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Urizen

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Si la pandémie mondiale encore en cours altère douloureusement le monde de la culture, elle n’aura pas touché à l’ébullition créative du collectif lyonnais l’Animalerie. Nous voilà rassurés.

Urizen de Nedelko (image: Eleonore Wismes)

Après la sortie d’Hôtel sans étoiles du grand Lucio Bukowski en octobre dernier, c’est Nedelko qui revient à la charge ce mois-ci. Avec Edggar, ils font partie des derniers arrivés dans le collectif. Et autant dire qu’ils ont déjà prouvés de quoi ils étaient capables. Rhéologie, le premier album de Nedelko, nous avait retournés lors de sa sortie l’année dernière, à tel point que nous avions rencontré son créateur début 2020, un mois avant le début des emmerdes, pour parler de son projet (à retrouver ici). Un peu plus d’un an après, Urizen débarque. Quel est-il ? Son nouvel album, divisé en deux. Sept titres de chaque côté. Aujourd’hui sort la partie I, que nous avons eu le privilège d’écouter. Il faudra attendre le printemps pour la suite. Une manière d’instaurer un mystère, et de faire durer l’attente. Rhéologie avait tapé très fort pour une entrée en matière. Urizen porte beaucoup sur ses épaules.

 

Un électron libre

Que nous dévoile cette première partie ? Un envol. Disons le franchement. C’est une perle. Sept titres uniques desquels jaillit un sentiment d’adéquation. Nedelko se lâche et semble avoir atteint un nouveau stade : celui du lâcher prise. On y va et on verra bien ce que ça donne. « Or What », titre solitaire paru il y a quelques semaines, avait plus ou moins annoncé la couleur. Il s’agit de d’explorer et de se renouveler. Plus de limites ni de cadres, et place à davantage de liberté. Même si Urizen part I n’a pas grand-chose à voir avec « Or What », les deux dégagent quelque chose de neuf et d’innovant. Car en plus de confirmer son talent sur ce nouveau projet, Nedelko s’aventure sur des chemins sinueux dont il ressort systématiquement plus fort. Son style s’affine et s’élargit à mesure que son élan créatif se consolide, au point de pouvoir aujourd’hui se féliciter d’une identité musicale très marquée. Et si l’on devait qualifier sa musique, on ne saurait le faire précisément tant elle puise dans de multiples inspirations. On sait d’ailleurs Nedelko ouvert à une diversité musicale, adepte d’artistes tels que Julian Casablancas, Odezenne ou encore Courtney Barnett.

En passant de la légèreté à l’agitation, de la mélancolie à l’agressivité, du rap au chant, le chanteur atteste d’un désir de se surpasser et de se détacher de son premier opus. Il n’existe plus seulement qu’au travers de Rhéologie, déjà gravé dans la roche, et réussit le pari de se détacher de ce dernier. C’était là tout le dilemme de ce second projet.

Photo: Matthieu Cattoni

 

L’image du bonheur

Tout commence sur une voix de femme, dont le ton et le phrasé nous apaisent instantanément. On sent que cette voix vient d’ailleurs, qu’elle transporte une forme de sagesse. Rapidement, le texte qu’elle récite évoque une image censée représenter le bonheur : trois enfants sur une route en Islande. Cela pourrait être le début d’un film… En plein dans le mille ! Il s’agit en effet des premières secondes de « Sans Soleil », sublime documentaire de Chris Marker sorti en 1983. Un hommage puissant et pertinent à un des plus grands réalisateurs français aujourd’hui disparu. De quoi commencer l’album en beauté. Odezenne avait fait pareil avec des extraits de La Jetée sur deux de leurs morceaux. Directement, on est plongé dans une ambiance nostalgique et rêveuse. « Eva 001 » frappe déjà fort. C’est un morceau au doux tempérament qui ne se laisse pas saisir facilement. La prod planante d’Hayko offre à Nedelko l’occasion de débuter dans un registre où il excelle déjà, celui d’un texte poétique transporté par une ambiance atmosphérique. « Fast Life », qui s’y apparente, sorti l’année dernière dans la lignée de son premier album, nous avait subjugué.

 

Accompagné du grand oster lapwass

Pour la suite d’Urizen, c’est le fidèle beatmaker de l’Animalerie, la clé de voûte du collectif : Oster Lapwass qui, une nouvelle fois, parvient à s’adapter au style de son interprète afin d’en révéler au mieux les richesses. Sa patte sonore est reconnaissable parmi des milliers et l’effort d’originalité sur les prods est évidemment une des forces de ce nouvel opus. Entre le génial « Acanthaster » plus porté vers le rap, avec backs et gros soutien rythmique, d’une efficacité redoutable, et l’entrainant « Bienvenue à Néopolis » aux sonorités électro, Urizen part I se dévoile de plus en plus riche et abouti. Entre ces deux morceaux se tient le fier « Damoclès », dont l’instru sous forme de boucle entêtante à l’aspect désarticulé permet d’accorder les deux styles uniques de Nedelko et d’Edggar, ce dernier présent en featuring. Probablement une des plus grandes réussites de ce projet permise grâce à l’alchimie des deux amis. D’un côté, un flow très rythmique sous forme d’à-coups génialement maitrisé par Edggar, et de l’autre, un rap moins discontinu aux élans chantés de Nedelko. Comme une version sophistiquée de « Colibri » de Robse, également produit par Oster Lapwass. Un morceau (et un album) que l’on adore ici.

 

Plus qu’une simple confirmation ?

Le clou final du spectacle est assuré par « Troisième Impact », morceau à double facettes, qui, après une première moitié calme et sereine illuminée par un texte somptueux sur le constat d’un monde fêlé, s’élève pour nous prendre aux tripes lorsque l’instru décolle vraiment dans sa seconde moitié. Jamais Nedelko n’était allé aussi loin dans l’émotion. Il prend ici son temps, construit son propos, et le disperse sous forme d’éclat dans un morceau intelligemment construit. Quoi de mieux pour mettre fin à cette partie I, l’haleine à la bouche en pensant déjà à la suite ? Comme le dit lui-même Nedelko, « La transformation, c’était Rhéologie. Urizen c’est la confirmation ». Pour l’instant, on ne peut qu’approuver. A voir si la deuxième pièce du puzzle le fera devenir plus qu’une simple confirmation. C’est très bien parti pour.

By Léonard Pottier


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