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Affiche film Okja
@Netflix

Loin de la polémique cannesque d’il y a quelques mois, Netflix a sorti au début de l’été Okja, le dernier film du Coréen de Bong Joon Ho. Au menu (hohoh), l’innocence de l’amitié, une critique couplée du militantisme et du capitalisme, un Jake Gyllenhall over the top et surtout un conte comme on en fait plus… Critique.

Souvenez vous… Quinzaine de Cannes 2017. Sélection officielle. Bong Joon Ho, l’un des meilleurs réals coréens de notre temps sort sa dernière bobine en date au Festival. Huées et volée de bois vert. Bon… Rien que de très normal après tout, c’est le jeu des festivals et surtout de Cannes, qui n’en est pas à sa première polémique ! Sauf que… La raison principale du rejet de Okja ? Le fait qu’il soit diffusé sur Netflix et non en salles… Oui, vous avez bien lu… Évidemment que la cinéphilie fait partie de l’ADN des membres de Pop&Shot, mais en 2017, tenir ce genre de discours, livrer ce genre de batailles ressemble plus à un combat d’arrière garde qu’à une contestation pleinement consciente de l’époque dans laquelle elle vit. Depuis les années 50, il est prédit la mort prochaine du cinéma. D’abord à cause de la télévision, puis du magnétoscope, puis du piratage et dernièrement par les plateformes VOD. Bref, depuis plus d’un demi siècle le Septième Art est à l’article de la mort, mais comptablement, il se porte au mieux, pour preuve, combien de films ont pu rejoindre le club des milliardaires, depuis le seul début de la décennie ? Bien évidemment, on pourrait toujours disserter des modes de production actuelles qui obstruent le développement de certains genres de cinémas, mais on ferait dangereusement du HS…

Extrait du film Okja 
Mija, une jeune fille déterminée Droits réservés : Netflix

Mija ( Ahn Seo-Hyeon), jeune orpheline vit avec son grand père au fin fond de la campagne coréenne avec son grand père et son meilleur ami… un cochon génétiquement modifié du nom d’Okja. En effet, l’introduction du film nous présente Lucy Mirando ( Tilda Swinton, qui flirte dangereusement vers le surjeu et la jumelité avec Cate Blanchett), grande patronne de multinationale annonçant un grand programme d’élevage de cochons génétiquement modifiés et expédiés aux quatres coins du monde afin de voir lequel donnera la meilleure viande. Dix ans plus tard, c’est le moment de désigner le vainqueur du concours…. Une sorte de Nicolas Hulot sous coke, Jake Gyllenhaal dans une prestation remarqué (voire remarquable ?on en reparle plus loin) désigne Okja comme vainqueur. Quelques dollars pour le grand père et des pleurs pour la petite fille plus tard, l’animal est envoyé aux États Unis. Mais Mija ne l’entend pas de cette oreille…

Beaucoup de choses ont été dites sur Okja. Le surjeu des « têtes d’affiches » hollywoodiennes. La présentation par Netflix d’un film sur la Croisette. Le message anticapitaliste (voire antiaméricain) et pro-vegan ou tout du moins écolo du long métrage de Bong Joon Ho. Sans être totalement faux, ces focus mettent totalement de coté le principal aspect du film, à savoir un conte noir comme on en voit au final assez peu. C’est un vrai parcours initiatique auquel est livré Mija, quittant son foyer douillet dans l’optique d’une quête, retrouver l’être aimé et le ramener à la maison, et rencontrant de nombreux interlocuteurs qui l’aideront ou la freineront. Avec le coté absolu que peuvent avoir les enfants, Mija traverse le métrage avec son idée fixe, retrouver Okja et les différents protagonistes qu’elle rencontrera ne seront que des accélérateurs/freins dans cette quête.

Extrait du film Okja 
Jake Gyllenhaal livre une prestation qui a beaucoup fait parler… A tort?
Droits réservés Netflix

S’il y a quelque chose de vrai dans ce film, c’est la relation amicale entre Mija et Okja. Ce n’est donc pas innocent que chaque interlocuteur que la petite fille rencontre est pétri de contradictions. Le grand père s’est bien occupé du cochon transgénique mais n’hésite pas une seconde quand on lui annonce la mirobolante récompense qu’il va recevoir. Lucy Mirando est bourrée de certitudes mais cherche par dessus tout à se défaire de l’ombre omniprésente de son défunt père. Wilcox (Gyllenhaal) est un biologiste réputé dont le passage à la télévision n’a pas été sans compromis et est désormais has been d’où le surjeu qu’il applique au quotidien auprès de tout le monde (cf la pathétique scène de speech de Mirando ou son personnage s’agglutine derrière la vitre pour juste pouvoir participer à la réunion). Jay ( Paul Dano, impeccable comme souvent) , le leader du groupuscule écologiste qui n’hésite pas à la première contrariété à laisser parler ses instincts plutôt que l’idéal dont il est censément le garant. Il est à noter que le groupe écologiste vient se poser en opposition avec le grand groupe industriel que représente Mirando. Son grand père l’incitait à délaisser Okja pour aller fréquenter les villageois d’à coté, son expérience du monde lui faisant voir le coté le plus sombre de chacun de ses interlocuteurs, Mija n’aspire qu’à une chose, retrouver Okja et passer son temps avec son meilleur ami cochon.

Le surjeu de Jake Gyllenhaal a été décrié. Certes, le non-encore oscarisé acteur américain exagère au niveau de son jeu mais au final, sa prestation, quasi cartoonesque est à considérer en opposition avec l’attitude du personnage de Mija. Le zoologiste américain has been VS la petite campagnarde pré adolescente coréenne. Évidemment, l’adulte n’est pas celui qu’on croit. Prisonnier d’un système critiqué sans nuance par le réalisateur Bong Joon Ho, l’ancien biologiste star n’arrive à y survivre qu’en surjouant et faisant un show perpétuel. Perdue dans un monde qu’elle ne comprend pas ( la seule personne parlant coréen qu’elle rencontre au cours de sa quête n’hésite pas à trahir sa parole, au sens propre et figuré), Mija communique peu, obnubilée par ses retrouvailles avec Okja. Son absolutisme la conduira à une transaction cynique avec une autre sœur Mirando (toujours incarnée par Swinton). La preuve que tout voyage entraîne un changement ? Peut être. Okja quoi qu’il arrive ne se remettra pas de la scène de saillie qui met mal à l’aise le spectateur. Faut-il y voir une dénonciation de la commercialisation de la viande animale ? Est ce une manière de mettre en horreur la notion de sexe ? L’innocence de Okja et celle de son spectateur en est marqué quoi qu’il en soit. L’adorable cochon a du mal à être (re)vu comme la bête gambadant dans la campagne l’air de rien tel qu’elle est présentée au début du film.

Extrait du film Okja 
Droits réservés : Netflix

La fin du film, se déroulant dans un centre d’élevage de cochons transgéniques, plus proche d’Auschwitz que de la Ferme des Mille Vaches, finit de mettre mal à l’aise le spectateur. Mija, tout au long du métrage aura traversé l’enfer. Le mal incarné par une incarnation du grand ponte capitaliste se donnant en spectacle ( Steve Jobs, Elon Musk montrent que cela n’est pas tant exagéré que ça). Le renoncement par une ancienne idole gigotant vaille que vaille pour continuer d’exister. Un groupuscule d’idéalistes semblant plus être là pour l’adrénaline et par effet de mode que par réelle conviction. Au final, la dernière scène faisant miroir avec la toute première permet de reprendre son souffle et d’apprécier la conclusion du métrage, après avoir vu le personnage de Mija et son ami Okja confrontés à l’éventail des pires cruautés. Moralité ? L’enfer c’est les autres et rien ne vaut la vie sans son cochon OGM et mieux vaut rester enfant ! Plus sérieusement, le dernier film de Bong Joon Ho présente un conte, en cela que comme tout les contes, il a plusieurs niveaux de lecture. Innocence infantile. Le capitalisme et ses méfaits. L’idéalisme politique et ses contradictions. Larges sont les thèmes à être brassés tout au long des 120 minutes du film et pourtant, ils sont finement présentés au cours d’une histoire simple mais jamais (bien au contraire) simpliste. Loin des polémiques stériles sur tel ou tel point, le film est à apprécier à sa juste valeur. Et en cette année 2017, sa valeur est clairement dans le haut du panier qui a été proposé.