La metteuse en scène et marionnettiste Alice Laloy présentait sa dernière création au Théâtre du Rond-Point, « Le ring de Katharsy ». Dans ce spectacle, les comédien.ne.s jouent aux pantins tel.les des marionnettes humaines jeté.e.s dans un jeu vidéo. « Ici, nul pantin, mais des humains transformés en avatars et jetés sur un ring pour s’affronter. Au cœur d’une (…) scénographie tout en monochrome gris, deux joueurs se défient, sous l’œil de la maîtresse de cérémonie qui compte les points. » Résultat de la partie.

MONOCHROME PLASTIQUE ÉPOUSTOUFLANT
La technique, la plastique et la scénographie de ce spectacle sont clairement ses atouts majeurs. Les maquillages, costumes et décors tapissent la boîte noire du théâtre d’un gris métallique impressionnant. Quelques effets de chute de décor fonctionnent eux aussi extrêmement bien, tant ils sont surprenants et spectaculaires. La création sonore minutieuse souligne parfaitement l’univers dystopique de ce jeu vidéo live. Par ailleurs, la performance de chacun.e des danseureuses, circacien.ne.s et acteurices relève simplement de l’exploit. Les mouvements millimétrés et constants des corps reproduisent parfaitement les mouvements de personnages de jeu vidéo désuets, mention spéciale à la maîtresse de cérémonie tout bonnement épatante dans la subtilité de ces gestes.
@Simon Gosselin
monochrome dramaturgique
Si la dimension visuelle et technique est irréprochable, il n’en est pas autant pour l’écriture. Au début du spectacle, la maîtresse de cérémonie accueille deux joueurs en compétition avec leur équipe de trois humanoïdes/marionnettes. Ils vont s’affronter dans une série d’épreuve au cours de laquelle ils doivent guider vocalement leurs avatars : « marche », « mange », « cours » – le tout se déroulant comme une partie de jeu vidéo. Sauf qu’il n’y a aucun autre enjeu au spectacle que la victoire de la partie , en tout cas, aucun autre enjeu qui ne soit réellement exploré. Dès le premier quart d’heure, toutes les cartes sont jouées et la recette de la pièce est dévoilée, si bien que l’heure dix restante n’est que la répétition d’un même format, sans grande nuance.
game over ?
Et tout cela est bien dommage. En effet, des bribes esquissent des nuances et des pistes de réflexions qui ne sont malheureusement jamais explorées pleinement. Par exemple, les ordres à l’impératif que jettent les joueurs sont souvent insuffisants aux pantins, créant des bugs, et montrant qu’un langage réduit à son minimum est incompétent. À d’autres moments, les avatars refusent d’obéir et suivent un instinct émotionnel pendant quelques secondes, avant de reprendre le cours de la partie. Ainsi, ces réflexions sur le libre-arbitre, la parole et le contrôle émergent brièvement, mais ne vont jamais plus loin que cela et sont répétées sans nuance. Tout en esquissant ces questionnements passionnants, Alice Laloy ne prend pas le temps de les mener à leur bout.

reset and play again
L’univers déployé dans « Le ring de Katharsy » est extrêmement stimulant et esthétiquement irréprochable. La recherche autour des corps-marionnette et de l’univers du jeu vidéo est entièrement réussie mais peine à prendre chair dans une écriture lacunaire. De fait, le résultat est une forme de neutralité dans le regard du public, intéressé par ce monde unique sans y être pour autant embarqué. « Le ring de Katharsy » aurait pu mener ce combat dramaturgique avec brio mais perd finalement la partie.
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