Créé au Théâtre National Wallonie-Bruxelles puis présenté au Festival d’Avignon en 2024, cette « pièce à obsolescence relative » met en scène six vieilles et vieux qui parlent des relations amoureuses et sexuelles du troisième âge. La troupe en peau de chagrin s’égrène au fil des saisons, le générique l’indique : « en alternance et selon leur longévité ». Au départ iels étaient huit, plus que six maintenant, accompagné.e.s sur scène d’une aide-soignante et de Mohamed El Khatib lui-même. La joyeuse troupe ridée était de passage au Théâtre du Rond-Point.

EROS ET THANATOS
Dans une salle de bal un peu désuète, cannes et déambulateurs arrivent doucement sur scène pour raconter ce que cela signifie d’être amoureux et d’avoir des rapports sexuels passé la fleur de l’âge. En préambule, est diffusé sur une télé le témoignage d’Anne, vidéo enregistrée au cas où elle mourrait et ne pourrait plus être sur scène. Puis, l’urne funéraire de George, autre défunt de la joyeuse troupe, est placée sur un podium. Le public est par ailleurs averti, il faut rester calme si un.e des comédien.ne.s mourraient sur scène, c’est la vie. Loin d’être glauques, tous ces retraités s’étaient promis de continuer même si l’un.e d’elleux décédaient. Chose promise et chose due dans la joie et la nostalgie.
SHAKESPEARE un DERNIER SOUFFLE
Les histoires contées sont touchantes, drôles et décalées. Elles éclairent une zone grise pourtant bien réelle. En effet, ne plus avoir toutes ses dents ne signifie pas ne plus avoir de désir. Les histoires font souvent rires, mais tirent aussi quelques larmes. Comme ce récit d’un Roméo et Juliette inversé où ce sont les enfants qui empêchent leurs parents de s’aimer, menant jusqu’au suicide de la vieille et tendre amante de Vérone. Ces histoires vraies et débridées sont partagées avec confiance et humour par les interprètes sur scène.

COUPÉ-COURT
Si les petit.e.s vieux.vieilles sont très attachant.e.s, quelque défauts d’écriture font un peu buter le tout. Présent sur scène pendant la première moitié du spectacle, Mohamed El Katib échange avec sa troupe pour articuler les diverses interventions. Mais le texte écrit essaye d’imiter une spontanéité sans grande réussite. D’autre part, bien des sujets passionnants sont annoncés puis évincés, tels que l’assistance sexuelle, l’homosexualité à quatre-vingt ans ou la maltraitance en Ehpad. Les prises de parole sont par ailleurs très courtes et n’ont pas le temps d’aller en profondeur ou en détail dans ce qu’elles racontent.

VIVRE ET MOURIR
Couronné d’un final en grande pompe, cette pièce extrêmement touchante doit énormément à ses interprètes, toustes drôles et attachant.e.s. Leurs histoires étonnent et révèlent la face cachée de ces sujets tabous que sont les relations affectives et sexuelles des vieux et vieilles. L’écriture n’étant pas à leur niveau, la construction du spectacle pêche un peu dans l’ensemble. Pour autant, l’émotion est largement présente, ces personnes montent sûrement pour la première et la dernière fois sur scène grâce à ce spectacle, comme une scène d’exposition et un dénouement en même temps.
« VUDÙ (3318) Blixen » à l’Odéon, le sacrifice d’Angélica Liddell
Premier opus de sa trilogie de la mort, « VUDÙ (3318) Blixen » d’Angélica Liddell est un…
Chœur des Amants (de T. Rodrigues) souffle aux Bouffes du Nord
Première pièce de Tiago Rodrigues, l’actuel directeur du Festival d’Avignon, Choeur des amants a su donné…
Festival d’Avignon 2025 : notre sélection
Festival d’avignon : Prologue La 79e édition du Festival d’Avignon (In) et la 59e du…


