« Un pays enneigé. Un tyran borgne. Des jumeaux. Face à l’oppression, le frère glisse vers le pouvoir, la soeur entre en résistance. Cette histoire est l’ultime livre d’un écrivain mourant qui se nomme K. « Le Livre doit être une hache pour briser la mer gelée en nous » écrit F. Kafka dans une lettre à un ami. K, de cette façon, rédige un livre pour se sauver avant de passer du côté des mondes inquiets. Une ode à la puissance de la poésie face à la barbarie. Un conte qui fait jaillir la lumière d’un océan de glace. », retour sur ce spectacle poétique présenter aux Amandiers de Nanterre.
@Christophe Raynaud de Lage
CONTE DE LA RÉALITÉ
Simon Falguières, fidèle à son écriture, entreprend de faire coexister deux mondes parallèles au plateau. Le premier, plus proche de notre réalité, chapeaute la mise en abyme d’un conte étonnant et symbolique sur la tyrannie. La scénographie mouvante habille intelligemment ces deux univers qui s’entrecroisent et se mélangent. La rêverie et la teneur politique des contes sont deux dimensions au centre de ces récits enchâssés portés par une troupe nombreuse et talentueuse. De belles petites astuces de mise en scène se succèdent pour faire exister ces fictions savamment imaginées.
@Christophe Raynaud de Lage
UNE ÉCRITURE POÉTICO-RÉALISTE
La langue de Simon Falguières, déclaration d’amour au théâtre et à la poésie, a parfois ce défaut qu’elle oscille entre un registre naturaliste et un autre plus fantasmagorique, sans que les vases communiquent parfaitement. C’est quand l’un de ces deux langages est exacerbé que le texte est plus juste. En ce sens, le personnage shakespearien du fou qui invente le théâtre est d’une grande justesse, car le registre langagier est pleinement assumé. Autrement, les dialogues se voulant plus réalistes ne sont pas assez poétiques pour être théâtraux, mais trop métaphoriques pour être crédibles. Ainsi, l’écoute oscille et hésite entre ces registres de langues, pertinents par moment, dissonants d’autres fois.
@Christophe Raynaud de Lage
symbolique du silence
Le spectacle traverse des modes d’expression musicaux, silencieux et poétiques pour explorer plusieurs niveaux symboliques de langage. Ainsi, la langue des signes est au cœur du spectacle, notamment grâce au travail de Karine Feuillebois, comédienne sourde et muette. « C’est une langue qui, par son histoire, incarne la résistance », rappelle Simon Falguières. Pour l’occasion toute la troupe a d’ailleurs été formée à la LSF. Ce langage silencieux, répond à la place centrale de la musique et du son dans le spectacle. La tyrannie met sur écoute par des micros, la LSF, la poésie et la musique résistent en inventant de nouvelles formes de parole. La création sonore est, en ce sens, un des atouts majeurs de ce spectacle.
@Christophe Raynaud de Lage
RÊVER LE THÉÂTRE
« Le livre de K » propose, dans la lignée des Étoiles et du Nid de cendres, un travail poétique et théâtral sur les imaginaires du conte et leur portée politique et symbolique. Si le spectacle de Simon Falguières ne parvient pas toujours à faire rêver, il dessine, grâce à son écriture et sa mise en scène d’un langage théâtral et musical, la possibilité joyeuse « que, même dans la nuit, le théâtre peut encore ouvrir un passage ». Ce théâtre rassurant et poétique affirme son importance et sa joie, comme un câlin de 2h30 joliment mis en scène.
TW : cet article parle d’un spectacle évoquant lui-même de manière frontale et graphique des situations de violences sexuelles et de pédophilie. C’est un objet indicible, incandescent et…
C’est un coup de grâce qui a parfait la clôture du festival d’Avignon 2026. Pour la première fois en quatre-vingts éditions, un spectacle de cirque était présenté dans…
Chaque année, des milliers de spectacles sont joués, rendant le choix pour la sortie du samedi soir extrêmement complexe. Les quelques adjectifs affichés en gros aident rarement, « jouissif », « sensible », « important » – mais encore ? Alors je vous propose cette sélection plus ou moins arbitraire de pièces en tout genre à découvrir en Île de France (ou en tournée dans toute la France). À vos billets !
TRILOGIA CADELA FORÇA – Carolina Bianchi
Dix heures durant, Carolina Bianchi et sa compagnie Cara de Cavalo traversent les trois volets de la Trilogia Cadela Força (Trilogie des chiennes) ; une fresque impressionnante explorant les liens indéfectibles qui unissent l’histoire de l’art et la violence. Ces spectacles contiennent des scènes de violences et des images à caractère sexuel, ainsi qu’un récit fictif de pédocriminalité. Lumières stroboscopiques.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 19 septembre au 2 octobre à l’Odéon Théâtre de l’Europe (Paris), spectacle surtitré en français.
LE LIVRE DE K – Simon Falguières
Un pays enneigé. Un tyran borgne. Des jumeaux. Face à l’oppression, le frère glisse vers le pouvoir, la soeur entre en résistance. Cette histoire est l’ultime livre d’un écrivain mourant qui se nomme K. K rédige un livre pour se sauver avant de passer du côté des mondes inquiets. Une ode à la puissance de la poésie face à la barbarie. Un conte qui fait jaillir la lumière d’un océan de glace.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 30 septembre au 17 octobre 2026 au Théâtre Nanterre-Amandiers (Nanterre).
MARTINE AU VIOL – LE RIRE D’ARIANE
Elles disent : « on a fait un spectacle sur les agressions sexuelles, avec tout l’humour dont on était capables, c’est du comique mal placé parce qu’on envisage la formation d’une armée de violeurs qui se ferait la guerre, le suicide massif des femmes pour achever le patriarcat et beaucoup de sexe oral. Alors n’hésitez pas à faire venir vos mecs, vos copains, vos papas, vos papys. Parce qu’aujourd’hui on en rigole, mais on a beaucoup pleuré. ». Ce spectacle aborde le sujet du viol et des VSS.
@Milton Chaos
Du 23 octobre au 15 novembre à la Reine Blanche (Paris).
FAUST / Fait, non dit – Roméo Castelluci
« Faust, avant même d’être Faust représente l’effondrement vertical du sens, la séparation des mots et des choses. » Avant qu’il ne rencontre Méphistophélès, Faust avait déjà fait face au néant, affronté la crise du langage. Romeo Castellucci, figure centrale du théâtre européen, dont le travail n’a cessé d’affronter les grandes œuvres et les mythes de l’Occident, réécrit ce personnage en le restituant à l’énigme dont il provient.
Faust – Roméo Castelluci
Du 30 octobre au 27 novembre 2026 à l’Odéon Théâtre de l’Europe (Paris).
MOBY DICK – YngviLd Aspeli
La marionnettiste virtuose Yngvild Aspeli revient avec son adaptation spectaculaire du roman d’Herman Melville, Moby Dick. Dès les premières images, le plateau se transforme en un espace mouvant où surgissent vagues, créatures et visions. Sept interprètes donnent vie à une cinquantaine de figures – grandeur nature, lilliputiennes ou gargantuesques – faisant naître une matière scénique dense, traversée d’ombres et de tensions. Au cœur du récit, la quête d’Achab, emporté par son obsession dévorante pour la baleine Moby Dick, entraîne l’équipage dans une traversée sans retour.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 13 au 22 novembre 2026 au Théâtre Sylvia Monfort (Paris), spectacle surtitré en français.
AU GRAND PASSAGE – Aurelia Luscher
Aurélia Lüscher prolonge son exploration sensible de notre lien aux morts. Après son premier volet Les corps incorruptibles, ce second opus convoque les fantômes et la présence de nos défunts dans notre quotidien. Nourri par les recherches de Magali Molinié, ce spectacle interroge notre rapport à la disparition : pourquoi séparons-nous si radicalement vivants et morts ? Et si ces derniers continuaient d’habiter nos gestes, nos souvenirs, nos lieux ? Entre enquête, récit intime et fable, l’artiste convoque ses grands-mères disparues pour tenter un dialogue inédit. Sur un plateau épuré, voix et apparitions troublent les frontières du réel.
Les cors incorruptibles – @Jean-Louis Fernandez
Les 18 et 19 novembre 2026 à l’Échappée – Théâtre de Châtillon (Châtillon).
LA PARABOLE DU SEUM – Rébecca Chaillon
Face aux tourments de notre époque, Rébecca Chaillon imagine une fable astrologique qui croise science-fiction, rituels profanes et politique du corps. Une tentative de survie qui réunit sur scène une communauté d’artistes hors norme pour inventer, par la fiction et l’imaginaire, de nouvelles stratégies de résistances. Ce spectacle comporte de la nudité, des effets de fumée, des sons forts, des scènes à caractère sexuel et des récits de violences grossophobes, queerphobes, racistes, islamophobes, transphobes, sexistes et sexuelles.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 26 novembre au 12 décembre au TPM (Montreuil).
LE DEUIL SIED À ÉLECTRE – Gwenael Morin
Le deuil sied à Électre est une réécriture moderne du mythe des Atrides : Agamemnon, Clytemnestre, Électre, Oreste. Eugene O’Neill déplace le mythe dans l’Amérique puritaine après la guerre de Sécession. Il remplace la mythologie grecque par la psychologie. Les dieux sont absents mais leurs ombres – la haine, la culpabilité, le destin – hantent toujours les lieux. Aimant jouer sur l’adresse et la mise en abyme de la représentation, Gwenaël Morin fait intervenir un cinquième comédien dans le rôle du narrateur, permettant à l’intrigue de respirer avec le temps présent.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 4 au 10 décembre 2026 à La Commune (Aubervilliers).
MALDOROR – Julien Gosselin
Dix ans après 2666, Julien Gosselin s’engouffre à nouveau dans l’œuvre de Roberto Bolaño – accompagné, cette fois, du spectre de Maldoror, allégorie d’un mal se tenant entre les hommes et les dieux, surgi des chants du jeune Lautréamont. De cette littérature foisonnante, Julien Gosselin compose un théâtre-monde où s’enchevêtrent les époques, les langues et les continents. Entre les poèmes, le sang. Sous la scène, la boue. Maldoror précipite le spectateur dans les dangereux abîmes de l’écriture, là-bas, à la lisière de la beauté et des ténèbres, là où le théâtre rencontre sa part maudite.
@Simon Gosselin
Du 15 janvier au 6 février à l’Odéon Théâtre de l’Europe (Paris).
LES PETITES FILLES MODERNES (titre provisoire) – Joel Pommerat
Deux adolescentes en détresse tissent une relation fusionnelle dans le dos des adultes qui s’y opposent. Et vont jusqu’à nouer un pacte d’amitié indélébile pour préserver leur lien. Avec cette nouvelle création à la scénographie hypnotique, Joël Pommerat imagine ce récit d’amitié à la lisière du réel et du surnaturel. Sombre et nocturne, transgressif et nimbé d’une inquiétante étrangeté, le spectacle creuse son mystère et son climat cauchemardesque dans un décor changeant qui oscille entre le dedans et le dehors.
@Agathe Pommerat
Du 25 février au 14 mars au Théâtre du Rond-Point (Paris).
MAY B – MAGUY Marin
Au début des années 1980, alors que la danse contemporaine française invente ses propres formes, May B s’impose comme une œuvre de rupture. La pièce développe une danse élémentaire où la marche, le rythme et le souffle dessinent une cadence obstinée. Dix interprètes au visage blanchi d’argile avancent dos courbé, figures sans âge, grotesques et bouleversantes, comme guidées par une pulsation commune. Entre silences tendus et musiques de Franz Schubert et Gavin Bryars, surgissent bal grotesque, farandoles dérisoires et éclats de joie éphémères. May B conserve intacte sa force puissance de choc et son regard lucide sur la condition humaine.
@Hervé Deroo
Du 26 au 28 février 2027 aux Gémeaux (Sceaux).
LE CHIEN LA NUIT ET LE COUTEAU – Louis ArenE (Munstrum théâtre)
Des masques. Du gore. Des monstres. Perdu dans une nuit noire, M. s’apprête à vivre son pire cauchemar. Comment sortir de ce labyrinthe fantasmagorique imaginé par Marius Von Mayenburg ? Affronter ses peurs. Avancer. Accepter le combat. Affirmer sa liberté. Ne jamais abdiquer. Et peut-être – enfin ! – retrouver la lumière. Ou pas. Ce spectacle contient des scènes violentes et gores.
@Nicolas Martinez
Du 11 au 27 mars 2027 au Théâtre Nanterre Amandiers (Nanterre) et du 22 au 23 avril au Théâtre 71 (Malakoff).
POUR UN TEMPS SOIs PEU – LaurÈNE Marx
Avec son écriture percutante et sa présence bouleversante, la comédienne, autrice et metteuse en scène Laurène Marx a déferlé dans les théâtres en 2022 avec Pour un temps sois peu, et ne les a pas quittés. À la frontière entre monologue et « stand-up triste », ce récit poignant raconte la trajectoire d’une femme trans, où s’entrecroisent les témoignages de micro ou macro-agressions, de violences symboliques, mais aussi des questionnements sur les relations amoureuses et la perception de la transidentité et de la non-binarité par la société. Dernières dates pour voir ce spectacle qui ne tournera plus.
@Pauline Le Goff
Du 23 au 27 mars 2027 au Carreau du temple (Paris).
QUI SOM – Baro d’Evel
Qui sommes-nous ? Les douze artistes de la compagnie Baro d’evel reviennent dessiner une humanité d’argile, aussi puissante que fébrile. Convoquant la danse, l’acrobatie, le clown et le chant, Qui som? est un spectacle total d’une force prodigieuse, où s’invente, sous nos yeux ébahis, un monde à venir. « Le futur est en nous, alors debout ! » semble nous dire Baro d’evel, compagnie atypique qui arpente en poète les rêves et impasses de notre société. Leurs savoir-faire multiples — danse, clown, chant et… poterie ! — se conjuguent pour chercher de nouvelles manières de faire ensemble dans un monde abîmé.
@Jerome Quadri
Du 1er au 3 avril 2027 au TSQY (Saint-Quentin-en-Yvelines).
LE PAS DU MONDE – Collectif XY
Envolées acrobatiques, élans lyriques. À chaque création, le collectif XY nous émerveille par la virtuosité et l’audace de ses chorégraphies aériennes. Dans cette nouvelle pièce qui célèbre la force du vivant, ils unissent le chant à l’art du porté acrobatique. Accompagnés de trois chanteurs, les circassien·nes sculptent de leurs corps des paysages en mouvement. La création sonore, en partie mixée en direct, fait entendre des échos de la nature, ses frémissements. Souffles et voix s’entrelacent avec délicatesse pour composer ce tableau d’une très grande poésie.
@Christophe Raynaud de Lage
Du 21 au 23 mai 2027 au Théâtre-Sénart (Lieusaint) mais aussi à Malakoff, Châtenay-Malabry, Saint-Ouen, Saint-Quentin-en-Yvelines.
LA TOUR DE NESLE – Thomas Jolly (comédie-française)
Chaque jour à l’aube, trois corps morts de jeunes hommes sont retrouvés dans la Seine, en aval de la tour de Nesle. Dumas s’inspire de faits historiques du XIVe siècle pour en tirer ce mélodrame, resté l’un des plus grands succès du XIXe siècle, avec pas moins de huit cents représentations. L’engouement populaire tient à la forme spectaculaire de la pièce, qui combine liberté, sexualité, pouvoir et démesure à travers des personnages d’une puissance monstrueuse. « J’ai le goût du théâtre impossible », déclare Thomas Jolly, metteur en scène au théâtre et à l’opéra, directeur artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris.
Du 6 au 31 juillet 2027 dans le Jardin des Tuileries (Paris).
La metteuse en scène et marionnettiste Alice Laloy présentait sa dernière création au Théâtre du Rond-Point, « Le ring de Katharsy ». Dans ce spectacle, les comédien.ne.s jouent aux pantins…
L’immanquable compagnie (LA) HORDE (Ballet national de Marseille) était de passage à l’Espace 1789 de Saint-Ouen pour présenter Roomates : « une pièce hommage à la danse contemporaine en choisissant cinq œuvres qui ont marqué le collectif et l’histoire du Ballet, une horde de chorégraphies débridées et jubilatoires. » Collectif éclectique, c’est la troupe qui a collaboré avec Madonna, Rosalia, Christine and the Queens, le MoMa de New-York ou encore Gilles Lelouche. Ce spectacle-panorama était l’occasion de retracer les influences et les œuvres marquantes d’une troupe déjà culte.
@Maria Baranova
MOSAÏQUE DANSÉE
Au programme ce soir, cinq pièces étaient présentées : Grime Ballet de C. Bengolea et F. Chaignaud, Weather is sweet de (LA) HORDE, Lazarus de O. Doherty, Les Indomptés de C. Brumachon (sur une musique de Wim Mertens) et un extrait de Room with a view de (LA) HORDE. Le programme est varié, à l’image du panel thématique et chorégraphique dont la compagnie se saisit création après création. Chaque pièce présentée dure environ une quinzaine de minutes, de quoi laisser un goût de trop peu après l’émerveillement.
Bande-annonce du spectacle Roomates de (LA) HORDE
TROP PEU, TROP BIEN
En effet, chaque chorégraphie est absolument épatante et brillamment dansée par les membres de (LA) HORDE, toutefois, ces micro-formats frustrent les sensibilités. L’audience adorerait voir chacun de ces spectacles dans son entièreté, et regrette n’apercevoir que des morceaux sans lien dramaturgique. Ce format « bande-annonce » a ses limites et ses vertus, il permet malgré tout de découvrir la palette de géants de la danse contemporaine. Donc bien qu’une amertume reste en bouche, celle-ci est le signe d’une réussite, chaque pièce mériterait son format long.
@Thierry Hauswald
ROOM WITH A VIEW
Le moment extrêmement fort de cette soirée reste l’extrait de Room with a view. Ce spectacle créé en collaboration avec Rone en 2020 est le paroxysme de l’art de (LA) HORDE. Comme une manifestation joyeuse, la troupe devient une foule enragée où le collectif chante la rage et la force du groupe et de l’engagement. Les corps s’épuisent et se dévouent avec abnégation et volonté dans une énergie qui déborde du plateau. La musique de Rone soutient brillamment cette chorégraphie viscérale et détonante, à couper le souffle.
Le format de ce spectacle en forme d’hommage et de retrospective a ses défauts et ses qualités mais permet assurément de découvrir l’art de l’un des collectifs les plus importants de ces dernières années. (LA) HORDE dispose d’un panel d’artistes et de chorégraphies unique et important. Roomates est donc la belle histoire d’une troupe qui a encore beaucoup à dire, d’une troupe qui continuera à étonner, à tout conquérir sur son passage.
Comédien révélé notamment par ses rôles avec Rébecca Chaillon ou le prestigieux Munstrum Théâtre, Anthony Martine était de passage avec sa première création « Quand on dort on n’a…
Créé au Théâtre National Wallonie-Bruxelles puis présenté au Festival d’Avignon en 2024, cette « pièce à obsolescence relative » met en scène six vieilles et vieux qui parlent des relations…
Le temps des clowns qui font des chiens avec des ballons et arrosent les enfants avec une fleur en plastique est fini, place à la folie, à l’acide sulfurique et au trash. Emmanuel Gil et son double Typhus Bronx étaient de passage à l’Avant-Seine de Colombes pour présenter deux spectacles, « Le délirium du papillon » et « Trop près du mur ». Décapant, décadent et délirant, retour sur une soirée ahurissante en compagnie d’un nez rouge sang et de gags au vitriol.
@Fabien Debrabandere
S’ENFANTER SOI-MÊME
En guise de préambule, Emmanuel Gil apparaît simplement sur scène, expliquant qu’il est devenu papa, et que l’autre papa de ce marmot est son double, Typhus Bronx, un clown quelque peu irresponsable. Fruit de son imagination et de sa procréation artistique, cet enfant et ce personnage prennent progressivement vie dans une transformation monstrueuse. Très vite, l’interprète se dédouble et fait dialoguer son personnage avec lui-même tout en se métamorphosant, transposant progressivement la réalité dans un univers imaginaire où à peu près tout est permis. Et le public est mis en garde, une fois Typhus sur scène, c’est l’audience qui doit faire attention à l’enfant et le protéger des frasques du clown.
Trash, trash et trash Typhus Bronx
Une fois le clown en scène, les valeurs sont renversées et l’amoralisme est de mise. Oscillant entre une voix nasillarde et un cri guttural, Typhus Bronx harangue les spectateurices sans concession. Cruel, violent et cynique sont trop peu d’adjectifs pour décrire ce personnage outrancier et sidérant. Les blagues sont choquantes, noires et intrusives. Pas de place au tabou, avec Typhus, être parent signifie aussi parler de contraception, de fausse-couche, de regrets, de mort – le tout sans aucun retour en arrière possible. Certains gags laissent de marbre tant ils pèsent lourd dans la conscience : « Qui dans le public a fait un enfant ? Très bien, deux enfants ? D’accord, et qui ici a fait un nombre négatif d’enfant ? Qui a fait des petits anges ? ». Ouf.
@Fabien Debrabandere
CLOWN TUEUR Typhus Bronx
Les curseurs de l’humour noir sont à une teinte rarement égalée, plus sombre que le néant. L’absence d’avertissement de la part du théâtre est d’ailleurs étonnante. Les thèmes de l’inceste et de la pédocriminalité sont à plusieurs reprises évoqués ou joués par ce personnage hors de toute convention morale. Personne n’échappe à ce rire armé de dérision. Dans ses nombreuses interactions avec le public, vieux.vieilles, enfants, étudiant.e.s, gauchistes et amateur.trice.s de théâtre s’en prennent plein la gueule. Et ce ne sont pas des tartes à la crème, juste des mots intrusifs et déroutants, gênants et obsédants. Puis sur scène, le pauvre poupon de plastique est malmené, cogné, brûlé, lavé à la machine, presque découpé à la tronçonneuse, soit un peu plus que bercé « trop près du mur ». Mais derrière toute cette violence il y a une réflexion poétique extrêmement percutante sur l’imagination, les traumatismes et la parentalité.
@Fabien Debrabandere
imaginer la violence et la réparation
Dans la séquence finale, Emmanuel Gil fait le procès du public qui n’a pas réagi aux agissements de Typhus et a laissé mourir son enfant. Pourquoi des centaines de spectateurices ont aimé rire devant ces atrocités sans moufter ? Pourquoi vouloir faire un enfant quand on a peur de le casser et de reproduire les schémas traumatiques ? Car il y en a eu des blagues qui semblent aller trop loin, des gestes ou des mots qui ont l’air de trop, mais devant lesquels personne ne réagit. Dans cet épilogue, l’interprète ouvre une porte suggérant que l’imagination est le lieu pour accueillir les pensées les plus noires mais aussi pour créer un nouveau soi, un nouveau personnage émancipé et libéré de la violence. Son clown, Typhus Bronx, n’est ni plus ni moins que ce lieu de l’imagination à mi-chemin entre les fantasmes et les désirs, sombres ou légers, où l’on peut casser les enfants et les réparer. « Trop près du mur » est un spectacle dénotant des programmations habituelles, inouïe et rare, à voir par un public (absolument) averti.
Premier opus de sa trilogie de la mort, « VUDÙ (3318) Blixen » d’Angélica Liddell est un spectacle fleuve autour du sacrifice, de la rupture amoureuse et du pacte faustien.…
Dans la lignée de La vie invisible, Un Sacre et Léviathan, la metteuse en scène Lorraine de Sagazan continue d’explorer les lacunes de nos sociétés et systèmes politiques contemporains dans des formes…