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Comédien révélé notamment par ses rôles avec Rébecca Chaillon ou le prestigieux Munstrum Théâtre, Anthony Martine était de passage avec sa première création « Quand on dort on n’a pas faim » au théâtre de la Sorbonne Nouvelle. « Le point de départ de ce seul en scène, ce sont deux années de prépa littéraire au Lycée Henri IV. Le projet part d’un constat qui m’a été révélé au cours de ces deux années de prépa : j’ai grandi et rêvé en blanc. De Catherine Deneuve à Lady Gaga ou encore Raiponce : tout le monde était blanc et hétéro alors que j’étais noir et gay. ».

Quand on dort on n'a pas faim
@Fabrice Robin

IL ÉTAIT UNE FOIS ANTHONY MARTINE

Presque seul en scène, ce spectacle protéiforme est décrit par son interprète comme « un conte médiéval afro queer » qui « entend mener une réflexion sur les effets, les répercussions, l’aliénation d’être noir et queer et d’avoir passé son enfance et son adolescence à rêver des rêves pas faits pour soi. » De Shrek à Peau d’Âne en passant par Fanny Ardant et Grindr, un château de princesse en carton accueille ce récit politique, drôle et intime. Anthony Martine y fait cohabiter son autobiographie, du lipsync, de la danse et un podcast – le tout avec cohérence !

Quand on dort on n'a pas faim
@Fabrice Robin

(DÉ)CONTER

Dans les contes, ce qui est noir est associé au mal tandis que le blanc correspond à la beauté et la pureté. Il s’agit donc par ce spectacle de créer un nouvel imaginaire, celui qui est parlant pour une personne racisée ayant été éduquée en France. Le comédien raconte la violence du racisme en prépa littéraire à Henri IV mais aussi sur les applis de rencontre gays et dans les milieux de gauche. Cette conquête de l’imaginaire n’est pas une vengeance qui répondrait à la violence de la colonisation nous dit-il, seulement la création de représentations qui n’existent que peu en France.

Quand on dort on n'a pas faim
@Fabrice Robin

PODCAST DÉCOLONIAL

Dans le dernier tiers du spectacle, Anthony Martine est convié par son adelphe (ndlr : « adelphe » est le neutre pour frère/soeur) sur un plateau télé pour parler de son expérience de personne queer et noire en France. Cette séquence marquante, bien plus frontale, intègre le public aussi bien par un blindest que par un questionnement sur les restes de racisme chez les militant.e.s de gauche blanc.he.s – qui occupent à peu près tous les rangs des théâtres publics dans lesquels joue le comédien. Sans violence et sans pointer du doigt avec défi, le comédien interroge sur ce silence et invite son public à examiner les résidus et préjugés racistes qui reste en lui.

Quand on dort on n'a pas faim
@Fabrice Robin

et il vécut heureux

Avec joie, paillettes et talons, Anthony Martine conte et danse son histoire avec humour, dérision et engagement. L’interprétation est au cordeau, elle s’allie avec une scénographie et une dramaturgie grouillant de bonnes idées. Cette première création, en dépit de sa forme, n’a rien de léger et prend de la profondeur scène après scène. « Quand on dort on n’a pas faim » est un très beau premier spectacle, déjà ambitieux, et déjà réussi. À voir en juillet à la Manufacture d’Avignon pour le festival OFF.


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Spectacle Elektrik Paris 13

Le dernier spectacle de danse électro de la célèbre chorégraphe Bianca LI, sobrement intitulé Elektrik, se tenait du 27 mars au 14 avril 2018 au nouveau théâtre « Le 13ème art » à Paris. Véritable concentré de joie et de bonne humeur, Elektrik m’a fait découvrir les charmes tourbillonnants de la danse électro. Entre musiques de chambre et tours de bras énergiques : retour sur une heure et demie de danse explosive.

 

La danse électro kézako ?

 

Si, comme moi, vous vous souvenez avec nostalgie (ou pas) de la techtonik qui avait fait des ravages dans les boites de nuit il y a dix ans, alors vous vous rapprochez quelque peu de la danse électro. La danse électro «inventée dans les années 2000 en région parisienne» se caractérise par «ses mouvements de bras décoiffants.»  Mais vous vous en doutez bien, à ce niveau-là, l’électro ne ressemble plus du tout à celle que votre cousin à la mèche de Justin Bieber tentait de reproduire, avec plus ou moins de réussite, en utilisant le geste du peigne dans les cheveux.

 

Le spectacle commence de façon à surprendre le spectateur, le premier tableau nous présente les huit danseurs habillés de costumes chics et affublés de masques d’oiseaux sur une musique de salon très baroque, le ton est donné, ça sera un spectacle plein d’humour, mais aussi de réflexions, S’enchaine alors un deuxième passage sur une autre musique baroque. L’electro ne se danse pas uniquement sur des rythmes endiablés, mais a bien sa place sur n’importe quel genre musical. Le spectacle nous emmène alors vers des musiques et des ambiances bigarrées : duo poétique et musique de vacances, entrecoupés de solos sur de la musique dance, impressionnants de vitalité.

 

L’ADN premier de l’électro reprend tout de même peu à peu ses droits au cours de la soirée, avec l’apparition d’une petite battle humoristique, mais aussi de longues variations techniques sur des musiques de club (dans lesquelles on remarquera un petit rappel baroque dans la mélodie) et sur lesquelles les danseurs nous montrent toute l’étendue de leurs talents.

 

Alors est-ce que c’était bien ?

 

Spectacle Elektrik Paris 13

J’ai regretté une mise en scène trop épurée, même si celle-ci met parfaitement en avant la danse en elle-même et les mouvements coordonnés précis et rapide des danseurs. il manque quelquefois d’environnement pour nous emporter complètement.

 

L’accent du spectacle est mis sur la cohésion de groupe et sur la bonne humeur et l’énergie folle que les danseurs puisent dans ces rythmes et nous renvoient.

 

C’est là le point fort de cette création : les danseurs s’amusent, irradient. On ne peut que se laisser contaminer par leurs envies d’exprimer leur danse moderne, captivante, où chacun à la place d’exprimer leurs personnalités diverses et tranchées. Les plus beaux passages sont ceux où les huit danseurs se retrouvent sur scène pour partager ces moments où l’individu s’épanouit dans le groupe. Ça rit, ça se bat, ça tourne de tous les côtés. La danse électro est une danse pour s’amuser, rire, unir, la danse électro est une danse résolument fraternelle. Et ça fait du bien.

 

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/BlancaLiOfficial/

 

Elektrik dance
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