour le lendemain matin, quand la bière consommée aura fait son effet. En attendant le moment est une grande fête dans la gadoue, une pataugeoire de pogos dans laquelle on s’amuse volontiers. Côté setlist, l’album « Cartoon Darkess » est majoritairement représenté avec pas moins de 8 titres dont « Big dreams » et l’immanquable « Jerkins » en clôture de concert. Leur premier né, éponyme, s’offre la seconde place, c’est d’ailleurs lui qui ouvrait le bal avec le puissant titre « Control ». Aujourd’hui, malgré une tête d’affiche masculine, c’est bien les meufs qui ont pris le contrôle de l’évènement.
Lambrini Girls, présidentes !

Photo : Louis Comar
Et le contrôle absolu, l’objectif meilleur set la journée, c’est bien celui de Lambrini Girls. Qu’on s’entende, l’affiche était fort belle. Mais rien n’a su surpasser le set des punks originaires de Brighton. Et ce, parce que rien ne sentait autant la sincérité sans artifices. La joyeuse bande nous a fait le plaisir de débarquer sur scène avec pour seul décor un immense « Fuck Marine Le Pen ». En terme de messages, Lambrini Girls frappe super fort et super juste. On commence à hurler des « Siamo tutti anti fascisti ! » avec Flora Kimberly dès le début du set. Avec elle, la boue devient un terrain de jeu, une vraie pote qui donne du sens au tout. Le punk ça peut être encore ce rempart crasseux, énergique et fou dans lequel on s’exprime librement.
Un mec traverse la foule, entièrement couvert de boue dans laquelle les pogos l’ont poussé. Son sourire est contagieux et la tornade qu’est la chanteuse écarte la foule en deux cotés. d’un simple geste « Qui veut faire une énorme connerie ? » balance-t-elle avec ce petit ton semi blasé qu’on envie toujours à nos voisins britanniques. La foule n’attend que ça, une mauvaise idée à appliquer. Trois choix sont alors proposées : on peut tous chier sur le sol, on peut faire une pyramide humaine, on peut utiliser l’espace pour en faire un lieu géant où glisser à plat ventre … Voilà qui donne le ton d’un set qui en profite pour ne pas mâcher ses mots. On fait des doigts d’honneur à l’extrême droite, en masse. Surtout la batteuse, Catt Jack, offre un monologue touchant sur la condition des personnes trans. Sur la nécessité de défendre leurs droits, d’aider financièrement la cause, d’intervenir si l’on est témoins d’une situation de bigoterie « On existe, On a toujours été là ! » lance-t-elle face à un parterre de bienveillance qu’on voudrait toujours retrouver. Au milieu de cette grande fête, la musique se déchaîne, le punk envahi nos tête. La diction de Flora Kimberly est impertinente et brillante. De « Bad Apple’ à « Big dick energy » en fin de set, chaque titre est une grosse claque. L’album « Who let the dogs out » porte divinement son nous. Visiblement aujourd’hui Rock en Seine nous avait laissé sortir, et quelle meute déchaînée et sublime, nous étions.
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