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Kevin Morby est, sans nul doute, le plus grand folkman de notre génération. Le musicien nous plonge album après album  dans un roadtrip à la découverte de son Amérique. Beauté et sincérité hantent autant ses compositions qu’une nostalgie qui confère à l’amour sans fin pour son histoire. Avec Little Wide Open, le musicien réussi le tour de force de captiver encore et toujours. Le dernier chapitre de sa trilogie dédiée au Midwest est une éternelle réussite. Il fallait qu’on en parle.Kevin Morby little wide open

 

Kevin Morby, à coeur ouvert

Le 15 mai, Little Wide Open s’offrait au monde. Par la même occasion, il clôturait un chapitre de la carrière de Kevin Morby. Dernier né de la trilogie que le chanteur dédiait à son Midwest natal, il venait rejoindre et apporter la dernière pierre de l’édifice ouvert avec Sundowner (2020) et qui se poursuivait avec This is a photograph (2022).  A l’origine l’album devait s’intituler I Ride Passenger. Mais en dernière instance, Morby a souhaité rendre hommage à son besoin de se confier aussi pleinement que sur la pointe des pieds. Cette sincérité à fleur de peau, cette façon de se dévoiler en quelques murmures, c’est ce qui fait la beauté des compositions de Kevin Morby, album après album. Ce nouveau jet n’échappe pas à la règle et va donner à ses compositions toute la grandeur des espaces qu’il raconte. Le chanteur souhaite alors nous plonger dans l’immensité d’un désert sous un ciel d’une infinie clarté. L’image est forte, puissante et reflète parfaitement la luminosité de ce spectaculaire album. C’est le tour de force constant de notre musicien, créer de la beauté, des morceaux doux parfois emprunts de nostalgie et pourtant peuplés d’une lumière éblouissante. Le ton est d’ailleurs donné dès le premier titre de l’opus « Badlands ». Les mots s’y posent pour raconter des instants, leur précision, la façon dont le texte y est appuyé, a la force d’un Polaroïd, aussi visuel que les photographies que racontaient son précédent projet.

Rendre à l’Amérique sa véritable grandeur

kevin morbyL’Amérique a perdu de sa superbe. Les mandats de Trump, leur président actuel, faisant plonger son image luxuriante en celle d’un territoire fermé par l’étroitesse des esprits qui l’habitent. Qui pouvait mieux en refaire un paradis visuel, conter ses étendues comme autant de beautés que Kevin Morby lui-même ? Pour réussir son pari, il allait falloir bien s’entourer. C’est ainsi que le musicien choisit Aaron Dessner à la production. Le fondateur de The National et lui avaient partagé une scène en juillet 2024. Mais c’est surtout sa précision pop qui fait mouche pour Morby. L’alliance des deux hommes permet de s’extraire ainsi d’un album folk commun pour magnifier les arrangement, leur donner de la grandeur et ainsi créer un opus particulièrement accessible. La patte si efficace de The National se dessine alors, en arrière fond, comme un rayon de soleil qui vient contaminer l’album et lui donner une propreté léchée. Pour autant le sable, l’authenticité du désert, les bottes de cow-boy et cette image hollywoodienne d’une Amérique fantasmée vient se greffer à ce récit minutieux. Attention néanmoins, Morby est loin d’être candide. Sa terre du Midwest, il la connait. A ses yeux, sa beauté fait écho à sa laideur. La politique actuelle s’immisce partout, y compris dans la musique de notre folkman. Le paradis touche aussi à l’enfer. La dualité règne autant que le mythe.

Ecrire son récit comme un rêve

kevin morbyLe titre éponyme nous prévient. « Sometimes the myth grows bigger than the dream ». Kevin Morby raconte sa vie comme un rêve éveillé, il transcende son récit, continuellement. Si l’écrit va constamment en ce sens, la puissance mélodique fait de même. Les instruments s’emballent, les montées en puissance peuplent un opus qui n’a jamais de cesse de faire frissonner. Le chanteur y offre une nouvelle approche du temps. Il ne court plus après son passé comme ce fut le cas sur This is a photograph. Alors que le temps du bilan propre au début de la trentaine est passé, l’approche de la quarantaine vient l’encrer dans le présent. La course se termine. Aujourd’hui installé à Los Angeles, le musicien y accepte ses origines, compose avec des instruments propres à la folk, sa voix conte un récit continuellement apaisé. Alors certes, le renouveau n’est pas pour aujourd’hui. Cet album s’encre dans la continuité de ce que le chanteur a toujours apporté en matière de mélodies. Pour autant, la pureté qui le compose vient l’assoir comme une évidence. l’optimisme y est omniprésent. C’est le cas sur Junebug en seconde partie de galette qui célèbre autant la vie en tournée que le retour à la maison. Comme souvent, Morby s’y donne la réplique, il s’y répond. Les choeurs s’ajoutent à l’album, Little Wide Open,  en est un exemple, Javelin également, mais toujours avec une telle douceur qu’ils s’encrent naturellement dans une structure qui connait parfaitement son cheminement. Ce périple à coeur ouvert, nourrit par la grandeur se poursuit jusqu’à son final sur Field Guide for the butterflies. L’occasion de rappeler la fragilité de la vie et qu’il faut savoir prendre des risques. Que ceux-ci permettent d’avancer ou qu’il signent la fin de l’aventure. Celle que raconte Kevin Morby, album après album, a toujours la saveur de l’infini. Cette dernière photographie apaisée d’un vécu permet à son créateur de ne plus jamais vieillir. Pour en faire de même, reste à prêter une oreille, comme un.e confident.e à cette nouvelle merveille. Ses titres, tels des tournesols, vous permettront de toujours trouver le soleil.


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Miles Kane
Miles Kane – DR

L’automne est là ! Et qui dit retour de vacances dit également rentrée musicale chargée. On vous propose une sélection à mettre dans vos oreilles pour concocter la parfaite playlist musicale de la rentrée 2021. Au programme : du très bon et de l’excellence à écouter en regardant les feuilles tomber !

Baptiste W. Hamon & Barbagallo – le Split

Sept titres pour prolonger l’été, c’est bien ce que proposent Baptiste W. Hamon en duo avec Barbagallo. C’est en 2019 que l’idée de collaborer ensemble naît dans la tête des musicien. Le second prend alors les routes pour suivre Tame Impala en tournée australienne. C’est pourtant enfermés chez eux, en distanciel comme le veut la tradition de 2020 que le projet prend forme. L’envie de rêver d’un ailleurs ensoleillé les pousse peut-être, alors que le soleil lui tape fort sur les murs, seul témoins de rues désertées. « Ils fument » et « Nous nous reverrons » sont les bases de cette épopée chanson française aux belles couleurs country. Les instruments portés à quatre mains prennent alors des notes rondes entre douceur et riffs aériens. La voix romantique de Baptiste W. Hamon prend des assonances entre années 70 et 80 alors que la modernité s’invite dans ce trip rétro chic. « Maria » promet une promenade amoureuse près de l’eau alors que « Le bleu du ciel » conclut cette galette sur une voix féminine et une urgence à vivre entre positivité et bienveillance. Un moment délicat construit comme un souvenir estival, à conserver alors que l’automne pointe le bout de son nez.

H-Burns & the stranger quartet- Burns on the wire

La folk sensible de Léonard Cohen traverse les générations, s’invite dans tous les foyers et ne quitte jamais ceux qui y touchent. H-Burn ne pourra pas dire le contraire. Alors que l’immense musicien avait déjà à son actif l’une des plus belles reprises du monde de la musique grâce au culte « Hallelujah » de Jeff Buckley, le musicien tente de relever le pari et d’offrir un album hommage digne de ce monument. Un défi difficile mais pas impossible et finalement relevé haut la main. Il faut dire que pour H-Burn, Cohen est une histoire d’amour qui débute dès son enfance. Son père lui jouait « Suzanne » lors de soirées magiques au coin du feu. Plus tard, en vacances à Montréal, il s’offre un pèlerinage sur les traces de son idole sur le plateau du Mont-Royal. Pour réaliser « Burns on the Wire », le musicien fait appel aux premiers albums de Cohen mais aussi aux meilleurs musiciens du moment. Pomme, sa voix douce, et sa guitare s’offre une reprise à fleur de peau de « Suzanne », Lou Doillon et son timbre suave s’invitent à pas de velours sur « Goodbye » et « So Long, Marianne » alors que l’époustouflant Kevin Morby offre son lot de frissons sur l’édifiant « The partisan ». La relecture est là, poétique, respectueuse, construite, enivrante. H-Burns n’oublie pas de reprendre « Who by fire » l’un des plus beaux morceaux des années 70. Au court de ses douze titres, le chanteur fait de l’ombre à Buckley, convoque l’esprit de l’immense songwriter qui manque cruellement au monde musical actuel. Une ballade entre passé et présent, simplement grandiose.

Miles Kane- Don’t Let It Get You Down

La bonne nouvelle de cette rentrée 2021, c’est bien le retour de Miles Kane. Le membre de The Last Shadow Puppets et de The Jaded Heart Club sera en effet de nouveau dans les bacs le 21 janvier avec un nouvel opus baptisé « Change the Show ».  La chanteur profite de la fin de l’été pour teaser comme il se doit ce jet avec un premier extrait intitulé « Don’t Let is get you down », un titre pêchu aux sonorités soul, pop et diaboliquement efficaces. Il y prend des allures de crooner, joue d’une voix en retenue, de rythmiques soutenues, et d’une énergie communicative. Ce quatrième opus a pris forme à la suite d’une collaboration avec le groupe de pyscho-rock Sunglasses for Jaws. A cela s’ajoute une longue période de vide pour le Monde entier qui a permis au musicien de prendre le temps de composer l’album solaire qu’il souhaitait proposer. Un moment haut en couleurs, travaillé et soigné, et un Must Have à pré-commander tout en découvrant au compte goutte les extraits qui en seront proposés.

Sweet Gum Tree- Lifelines

L’automne sera folk ou ne sera pas ! Et ça tombe bien puisque quel courant musical pourrait mieux représenter les feuilles qui tombent, la nostalgie et la joie d’un nouveau départ que ce dernier ? -on évitera de parler de la météo qui elle n’a pas changé quelque soit la saison- Dans le registre, « Sweet Gum Tree » promet un très beau moment. Il faut dire qu’Arno Sojo, de son vrai nom profite d’une très belle discographie et a su s’entourer des plus grands. De Tindersticks à The Church en passant par Isobel Campbell (Belle and Sebastian), la liste de ses collaborations procure quelques frissons d’émerveillement. C’est donc sans grande surprise que « Lifelines », extrait de l’album « Silvatica » à paraitre en novembre soit une telle réussite. Une intro au riff entraînant et lumineux, une voix grave et envoûtante, un couplet qui s’invite naturellement en tête, un refrain savamment orchestré : tous les ingrédients sont réunis pour créer la parfaite recette folk. Douceur et bienveillance sont de la partie alors que les aigus acoustiques s’ajoutent à une rythmique présente et des montées en puissance qui parlent au coeur. Un titre qui pourrait bien être la bande originale d’une vie, à écouter en boucle pour mieux s’approprier l’album, une fois les dernières feuilles au sol, en espérant que le Monde puisse avoir la même promesse de liberté que ce que les notes ici jouées évoquent.

Eyedress – MULHOLLAnD DRIVE

Et de cinq albums au compteur pour le producteur et chanteur Idris Vicuña aka Eyedress. Le 27 août, le prodige de la pop électronique aux accents psychés est de retour avec un album au nom aussi évocateur que ses compositions : « Mullolhand Drive ». Si l’on pense à Lynch lorsque ce nom est prononcé, le musicien prodige partage son génie et sa capacité à créer hors des sentiers battus. Alors qu’il publiait l’été dernier l’ébouriffant « Let’s Skip to the Wedding », le musicien s’est rapidement entouré d’artistes pointus pour les inviter à collaborer sur son nouvel essai. Parmi eux, on retrouve l’iconique King Krule qui apporte sa pierre à cet édifice aérien, puissant et enivrant. Le ton est donné dès le premier titre qui donne d’ailleurs son nom à l’album. Une petite merveille de 2 minutes 16 parfaitement construite en ascension entre voix planante et riffs dream pop. Une fois écouté, impossible de ne pas tomber follement amoureux de l’univers d’Eyedress. La suite prend la route de montées vertigineuses et lumineuses (« Somethin about you »), d’accents rock obscure et aspirés comme inspirés (« Long night at the 711 »), d’introduction iconique et de montée en tension pour mieux frapper fort ( le sombre tourbillon « Spit on your Grave ») ou  de jazz romantique (« You Know Me »). Chaque titre propose son panel d’émotions et d’inspirations musicales, chaque morceau est unique et pourtant le tout prend une forme aussi cohérente qu’envoûtante. Un moment entre beauté et intensité dont vous ne devriez surtout pas vous passer. Vous me remercierez plus tard.


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