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avril 2026

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Cameron Picton de My New Band Believe - Crédits Photo @ Pénélope Bonnea Rouis
Cameron Picton de My New Band Believe – Crédits Photo @ Pénélope Bonnea Rouis

My New Band Believe, c’est le nom du projet solo du bassiste de Black Midi, Cameron Picton. A la suite de la séparation du groupe, le musicien a cherché sa route, entre espoir et besoin de retrouver l’atmosphère créative d’un groupe. La voilà donc aux commandes d’un premier album créé en équipe et  sorti ce 10 avril. On y retrouve les membres du groupe déjanté et novateur Caroline mais aussi la touche qui faisait la spécificité technique de Black Midi. Bien moins costaud et réservé à un public averti que « Cavalcade », le chef d’oeuvre de sa précédente formation, Cameron Picton prend d’autres accents en solo. Il y raconte une histoire à la cinématographie évidente. Au programme une pépite qui sent bon les scènes des fins des années 60, les compositions solaires mais pointues et qui nous parlent d’histoires d’amour qui finissent mal … en général. Rencontre. 

Interview My New Band Believe

Pop&Shot :  C’est ton premier album sur ce projet solo, félicitations ! Comment pourrais-tu nous le décrire ?

My New Band Believe : Il est pratiquement entièrement acoustique, il n’y a pas d’électrique dessus. L’idée c’était de faire quelque chose de différent de ce qui était populaire entre les années 2010 et 2020.

Pop&Shot : Tu utilises beaucoup de cordes dessus. Qu’est ce qu’elles apportent à la musique selon toi ?

My New Band Believe : Il n’y a pas de guitare électrique et on obtient souvent beaucoup de substance grâce à leur utilisation. Les cordes en elles-mêmes en apportent beaucoup. C’est juste une façon différente d’obtenir un résultat similaire.

Pop&Shot : Tu voulais imaginer une nouvelle version de ce qu’un compositeur moderne fait. Quel a été ton cheminement ?

My New Band Believe : J’essayais d’aller à l’encontre de quelque chose. Ecrire de la musique est devenu cliché. Sans citer personne, beaucoup de musiciens populaires utilisent les mêmes méthodes. Du type s’inspirer d’Elliott Smith par exemple et amener sa musique de la pire façon possible. Et j’adore moi aussi ce musicien. Mais parfois, le choix de la production, copiée, ne fonctionne pas. Je voulais aller contre ça. Je me disais, ça n’a pas à être comme ça.

Pop&Shot : La musique d’Elliott Smith, elle est toujours triste. Ton album au contraire est un mélange. Les mélodies sont solaires, les paroles plus douloureuses. Tu voulais faire un album joyeux ?

My New Band Believe : Sans vouloir être cliché, il y a beaucoup de lumière et d’obscurité dans la vie. L’idée de beaucoup de mes morceaux est d’opposer des idées très différentes au même moment. Je n’y oppose pas une version heureuse et triste. J’y fais en sorte que tout arrive au même moment. J’essaie d’y installer une atmosphère très particulière.

Pop&Shot : Tout ça me rappelle le début des années 60. En écoutant je voyais du Bee Gees et Donovan…

My New Band Believe :  Oui, c’est vrai, je me suis beaucoup inspiré de la fin des années 60, la folk revival. J’y ai puisé beaucoup d’influences directes ! Comme Pentangle ou Fairfort Convention, qui ont été une véritable inspiration.

Pop&Shot : Dans cet album, tu prends les traits d’un narrateur qui n’est pas fiable. C’est un processus littéraire et je me demandais si tu avais un personnage en littérature auquel tu t’identifies ?

My New Band Believe : Effectivement mais dans l’écriture de mes morceaux je n’ai pas pensé à réellement créer des personnages. Dans mon esprit, je n’écrivais pas des personnages. En revanche, je voulais présenter des conversations ou des discours qui seraient dits à une seul personne étant donné que je suis le seul chanteur. Du coup qui dit quoi ? Et pour quelle raison ? Ce n’est pas évident. D’ailleurs la réponse peut varier sur une seule et même phrase. Je voulais créer un dialogue différent. Sauf que celui qui parle c’est seulement moi, sans faire pour autant des voix étranges quand l’interlocuteur change. Mais ce ne sont pas des personnages définis avec des caractéristiques particuliers.

Pop&Shot : Tu es le seul chanteur mais pas le seul musicien sur cet album, on retrouve d’ailleurs les membres de Caroline. C’est un projet solo mais au final ça n’en est pas un. Pourquoi ce choix de faire un projet en solo en groupe ?

My New Band Believe : Quand Black Midi s’est séparé, je me suis demandé ce que je voulais faire après. J’ai pensé à faire des concerts en solo mais c’est surtout devenu une excuse pour écrire des morceaux. Et pour moi c’est plus amusant d’écrire une chanson qui sera jouée en live qu’une chanson qui sera enregistrée. J’ai fait de la musique en solo mais ça ne m’a pas particulièrement intéressé. Je n’avais pas envie de faire une tournée solo. Depuis mon adolescence, j’ai toujours voulu être dans une groupe, j’aime beaucoup travailler dans cette dynamique. Du coup, quand je me suis lancé j’en ai parlé à Caroline. Pour moi c’était un processus créatif très naturel. Le truc, c’est qu’ils étaient en train de préparer leur prochain album au même moment et j’avais moi-même besoin d’une pause de l’industrie après Black Midi. Donc, j’avais déjà écrit des premières versions quand on a fini par travailler ensemble.

Pop&Shot : J’ai vu que tu avais posté sur Instagram tous les numéros importants de l’album, tu as fait sa numérologie. C’est quelque chose que tu pratiques ?

My New Band Believe : Je n’y crois pas  pour de vrai (rires) ! En revanche c’était une bonne manière de relier le single à l’album pour moi. Et puis c’était une façon amusante de mettre en avant tout le travail effectué par toutes les personnes qui ont bossé sur l’album. Je ne voulais pas énumérer les choses de façon trop factuelle et ennuyeuse. Et puis c’était très drôle à écrire.  On pourrait sortir des chiffres sur absolument n’importe quoi. Il y a évidemment quelques fois où la connexion entre des gens et les chiffres est pertinente mais le reste est rapidement absurde.

Pop&Shot : L’album est venu après une nuit de maladie dans un hôtel en Chine. Tu y a aussi la vision du nom de ton projet. Comment tout ça s’est matérialisé pour toi ?

My New Band Believe : J’ai eu effectivement une fièvre très intense. J’étais réveillé. J’ai écrit beaucoup de choses, des bouts de conversations, des lignes tirées de magazines, des répliques, tant que je les trouvais intéressantes. Et je voyais ce qui ressortais de tout ça au milieu de ces rêveries. Et le nom My New Band Believe est sorti de tout ça et me paraissait approprié.

Pop&Shot : On retrouve dans ton nom de projet le mot Believe (croire), et tu dis dans ton kit press que c’est aussi une promesse pour le futur malgré l’anxiété actuelle. Je me demandais, en quoi crois-tu aujourd’hui et quelle promesse espères-tu faire au futur ?

My New Band Believe : Je travaille beaucoup sur mon approche de la musique et du live en ce moment. Il y a deux ans de ça, je travaillais beaucoup sur mon enregistrement et sur le fait de créer un objet qui pourrait être dupliqué à l’infini. Alors que ce que je fais là est quelque chose de très axé sur le moment. Il n’y a pas l’idée d’aller d’un point à un autre. Mais je pense que le nom de mon projet me donne de la flexibilité sur ce sujet. Ça ne cherche pas à suggérer quoi que se soit d’autre.

Pop&Shot : Le titre Love Story, le morceau central de l’album, a été pensé à Saint Pancras ?

My New Band Believe : L’intro du morceau oui ! J’avais écrit une intro qui allait. Mais j’ai dit à Finn Carter, le pianiste du groupe, qui était à la Clock Tower dans Saint-Pancras, pourquoi tu n’improviserais pas quelques intros et si c’est bien je les publierai ? Il en a fait 5 et on a choisi d’en utiliser une.

Pop&Shot : Love story, le morceau a une fin très titre, mais toutes les histoires d’amour ont une fin triste.

My New Band Believe : Oui c’est impossible de ne pas en avoir…

Pop&Shot :  En faisant mes recherches, je suis tombée sur une interview que tu avais fait avec Black Midi en 2022. Tu y parlais de l’IA dans la musique et tu disais que si c’était accessible pour tout le monde tu penserais à en utiliser pour tes compositions. Aujourd’hui , elle a pris une vraie place dans l’industrie de la musique. Pour toi est-ce un moyen à utiliser ?  Les artistes doivent-ils en avoir peur ?

My New Band Believe : J’avais oublié avoir parlé de ça. Mais je n’en ai jamais utilisé.  Je me souviens au moment du premier album de Black Midi d’avoir vu un clip d’un network qui reprenait un bout d’un morceau et qui tentait de le poursuivre. Et le résultat était incroyable. C’était fou, ça prenait un morceau lambda et ça partait loin, sur quelque chose de complètement différent, et ça avait l’air intéressant à ce moment là. Mais aujourd’hui les choses ont changé. Et c’est aussi chiant quand les choses obtiennent un accès aussi simple parce que ça veut dire que n’importe qui peut faire n’importe quelle musique. C’est vraiment dommage que des musiciens utilisent ça. En tout cas, ce n’est pas pour moi.

Pop&Shot : Les morceaux des IA sont maintenant disponibles sur les plateformes de streaming, certains musiciens ont peur d’être remplacés. Tu en fais partie ?

My New Band Believe : Non, peut-être si les robots pouvaient un jour jouer des instruments devant nous directement dans une pièce. Mais ça n’intéresserait pas les gens. Je pense qu’il faudra beaucoup plus se concentrer sur la musique live.


 

Buck Meek : cordage sentimental

Buck Meek au Point Ephemere Paris 2026 ©Kevin Gombert
Buck Meek au Point Ephemere Paris 2026 ©Kevin Gombert

Buck Meek aime à explorer les espaces. Mieux, il aime l’art en son sens le plus pure et la musique avec la même candeur. C’est sûrement cette approche qui fait de lui un merveilleux guitariste pour le groupe Big Thief. S’il avait été possible de douter des capacités du monsieur, il suffisait d’assister à la première Cigale de  Paris de son groupe en juin 2022. Un problème de vol avait laissé Buck sur le carreaux, laissant ainsi Adrianne Lenker livrée à  elle-même à la guitare. Et en son absence point d’union, point d’accord et de rythmiques entrainantes. La guitariste soude autant qu’il lead, de ces meneurs discrets, qui prennent le pas avec facilité. Alors que la constellation Big Thief est constituée de nombre de satellites et de projets menés avec des musicien.nes pluriel.les pour la beauté du jam, pour le plaisir de composer en équipes, il fallait bien que nos leaders prennent aussi des temps en solo. Pour Adriane Lenker, les essais furent à fleur de peau jusqu’à trouver un soleil quasi country sur « Bright Futur », ode à l’amour et à sa compagne Stacy. En matière d’amour et de temps solo, Buck, lui n’est pas en reste. Quatre jets peuplent déjà sa discographie. En 2023, ce petit soleil texan nous entrainait dans une folle promenade dans les hauteurs grâce à « Haunted Mountain ». Il y explorait, nous disait-il dans une interview qu’il nous accordait alors, le folklore de la vraie musique américaine. Quelle est-elle ? s’était-on interrogés, nous rappelant que les Etats-Unis sont avant tout une terre d’immigration, n’en déplaise à Donal Trump et ses milices. Il n’empêche que ce terreau riche puisque composé de peuples pluriels aujourd’hui unis sous une bannière étoilée avait donné naissance à des mélodies traditionnelles. Buck Meek y appose une réponse musicale, voyant en la country et la folk une forme de réponse traditionnelle mais revisitée. Le film oscarisé « Sinners » pourrait bien aller en ce sens tant la folk va répondre au blues comme un dialogue entre deux Amérique divisées par le racisme. La musique est vectrice d’histoire. Buck Meek, lui aime à raconter à les raconter. Mais pas seulement, il puise ses compositions dans les paysages, il aime donner de l’ampleur par l’attrait de la nature. La nature mais aussi les sentiments. En 2023, le musicien s’offrait un Hasard ludique de Paris pour défendre son avant-dernier né « Haunted Mountain » donc. Il emmenait avec lui son épouse, Germaine Dunes, également musicienne pour qu’elle officie en première partie. Le temps de son set, le regard du musicien ne la quittait alors pas une seconde. Un sourire immense aux lèvres, heureux, amoureux, fier. L’amour comme mot d’ordre. L’amour comme une confidence, une évidence, pouvait tout aussi bien hanter cette montagne. Mais il fallait aussi lui répondre et y réfléchir à travers son reflet.

Buck Meek, The Mirror : que reflète l’amour ?

Buck Meek est maintenant marié pour autant le chemin de réflexion sur l’amour ne s’arrête pas là. La vie n’est pas un simple conte de fée.  La route ne s’arrête pas à une simple cérémonie. Et cette réflexion en miroir, presque anthropologique va peuplé son nouvel album « The Mirror ». Ce miroir, est-ce celui sur lequel on s’essayait aux premiers baisers en se regardant jeune adolescent ? Un des titres du compositeur parle ainsi de ces instants. Celui-ci n’aura pas su se frayer un chemin jusqu’à l’album mais faisait bien partie des morceaux qui étaient pensé pour l’album en co-écriture avec Adriane Lenker. C’est du moins ce que nous explique Buck Meek à la fin de son set au Point Ephémère de Paris le 24 mars. Cette date lui permet de fouler également la dernière salle parisienne dans laquelle jouait le regrétté  Tucker Zimmerman. Autre collaboration de Big thief qui voyait en ce génie de la folk un mentor et un ami. Tucker et sa femme nous quittaient quelques mois plus tôt dans un incendie. Lorsque son nom est évoqué à Paris, Buck lui adresse ses voeux d’un repos en paix. Avec lui aussi, il s’était interrogé sur l’amour. Cette fois-ci, notre musicien explore en musique la véritable connexion entre deux personnes. Il repense la détérioration d’un lien. Il questionne les phases de l’amour, sa pluralité au sein d’une seule relation. Il prend note de l’intimité et avec sa délicatesse et ses compositions solaires il regarde pleinement le reflet des relations amoureuses. Ce miroir magique et imagé va chercher à se concrétiser par les mélodies. The Mirror est proche en matière de composition d’Haunting Mountain. On y retrouve la même énergie entre folk et country, cette façon lumineuse de faire de la musique douce. Le guitariste y soigne ses cordes, leur donnant une place prépondérante titre après titre. Comme toujours, cet opus paru le 27 février s’inscrit dans un travail collectif et on retrouve aux crédits : Alex Somers, Mary Lattimore, Germaine Dunes, Adriane Lenker et à la batterie, James Krivchenia également batteur de Big Thief.  Il ne reste donc plus qu’à se laisser entrainer dans ce nouveau périple et retrouver avec douceur la capacité à faire de jolies ritournelles de notre auteur comme sur « Ring of fire » qui entre si naturellement dans les esprits. De Gasoline qui fait démarrer l’album sur une note chaleureuse à Outta Body, conclusion d’un opus de 11 titres, Buck Meek rappelle toutes ses qualités de songwritter. Quand on se plonge dans ce reflet, on y trouve seulement le réconfort.