
photo par Louis Comar
Quand on travaille dans le milieu musical depuis longtemps, qu’on a la chance de vivre énormément de concerts, il arrive à terme qu’on les ressente différemment du grand public. On y porte un oeil plus professionnel, on les regarde du fond d’une fosse avec une certaine habitude, presque statiques et tout y est analysé. Les concerts comme celui que Lorde a donné ce 27 août à Rock en Seine sont de ceux qui changent radicalement la donne. Ils ont le pouvoir de vous replonger corps et âme dans l’état de fan. Un état hautement satisfaisant. Cet article ne sera peut-être pas vu d’un oeil objectif, sacro-saint mot que l’on souhaite trouver dans un reportage. Il sera plutôt conté du point de vue de deux jambes qui ont sauté une heure et demie durant, d’une bouche qui ne cessait de chanter et d’yeux humides de joie. Mais finalement ces sentiments, ceux qui nous font nous sentir plus que jamais vivant, n’est-ce pas objectivement, la meilleure des façons de raconter un concert ? Vous voilà prévenu.es, cette fois, on en parle avec le coeur, le tripes et non le cerveau….
Here comes the Lorde
Les menaces de pluie sont encore présentes sur Saint-Cloud et nos vêtements sont trempés. La tempête qui s’est déchaînée cet après-midi ne nous a pas épargné.es. Mais voilà que Lorde débarque enfin. L’heure de Lorde a sonné et on en oublie tout, la pluie, la gadoue, le reste de nos vies. D’ailleurs, en grande prêtresse elle conjure le mauvais temps, pas une goutte ne tombera son set durant. Elle chante très rapidement son premier succès « Royals ». La sobriété des premiers instants ne laisse en rien présager de la grandeur de la scénographie qui nous attend. Seuls deux danseurs accompagnent notre puissante meneuse et même en se débarrassant rapidement de ce titre, elle ne laisse déjà planer aucun doute quant à l’immensité de son aura. Il faut dire que ce gros single est loin d’être son favoris et on peut bien la comprendre avec une discographie si complète. On peut enfin passer aux choses sérieuses et entrer de plein pieds dans l’immense « Virgin » dernier né de Lorde. Un chef d’oeuvre de la pop, aussi sophistiqué qu’accessible. Taillé comme un album indé, écrit pour magnifier le genre. « What was that » entame la course alors que suit rapidement « Broken Glass ». Un titre sur lequel la chanteuse se livre sur ses troubles du comportement alimentaire et le fait d’accepter cette maladie qui est sienne pour mieux en guérir. Un morceau d’autant plus important avec le retour tragique que l’on connait actuellement de l’Heroine chic et les débats autour de la santé d’Ariana Grande. Tout le concert du long, Lorde balancera à coup de paroles importantes des sujets qui iront toucher tous les coeurs. Pour autant, le live lui ne laissera rien paraître de l’extrême sensibilité de sa compositrice. Quelques larmes coulent déjà sur les visages. La prêtresse échange volontiers avec la foule, comme dans une jolie tirade dans laquelle elle expliquera son amour pour Paris. Venant d’une toute petite ville en Nouvelle-Zélande, la ville des lumières lui semblait un rêve impénétrable lorsqu’elle était jeune. Et la voilà aujourd’hui qui la prend d’assaut et en est, le temps d’un concert, la lumière la plus vive (même si certes, ici c’est Saint-Cloud).
Lorde of the Stage
Non que chaque titre ne soit jusque là un banger et que chaque note ne soit pas chantée au mot près, il n’empêche que c’est un pure bonheur que d’écouter enfin « Buzzcut Season ». Le morceau profite d’un tempo tout particulier en live, une sorte de version hybride et l’affaire prend immédiatement. On frissonne volontiers en chantant les paroles, « Make-believe it’s hyper real », parce que la manière dont Lorde place le mot Hyper real est si particulier. Il donnerait l’envie subite de se la graver dans la peau en un joli tatouage comme une opposition au Monde du paraitre qui nous entourre. Il y quelque chose dans cette prononciation qui donne à ce terme une importance capitale. On regarde autours de nous et on se permet de détourner les paroles du titre quelques secondes lorsqu’elle évoque son « Favourite friend ». Ne serait-ce pas celles et ceux qui nous entourent ce soir ? Ce trop plein d’émotions est si hype réel qu’il en devient tangible. Tout comme la scénographie qui s’est révélée. Lorde qui chante collée contre une vitre face camera. Cette même caméra qui la suit en gros plan même lorsqu’elle boit de l’eau. D’immenses cubes lumineux qui ne cessent de changer de positions, faisant même voler notre Lorde dans les airs, des jeux de lumières infinis. A son image, tout est carré mais jamais surfait. Veste retirée, on voit maintenant les paillettes légères qu’elle a placé sur tout son corps. Point trop d’artifices, de maquillages, de tenues de scènes ou de gros décors. Il y a quelque chose d’aussi brut que sincère qui vient peupler ce spectacle. Puisque la chanteuse arrive parfaitement à cumuler les deux, le vrai show spectacle et le vrai concert qui centre tout sur la musique. Son naturelle la rend magnifique. La voilà qui introduit maintenant son album culte « Melodrama », certainement un fan’s favourite avec le titre « Le Louvre ». La dernière fois qu’elle était à Paris pour son concert au Zénith en plein hiver, elle était souffrante. « J’étais un zombie » précise notre Mona Lisa avant d’expliquer avoir trouvé de la force dans toute l’énergie que le public français lui donne toujours. « Hard Feeling » est également de la partie mais c’est surtout la pause douceur sur « Liability » qui marque. Evidemment ce n’est pas l’occasion de reposer nos voix, peut-être juste nos jambes qui ne sautent plus quelques secondes durant.
Sa majesté des foules

photo par Louis Comar
Voilà bien longtemps qu’une heure et demie n’était pas passée aussi vite. Le concert arrive bientôt à sa fin mais il lui reste encore une dernière séquence à couper le souffle. Quelques très jolis effets scéniques dont une vestes qui balance des lasers rouges, faisant de la musicienne et de ses pas de danse, la gardienne des lumières de la soirée. Mais aussi l’affichage continu des battements de son coeur sur écrans géants. De plus en plus rapide à mesure qu’elle se déchaine. Comme les nôtres sans en douter. « Supercut » résonne maintenant dans tout le parc de Saint-Cloud, sur scène les lumières sont bleues. Nos esprits sont perdus dans un tourbillon musicale. Si nos pas sont aléatoires, il faut se rappeler que dans nos têtes « We do everything right ». Pas le temps pour nos talons de toucher le sol voilà que débarque « Team », single puissant du premier né de Lorde , le parfait « Pure Heroine ». La chanteuse s’y raconte et y donne corps à l’amitié. Un sentiment puissant qu’elle raconte de façon cinématographique. La claque est pleinement prise et on voudrait arrêter le temps pour que ce moment perdure encore et encore. Ce premier album, c’est aussi l’histoire de sa vie dans une petite ville de Nouvelle-Zélande comme l’avait expliquer Charli XCX à un interviewer qui l’avait prise pour Lorde en lui demandant de quoi parlait son tube « Royals ». Charli, sans sourciller avait répondu comme s’il n’y avait pas de confusion. L’amitié des deux est actée. D’ailleurs l’enfant terrible de la pop l’avait invitée à la rejoindre sur « brat », plus précisément sur le titre « Girl, so confusing » qui est justement interprété ce soir. La bande de Lorde se détend sur scène, fume une petite clope. Et voilà que« Green Light » débarque. C’est par lui que commence « Melodrama », comment ne pas tomber immédiatement amoureux.se de cet album ? Evidemment sur scène tout est vert … comme le brat summer qui aurait pris un nouveau visage. Combien de mega tubes a donc cette chanteuse ? Chacune de ses compositions frappe si fort et si juste. « David » vient clôturer la page « Virgin » pour ce soir. A cette occasion un drap géant est envoyé dans la foule pour que ses fans écrivent dessus, des ressentis, des sentiments. Une manière de figer le ressenti de l’instant.

photo par Louis Comar
Surtout, sur les écrans apparaissent les termes « I don’t belong to anyone ». Et pour toutes les personnes prêtes à tout pour être aimé.es, celles et ceux qui ne savent jamais dire non, mettre des limites, les mots deviennent immédiatement un mantra. Tout comme un rappel pour les femmes hétéros de garder leur liberté face aux hommes. On ne voudrait pas voir arriver cette fin, mais quand les premières notes de « Ribs » résonnent, il faut bien admettre que leur appel est plus fort que la tristesse. Lorde s’élance alors dans la foule et vient chanter son dernier titre au milieu de son public, en trans. « You’re the only friend I need » répète-elle en boucle alors qu’on se demande si ce seul ami ne serait pas finalement la musique. Cette passion dévorante, obsédante pour des mélodies, des albums et des sons, qui peuplent nos vies et leurs donnent tout son sens. Celle qui éponge nos douleurs et fait résonner nos rires (« ’til our ribs get tough »). Chaque artiste peut avoir cette place centrale et cette capacité pour quelqu’un. Celle de nous rappeler pourquoi on se lève chaque jour et pourquoi on se bat. Je vous souhaite de trouver votre Lorde, ce soir j’avais la mienne.
Ndlr : Un merci tout particulier à Marion qui nous a permis d’apprécier cet incroyable concert dans les meilleures conditions possibles et à Louis d’avoir trouver la meilleure place et pour les superbes photos.
Charli XCX : colorimétrie d’une carrière à tons variés
Le brat summer est terminé. Oubliez le vert flashy et les folles nuits de party…
Lorde : L’or de la pop signe un show qui valait un milliard au Zénith
Qu’est ce que c’était que ça ? Ou bien « What was that ? » comme dirait…
Lorde « Virgin » : Sainte-Lorde, mère de la pop !
Il suffit d’un regard sur sa pochette pour se laisser convaincre par « Virgin ». Le nouveau…








