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avril 2026

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Tout commence avec deux musiciens costumés du Québec aux sonorités nouvelles et envoûtantes,  la suite ? Une vidéo postée par la radio KEXP d’un live d’Angine de Poitrine à Rennes à l’occasion du Festival Trans Musicales. Plus de 12 millions de vues plus tard, Angine de Poitrine contamine la toile et s’impose comme un véritable phénomène qui ne suit aucune tendance musicale actuelle. Alors comment expliquer un tel succès ? C’est ce que nous allons essayer d’analyser ensemble.

Angine de Poitrine
Angine de Poitrine (Crédit : Constantin Monfilliette)

Des sonorités innovantes portées par des virtuoses 

En 2025, le groupe a sorti son album Vol II (suite du Vol I de 2024) dans lequel on a pu découvrir des titres aussi rythmés que sur-vitaminés comme Fabienk ou encore Sherpa. Ce qui distingue Angine de Poitrine c’est d’abord leur talent de musiciens et leur créativité. Angine de Poitrine c’est avant tout un duo : un guitariste/bassiste, Khn, et un batteur Klek. Khn joue sur une guitare à deux manches (guitare/basse) micro-tonale c’est à dire frettée au quart de ton au lieu de l’être au demi-ton pour une guitare classique où une case correspond à un demi-ton. Khn est équipé d’un looper : une pédale pour pouvoir enregistrer des boucles qui viennent se superposer, mais aussi de nombreuses pédales d’effets qui permettent d’obtenir des sons loufoques et ovnis. Le jeu du batteur se caractérise, lui, par des variations rythmiques qui le rendent imprévisible. Les morceaux d’Angine de Poitrine n’obéissent à aucun schéma prédéfini  : essayez de prédire la note d’après et vous échouez à chaque fois !  Le rythme comme les mélodies défient tous les codes. Ce qui fascine chez Angine de Poitrine c’est avant tout leur liberté révolutionnaire mais aussi leur énergie marquée d’un grain de folie qui finit par hypnotiser. Au point de redéfinir les genres musicaux, voir d’en inventer un. Si on peut les rapprocher du rock, ils sont en réalité assez inclassables et singuliers dans une industrie musicale très codifiée. Et quand on leur demande de se décrire ? Ils répondent tout simplement appartenir à un  “orchestre rock microtonal dada-pythago-cubiste” ! Leurs mélodies mathématiquement dissonantes les rendent atypiques et nous donnent envie de danser frénétiquement .

Angine de Poitrine
Angine de poitrine (Crédit : Constantin Monfilliette)

“orchestre rock microtonal dada-pythago-cubiste”

L’univers singulier de Khn et Klek 

Écouter Angine de Poitrine c’est aussi pénétrer dans un univers singulier : déjà, adhérer à une nouvelle langue. Les prénoms des musiciens ne ressemblent ainsi à aucun prénom dans quelconque langue, ni les titres de leurs chansons. On observe une prédominance des Z et des K rendant leurs noms et leurs chansons presque imprononçables. Leurs costumes leur donnent des visages d’extraterrestres avec leurs masques en papier mâché qui se transforment en une véritable force conceptuelle (ceci n’est pas sans rappeler les Daft Punk et leurs célèbres casques). 

Ce qu’apprécient les fans c’est ainsi de se sentir intégrés à un univers parallèle à la réalité. Dans leurs concerts, chacun reproduit les codes Angine de Poitrine. Ainsi les spectateurs font le signe du triangle avec leurs mains et semblent portés dans une boucle musicale infinie. 

 

Duper le star system ! 

Créer un monde de toute pièce dont une langue que personne ne comprend est aussi un moyen de tourner en dérision tout le travail promotionnel qui entoure les artistes et permet de s’écarter du processus créatif classique. En interview, Khn et Klek répondent dans un langage inventé avec des sous-titres absurdes, un moyen de ne pas s’étaler et ne pas avoir à rendre de compte. L’utilisation des masques leur permet par ailleurs de préserver leur anonymat, de ne pas adhérer au star system. Si on connaît Angine de Poitrine, c’est pour leur musique et leurs visuels non pas pour leur vie personnelle ou leur physique, comme ils le précisent dans leur description publiée sur Spotify « all these facts are strictly reserved to humanoids : Angine de Poitrine are simply thrilled to play rock n roll ». Angine de Poitrine replace la musique au centre du travail artistique mais surtout… la musique live ! 

Finalement, peut-être ne faut-il pas chercher infiniment à les comprendre mais se laisser emporter par la fièvre Angine de Poitrine ! 


GANS

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Accrochez vos ceintures et préparez-vous pour le roller coaster rock du moment puisque voilà que débarque GANS dans nos vies. Découvert alors qu’il officiait en première partie de The Vaccines à Paris en avril 2026, le groupe enragé publiait en juillet 2025 un album coup de poing, « Good for the soul ». Une belle claque qui revigore l’âme. Coup de chance d’être tombé sur ce coup de coeur, il fallait qu’on en parle.

GANSDu grain au moulin gans

La musique nécessite-elle de venir de la pauvreté pour être créative ? Le sujet, certes écumé avait ces temps-ci fait un retour tonitruant sur les réseaux sociaux suite à la découverte du prix des places pour Céline Dion. La question est vaste, large et en réalité nécessite bien plus de mots que ceux qu’on pourrait placer sur un Threat. Et puis, les registres répondent à différents codes et normes de vies pour puiser l’inspiration qu’il faut transmettre en musique. Sabrina Carpenter n’a pas besoin de venir d’un environnement douloureux pour parler à son public. Elle a besoin de paillettes, de féminité, de jouer des codes du luxe. Ce qui est vrai pour elle est entièrement faux pour le punk. Le mouvement vient des classes populaires, de la douleur et du quotidien morose avec le désespoir pour seule ligne d’horizon.

Et nos bonhommes qui représentent fièrement le courant ont cette rage marquée au fer rouge en eux. C’est  dans leur chair mais surtout dans la précision de leur son. Comme Sleaford Mods avant eux, la formation crie une rage, un désespoir, une revendication. Et celle-ci est très claire : il faut briser les chaînes d’une condition induite par l’ordre des classes sociales. Ainsi Thomas Rhodes et Euan Woodman, meneurs du projet se sont rencontrés à l’université alors qu’ils étudiaient la musique. Pour autant tous deux viennent de familles issues des classes ouvrières : l’un à l’usine, l’autre au moulin. Voilà qui est fondateur dans le son de GANS. Lorsque l’on grandit dans une petite ville où l’ambition moyenne est un mariage jeune, sans espoir de casser les codes de nos aînés, il faut se battre. Déjouer les pronostics est donc la première arme du groupe pour marteler son rock froid, calibré, radicalement honnête, diablement enragé. GANS fait partie de celles et ceux qui ne lâchent rien.  Leur son est le coup victorieux d’une bagarre difficile à gagner.

Titres incisifs pour punk précis GANS

GANS CREDIT Benji Charles
GANS CREDIT Benji Charles

La précision du son de GANS contraste clairement avec son histoire. Nos deux compères forment un premier projet adolescents. Ils se séparent pour mieux se retrouver en 2023 avec pour simple but de faire de la musique ensemble. L’absence d’agenda se transforme vite en un appel précieux, un chemin qui fait sens. Rockeurs dans l’âme, puisant leur esthétique dans une façon très moderne de concevoir le courant, leurs débuts sentent instantanément le lâcher prise et la bière. Un premier jet « WHAT YOU MEAN » donne le ton et permet de fédérer un public. Chez GANS tout s’écrit d’ailleurs en majuscule. Peut-être parce que tout se crie. Les morceaux issus de l’album vont ainsi droit au but. Et pourtant, le travail se fait sentir. Certes, les mélodies sont costauds, comme la place des rythmiques et de la batterie, carrément obsédante. A-t-on à faire à une formation poisseuse ? Oui et pour autant, les titres sont faciles d’accès. « NIGHTWALKING » par exemple, profite de refrains accrocheurs, finement écrits qui viennent se poser là où la voix crie, comme dans un megaphone. Sur scène, la formation regorge de cette même énergie décadente, entraînante. Oubliez le rock propre de clubs et autres Arctic Monkeys, nous voilà enfin replongé.es dans l’air qu’avait su insuffler Idles. Le ton est jusqu’au-boutiste, les circle pits sont là, les wall of death aussi. On vit un concert éprouvant. « FAR AND WIDE » est à l’image de la performance et de l’accent bourrin  et complexe de nos anglais. Les instruments s’emballent et se déchaînent. Qu’il est bon perdre pieds. Les paroles sont empruntes d’un désespoir puissant, de repères perdus. « GO TO GOD IF IT MAKES SOME SENS » répètent ainsi nos acolytes en une boucle sans fin sur « FOOL »  l’introduction de leur dernier album en date.

du son fait avec les tripes gans

GANS
GANS – NIGHTWALKING (TOUR)

GANS a quelques règles. Le chaos punk en nécessite quoi qu’on en pense. La première règle de GANS est : il faut parler de GANS. Chaos, confusion, punk rock si l’on veut poursuivre l’analogie à « Fight Club », un film tout aussi révolté qu’eux contre les normes imposées. La seconde règle de GANS est qu’il faut savoir s’entourer. Et pour eux, la définition du bon entourage correspond à ceux qui s’intéressent vraiment au groupe. La sincérité avant tout. Voilà qui se ressent en quelques mots échangés avec le groupe devant le Bataclan ce 21 avril alors qu’ils appellent affectueusement leur tour manager  « cool dad ».  La formation se vante de pouvoir reconnaitre à des kilomètres ceux qui les bullshit. On les croit volontiers. Le groupe s’entoure de ses amis mais aussi de la crème de la production : Ross Orton qui a travaillé par le passé avec Artic Monkeys, Amyl & the Sniffers et Working Men’s Club. Ce cercle c’est aussi lui qui les canalise, transforme la furie en un objet puissant, justement dirigé. L’ouragan c’est Euan Woodman, le tourbillon musicale, cette rage qui transporte. Thomas Rhodes y apporte l’équilibre. Tout comme Geese, un autre groupe qui donne une nouvelle définition du punk actuel, nos compères jouent des codes pour y apporter leur touche unique. Autre point commun, leur nom signifie  aussi « oie » mais en allemand cette fois. Et comme cet animal, lorsqu’il n’est pas enfermé dans de petites cages / cases, nos compères migreront vite à travers les pays du globe pour transmettre leurs promesses de liberté.


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Après plus de 10 ans de silence, The Lanskies est de retour avec son nouvel album « War Machine ». Le groupe composé de Lewis Evans au chant,  Florian von Kunnsberg à la guitare, Sheffield  Anthony Cox à la basse, Antoine Cadot à la batterie et Alex Paul à la guitare lead a enregistré au Studio de la Chouette son album mixé par Clive Martin qui a également travaillé avec Queen et The Cure. Tous les ingrédients ont donc été réunis pour un retour électrisant ! 

the lanskies
THE LANSKIES © Alison.Cros (@alisoncs.picture)

Entrez dans la sulfureuse War Machine ! the lanskies

The Lanskies nous invite à entrer dans leur War Machine, bar d’apparence miteux, surplombé sur la pochette par un monstre qui s’apparente à un poulpe géant, dans une avenue déserte. Sous ce ciel assombri, on distingue cependant une lueur dans cette machine qui nous aspire et nous pousse malgré la peur, à nous laisser happer.

L’entrée dans la machine se fait sur un premier titre sulfureux Sexy teacher. Dans le clip, sorti le 4 février 2026, qualifié d’ « episode 1 » sur les réseaux sociaux du groupe, le protagoniste retrouve, des années plus tard, sa maîtresse d’école, restée un fantasme pour lui à l’époque, et partage une aventure sensuelle et passionnelle avec elle. Le morceau qui suit, Fortune Teller, met en scène une voyante et un croque-mort dans une espèce de dichotomie entre l’avenir et la mort. L’album aborde ainsi des thèmes divers : les tabous comme dans Im in love with your mother (« taboo taboo ! » « scandal in the dark »), le désir et la mort sans jamais cesser de nous faire danser.

Un hommage aux légendes du rock

Dans leur titre Strawberry Lane, The Lanskies explore les tabous générationnels tout en rendant hommage aux légendes du rock. Dans le clip réalisé par Jonathan Perrut, on y croise des sosies dans un bar allant de Prince aux chanteurs de Queen ou Kiss. Le bar devient à la fin du clip le lieu d’expression d’une liberté totale et de célébration de nos désaccords et de nos différences.

Musicalement, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec The Cure et The Smiths notamment dans Fortune Teller ou encore Torn. On retrouve les deux groupes dans les variations du son de la guitare, tantôt fluide, tantôt saturé, mais surtout dans la voix de Lewis Evans. Il ne faudrait pas oublier évidemment les mythiques Beatles dont l’héritage est perceptible dans la mélodie de Lovefool, la voix lead étant par exemple accompagnée par des chœurs dans des morceaux rythmés et dansants, mais aussi dans le titre Strawberry Lane (qu’on imagine être un mélange entre  « Strawberry fields forever » et « Penny Lane »). Coup de cœur du côté de Popnshot pour le morceau Jacky, les guitares y sont particulièrement intenses, les nuances entre les couplets et les refrains sont aussi particulièrement appréciables et nous font d’autant plus aimer le refrain super entraînant du morceau.

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Une arme de guerre conçue pour le live

L’album est véritablement composé pour le live avec des refrains simples à l’anglosaxone qu’on peut chanter à tue-tête, et d’intenses passages instrumentaux sublimés par les solos de guitare électrique et les breaks de batterie.

Le groupe a ainsi une dizaine de dates annoncées en France et se produira à la Maroquinerie (Paris) le 22 septembre 2026. À l’occasion du Disquaire Day, le groupe publiait de plus un album collector en pressage limité. Autant de bonnes raisons d’entrer dans la machine!


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Le samedi 11 avril 2026, la petite scène de La Maroquinerie à Paris accueillait le groupe Volo. Composé de Frédéric Volovitch (ancien membre du groupe des Wriggles) et Olivier Volovitch, les deux frères, nous ont offert un moment à la fois tendre et intense. 

VoloLa douceur amère des Volovitch

Frédéric et Olivier Volovitch nous ont envoûtés avec leurs textes poétiques portés par de douces mélodies où les accords mineurs contrastent avec les textes parfois ironiques des deux chanteurs. Accompagnés principalement par leurs deux guitares, le groupe a alterné entre des textes profonds et humoristiques sublimés par de belles harmonies vocales. L’ajout partiel de la basse à partir d’une des guitares, et du clavier a apporté également beaucoup de relief aux morceaux. C’est au moment de leur tube satirique C’est pas tout ça (mais quand est-ce qu’on baise?) qu’un des frères s’est lancé dans une prévention hilarante réalisée en anglais destinée aux parents des enfants en bas âge qui devront expliquer cette chanson à leurs enfants. Intervention qui s’est achevée simplement sur un “bonne chance” ironique adressés à tous les parents. Derrière ces interventions pleines d’humour et d’autodérision se cachent beaucoup de bienveillance envers toutes les tranches d’âge : des ados qui se seraient laissés “trainés” par leurs parents le samedi soir aux plus vieux, auxquels ils s’identifient volontiers, et qui voient le temps passer. 

Des textes engagés contre l’intolérance 

En plus de leur humour, la force de Volo c’est d’aborder des sujets sociétaux avec une grande sensibilité mais surtout une grande simplicité ce qui rend leurs textes percutants et accessibles à tous. Ils y évoquent le réchauffement climatique mais dénoncent également le rejet de l’immigration et la violence envers les immigrés dans leur chanson Français de souche, qui “ne garantit pas aux Français de souche que leur vie soit plus douce” en fermant les frontières. Il ajoute également avec beaucoup de justesse que ne nous ne devrions pas croire  “qu’étatiser la souffrance fasse qu’on vive mieux en France”. Des formules poétiques et percutantes qui restent en tête et font réfléchir. 

Un engagement qui se poursuit hors de la scène

Leur engagement contre les inégalités et en faveur du développement de la culture se poursuit aussi en dehors de la scène puisqu’ils expliquent également pendant le concert qu’ils animent régulièrement des ateliers d’écriture dans des écoles. Pour leur première partie, ils ont fait appel à Mesparrow qui les a également accompagnés sur scène pour leur duo Plus loin tiré de leur album le plus récent Mine de Rien

Les deux frères repartent aussi simplement qu’ils sont arrivés après deux heures de concert et de nombreux rappels, laissant le public dans une délicate bulle pleine de douceur et d’amertume.

Ecrit pas : Mélissa Gardelle 


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