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Julia Escudero

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La musique francophone a créativement parlant de très beaux jours devant elle. Les nouveaux arrivés de cette scène regorgent de talent, de créativité, osent, proposent et ce en empruntant à toutes les palettes comme tous les registres. Aujourd’hui, cette scène, ce futur, est fragilisée par une crise sans fin qui voudrait relayer au rang de non essentiels ces artistes magnifiques. L’art est pourtant notre salut, notre liberté, notre convivialité, notre âme et prend la température d’une instant pour lui offrir l’éternité. C’est cette diversité, ce message qu’il nous défendre. Pour protéger ce système faites des découvertes, partagez les, achetez de la musique, achetez des albums physiques, achetez chez vos disquaires, parlez de vos coups de coeur. Les six artistes ci-dessous sont bien la preuve qu’il faut se battre pour la musique. Faites du bien à vos oreilles.

Feathership : folk made in montreal

Nos amis canadiens savent écrire de la folk. Du type mélodique, envoûtante et qui prend au tripes. Ce ne sont pas les incroyables Half Moon Run ou Franklin Electrics qui nous feront mentir. La capacité à partager émotions et grands espaces nord américains peuplent leurs titres. Et si ces deux incroyables groupes commençaient à vous manquer, bonne nouvelle voilà que débarque Feathership, le projet du montréalais Jean-Philippe Sauvé. Plus pop que ses prédécesseurs, il partage néanmoins la même force nostalgique et poétique qu’eux. Pour preuve le premier extrait de son nouvel EP  : »The West Side » dont le clip aux couleurs poudrées a été réalisé par les soins de son frère Jean-François Sauvé. Avec son titre éponyme cet EP 4 morceaux vous propose une promenade en mer,  aujourd’hui voilà qui parait primordial. En anglais dans le texte et à travers la précision de ses notes, le musicien vous invite à sauter entre les vagues et vivre avec joie le mouvement de l’eau (« Saviour »), vous perdre dans l’immensité de l’océan (« The West Side »), s’offrir un bain de minuit tumultueux (« High Moon ») et à prendre le large sans retour (« Sun friend »).  Le globe-trotteur et surfeur rappelle que l’intensité des éléments est le meilleur écho à nos ressentis. La mer et l’art ne forment plus qu’un alors que les émotions à fleur de peau viennent elles surfer à la surface. A découvrir d’urgence.

Shaken Soda : rock déjanté

Où est passée la fièvre rock ? Pouvait-on se demander ces dernières années. Le grain de folie avait-il disparu au profit de mélodies lissée toujours empruntes d’une forme de tiédeur électro où tout était un peu mais pas trop ? Si la tendance s’inversait enfin ces dernières années, voilà que le débat prend définitivement fin avec les  délicieusement déjantés Shaken Soda. Les fous furieux publiaient leur premier Ep éponyme le 16 octobre 2020. Au programme cinq titres jusqu’au-boutistes portés par des riffs entraînants où bonne humeur côtoie instrumentales énervés. Les trois musiciens toulousains osent mélanger brit pop et ses voix aériennes au rock mordant citant parmi ses références Foals comme les Beatles, Arctic Monkeys aux côtés de Bloc Party. Un savant bordel, très joliment mis en forme qui vous donnera autant envie de sauter partout (« That Kind of feel ») que de chiller en profitant d’un flow maîtrisé et d’une capacité remarquable à faire du refrain (« Forest »). Un final plein de vie sur le tubesque « Keep on Running » obligera vos pieds à danser tout seuls. Une grande gorgée de Shaken Soda c’est sans doute le meilleur des remèdes anti-dépression liée à l’actualité morose. La musique nous sauvera tous.

Lombre : rap mélancolique

Les mélodies urbaines ont gagné beaucoup de terrain en France ces dernières années. C’est d’ailleurs via le Hip hop que le vent de fraîcheur a soufflé le premier dans un univers musical qui ne demandait qu’à se renouveler. Fauve avait déjà amorcé une certaine tendance : utiliser le phrasé sur des riffs modernes électro, jouer sur la mélancolie, toucher au slam, créer des instrumentales douces, réinventer le genre. Depuis leur pot de départ au Bataclan, la relève n’avait pas été assurée, leur nouveau projet Magenta s’éloignant de cette impulsion pour proposer autre chose. Pourtant le collectif ne pouvait pas rester sans progéniture et aujourd’hui voilà que Lombre débarque enfin, prêt à reprendre ces codes précis et à pourtant oser proposer de la nouveauté en les utilisant. Le chanteur emprunte aussi à Georgio, Big Flo et Oli et même Gaël Faye pour créer un son hybride et des riffs à la précision d’une lame de rasoir. Les texte tombent à point nommé, eux aussi soufflés comme une confidence, tendus, sincères et désillusionnés. Lombre signe avec « La Lumière du noir » son nouvel EP une œuvre où mélancolie et espoir se côtoient, où les émotions prennent forme et où la société ne broie plus l’humain en tant que personne. Il devait figurer à l’affiche de MaMA Festival annulé à peine quelques jours avant son édition 2020. La preuve s’il en faut que le musicien devrait bientôt faire beaucoup parler de lui.

We Hate You Please Die : tourbillon rock(s)

Vous êtes passés à côté de We Hate You Please Die ? Il faut d’urgence rattraper cette grossière erreur. Si le post-punk a aujourd’hui la côte chez nos voisins britanniques  Idles, The Murder Capital et autres Fontaines D.C ne sauraient nous faire mentir, la sauce devait également s’inviter dans l’Hexagone. Grâce à la formation c’est aujourd’hui chose faite, à quelques nuances près.  Non content de redéfinir les codes du rock français le quatuor convie le lo fi, scream volontiers, s’aventure vers le chemin du psyché, brisant toutes les barrières et frontières sur son chemin. Un pari qui paye : sélectionnés aux Inouïs de Bourges 2019 la troupe originaire de Rouen recevait le prix Chorus en octobre 2020. Son grain de folie scénique et jusqu’au-boutiste ne pouvant que convaincre jusqu’au spectateur le plus réticent de l’audience, allumant une flamme intarissable chez  quiconque s’aventurait à l’un de ses shows. Avec un premier album publié en octobre 2018 « Kids are Lo-Fi », le groupe ne se contentait pas de faire de jolies promesses pour l’avenir, il invitait titre après titre à une révolution interne peuplée de spirales tantôt mélancoliques, tantôt puissantes et offrait un véritable bijou . L’album signe le casse du siècle en un seul essai. We Hate You Please Die a cette force rare qui convainc tout le monde, qui ne laisse personne indifférent sur le banc de touche et qui rappelle que le rock est avant tout une énergie communicative. Plus de 7 minutes de l’époustouflant « Figure it out » sonnent d’ailleurs comme une onde de liberté aspirant tout sur son passage avec une maîtrise quasi surnaturelle de chaque note.  La liberté, c’est bien ce dont on a besoin aujourd’hui et comme toujours, elle se trouve au cœur des meilleurs albums du moment.

Temps Calme : expérimentations psychées

Voix aériennes, notes envolées, Temps Calme pourrait naviguer dans les  eaux froide de la cold wave et s’inspirer de son retour en force pour se faire sa place. Ce serait mal connaître le trio lillois que de les limiter à ce simple constat. le groupe emprunte mais ne copie pas, adapte et surprend. La preuve en est d’ailleurs apportée d’entrée sur le premier album du groupe « Circuit » sorti le 6 novembre 2020.  « Aquafalling » qui ouvre le bal et ses percussions enivrantes appelle l’oreille immédiatement. Précis le titre crée de la beauté à travers ses rythmiques joliment mises en place et fait appel au monde aquatique avec finesse et raffinement. Suivez le chant des sirènes sur les notes graves  répétées en boucle qui sonnent comme un appel à faire le vide atours de soi de « Dancing owl ». Il faut dire que la troupe connait ses gammes faussant les pistes du rock psychédélique pour mieux se révéler jazz ( avec la maîtrise instrumental que ça implique) tout en distillant ses effervescences tantôt pop tantôt électro.  Après un EP sorti au printemps 2019, Temps Calme revient plus fort que jamais avec cette galette aussi puissante que des montagnes russes qui laisse aussi bien place à la technique qu’aux émotions, qui n’est jamais prévisible, ne se répète jamais et n’est jamais convenue. Certains titres frôlent l’expérimental d’autres sont accessibles à tous, malgré cette grande disparité, le tout s’additionne parfaitement avec une logique millimétrée. Si 2020 a été une année pour le moins atroce, le temps de 10 titres, Temps Calme propose de goûter à la perfection et de finir en apothéose instrumentale. Déjà culte.

Aliocha : douceur et arts

Aliocha aime les arts et les invite à se rencontrer sans concession. C’est bien ce que prouve son premier essaie en français « C’est tout, c’est rien », relecture de son morceau « Forget My Blues » qui figurait sur son album « Naked ». Au programme du clip de ce titre hors normes : un jeu de caméra et de regards de face librement inspiré des « screens tests » d’Andy Warhol avec pour cadre l’Opéra de Paris et la participation d’une ballerine classique qui offre au tout une nouvelle dimension de douceur. Le chanteur (qui est également comédien) excelle à la composition se servant de son timbre fluet aux aigus maîtrisés pour proposer des morceaux à fleur de peau. Si en France le franco-canadien peut sembler confidentiel, outre-Atlantique il jouit d’une certaine notoriété étant le protégé du programme Rising Stars du TIFF qui se vante de rassembler les futures stars du cinéma. Si petits et grands écrans lui sourient, sa capacité à émouvoir et toucher avec sa musique sont autant d’atouts. Laissez vous bercer par son univers calibré, franchement beau et où les arts ne forment qu’une grande et même famille.


 

Falling Viggo MortenserDans le cadre du Club 300, Falling nous a été présenté en avant première au Forum des Images. Le premier long métrage mis en scène par Viggo Mortensen sortira en salles le 4 novembre 2020. S’attaquer à la problématique o combien universelle mais peu vendeuse du vieillissement au sein de la cellule familiale pour un premier film, est ce un pari réussi ? Critique.

Falling : De quoi ça parle ?

falling lance heriksenJohn (Viggo Mortensen, Le Seigneur des Anneaux,  La Route) vit en Californie avec son compagnon Eric (Terry Chen , House of Cards, The Expanse)et leur fille adoptive Mónica (Gaby Vellis pour sa première apparition au cinéma), loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis (Lance Henriksen, Aliens, Millenium), un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa sœur Sarah ( Laura Linney, Ozark, L’exorcisme d’Emily Rose) et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Falling : Est ce que c’est bien?

falling afficheViggo Mortensen est vraiment à part dans l’industrie du cinéma. Auréolé de la gloire du Seigneur des Anneaux, il enchaina avec la grosse production sympathique et surannée Hidalgo ( deux adjectifs allant très bien au cinéma du réalisateur Joe Johnston) avant de se consacrer à des œuvres beaucoup plus exigeantes comme « ses « Cronenberg ( A History of Violence, Les promesses de l’ombre et A Dangerous Method), La Route ou bien encore Captain Fantastic. Aussi bien acteur que poète, peintre ( les œuvres de son personnage dans Meurtre parfait étaient de lui) ou bien encore musicien ( il est le compositeur de Falling), c’était somme toute logique qu’il finisse par passer à la réalisation. Et que, pour cela, il ne choisisse pas un sujet facile!

Falling a deux qualités particulièrement notables qu’il met au service de son récit. Tout d’abord, il est formellement beau. Le rapport à la nature, constant dans les rêveries/errements du personnage de Willis est très malickien. Ce personnage de vieux réac’ qui ne sait plus trop ce qu’il dit, ou peut être qu’il se moque bien de ce qu’on pensera de ce qu’il dit, jamais la caméra de Mortensen ne le jugera. Au contraire, elle l’accompagne, chaque moment de déconnexion du monde réel du personnage de Lance Henriksen étant accompagné d’un souvenir expliquant au fur et à mesure les relations entre les personnages du passé et du présent. Comme si, pour Willis, le Républicain octogénaire exécrant tout et tout le monde, il lui fallait se reconnecter à ce monde pour pouvoir de nouveau accéder à sa mémoire, à ce qu’il fut.

Ensuite, Falling est extrêmement bien interprété. Henriksen, tantôt odieux, tantôt touchant est tout sauf manichéen. Mortensen, essayant de faire bonne figure et de contenir diverses pulsions  tout au long du film. Laura Linney qui n’a besoin que d’une poignée de scènes pour faire exister son personnage de sœur, profondément blessée par les agissements passés du père mais tentant de conserver malgré tout un équilibre familial auquel elle veut croire envers et contre tout. Ou bien encore Sverrir Gudnason, très impressionnant en Willis « jeune ». C’est l’intégralité du casting qui est au diapason du premier long métrage de Viggo Mortensen.

Mais si Falling impressionne techniquement, est ce au service et pour le bien du sujet qu’il traite ? Certes, le film semble tourner un peu à vide aux environs de sa moitié  ( Willis est odieux puis charmant, John prend sur lui, Willis est de nouveau odieux, etc…), c’est pour mieux se retrouver dans sa dernière partie. Willis et John se retrouvant seul à seul dans la ferme familiale. Plus de souvenirs plus ou moins biaisés, plus de convenances, les sentiments peuvent éclater…  Et John, pour reprendre la citation de Goethe ( « Etre adulte c’est avoir pardonné à ses parents« ) de si ce n’est comprendre, accepter le choix de son père.

Falling profite d’un grand nombre de scènes fortes dont le personnage de Willis est l’épicentre. Sa relation avec son fils d’ailleurs prend finalement corps dès les premières minutes de l’oeuvre alors qu’il s’excuse auprès d’un John encore nourrison de l’avoir fait naître dans ce monde dans lequel il devra également mourir. Si la noirceur de cette relation conflictuelle est au coeur de l’intrigue, c’est pourtant la mère de John, bien qu’absente du temps présent qui apporte la lumière du métrage. Il faut rappeler que Viggo Mortensen qui espèrait réaliser le métrage depuis des années, mais c’était heurté à des problèmatiques financières , avait à coeur d’écrire sur sa mère lors de la création de son histoire. C’est en revenant de l’enterrement de cette dernière qu’il a eu l’idée de parler de cette relation père/ fils et du père qui se perd dans sa vieillesse. Désireux de rappeler que son public est intelligent, Mortenser prend le pari de ne jamais orienter ses pensées sur ses personnages, les laissant vivre et être eux-mêmes. Deux Amériques se confrontent également dans ce film celle du père conservateur, républicain et profondément macho et intolérant et celle de son fils démocrate, homosexuel et marié à l’homme qu’il aime. Ces deux visions se cherchent et se confrontent et pour autant elles cohabitent, laissant place sous les insultes à la forme d’amour la plus puissante : celle qui aime malgré tout.

Sensible, à fleur de peau, intelligent, Mortensen signe un premier film à voir absolument, qui mérite sa place à la cérémonie des Oscars.


Requiem for a Dream afficheFilm culte parmi les films cultes, l’excellent « Requiem for a Dream » a déjà 20 ans. De quoi donner un coup de vieux à ses spectateurs mais pas à ce chef d’œuvre signé Darren Aronofsky à qui l’on doit plus récemment le tout aussi remarqué « Black Swann » ou le puissant « Mother ». Si « Requiem for a dream » a 20 ans, son sujet, lui reste tout à fait moderne : l’addiction, le poids de la société, le besoin de se perfectionner, mais aussi l’abus de pouvoir, le sexisme et le racisme… tant de thèmes qui malheureusement n’ont pas perdu de leur importance malgré les années.

Impossible d’oublier l’incroyable jeu de caméra du réalisateur mais aussi le jeu de ses acteurs. Jared Leto qui interprétait Harry Goldfarb avait notamment perdu 13 kg pour le rôle, se privant pendant 30 jours de sucre et de sexe ( dixit lui-même) et sympathisant avec les junkies de Brooklyn pour préparer son rôle. Un véritable acteur studio qui avait par ailleurs renouvelé ce type d’exploit pour son rôle dans Chapter 27 (pour lequel cette fois il avait pris du poids) et The Dallas Buyers Club. Deux films que l’on vous recommande chaudement. Surtout le premier, passé inaperçu à tord et qui suit les derniers jours de Marc Chapman avant qu’il n’assassine John Lennon tout en s’appuyant sur la  passion du meurtrier pour le livre « L’attrape-coeur » de Salinger. Du grand cinéma indépendant qui avait malheureusement manqué de visibilité au moment de sa sortie.  Une dernière anecdote sur Jared Leto pour la route : il confiait à nouveau sur Twitter récemment avoir un point commun avec Harry Goldfarb : avoir dealé de la drogue dans sa jeunesse, notamment pour s’acheter une guitare semblable à celle de Van Halen ( paix à son âme).

L’excellent casting ne s’arrêtait évidement pas là : Jennifer Connely  (Marianne), en ce moment à l’affiche de Snowpiercer sur Netflix, offrait une performance forte, poignante et inoubliable dans le film. Difficile de ne pas repenser à son cri dans étouffé dans la baignoire et aux scènes d’abus sexuels dont elle était la victime même 20 ans après avoir regardé le film.

Tout comme Marlon Wayans (Tyrone) qui avait délaissé ses frères et la comédie le temps d’une performance à couper le souffle; Il y interprétait un addict rêveur, victime de son envie de sortir de la pauvreté et de de son besoin de se droguer. Enfin Ellen Burstyn (dans le rôle de l’inoubliable Sara Goldfarb,, la mère d’Harry) et sa décente aux enfers resteront à jamais gravées dans les mémoires.

C’est à l’initiative du Museum of Modern Art  ( MoMA de New-York) que le réalisateur et son casting 4 étoiles se sont réunis en visio pour parler  de l’impact qu’a eu ce film sur le cinéma et la culture. L’occasion de parler pendant une quarantaine de minutes de la société contemporaine et de se souvenir de ce qu’était le Monde 20 ans en arrière.

Si vous n’avez jamais vu Requiem for a Dream, nous ne pouvons que vous conseiller de réparer rapidement cette erreur, vous nous remercierez plus tard.

Découvrez l’interview-réunion de l’équipe


Présenté en France en avant-première à l’Etrange Festival, le film australien « Relic » de Natalie Erika James méritait amplement sa sortie sur grands écrans dans toute la France. Puisqu’en plus d’être un excellent métrage horrifique et de réserver son lot de sueurs froides, Relic s’avère être un drame puissant qui redore l’image du genre. Le fameux festival parisien avait, il faut le reconnaître une programmation joliement ficelée ce qui est d’autant plus impressionnant vues les circonstances actuelles. Pourtant Relic ressortait largement de ce très beau lot. En cause, des propos très justes sur la douleur et les aphres du vieillissement mais aussi sur l’impact que celà à sur les descendants des personnes âgées, les fameux aidants.

relic film afficheRelic de quoi ça parle ?

Lorsqu’Edna, la matriarche et veuve de la famille, disparaît, sa fille Kay et sa petite-fille Sam se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse dans la maison. Edna refuse de dire où elle était, mais le sait-elle vraiment…

Relic est-ce que c’est bien ?

Si l’on se permettait d’extrapoler un peu, Relic pourrait être le film le plus pertinent du moment et coller bien à son insu à l’actualité moribonde du Coronavirus. En effet, sacrifier la vie « normale » de la jeunesse pour sauver ses aînés est une thématique actuelle forte qui ne cesse d’entraîner de nombreux débats houleux. Relic en parle également dans une toute autre mesure. Trois femmes, trois générations, toutes s’opposent à une forme de noirceur monstrueuse et horrifique. Au programme point de boogey men, sorcières et autres zombies, non, cette fois le monstre n’est autre que la métaphore des séquelles liées au grand âge. A l’instar d’un certain « It Follows » qui était lui aussi une métaphore (oui mais de quoi ? du sexe chez les adolescents ?), Relic personnifie une douleur bien réelle et rappelle que la réalité est souvent bien plus effrayante que la fiction.

Tout y est fort et bien cousu : la perte de repères déjà, lorqu’Edna (Robyn Nevin), grand-mère pourtant jusqu’ici indépendante rentre chez elle sans pouvoir raconter où elle était passée. Désorientée, perdue, elle s’oublie, de son identité à sa personnalité d’une scène à une autre parfois en quelques minutes. Avec un traitement très imagé Natalie Erika James développe cet aspect particulier de la démence sénile et va jusqu’à faire de la maison qui abrite l’histoire l’illustration même de ce propos. Elle devient doucement la bête noire et effrayante que pourrait être l’esprit humain qui décrépit. Pour rappeler sans cesse qu’au fond, Edna existe toujours, la réalisatrice la fait écrire sur des post-it. Quelque part comme dans les films de posséssion , l’esprit de la vieille femme est scindé en deux. Ces même petits mots prendront par ailleurs une tournure très poétique en fin de récit, un rappel à l’humanité loin derrière la peur. Il faut également saluer une scène magnifique offrant une métaphore glaçante de l’enterrement, lieu où l’on cacherait ses souvenirs pour ne pas qu’ils puissent être pris.

Quand les enfants sont impactés

Relic film 2020L’horreur de Relic est bien faite, les jump scares sont là, les ombres qui font frissoner. Les victimes de ces farces démoniaques ne sont autre que la fille d’Edna, Kay (Emilie Mortimer) et sa petite-fille aimante, Sam (Bella Heathcote). Il est rare même dans des oeuvres dramatiques d’aborder la thématique de l’aidant et de la douleur que l’on ressent à voir la personne aimée décrépire. Aucun drame ne pourrait d’ailleurs en parler avec la même exactitude que celle de l’horreur. Le besoin d’aider mais de se préserver en même temps, le refus de voir l’ombre de la mort approcher, l’envie de se sacrifier pour améliorer la vie d’une personne qui doit bientot partir font partie de la vie des aidants. L’angoisse de se perdre soi dans la processus, que vivra littéralement Sam au court d’une scène à couper le souffle est omniprésente dans cette oeuvre. La peur d’abandonner la personne comme l’éprouvera Kay au court de ses réflexion, mais aussi le besoin de rester coûte que coûte sont autant de clés pour comprendre ce drame horrifique. Relic aborde tous ces aspects de la vieillesse avec pudeur et bienveillance, sujet tabout d’une société qui veut croire qu’on reste à jamais jeune. Une société mondiale qui semble d’ailleurs avoir découvert ses aînés récemment, pandémie oblige et qui s’amuse à oeuvrer pour le choc des générations. Le film lui prend le partie de les concilier, de rappeler qu’elles se veulent bienveillantes l’une envers l’autre et de se demander comment le spectre de la mort impacte aussi les aidants / les aimants.

Jusqu’au-boutiste, le film livre dans ces derniers instants une course éprouvante, crasse et graphique qui sera finalement le pretexte à introduire un moment de poésie et d’amour instinctif qui prend aux tripes. La jeunesse n’est éternelle pour personne argumente-t-il, la vie est un cercle infernal peuplée de répétitions.

Relic est projeté au cinéma à compter du 7 octobre 2020, une belle façon de se peur avant Halloween tout en prenant le temps de réfléchir.

Relic, la Bande-annonce