Sentant le coup parfait, trois jeunes de Detroit s’engouffrent en pleine nuit dans la maison isolée d’un vieil aveugle à la recherche d’un butin qui leur permettrait de résoudre tout leurs problèmes… Trois ans après, le controversé remake du légendaire Evil Dead, le réalisateur uruguayen Fede Alvarez revient pour son deuxième long métrage hollywoodien. Essai transformé ? On vous dit tout…

Voici venir le fameux « Don’t Breathe », dont le buzz depuis plusieurs semaines, en provenance d’outre Atlantique, nous vantait les mérites en nous présentant la chose comme étant le film d’horreur le plus efficace depuis ces 20 dernières années… Le buzz instrumentalisé est devenu partie prenante de la promotion d’un film. “Skyfall” était le meilleur James Bond de tout les temps. Le nouveau « Blair Witch » un game-changer. « Avengers 2 » un chef d’œuvre. Généralement, comme toute promotion, cela sert juste à provoquer un phénomène d’attente chez le fan. Si le geek est devenu à la mode et le super héros est du dernier chic, le fan de cinéma de genre a encore de beaux jours devant lui… Les cibles idéales pour ce genre de promo… « Avengers 2 » est l’un des pires films du Marvel Universe Cinematographic , « Blair Witch » le game-changer n’a rien changé du tout et « Skyfall » est un bon film voire un très bon film, même un bon voire très bon James Bond mais n’avait pas le coté définitif qu’on voulait bien le dire… «  Dont’t Breathe – La maison des ténèbres » (merci la distribution française) est-il une baudruche gonflée par la promo ou la réussite d’un des réalisateurs les plus prometteurs de ces dernières années?

Fede Alvarez sait filmer. C’est une certitude quand on voit les premiers plans du film. Les cadrages sont élégants, il sait retranscrire les enjeux entre chacun des personnages. La typologie de la maison nous est présentée alors que le trio de cambrioleurs essaie de pénétrer dedans. Pas besoin de blablas ni de lourdeur pour que l’on comprenne en un coup d’œil à qui l’on a a faire, pourquoi et ou l’action se déroule. Fede Alvarez sait filmer. C’est ce que l’on se dit, si on ne veut pas avoir trop l’esprit chagrin, alors que l’on assiste à l’exposition des personnages pendant les 20 premières minutes du film. La jeune fille, Rocky, jouée de façon assez correcte par Jane Levy ( scream queen leader du remake d’Evil Dead et membre chanceuse du casting de la prochaine saison de Twin Peaks) vit avec une mère tyrannique et a des envies d’ailleurs pour elle et sa juvénile sœur. Tyrannique du genre à enfermer sa fille dans le coffre de la voiture parce que celle ci est triste du départ de son père et du genre à sous entendre devant sa jeune sœur et son beau père qu’elle se prostitue pour gagner de l’argent. Oui n’en jetez plus ! La coupe est pleine ! Vous l’aurez compris, les motivations et backgrounds des personnages sont taillés à la serpe. Des personnages ? Oui enfin, pas tous. Le gendre idéal Dylan Minnette (l’inénarrable Chair de Poule…) n’a qu’une poignée de répliques et de temps à l’écran pour faire exister Alex, son personnage d’amoureux transi et parfaire son statut de Freddie Prinze Jr des années 2010. Non ce n’est pas un compliment. Le troisième larron, du nom de Money(!!), incarné par Daniel Zovatto ( It follows, Fear the Walking Dead…), n’aura pas le temps d’aller au delà de la simple caricature de gangsta au rabais…

En plus de la mise en scène de Fede Alvarez, il faut aussi noter la performance monstrueuse de Stephen Lang. Véritable « tronche » de cinéma comme on en fait plus, il n’a jamais réussi à capitaliser sur le succès d’  « Avatar » et n’a eu depuis pratiquement que des seconds rôles dans des films mineurs (dans le meilleur des cas). Il se rattrape brillamment avec son rôle de « Blind Man », ancien militaire aveugle et portant le deuil de sa fille, esseulé dans sa maison de banlieue, unique demeure encore habité dans son quartier en friche de Detroit. Il sait être une menace dès qu’il apparaît à l’écran et son jeu d’expressions suffit à faire ressentir le large panel d’émotions qui l’assaille au cours du métrage : peur, rage, détresse, rancœur… Un sacré point positif pour le film…. Quel dommage qu’il soit au service de ce script ! Ce dernier est l’œuvre d’Alvarez lui même et de son compère de toujours à l’écriture, Rodo Sayagues. Dans une époque ou l’on recherche inlassablement des nouveaux « classiques », « films cultes », en finissant par vider ces concepts de leur moelle et de leur signification première, «  Don’t Breathe » a été comparé au généralissime « Sous sol de la peur » de Wes Craven. Là ou le métrage des années 90 avait un véritable fond et peut clairement être vu comme une fable sociale, le film d’Alvarez éteint ses promesses au fur et à mesure, que se lève le voile du mystère. La maison serait un personnage à part entière peut-on lire ici ou là. Non. Alvarez sait gérer son espace et la typologie des lieux. On sait toujours ou on se trouve. C’est une sacrée bonne chose, il y a beaucoup de films ou ce n’est pas forcément le cas. Mais quand bien même la maison serait un personnage, elle le serait d’une histoire qui ressemble à un épisode d’Esprits Criminels dans l’explication des motivations du « méchant ». La toute dernière scène, laissant à supposer qu’il y a toujours une menace pour un des protagonistes est accueillie avec un désintérêt total, tant le Blind Man, au fil des minutes du film, aura perdu de son potentiel effrayant pour devenir un bad guy lambda… On frôle même le ridicule quand il finit par menacer un des cambrioleurs de…vous saurez en allant voir le film !

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