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Julia Escudero

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Gus Englehorn, ce nom ne vous dit peut-être rien pour l’instant. Et pourtant, voilà qui va changer dès l’écoute de son excellent « The Hornbook » paru le 31 janvier 2025. Chaque année, les promesses sont nombreuses, de nouveaux talents, de pépites à suivre, d’album à écouter…  Les promesses ne sont pas toujours tenues. Pourtant, certains sortent pourtant du lot tant leur première écoute vient à faire monter une soif insatiable de la découverte de leur royaume entier. C’est le cas de l’époustouflant « The Hornbook ».  L’écoute de son premier titre  donne le La d’un album psyché-pop qui pousse ses idées aux confins du rock. Un opus qui ose tout, voit tout en grand et réinvente enfin le genre en lui prêtant des airs de conte pour enfants. On en est fous ! On vous explique pourquoi, vous nous remercierez plus tard !

Gus_Englehorn by Kealan Shilling
Gus_Englehorn by Kealan Shilling

The Hornbook  : le livre des révélations

Il est arrivé dans mes mails un triste jour de janvier, il faisait froid, je me plaignais que ce début d’année ne m’avait pas encore apporté mon lot de révélations musicales. C’est un peu de ma faute aussi, j’étais passée à côté de Gus Englehorn. Génie nomade aux multiples patries, aujourd’hui basé à Portland, hier au Québec, dans l’Utah, Hawaï ou l’Alaska où il est né, le maître n’en est pas à son coup d’essai. Un premier album en 2020, « Death & transfiguration » donnait le ton d’une oeuvre importante, la suite en 2022 avec « Dungeon Master » continuait d’écrire l’histoire avec une pochette qui n’est pas sans rappeler celle d’un autre génie du rock : Kurt Vile. Un titre comme je le disais, a suffit a me donner l’envie, urgente, brulante, d’écouter l’intégralité de sa discographie. Il y aurait tant à dire de ces deux premiers jets, de cet oeil novateur qui les habite, de ces morceaux pluriels, de cet univers à part. Il faudra pourtant se concentrer, et c’est déjà beaucoup sur « The Hornbook », dernier objet fascinant et ses rythmes qui pulsent le sang pour mieux faire battre les coeurs.

Tout y commence fort bien. Si on oublie la longueur de son titre : « One eyed Jack Pt I & II (The interrogation / the other side), le premier morceau touche à la perfection. On y fait une plongée hypnotisante dans le psyché. Le morceau, à la précision millimétrée, dose savamment les répétitions obsédantes et les parties parlées. L’âme de Madlib y plane, dans son introduction et dans son fond musicale. Un autre génie, du Hip Hop cette fois mais les registres souvent croisés sur notre albums, ne seront jamais une frontière pour notre maître d’orchestre. Le Rubicon est franchi, le retour en arrière est déjà impossible. En un titre, on en veut beaucoup plus. Cette proposition résolument rock est surtout une montée en puissance qui annonce parfaitement la suite.

La loi de The Hornbook

Mais au fait qu’est ce que ce Hornbook  au juste ? Il s’agit d’un outil d’enseignement pour enfants datant du 15ème siècle où était gravé l’alphabet, des chiffres et souvent des versets de la Bible. Gus Englehorn l’explique : « « Quand j’écrivais ces chansons, j’avais l’impression de rédiger un livre pour enfants — chaque chanson racontait une petite histoire ».  Difficile de le contredire, chaque titre à son univers propre et semble conter sa propre histoire. La sienne personnelle comme celle du rock. On passe des années 50 aux années 90. Du garage au Lo-fi. Des Libertines à Cage the Elephant, au moins pour son entrain et sa capacité tubesque. « Thyme », deuxième titre de l’opus vaut un arrêt sur image et une écoute en boucle. Il y a du Gorillaz dans son génie d’écriture. Sa répétition parfaitement orchestrée, les aléas de sa voix. Elle chuchote pour mieux trouver place dans nos cerveaux. Comme un enfant, on apprend, par coeur, chaque titre. Et on le répètera encore et encore, comme une comptine. The Hornbook dans sa définition, c’est aussi une loi si ancienne qu’elle est encrée dans nos habitudes et donc quasi impossible à changer. Et cet album va doucement se faire loi d’une nouvelle Bible du rock. Un classique, on le disait.

Il était une fois … Gus Englehorn

Gus Englehorn the hornbook
Gus Englehorn the hornbook

Composé sur l’île de Maui et enregistré à Montréal aux côtés de Marc Lawson, l’album OVNI nous prend par la main pour nous entraîner dans la beauté de ses paysages. L’introduction de « Roderick of the Vale », toute en douceur s’inscrit comme un temps calme pour mieux reprendre notre souffle. Il faut le dire, comme des enfants pendant la récrée nous voilà en train de sauter partout, les joues rosies de joie. Pas étonnant de voir le nom de Daniel Johnston cité dans le communiqué de presse de l’opus. De l’immense génie du lo-fi on retrouve la candeur et l’honnêteté.  Vous pensiez avoir repris votre souffle et mieux pouvoir appréhender ce conte obscure ? C’est sans compter sur le très énervé « Metal detector » comble de la modernité et ses rythmiques endiablées. A s’approprier dès son plus jeune âge.

Le titre le plus enfantin de notre coup de coeur est sans nul doute  » A song with arms and legs ». Certainement en raison de ce nom qui fait doucement sourire. Pour autant sa texture musicale, envolée joyeuse au milieu d’un périple au cours duquel on ne reprend que rarement son souffle, y est pour beaucoup. D’ailleurs, pas étonnant d’y retrouver une voix d’enfant pour accompagner celle si atypique de notre romancier, envoûtante à souhaits. Père Gus, raconte nous encore une histoire s’il te plait. Le voeux sera exaucé une dernière fois. L’épilogue « One Eyed Jack (Pt III) » vient à merveille répondre au premier bijoux de l’opus.  La saga nous raconte l’histoire d’un messie mythique. Clin d’oeil à notre hôte ?  La folk s’invite à l’instant, la guitare s’y fait précise, un fond post-punk persiste, tapis dans l’ombre comme le plus beau des dragons. Une dernière révérence et on se dit au revoir. Et ils vécurent heureux et eurent, on l’espère beaucoup d’albums. Ce livre musical aura au moins beaucoup d’écoutes et il peut compter sur nous pour y participer. Des première lueurs du jour aux heures où les carrosses sont depuis longtemps devenus des citrouilles et où les anciens enfants pas si sages voient les musiciens sous les traits de mages légendaires.


Voilà qu’Orange Blossom posait ses graines dans la célèbre salle parisienne de la Cigale ce 21 janvier 2025. Pour l’accueillir un vent glacial venait geler les os de ses spectateurs dehors, en ce premier mois de l’année, particulièrement rude . Pour le contrer, venait alors lui répondre le sirocco du groupe. Ces vents puissants et chauds que l’on retrouve habituellement dans le Sahara. Loin d’être une traversée du désert pour autant, la soirée qui montait crescendo laissait place au chant de la sirène Maria Hassan, fraichement débarquée dans le groupe.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Premiers bourgeons

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Un simple décors, sans fioritures se dévoile ce soir. Devant lui, une femme. Mais surtout une voix puissante, unique. Celle d’une chanteuse qui venait prendre sa place dans le jardin d’Orange Blossom en mars 2024 lors d’un concert au Bataclan. Le public la découvrait avec surprise, apprenant par la même occasion le départ d’Hend Ahmed sans plus de communication. Orange Blossom n’est point de ces groupes qui aiment à s’exposer. Au contraire, la formation nantaise aime à enrichir son jardin secret. Une hérésie en 2025 ? Point du tout finalement. Seule la musique vient à compter et c’est par elle seule que l’inclassable OVNI réuni ce soir une Cigale pleine à ras-bords. On peine à se frayer un chemin au milieu d’une foule dense et compacte venue danser. Il faudra pourtant retenir quelques instants encore, les pas de chats qui nous démangent. Ce sont les pas de velours et la voix  tout aussi douce de notre maîtresse de cérémonie qui viennent nous accueillir sur deux premier morceaux sans instruments, habituel phare du chant, pour la guider. »Dounia » puis « Ya Sîdî » se succèdent, clouant sur leur chemin toutes les bouches. Les saisons défilent en un claquement de doigts. L’hiver sans pitié fait alors place à un printemps puissant. Les feuilles poussent et la nature prend ses droits. Nous voilà en train de vivre l’éclosion d’un immense moment de live. C’est pour défendre l’opus « Spells from the drunken sirens » que la formation nous a donné rendez-vous ce soir. Mais doit on seulement défendre une telle beauté ? Les percussions s’invitent à la soirée et ne nous quitteront plus. Elles sont obsédantes, maîtrisées, précises, endiablées. Une tornade musicale à couper le souffle. « Pitcha » et « Mawj » permettent de monter encore d’un ton. D’un périple dans les musiques arabes, nous voilà propulsés dans un décors inconnu.  Est-ce du rock ? du trip-hop ? de l’électro ? Avons-nous suivi la sirène, hypnotisé.es, bien trop loin ? Plus tard dans le set « Nouh Al Hamam » issu du dernier jet d’Orange Blossom donnera un début de réponse à ces questions. C’est un tout, un tout harmonieux, venu nous bouleverser. L’incantation fonctionne et les hanches s’activent. Le cardio suit les rythmes. En quelle saison sommes-nous déjà ?

Rock chéri

Le violon effréné de Pierre-Jean Chabot, créateur du projet et dernier de ses membres fondateurs, vient habiter le moment. Il faut dire que le groupe voyait pousser ses premiers bourgeons en 1993. Ne n’y en trompons pas. Orange Blossom est un secret qui se susurre aux oreilles des connaisseurs.ses. Parmi eux, le chanteur de Led Zeppelin, Robert Pant, avait lui aussi planté ses mots doux dans le terreau du groupe. Par delà les maltraitances de cet hiver, la musique elle continue d’habiter les âmes. Les riffs se font de plus en plus effrénés et seuls quelques mots de remerciements viennent interrompre le répertoire qui puise dans la discographie complète  de nos artistes. Quelques part durant le voyage, ces derniers viennent nous murmurer quelques mots d’amour à l’oreille. « Habibi » que l’on retrouve sur l’album « Everything must change » permet de chérir l’instant. Le titre profondément rock, aux guitares saturées est un pont puissant entre musique du Monde et l’amour de la formation pour Joy Division et Tindersticks. Si l’idée de faire cohabiter les deux pourrait faire bourgeonner en vous des vagues de joie, imaginez l’alliance qu’ils font mélangés à des sonorités arabisantes. Les frontières n’existent plus. On traverse le Monde à pieds, le sol est chaud, nos visages aussi. Au milieu de la Cigale, notre groupe qui ne joue pas la fourmi, a semé une généreuse forêt.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Le bouquet final

Il faudra achever notre périple, retourner aux froid rugueux et retrouver les réalités parfois difficile qui l’accompagnent bientôt. Avant de se dire au revoir, Orange Blossom nous offre un dernier bouquet : « Maria » issu de « Under the saheds of violets » qui, comme tout le set, baignera dans des effets de lumière sublimes, à ravir les photographes. La valse baroque laisse les têtes étourdies comme si des verres doublés avaient été consommés. Les joues rosies, comme si le sable les avait piquées, l’odorat captivé par la sensation que laisse le parfum des roses, les muscles tendus d’avoir trop dansés, nous voilà toutes et tous, un peu perdu.es alors que la sirène ne nous indique plus où aller. Tous et toutes ensemble néanmoins, comme des mélodies mélangées, plus fort.es, on devrait s’orienter, au moins jusqu’à notre prochaine écoute des morceaux d’Orange Blossom.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Adrien Comar, journaliste

top album 20241. Amyl and the Sniffers – Cartoon Darkness

L’australienne et ses australiens ont réussi avec cet album à affiner leurs compositions : c’est moins bourrin, c’est plus varié – résultat : c’est génial. Le tout avec la même rage, la même énergie, la même riot grrrl, Amyl and the Sniffers 2.0, on en redemande !

  • IDLES – TANGK
  • English Teacher – This could be Texas
  • Charli xcx – brat
  • METZ – Up on Gravity Hill

Top concerts 2024  :

LCD SOUNDSYSTEM TOP ALBUMS 2024
LCD SoundSystem – Rock en Seine 2024 @ Louis Comar
  • LCD Soundsystem –  Rock en Seine
  • Porridge Radio – Centre Georges Pompidou
  • Nick Cave & the Bad Seeds – l’Accor Arena

Pénélope Bonneau Rouis, journaliste & photographe

top album 20241. IDLES – TANGK
Difficile de passer à côté de cette bombe qu’est Tangk. Sans perdre leur puissance,
malgré une nouvelle direction musicale remarquable, le groupe bristolien laisse la
rage de côté pour explorer une autre émotion forte. L’amour se glisse ici dans tous
les recoins de cet album, avec toute sa vitalité, sa tendresse, sa force. Idles a bien
changé depuis Brutalism, mais une chose est sûre, leur énergie, elle, est intacte.
Bref. Love is the fing.

  • Florence + The Machine – Symphony of Lungs
  • Vera Sola -Peacemaker
  • The Last Dinner Party – Prelude To Ecstasy
  • Fontaines D.C. – Romance

Top concerts 2024 :

PJ Harvey - @Pénélope Bonneau Rouis
PJ Harvey – @Pénélope Bonneau Rouis
  • Stevie Nicks – Ziggo Dome, Amsterdam
  • Anohni & The Johnsons – Philharmonie de Paris
  • PJ Harvey – Gunnersbury Park, Londres

Léonard Pottier, journaliste, community manager

top album 20241. Kit Sebastian – New Internationale
Il fallut attendre leur troisième album pour que je découvre enfin la magie Kit Sebastian. Le duo franco-turc, composé de Merve Erdem et Kit Martin, m’ayant laissé jusque là relativement indifférent, m’a cette fois-ci comblé d’un bonheur inattendu. « New Internationale » est une perfection. Sa qualité de composition et de production se dévoile au fil des écoutes, jusqu’à faire de cet opus, sous ses airs mielleux et légers, un monument de l’année 2024. Comme l’indique son titre, les influences vont piocher dans différents coins du monde : Brésil, Ethiopie, Indonésie… au service de morceaux astucieux, accrocheurs et réconfortants. Chacun d’eux vous restera en tête très longtemps.
« New International » fait de ses subtilités sa force majeure et de ses compositions une évidence. Nouvel album de chevet.

English teacher – This Could Be texas
Geordie Greep – The New Sound
Sylvie Kreusch – Comic trip
Anton Serra & Goomar – C’est grave Docteur ?

Top concerts 2024 :

King Hannah - La Maroquinerie - Photo : Théophile Le Maitre
King Hannah – La Maroquinerie – Photo : Théophile Le Maitre

 

  • King Hannah, La Maroquinerie
    Marc Ribot, l’Orangerie (Bruxelles)
    Vampire Weekend – Adidas Arena

Théophile Le Maitre, vidéaste, photographetop album 2024Yellow Days  – Hotel Heaven

Hotel Heaven est un pur produit des années 70’s, comme s’il avait été enregistré par Phil Spector. Yellow Days entreprend un sublime hommage à John Lennon, particulièrement dans son travail sur la voix, tout en proposant quelque chose de parfaitement original. Les sept chansons invitent au lâcher prise, par un groove funk et des paroles légères. Une production bluffante qui vous tient en haleine le temps d’une petite demi-heure, c’est le meilleur album de Yellow Days à ce jour, et pour les fans, il existe une extended version de plus d’une heure.

  • Vince Staples Dark Times
  • Idles – TANGK
  • Grande Mahogany – As Grande As
  • Saya Gray – QWERTY II

Top concerts 2024 :

  • RVG – 11/09/2024, Le Hasard Ludique
  • AIR – 17/08/2024, La Route du Rock
  •  Cimafunk – 13/07/2024, Les Nuits de Fourvière

 

Louis Comar, photographe

top album 20241.  Fontaines DC – Romance

Un album intense et addictif qui fait passer le groupe Irlandais dans une autre dimension. Les 11 titres sont transcendent et ne demandent qu’à être vécus en live.

  • The Vaccines – Pick-Up Full of Pink Carnations
    Soft Play – HEAVY JELLY
    Frank Carter and The Rattlesnakes – Dark Rainbow
    Justice – Hyperdrama

Top concerts 2024 :

Miles Kane – La Cigale 2024 – Crédit photo : Louis Comar

 

 

  • Miles Kane – Cigale 19/02/2024
    Maneskin – Rock en Seine 22/08/2024
    Nick Cave – Accor Arena 17/11/2024

 

Kevin Gombert, photographe

top album 2024 1. Leon Bridges – Leon

Ce nouvel album de Leon Bridges explore les racines de sa musique. On plonge dans un univers très soul / rnb des années 60. L’influence de la scène texane et de la Louisiane est plus forte que jamais dans ses compositions. « Leon » est un chef d’œuvre intemporel qui marquera par sa qualité et sa production presque parfaite. Avec ce 4ème LP, Leon Bridges fait bel et bien parti des grands noms de la soul au même titre que Bill Withers ou Sam Cooke.

  • Bill Ryder-Jones – IECHYD DA
  • Fontaines D.C. – Romance
  • Micheal Kiwanuka – Small Changes
  • Kamasi Washington – Fearless Movement

Top concerts 2024 :

Lana del Rey à Rock en Seine 2024 @ crédit : Louis Comar
Lana del Rey à Rock en Seine 2024 @ crédit : Louis Comar
  • Nick Cave – L’Accor Arena
  • Paul McCartney – La Défense Arena
  • Lana Del rey – Rock en Seine

 

Julia Escudero, rédactrice en chef

top album 20241. Bill Ryder Jones – IECHYD DA

Il n’aura pas fallu longtemps pour déterminer de l’album qui gagnerait la première place de mon année 2024. IECHYD DA est sorti en janvier et n’a, malgré de très belle sorties cette année, jamais perdu sa place dans mon classement. En cause, un opus à fleur de peau qui profite de l’immense sensibilité et de l’honnêteté radicale de Bill Ryder Jones. Le musicien qui est aussi producteur touche la perfection sans jamais basculer dans l’hyper démonstration. Une lumière tamisée, une douceur amère peuplent et hantent ses compositions trop personnelles pour ne pas transpercer les cœurs. Pour ne rien gâcher, le morceau de l’année  » This can »t go on » vient parfaire l’instant. Comme si Bill Ryder Jones avait voulu personnifier toutes nos émotions. A notre santé, donc.

  • Hamish Hawk – A Firmer Hand
  • Vampire Weekend – Only God was above us
  • English teacher – This could be Texas
  • Adrianne Lenker – Bright Future

Top concerts 2024 :

Crédit photo : Louis Comar
  • Nick Cave -L’ Accor Arena
  • Anohni & The Johnsons – Philharmonie de Paris
  • Bill Ryder Jones – la Maroquinerie

 


Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Voilà maintenant 22 ans que Shaka Ponk a débarqué dans le coeur de ses fans. Quelque part 22 ans pour un groupe c’est une véritable ère. Comme 90 ans de vie pour un humain.e. Il devient dans les consciences collectives un repère, de ceux qui seront toujours à vos côtés. En France, la formation très engagée a boulversé des vies, éveillé des conscience, donné le goût au live, tracé parfois sans le savoir des trajectoires et des carrières. Mais voilà qu’il fallait arrêter, pour se concentrer sur d’autres projets, pour défendre des convictions écologiques, et donc dire au revoir. Le Final Fuck*d Up Tour posait donc ses valises à l’Accor Arena pour un long adieu du 27 au 30 novembre 2024. Un moment qui se vivait tel un deuil à travers ses 5 étapes, soir après soir. On vous raconte.

Shaka Ponk et la colère

Il existe une théorie qui dit que le deuil se déroulerait en 5 stades distincts, dans un ordre spécifique pour mieux mener à l’acceptation. Si la théorie a fait beaucoup parler d’elle, elle ne manque pas aussi d’être contredite dans son ordre. On passerait d’un stade à l’autre, en revenant au premier. C’est ainsi qu’il faudra faire nos adieux à Shaka Ponk dans le désordre émotionnel et dans l’ordre qui correspond le mieux au groupe. Ainsi la première étape de notre périple sera celle de la colère. Ce sera d’ailleurs l’un des premiers mots que prononcera Frah en montant sur scène en cette soirée du 28 novembre. Mais aussi pour ces autres soirs qui verront une set list similaire être amplifiée par une émotion de plus en plus grande, rendant à chaque concert son unité. Le groupe débute son set sur une estrade centrale, située dans la fosse, après avoir été serrer un maximum de mains dans les gradins. Le dernier contact physique avant le deuil, les douloureux adieux, il fallait poser ses yeux sur les êtres aimés encore un peu.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

La colère, donc, nous disions, perchés sur leur plot central avant d’entonner « I’m Picky » à l’acoustique. En colère de devoir s’arrêter, à cause, disent-ils d’un gouvernement fou et destructeur qui ne se responsabilise pas sur la condition de la planète, qui n’a pas de respect pour l’humain, divise et appauvrit. Alors cette colère, motrice, elle pousse à faire sa part, partir vers d’autres horizons, notamment vers The Freaks, le collectifs d’artistes engagés pour la planète créé par Frah et Sam en 2018. Cette colère, elle s’exprimera à plusieurs reprises au court de nos quatre soirées de concerts. Lorsqu’un Macron, marionnettiste géant apparaîtra sur les écrans pour pousser dans une folie meurtrière et capitaliste des hommes dans un ravin. La colère sera aussi là quand il s’agira de défendre corps et âme des valeurs. Lorsque les drapeaux palestiniens flotteront sur scène pour ne jamais fermer les yeux sur une guerre atroce qui se déroule en ce moment même. Elle se traduit par ses revendications à l’égard de Paul Watson dont la libération sera explicitement demandée et dont l’anniversaire sera chanté lors du clap de fin du 30 novembre. Elle existe encore lorsque le groupe confie ne pas aimer les gens à travers les paroles de l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau, présent sur scène, qui signe la préface de son dernier album, et profite de ces soirées pour lire un texte engagé. Il y parle de la colère qu’il a lui aussi face à l’attitude des gens qui ne respectent pas la planète, se détournent des autres, lorsqu’ils « génocident » ajoutera-t-il encore. Même si, Samaha fera mentir brièvement ce désamour pour parler de son amour pour leur public et pour son meilleur ami, présent le 30 novembre dans l’assemblée. La colère, elle génère aussi des brasiers d’amour ces soirs là. La colère contre celles et ceux qui n’acceptent pas les autres dans leur entièreté pour mieux demander à ce chacun.e d’être soit-même, d’être entier, de s’aimer comme ils et elles sont et pour mieux brandir un drapeau LGBT en fin de set.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Shaka Ponk : le choc et le déni

Le choc, c’est aussi celui frontal et brutal du live pour ce groupe qui a toujours donné son énergie à 100 % à chaque performance. Ce soir, il est physique le choc, alors que le groupe n’a de cesse de s’offrir des slams dans la public. Frah y nage, y traverse le Styx, avec l’aisance de celui qui en est mille fois revenu. Je me souviens à mes débuts dans le journalisme l’avoir interviewé et évoqué ses souvenirs de concerts. L’un de ses pires s’amusait-il à conter, consistait en un slam raté alors que la foule s’était écartée d’un coup pendant qu’il était dans les airs. La chute lui avait cassé quelques os. Aucune peur n’en avait pourtant résultée. Lui et Samaha, celle qui avait valu à la formation son immense notoriété quand elle l’avait rejoint en 2011, n’ont de cesse de le traverser ce fleuve. Confiants, et portés par tous.tes. Et puis il sera très littérale, le choc,  pour le public de la fosse invité à participer à un circle pit géant à mi-concert. « Attention, il y a des morts chaque soir » scandera Frah sur son plot central,  avant d’inviter la foule à courir à toute vitesse.  Pour mieux vivre le deuil, mieux vaut trouver son exutoire et l’exercice en est un bon.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Le choc c’est aussi celui d’une setlist diablement rock « Wanna Get Free », « Twisted Mind », la reprise de « The House of the rising sun » en version mi acoustique, « 13 000 heures ». Shaka Ponk savait rendre au rock français ses lettres de noblesses, s’osant à un punk que l’on trouvait si peu chez nous. « Faire des roulades dans la foule et danser aux côtés d’un singe géant, quelle vie de fou vous nous avez offert ! » s’émerveille Frah . Le deuil c’est l’occasion de bilan forcé, de souvenirs qui remontent en masse. Ceux d’un premier concert adolescent, à la découverte de guitares qui crient et d’écrans géants qui offrent un univers inconnu. Le choc, il était là au début, dans les yeux émerveillés de la découverte, d’une passion déclenchée, comment aurait-il pu ne pas revenir pour les adieux ?

Et forcément, il provoque le déni. Ce ne peut être la fin ! Pour mieux vivre avec lui, une chorale accompagne le moment. D’abord dans les hauteurs , puis se mêlant de plus en plus à l’avant scène jusqu’au rappel. Il faut de la douceur aussi pour réussir à dire au revoir. Toutes ces mains tendues sont bonnes à prendre, et ces voix tendues, à écouter.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Shaka Ponk et la grande tristesse

Elle est évidente celle-là non ? C’est déjà celle d’un public qui n’a de cesse de les suivre et de les retrouver date après date. C’est aussi celle qui s’entend dans la voix de Frah lorsqu’il parle la voix cassée de son émotion. « Chaque soir c’est de plus en plus difficile », confie-t-il d’ailleurs.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Etre triste à un show de rock endiablé, ça parait impossible, improbable et pourtant, c’est bien présent. Sur scène, les temps acoustiques du début, la reprise de « Smell like a teen spirit » de Nirvana, viennent à personnifier ce sentiment. Pour l’expliquer, le chanteur prendra le temps de parler des enfants du Monde qui ont aujourd’hui besoin de nous. Ici pour les guider, en Palestine où la guerre vole leur candeur, en Israel où elle ne les épargne pas. « On croit toujours que le bonheur c’est plus tard… » expliquera le musicien, que ce serait quand on aura une maison, une carrière, quand on possèdera tel ou tel bien, mais c’est faux, ce n’est qu’illusion tient-il à partager. Je ne sais pas quand et où serait ce bonheur tant convoité. Je sais que la tristesse c’est maintenant. Elle est mêlée au sourires provoqués par les souvenirs. Ceux là sont beaux et puissant. Un groupe de musique et leurs compositions peuplent nos vies et habillent nos moments. Leurs concerts offrent le piment dont nos quotidiens ont besoin. La grande tristesse, elle est toujours en demie-teinte. Et pour mieux se plonger une dernière fois dans le passé, le groupe invitera ses anciens membres à les rejoindre sur scène en cette soirée du 28 novembre. Le passé, il frappera à la porte de Samaha, le 30 novembre, date anniversaire de la mort de sa maman, comme elle le confiera avant de quitter la scène pour la dernière fois. Et pour sécher ses larmes, il faudra se tourner vers l’avenir. Les adieux qui peuplent la fin d’une ère, c’est connu, rappellent que la suivante arrive et qu’elle sera belle, pour nous ou alors pour d’autres. Et c’est ainsi qu’elle invitera des enfants à monter sur scène. Eux aussi, vivront un jour, le dernier concert de ce groupe qui les aura fondé et formé à appréhender le Monde. Tout finit et tout recommence.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Shaka Ponk et le Marchandage

Le marchandage sera peut-être l’étape un peu moins belle du concert. Shaka Ponk ne souhaite pas laisser la scène depuis le début de cette tournée et ça se sent à chaque date. Pour allonger la soirée, la bande de fous furieux ne recule devant rient, parlant beaucoup et offrant un concert de presque 3 heures, ponctué de beaucoup de propos et d’un peu moins de morceaux. C’est l’envie d’en dire énormément, beaucoup, de dire tout ce qu’on a à dire temps qu’on a un micro et des oreilles attentives. Parce que le groupe tient à ses messages, il prend le temps de tous les faire passer. Encore un peu de temps, alors que les morceaux s’étirent en des bridges instrumentaux qui permettent à la foule de se mettre au sol puis de sauter dans les airs, de pogoter, de slamer.

Shaka Ponk marchandera d’ailleurs son départ jusqu’au plus tard possible. Il s’offre un évident rappel sur  « Rusty Fonky » – alors qu’on aurait bien marchandé « Stain » -, énergique comme jamais mais qui, contrairement aux concerts traditionnels, ne sera pas la dernière note du show. Cette dernière sera de longs échanges avec le public « C’est vous Shaka Ponk » n’hésiteront-ils pas à dire et redire. C’est dur de dire au revoir d’un côté et d’autre de la scène alors on gratte les minutes et les secondes pour mieux nier la réalité.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Shaka Ponk et l’acceptation

Il faudra sûrement un temps plus long pour parfaitement accepter ces adieux prononcés. Côté groupe, pour arrêter cette folle vie. Côté public, pour se laisser surprendre à l’été prochain de l’absence de nom du groupe sur les affiches des festivals qu’ils peuplaient chaque année. Il faut bien des anniversaires et des moments à vivre sans l’autre pour comprendre pleinement que cette nouvelle page elle se fera sans eux. Mais l’avantage en musique est que l’art offre la vie éternelle. Si nous ne bondirons plus avec Goz, leur mascotte, nous pourrons toujours trouver du réconfort auprès de leurs albums. Les nouveaux souvenirs pourront se constituer en écoutant leurs morceaux et en prenant plaisir à les redécouvrir au cours de nos vies. Un morceau ne nous quitte jamais vraiment et pour ça, au moins pour ça, on pourra transformer l’acceptation en gratitude.

Shaka Ponk - Accor Arena Paris 2024 - Crédit photo : Louis Comar
Shaka Ponk – Accor Arena Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar