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Julia Escudero

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black angels route du rock 2023La Route du Rock pour son édition 2023, se tenait du 17 au 19 août au Fort Saint-Pierre. L’évènement à l’affiche rock et pointue a su, comme chaque année, fédérer un public averti, désireux de vivre en trois jours tous les concerts qu’ils attendent à l’année. Édition plurielle, elle vivait son apogée en terme de fréquentation lors de sa première journée notamment grâce à la présence des très attendus King Gizzard & The Lizard Wizard, qui avaient annulé leur venue l’année précédente. Pour autant, les belles surprises ont peuplé les festivités de Sorry à Squid en passant par The Black Angels mais aussi une véritable proposition urbaine  qui s’est habillement glissée dans une programmation très rock. On vous raconte les concerts qui nous ont marqué.

Route du Rock 2023

Dry Cleaning

Premier jour du festival, premiers émois. Dry Cleaning pose ses valises sur la scène de la Route du Rock pour son ouverture. Le groupe y est venu défendre sa seconde sortie Stumpwork  publiée une année plus tôt. De quoi faire oublier son premier excellent album  Long Legs ? En partie quand on s’intéresse de prêt à une set list qui lui fait la part belle au détriment d’un premier essai qui, à n’en pas mentir manquera aux puristes de la formation. Côté scène, le groupe que l’on compare aisément à Joy Division distille son essence à la Sonic Youth. En pratique, sa chanteuse, Florence Shaw vêtue d’une longue robe dorée ne semble pas à l’aise dans ses premières minutes scéniques. C’est ce que laisse transparaitre un jeu de scène timide, sur la pointe des pieds. Voilà qui n’impacte en rien les qualités musicales qu’on leur prête sans tergiverser. Doit-on pour autant les qualifier de formation de studio ? Oui et non. Le rendu musical est aussi qualitatif que celui de l’album, le son incroyable, le spoken word parfaitement posé, les instruments sonnent magistralement. L’instant est hypnotisant. Normal quand on voit le matériel de base et les qualités de composition démentes dont font preuve les britanniques qui ont depuis su se faire un vrai nom dans le milieu du post punk. Dry Cleaning a en lui ce qui rend la scène indé si grande. Pointu mais accessible, poignant et très écrit. La musicienne gagne en aisance à mesure que le set avance, sort de sa carapace de tortue (mais après tout le titre « Gary Ashby » parle bien d’une tortue) pour mieux se grandir et s’ouvrir à son audience. Le résultat se déguste comme un bon vin, l’ivresse apparaissant au bout de quelques titres pour rester dans les esprits longtemps après la fin du set.

SQUID

Étiqueté comme l’un des groupes les plus excitants du rock indé en ce moment, SQUID remplaçait ce jeudi 17 août sur la scène du Fort le rock stock et houblonné de Viagra Boys. Pari risqué mais qui, étonnamment, n’a pas semblé déplaire à la plupart, au vu de la vigueur des cris et des applaudissements à leur montée sur scène. Comme quoi, SQUID s’est déjà fait un nom. En même temps il faut le dire, leur dernier opus sorti plus tôt dans l’année, O Monolith, est une pépite comme rare il en est, tout comme leur précédent, Bright Green Field, qui s’était miraculeusement hissé en haut des tops albums 2021. Sur scène, comme en studio, leur musique est un vrai labyrinthe de composition. A tel point que nous avons entendu une dame à côté dire à son amie « je n’achèterai pas l’album, ça va n’importe où, ça ne va pas à l’essentiel ». Et nous la comprenons : SQUID manque un peu de concision. Mais les morceaux du dernier album, majoritairement joués, sont si charmants lorsqu’on les connait par cœur qu’ils sont en live d’autant plus jouissifs. Mention spéciale au groupe qui, dans un coup de génie, a repris la chanson Sports des Viagra. Un geste d’une grande classe et humilité, et en même temps un bol d’air frais au cœur de leur set labyrinthique. Merci.

Squid route du rock 2023GILLA BAND

Changement de nom : Girl Band, groupe composé de mecs irlandais uniquement, est récemment devenu Gilla Band.

Leur musique pour autant, n’a pas bougé d’un iota. La preuve en est : leur dernier album, Most Normal, sorti en 2022, est un concentré de rock abrasif, dur, sombre. Il en est même difficile d’en venir à bout, dû en partie à cette manière torturée qu’a le leader de chanter. Bon, le fait est que Gilla Band reste un groupe à suivre depuis leurs débuts en 2015, original, extrême. En live, leur musique prend de l’ampleur, et du relief. La scène des remparts a rarement si bien sonné qu’au travers de ces sonorités hurlantes et déchiquetées. Les plus courageux resteront jusqu’au bout de leur set. Pour notre cas, Shoulderblades nous suffira, leur plus grande chanson. Le palier de 30 minutes a quand même été atteint, nous sommes un peu fiers de notre prestation, après d’innombrables dos d’âne pris à 130.

gilla band route du rock 2023KING GIZZARD & the lizard wizard

Attendus comme les messis depuis leur annulation de l’année dernière, les lézards qu’on ne présente plus clôturaient la soirée du jeudi sur la scène de Fort. Avec trois albums l’année dernière, plutôt impro soul funk vibes, et un complètement métal cette année, les australiens les plus connus du rock de cette génération sont toujours aussi actifs et délirants. Leurs lives sont connus pour être des shots incroyables d’énergie et d’éclate. On y passe un peu partout, naviguant entre leurs multiples albums, sans jamais qu’un set ne soit similaire au précédent. Ce soir-là, nous avons été très chanceux, puisque le groupe n’a pas perdu une seule seconde pour nous en mettre plein la gueule. Comme ouverture : l’ouragan « the Dripping tap », folle chanson de 18 minutes sortie il y a deux ans, où les guitares n’en finissent plus de suer. C’est impressionnant. A quoi bon poursuivre après ? Ça serait mal connaitre le groupe que de penser ça, puisque qu’ils ont toujours plus d’un tour dans leur sac.

La suite du set, qui durera 1h30 en tout, reprendra pour notre plus grand plaisir plusieurs morceaux de leur album Ice, Death, Planets, Lungs, Mushrooms And Lava (2021), peut-être leur meilleur depuis des années, et pas loin d’un top carrière. On passera même par un morceau électro – funk – rap hallucinant (désolé pour les fans ultra, nous ne savons pas lequel était-ce…). Les loustiques sont connus pour être bons partout, et ça n’est définitivement pas un mythe. On pourra seulement leur reprocher de tout placer au même niveau, et de ne pas y trouver véritable construction. La fin du concert sera axé métal, avec l’incroyable « Planet B » (toujours leur plus grand morceau du genre, ça ne change pas).

Anecdote amusante du public durant le live : un mec, probablement déçu de l’annulation de son groupe préféré, était en train de regarder un live filmé de Viagra Boys, le téléphone brandis comme une croix. Chacun ses messies.

Grand Blanc

Changement de programme ce soir avec l’annulation en dernière minute de Billy Nomates, remplacée au pied levée par Grand Blanc qui sont également programmés sur la plage le lendemain matin. Les voilà de retour avec un nouvel album « Halo », bien loin de « Mémoire vive » qui les a fait connaître mais surtout de leurs incroyables premiers EPs sortis en 2014 et 2015.  Ce nouveau jet harmonique a laissé derrière lui toute la crasse industrielle du groupe. En lieu et demeure, ces nouveaux Grand Blanc se sont offert un nouveau look (Camille prend ainsi des airs d’Adrianne Lenker) et surtout un tout nouveau son, bien plus doux et plus triste. Un voyage dans le Danube les a inspiré, évoque Benoit, le chanteur et la poésie qu’ils y ont trouvé. Si le groupe a toujours été sombre, cette fois, il se laisse porter par la voix de sa chanteuse. Tous.tes sur le fil comme happés dans un tourbillon de noirceur, une mélancolie plus brut. C’est du moins ce qui ressort de ce live. Le sentiment que le groupe a posé ses armes, se laissant ensevelir par ses démons et cohabitant avec eux, ici sur scène, les larmes aux bords des yeux. Les anciens morceaux eux aussi ont été passé au filtre, délaissant tout rythme soutenu pour se faire calmes, aériens et aidés par une harpe certes mais empli d’un doux désespoir. Le voyage est éprouvant. Les usines hantées de Metz sont loin derrière, l’ennui inspirant aussi, reste le calme, et celui-ci est éprouvant à recevoir.

Yo La Tengo

Les américains de Yo La Tengo sont la belle surprise de la journée. Les premiers à s’essayer à la scène du Fort en ce jour 2 déjouent les pronostiques en offrant une ouverture très rock à un set qui ne cesse de changer de visage avec cohérence. Sophistiqué le groupe fait la part belle à ses instruments sans jamais tomber dans la démonstration technique et mathématique de celui qui sait jouer de ses instruments. A la place, le groupe fait sonner follement ses guitares qui résonnent et appellent les oreilles. Une fois l’attention obtenue, les règles changent, pop enivrante vient rencontrer country expérimentale comme un trouple aussi surprenant que finalement divinement assorti. Si l’opération est réalisée d’une main de maître c’est aussi parce que la formation a eu le temps de roder son identité et de la tester. Formé en 1984, avec quelques 14 albums sous le coude, le groupe a de quoi se raconter et donner une leçon de capacités musicales et scéniques. Les paysages musicaux défilent en toute sobriété, la grandeur est là mais avec l’humilité qui caractérise les meilleurs. Pris par la main au milieu d’une justesse emprunte d’émotions à l’état pure, le public ne peut qu’adhérer à ce live puissant.

The Black Angels

Menu Best Off pour la Route du Rock qui invite les habitués de Black Angels à prendre possession de la scène du Fort en ce deuxième jour du festival. Moins rempli que le premier soir, l’évènement est aussi plus praticable et permet de mieux tourner autour de la scène pour découvrir pleinement le groupe culte. En 2022, la formation psyché d’Austin publiait Wilderness of Mirrors, son dernier né. C’est pour lui qu’elle est là et presque pour lui seulement. Voilà qui laissera un goût de trop peu pour les puristes, déçus d’une set list qui se concentre trop sur ses nouveautés et ne souhaite pas tracer sa route au milieu des 5 albums qui composent pourtant son paysage. Laissés uniquement sur leur faim ? Oui et non puisque The Black Angels reste une expérience immersive et intense en live. La batterie qui résonne particulièrement et l’univers puissant qui déverse ses titres comme une tempête, sont autant d’atouts pour se laisser prendre par la main et apprécier le voyage. Le groupe reste hypnotisant, sonne juste et envoûte avec la précision de ceux qui sont habitués au live et à la rigueur.

Young Fathers

Ce sont les acolytes de Young Fathers, en fin de soirée ce vendredi  qui marquent le plus les esprits. Il faut néanmoins admettre, par souci d’honnêteté, que le groupe tranche avec une programmation très rock. Leur pop, hip hop, électro, word change le ton et forcément intrigue l’oreille pourtant déjà prise au tourbillon de 7 heures d’écoute intense. Ce postulat posé, le groupe aurait été une véritable claque en n’importe quelles circonstances. Draps posés en arrière scène, show déstructuré, fou, indomptable, le concert ressemble à un numéro à toute allure, mélangeant les registres pour aller bien plus loin que le postulat du simple concert. Messe surdimensionnée aux allures de cultes auxquels on adhèrerait les yeux fermés, la formation écossaise sait mettre en avant ses prêcheurs. L’opération prend en un rien, et la foule, maintenant adepte, suit  aveuglément les demandes des trois meneurs qui la mêne à entrer en trans. La set list déstabilise par la variété musicale qui défile à toute vitesse. Le moment est bouillant et rend la nuit mythique d’autant plus que les choristes qui utilisent tout pour porter leurs voix dont un mégaphone. Un bordel organisé, une folie partagée.

young fathers route du rock 2023Sorry

En ce dernier jour de festival, le groupe Sorry a la lourde tâche d’ouvrir les festivités. Il est dommage de les retrouver sur la petite scène  tant la proposition menée par Asha Lorenz et Louis O’Bryen mérite à être vue et à l’étoffe des plus grandes prestations de cette édition. Sous un soleil de plomb, la formation distille son indie rock lancinant et fascine immédiatement. Il faut dire que le matériel qu’est son dernier jet solo, « Anywhere but here » a tout pour faire mouche. Des titres forts, bien dosés, un faux air blasé, une écriture très maitrisé et ici au Fort Saint Pierre un son excellent. les titres les plus forts sont interprétés en début de set dont « Let the Lights on » mais surtout l’excellent « Right Round the Clock » paru sur le premier album du groupe « 925 ». Le morceau qui a piqué les paroles du titre « Mad World » de Tears for Fears en extrait l’âme profondément sombre pour se faire plus répétitif et joue sur des rythmiques qui tapent fort. Surtout la voix d’Asha et sa douceur ajoutée à celle de Louis créent un moment d’osmose parfaite qui conquière les festivaliers. La formation aurait dû faire partie des têtes d’affiches de la journée, on insiste, sorry not sorry.

sorry route du rock 2023Brian Jonestown Massacre

La légende Anthon Newcombe. Sur le site du festival samedi un peu avant 22h15, l’interrogation générale est à savoir si le leader de Brian Jonestown Massacre, groupe mythique des années 90 qui sort encore un album par an actuellement, sera de bonne humeur ou non, puisque réputé pour n’en avoir rien à foutre de rien. Sauf de la musique peut-être. Ce qui est déjà pas mal. De ce côté-là, rien à redire. De longs et lents morceaux, ritournelles psychés aussi puissantes que bourrées d’un sincère et profond magnétisme. On ne sait jamais vraiment lesquels ce sont, de morceaux, bien qu’on reconnaisse quand même du dernier album (génial) ainsi que leur « tube » Anemone, mais ça n’est pas l’important. D’ailleurs, le temps pris par le groupe entre chacun, pour changer d’instruments et accorder les guitares, montre à quel point c’est le son qui importe avant toute chose. Au moins, le look d’Anthon Newcombe, cowboy moderne tout de blanc vêtu, suffit à nous faire patienter, guettant presque la moindre interaction qui pourrait surgir entre lui et le public, ou lui et ses musiciens (ils sont 7 sur scène en tout, dont Joel Gion et son fameux tambourin). Il y a beaucoup de monde devant la scène à ce moment-là, plus qu’à n’importe quel concert de la soirée. Preuve que BJM continue d’attiser les curiosités, et d’être maitre de leur rock unique.

Artbrian-jonestown massacre route du rock 2023Article : Julia Escudero & Léonard Pottier

Vidéo : Théophile le Maitre

Photos : Kévin Gombert


 

Water From Your Eyes était de retour fin mai avec l’un des albums les plus innovants de l’année « Everyone’s crushed ».  Une pépite qui ne pourra pas séduire tout le monde tant sa structure et son parti pris sont loin de ce que l’on a l’habitude d’avoir dans les oreilles. Et pourtant, ce voyage pop expérimental qui touche au rock est une véritable force de frappe indé, inspirée, brillamment écrite et construite. Impossible donc de ne pas profiter du passage à Paris du duo pour parler musique et compositions avec eux. Au delà de la musique et de quelques blagues sur Sting, le groupe en profite pour faire le constat glacé d’une Amérique à la dérive à laquelle tout rêve a été arraché. On parle de livres bannis des écoles, des retraites, de communautés, des droits abolis en Floride, de liberté, de capitalisme et bien sûr de musique. Rencontre.

Water from your Eyes
Water from your Eyes
Popnshot : Parlons un peu de votre nouvel album « Everyone’s crushed », comment le décririez-vous ?

Nate Amos : J’espère excitant.

Rachel Brown : Potentiellement bon, potentiellement pas bon (rires)

Nate Amos : Je dirai qu’il nécessite une écoute active. Ça doit se faire de façon active si on veut bien comprendre ce qui se passe. Il a été conçu comme ça.

Popnshot : Il y a un énorme travail sur la structure, les rythmes s’intensifient, reviennent, c’est même le titre du premier morceau, « Structure »…

Nate Amos : Le premier morceau a été appelé comme ça parce que c’était le titre de notre précédent album. Il y a avait de côtés qui matchaient. Nous avions en tête lors de la création de ce nouvel album que nous ne voulions pas qu’il y aient deux parties comme sur le précédent . Le tout est équilibré mais pas dans un sens aussi strict que notre précédente sortie. Les rythmes titre par titre se sont fait de la manière où ils venaient. On n’a pas eu d’approche particulière. Certaines chansons sont très simples. Le titre éponyme lui est parfois trop compliqué.

La chanson parle du fait que pour aimer comme il faut les gens il faut apprendre à s’aimer.

Popnshot : Le titre éponyme est aussi le plus lumineux et le plus personnel des morceaux sur cet opus. De quoi parle-t-il ?

Nate Amos : C’est le seul morceau sur lequel j’ai beaucoup contribué aux paroles. D’habitude, j’ai surtout une seule phrase de moi. Sur celui là , j’ai écrit le premier couplet. D’ailleurs la démo, c’était la répétition de ce couplet en boucle. Cet album a été écrit en grande partie alors que j’essayais de devenir sobre. L’abus de substances représente une grande partie de ma vie pour un long moment. Ce morceau parle de ça. Être amoureux de personnes de façon romantique et non romantique, qui sont des stimulations dans ce moment. Mais ça peut être aussi douloureux d’aimer. Donc on utilise des substances pour supporter ça. Sans l’aide de ces dernières ça devient vraiment douloureux. L’idée c’est que sans, il faut apprendre à devenir sa propre personne. Dans mon cas, mes tendances auto-destructives ont blessé les gens que j’aime. Et malgré ça, ils m’aiment toujours. La chanson parle du fait que pour aimer comme il faut les gens il faut apprendre à s’aimer. C’est le seul titre de cet album qui est aussi honnête. Les autres morceaux ont parfois des blagues.

Popnshot : C’est pour ça qu’il donne son nom à l’album ?

Nate Amos : Ça vient du couplet du milieu. Rachel a réarrangé les paroles. C’est de là que vient le titre. Quand on a fini l’enregistrement ça semblait évident que ce serait le titre du morceau puis de l’album. Au début on ne savait pas si ça serait le centre de l’album ou un EP distinct. Et c’est devenu le titre de 4 morceaux au centre de l’opus.

Popnshot : L’album parle aussi de comment la vie peut être sombre et drôle à la fois. C’est important de trouver l’humour dans les situations les plus sombres pour vous ?

Rachel Brown : C’est important de rire dans les ténèbres. C’est important de vraiment faire l’expérience de chaque émotion mais si on se laisse ensevelir par celles qui sont négatives ça limite la joie et les émotions positives. Je pense que si on reste reconnaissant pour ce qui arrive de bien, là naît l’espoir dans les ténèbres. Ça aide de rire des situations les plus terribles. Je ne pense pas que je pourrai comprendre ce qui m’arrive sans pouvoir en rire. Rire me fait me sentir plus fort.e.

Même si Sting aimerait posséder des mots, il ne peut pas.

Popnshot :Vous avez aussi une chanson qui s’appelle « Barley » où vous avez mis un maximum de paroles de Sting sans que ce soit attaquable. C’est très drôle, pourquoi lui ?

Nate Amos : On travaillait sur nos paroles et sans le savoir Rachel a inclus des paroles qui ressemblaient beaucoup à celles de Sting.

Rachel Brown : Se sont les dernières paroles, j’ai écrit « Fields of Gold ». Un ami les a lu et il m’a dit : « Tiens comme la chanson de Sting » et je lui ai demandé : « De quoi tu parles ? » et il m’a fait écouter cette chanson. Ça nous a fait rire.

Nate Amos : On en a parlé parce que Sting est connu pour poursuivre facilement en justice les gens qui reprennent ses morceaux. Alors on s’est dit « Et si on utilisait un maximum des mots qu’il y a dans cette chanson sans la plagier ? ». Comme ça s’il l’écoutait, il entendrait tous ces mots mais il serait super énervé de ne pas pouvoir nous attaquer puisqu’on ne lui a rien volé, ce sont juste des mots. Et même si Sting aimerait posséder des mots, il ne peut pas. Je crois que le maximum de mots mis bout à bout comme dans sa chanson c’est cette fameuse dernière phrase, c’est marrant, c’est la seule que tu as écrit sans le savoir Rachel.

Rachel Brown : Et on a appelé le titre « Barley » (orge en français Ndrl) parce qu’il parle d’orge dans sa chanson. les champs d’or se sont des champs d’orge en fait. Mais on utilise jamais le mot « Barley » dans la chanson. D’ailleurs quand on donne le nom du morceau, les gens ne comprennent pas parce que ça n’a aucun sens. Sans la référence, on ne peut pas comprendre.

La seule liberté que tu as aux USA est celle d’acheter

Popnshot : Vous parlez aussi beaucoup dans l’album du capitalisme comme une opposition à la liberté. Pour vous, pourquoi ces deux notions s’opposent ?

Rachel Brown : Je ne sais pas si elle s’opposent, je pense qu’aux US, le capitalisme fait qu’il est impossible de faire quoi que se soit autre que travailler jusqu’à en crever en gros. Si tu ne nais pas avec de l’argent, tu dois absolument trouver un boulot qui va payer tes dettes que tu as eu en allant à l’école, pour avoir un boulot, pour avoir de l’argent pour payer ça. Je crois qu’aujourd’hui aux Etats-Unis, tu as juste la liberté d’acheter un million de produits différents. Par exemple, il y a tellement de type de céréales. La seule liberté que tu as est d’acheter mais ce que tu peux te permettre ce qui est si peu finalement. Tu ne peux pas acheter du temps parce que tu l’utilises pour bosser. La liberté s’est perdue. Tu as la liberté de peut-être devenir président (rires). Théoriquement ça tu peux faire. Mais dans les faits, c’est théorique, tu es condamné par ton passé. Si tu as pu changer de classe sociale, tu es une exception. Peut-être qu’avant c’était différent. Mais aujourd’hui je ne connais personne qui peut s’offrir une maison même avec un bon boulot.

Nate Amos : Il y a une cinquantaine d’années, tu pouvais peut-être. Le salaire d’un seul homme pouvait alors faire vivre une famille de 5, 6 personnes et envoyer les enfants à la fac. C’est si loin de la réalité de ce que sont les USA aujourd’hui. Maintenant, tu dois travailler si dur pour avoir une vie confortable. Aujourd’hui si tu n’as pas d’avantage de par ta famille ou tes amis ou des connexions, tu ne pourras pas avoir une vie qui était facilement atteignable il y 20, 30 ou même 50 ans.

Rachel Brown :Maintenant les gens doivent décider de s’ils veulent avoir des enfants ou s’ils veulent voyager et prendre des vacances. J’ai une amie qui me disait que le ou la partenaire qu’elle devra trouver devra gagner une certaine somme d’argent pour qu’elle puisse vivre la vie qu’elle imaginait. Avec ça, on se demande si le rêve américain est vivant ou s’il n’est pas un peu mort.

Popnshot : De l’étranger, il parait assez mort…

Rachel Brown : Ouai, il est vraiment mort (rires). Même les libertés individuelles, celles pour les femmes ont été enlevées. Une partie des états aux USA sont régis par des gouvernements fascistes.

Dans certains lieux, les gens sont très heureux d’avoir réussi en réaction à faire bannir la Bible pour vulgarité et violence.

Popnshot : D’ici ça fait peur de voir à quelle vitesse de nombreux états ont changé et basculé dans des lois visant à réduire les droits de certaines communautés.

Rachel Brown : Oui, en Floride, si ton gosse est trans ils peuvent t’envoyer en prison, et placer l’enfant. Ils ont banni énormément de livres. Il y a 4 à 5000 livres qui ont été jugés inappropriés pour les enfants. Et pourtant certains étaient assez banales. Si j’étais un.e conservateur.tric un peu fou, il y aurait des sujets que j’imagine je ne voudrai pas voir aborder dans les livres mais là certains ouvrages sont complètement lambda.

Nate Amos : C’est un gros sujet maintenant de s’opposer ça. Dans certains lieux, les gens sont très heureux d’avoir réussi en réaction à faire bannir la Bible pour vulgarité et violence. Parce que quand on utilise les matrices qu’ils utilisent pour faire bannir les ouvrages, quand on voit leurs critères, la Bible est horriblement offensive.

Rachel Brown : Je me sens si mal pour tous ceux qui habitent en Floride en ce moment. Je lisais un article sur un mec à Indianapolis qui passait devant la maison de quelqu’un et il y avait le chien de la famille dans la cours mais il n’avait pas de laisse. Le chien s’est approché de lui et il a tiré sur le chien dans sa tête, devant ses enfants. Et il n’a pas été poursuivi parce que le chien n’avait pas de laisse et il n’y avait personne autour donc ce n’est pas illégal.

Water from your Eyes
Water from your Eyes
Popnshot : La communauté artistique aux États-Unis, notamment dans la musique, elle réagit comment à tout ça ?

Rachel Brown : Il y a pas mal d’artistes qui créent par exemple des shows de Drag queens dans des états du type Tennessee ou Floride. Disney, qui n’est pas un artiste je sais, mais qui d’habitude ne fait rien, s’exprime là clairement contre le gouverneur de Floride parce que c’est là que Disney Land se trouve.

Nate Amos : Tu sais que ça ne va vraiment pas si Disney s’implique (rires).

Rachel Brown : On fait des compilations pour lever des sommes pour le droit à l’avortement. Il y a un groupe qui s’est formé à Atlanta pour lever des fonds pour les activistes et les contestataires. Mais il y a beaucoup d’arrestations. A Atlanta ils ont arrêté le groupe qui s’occupe des donations. Je pense que la musique est importante et que les gens font ce qu’il faut pour apporter des informations sur le sujet mais je pense que les choses ont été trop loin pour simplement faire ça. Il faut des actions directes, financières ou matérielles parce que même si on dit des choses, le gouvernement se fout de ce qui est dit. Et puis certains musiciens supportent les actions du gouvernement. Il y a un musicien qui a juste posté « Joyeuse pride » et des gens lui ont dit qu’ils n’écouteraient plus jamais sa musique. Genre il y a tellement d’artistes qui respectent mes valeurs. Le musicien a répondu « Cool, je ne veux pas de gens comme toi qui écouteraient ma musique. »

Je me doute que tous les pays ont leurs soucis mais les États-Unis sont en train de devenir un empire qui s’écroule.

Popnshot : Le fait de quitter le pays et de tourner en Europe ça te donne une autre perspective de ce qui se passe dans ton pays ?

Rachel Brown: Je n’étais jamais sorti.e des États-Unis avant l’an dernier. Mais je me suis rendue compte que les droits anti avortement, les massacres de masse dans les école ne se passent pas ici. Je me doute que tous les pays ont leurs soucis mais les États-Unis sont en train de devenir un empire qui s’écroule. Malgré toute la propagande qu’ils font sur le fait d’être un grand, merveilleux et magnifique pays, ça se voit.

Nate Amos : La façade s’effondre. Pas le pays mais la façade qui révèle la vérité. Le rêve américain s’effondre.

Rachel Brown : L’idée de pouvoir prendre sa retraite aux USA aussi. C’est incroyable de voir les protestations qu’il y a eu ici. C’est génial d’avoir fait ça parce que honnêtement quand je parle à mes amis, je ne pense pas que notre génération pourra prendre sa retraite. Je ne pensais pas que la sécurité, les avantages sociaux, les assurances maladie ce qui a été mis en place pour aider les gens à avoir une meilleure vie, sera toujours là quand on sera à l’âge de la retraite. Du coup aujourd’hui, on voit des communautés très actives pour aider les autres personnes de leur communauté. C’est sûrement lié au Covid quand le gouvernement USA a laissé tout le monde face à la mort. Le Minnesota est un bon exemple de ce qui peut être fait avec un vrai soutien aux communautés mais il faut dire que cet état a un gouvernement de gauche.

Water from your Eyes
Water from your Eyes

Merci à Water From Your Eyes et Beggars pour cette interview.

Le groupe sera de passage le 10 novembre dans le cadre du Pitchfork Festival au Supersonic Records.


Du 20 au 27 juin le cinéma américain et français, passé comme présent se dévoile sur les Champs-Elysées. Projections, tables rondes, masterclass, rooftop, Le Champs Elysées Film Festival fait la part belle à l’indépendance cinématographique du court au long métrage. Qu’avons nous retenu de cette édition ? Retour sur nos coups de cœur.champs elysées film festival 2023Mutt – Vuk Lungulov-Klotz

Mutt c’est l’histoire d’une journée dans la vie de Feña, jeune homme trans installé à New-York. Successivement au cours de ces 24h, il croise son ex qu’il n’avait pas vu depuis sa transition, sa sœur de 13 ans qui fuit les violences physiques et morales de sa mère et son père, venu recoller les morceaux avec son fils. Chacune de ces rencontres est fortuite et plonge Feña dans ses souvenirs et un passé qu’il tente à la fois d’oublier et de reconstituer. Ce film pose un regard frais et tendre sur la transidentité, tout en soulignant l’ignorance de certaines personnes à l’égard de la communauté trans. Que ce soit à la banque où Feña est qualifié de « madame » par la banquière ou la fameuse question du « t’as quoi entre les jambes? » (on pose pas cette question, s’il vous plait, merci), Feña fait face à la maladresse et aux micro-agressions auxquelles font face les personnes trans chaque jour. Mutt sort le 9 août prochain en salles.

Mutt-filmSometimes I think About Dying – Rachel Lambert

Dans Sometimes I Think About Dying, Fran mène une existence silencieuse, sans excitation et solitaire. Employée de bureau dans une petite ville côtière des États-Unis, elle rêve de liberté. Seulement, la liberté pour elle, c’est de s’imaginer morte. La pensée l’obsède et l’enferme dans un silence qui ne fait qu’amplifier le bruit des autres, omniprésent et envahissant. Fran n’est pourtant pas suicidaire, juste curieuse de voir ce que ça fait de mourir.  La palette de couleur beige, grise et brune souligne l’impression d’une existence vécue à la troisième personne, distancée de sa propre identité. Cependant, l’arrivée de Robert dans son bureau va perturber sa routine.

ROTTING IN THE SUN – sebastian silva

Délire cynique à base de kétamine, de disparition et de bites, le nouveau long-métrage de Sebastian Silva a de quoi dérouter. Le caméra épaule vive suit Sebastian, artiste junkie, et sa femme de ménage, Senora Vero. Après un court séjour sur la plage nudiste de Ziccatella, réputée pour les rencontres gay, Sebastian disparaît. Jordan, l’influenceur superficiel et super chiant rencontré sur là-bas part alors à sa recherche. Plein de nihilisme, d’humour tout noir et de volonté de rire de la merde qu’est l’homme, Rotting in the sun, laisse quelquefois son rythme moisir pour un résultat finalement plaisant, énergivore et caustique.

courts métrages français: invisibles de mathieu salmon et l’acteur de hugo david et raphael quenard

Sur cinq courts métrages présentés, nous en avons retenu deux : ceux donnés dans le titre (suivez un peu). Invisibles est un film de genre qui s’ancre d’abord dans le réalisme social du monde du travail pour ensuite mieux se faire trucider par des créatures invisibles. Les dialogues ne sont pas parfaits et le jeu de certains comédiens rappelle la mort de Cotillard dans The Dark Knight. Mais, la tension horrifique est brillamment entretenue jusqu’à la dernière image. Et mention spéciale aux effets spéciaux de grande qualité. Dans un tout autre genre, L’acteur, est un mockumentary hilarant suivant le tournage du (vrai) film Chien de la casse. Le faux acteur principal, imbu de lui-même et de son art, blablate un charabia absurde sur ses méthodes de jeu. Raphael Quenard, dans le rôle principal, livre une performance dévouée et désopilante et sert ce mockumentary aux codes très bien maitrisés. Puis il n’y a pas que l’humour, c’est aussi une réflexion décalée sur l’importance de comprendre ou non une oeuvre d’art, enfin on croit, on est pas sûrs d’avoir compris…

Dans les moyens métrages, mention particulière à Mimi de Douarnenez, mis en scène par Sébastien Betbede. Misant sur la carte de l’absurde pour donner un tempo comique faisant souvent mouche, les pérégrinations de cette jeune ouvreuse de cinéma prennent une tournure touchante dans sa scène finale, la thématique sous jacente du deuil avec lequel il faut apprendre prenant tout son sens d’une façon délicate.

Le livre des solutions de michel gondry

le livre des solutionsParmi les avants-premières phares du festival, Le livre des solutions est probablement la plus attendue. Premier long-métrage du réalisateur français depuis 20XX, la projection a de quoi ravir les fans du réalisateur d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind et Be Kind, Rewind. Au programme: Pierre Niney qui incarne un réalisateur fantasque prêt à TOUT pour finir son film, un livre pleins de solutions pour mener ses projets à bout, une équipe de tournage (Blanche Gardin est monteuse) qui n’en peut plus, et beaucoup d’humour et de poésie. Ce film, c’est une autobiographie à 95% qui retrace un moment unique de la carrière du grand cinéaste qu’est Gondry aujourd’hui. Plein de surprises, de douceur et de fantaisie, le Livre des Solutions est un poème touchant, sans fioriture et particulièrement drôle: cela fait bien longtemps que nous n’avions pas entendu une salle rire autant. Sortie prévue en septembre 2023.

Texte : Pénélope Bonneau Rouis, Adrien Comar, Alexandre Bertrand, Julia Escudero


Ce weekend à Solidays, la fête était folle et a entrainé les festivaliers jusqu’au bout de la nuit. Les concerts ont permis de célébrer ces 25 années dignement. Au gré de déambulations sur l’immense site, retour sur nos coups de coeur du samedi et du dimanche et sur les lives qui resteront gravées dans nos esprits.

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©Maud Ferrari

Zaho de Sagazan

S’il ne fallait retenir qu’une performance de la totalité de l’évènement c’est bien celle de Zaho de Sagazan. L’an dernier, la chanteuse faisait partie de la sélection des Inouïs du Printemps de Bourges. Elle y faisait son entrée dans la cours des grands, retenant l’attention des experts. Aujourd’hui la voilà déjà propulsée à l’Olympia et son nom s’échange comme celui d’un joyaux qu’il faut connaître. C’est plus que mérité quand on voit ses immense qualité de performeuse. Sa progression dans sa gestion d’une scène touche à l’hallucinant. Il faut dire que son immense premier album « La Symphonie des éclairs » donnait le ton. Sobrement vêtue, avec un léger rouge à lèvre rouge, la musicienne mise tout sur ses qualités musicale, sa voix à part, sa simplicité évidente et son naturel. Point de grande mise en scène, elle n’a besoin d’aucuns artifices et compose un live qui va crescendo. Comme une certain Jeanne Added, Zaho construit son set sur une progression puissante, d’un départ doux porté par des balades sombres pour mieux monter dans les tours et offrir une note électro galvanisante en fin de set. De l’électro certes mais au service surtout d’une chanson française à la modernité affirmée. Que se soit dans ses thématiques, son approche féministe de la sexualité mais surtout dans ses sonorités : le mot d’ordre est là : la créativité, la pointe de ce qui se fait. La nouvelle scène française semblait tourner en rond, avoir ses têtes et se la jouer 80’s. Voici enfin venir le temps de son renouveau. Celle qui affirme en live avoir horreur des acclamations « Ca me gêne ! Arrêtez ça ! », mérite des ovations. Enfin un nouveau souffle, enfin une vraie proposition qui sort des cases. Merci à elle. Faites vous du bien, prenez vos places pour ses futurs concerts.

 

Hervé

Dire qu’un show d’Hervé est un plaisir de tout instant sonne comme une vérité absolue. Il suffit d’avoir déjà vu le monsieur sur scène pour savoir à quoi s’attendre. Sa présence sur la scène Dôme confirme son statut de valeur sûre. Hervé c’est un concentré d’énergie absolue porté par une voix de loubard. De la vitamine C injectée directement dans les oreilles. Le voilà qui comme toujours saute partout, virevolte inarrêtable. Hervé balance son électro-pop français et ses titres emblématiques portés par des cassures de rythmes bienvenuse. Son écriture est précise, sa capacité à gérer une scène l’est tout autant. D’ailleurs, malgré la chaleur écrasante, le public s’affaire au plus près de la scène pendant que certain.es profitent des mélodies allongés sur les pelouses. Malgré le nom de son premier single, Hervé ne va jamais piano.

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©Maud Ferrari

Oete

Tout comme Zaho de Sagazan, Oete faisait partie de la sélection des Inouïs tout juste une année plus tôt. Un grand cru quand on y pense. Au court de l’année l’oisillon a largement déployé ses ailes, pailletées les ailes d’ailleurs, puisqu’il sortait son tout premier album « Armes et paillettes ».  Sur scène, le chanteur qui ne cache pas sa joie d’être là ne lésine pas sur sa chanson française pour séduire et remettre au goût du jour ses idole de Daniel Darc à Niagara. « Le prochain morceau vous le connaissez sûrement. Je ne sais pas comment son vos idées mais voici les couleurs des miennes. » annonce-t-il avant d’entamer sa reprise bien sentie d' »Idées Noires » de Bernard Lavilliers et Nicoletta, autre de ses idoles. Une chanson française dense et obscure qui fait mouche avec le répertoire claire-obscure de notre musicien. Ses références, il les assume en chantant « Merci d’avoir vécu », un hommage émouvant qui leur est dédié. Oete a appris a maitrisé sa scène, sortir de sa carapace et se donner pleinement à son public avec aisance. Lorsque son single « La tête pleine » débute, la chose est certaine : le poète a fait son bout de chemin. Nombreux.ses son ceux à le connaître par coeur. Un moment intense, puissant à retrouver cet été sur de nombreux festivals.

 

Le Femme

Habitués des festival, La Femme ne manque jamais de faire mouche. Il faut dire que les génie de composition de ses deux fondateurs y est pour beaucoup. Si le titre « Sur la planche 2013 » est celui auquel le grand public pense à l’évocation de son nom, le groupe a offert un panel de compositions hallucinant, sortant constamment de ses cases pour mieux se redéfinir. Sur scène, le génie excentrique en est. Des costumes tirés aux quatre épingles, des choristes aux chignons aussi hauts que ceux de Marie-Antoinette et un Marlon Magnée surexcité qui s’offre un bain de foule dès le deuxième titre, le spectacle est leur image. On passe en revue le classique « Où va le Monde ? » son efficacité chanson et ses rythmiques dansante pour retrouver l’univers pluriel du chef d’oeuvre de la formation : l’album « Paradigme ». « On a sorti un album en espagnol » lancent ceux qui préparent une série d’albums à travers le Monde, avant de commencer « Sacatela ». L’humour toujours sur les bout des lèvres « On vend nos albums là-bas, dis que tu viens de ma part tu auras une remise. », le groupe mériterait des heures de set, ne serait-ce que pour mieux plonger dans leur capacité à se réinventer, hors sentiers, albums après albums.

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©Maud Ferrari

Angèle

C’était l’un de moments les plus attendus de 2023, le passage de la super star Angèle sur la scène Paris le dimanche soir. Malgré la quantité de concerts que je peux faire, je n’avais pas eu l’occasion de retrouver Angèle depuis son passage aux Nuits Secrètes 2018. A l’époque, la jeune chanteuse se positionnait délicatement derrière son piano, se fondant avec grâce derrière ses musiciens. Evidemment, les choses ont complètement changées. Angèle est devenue une bête de scène, une show girl à part entière. Dans sa robe rouge, elle excelle par sa qualité vocale, la douceur de son timbre est là, c’est ce qui porte une grande partie de ce show millimétré. La chanteuse communique volontiers, danse, ondule avec une aisance digne des pop stars made in USA. Angèle explique chaque titre « Parce que c’était la Pride hier, parce que ce message est toujours essentiel », elle interprète son titre « Ta Reine » en brandissant le drapeau arc-en-ciel . Elle ajoute que ce morceau qui a changé sa vie est « Toujours si important pour moi et pour d’autres. » Les effets de mise en scène sont nombreux comme lorsqu’elle se filme avec son I-phone en diffusant les image à travers un téléphone dessiné sur les écrans géants. Elle sautille, bondit et ponctue ses titres de petits cris. Le public est conquis.  Normal, Angèle sait séduire avec grâce, sensibilité mais surtout professionnalisme. Elle ne manque d’ailleurs pas d’interpréter son large répertoire et passe en revus ses singles phares : « Tout oublier » passe en milieu de set alors que les hits s’enchaînent crescendo en fin de prestation. « Fever » fait danser l’assistance et c’est évidemment « Balance ton quoi » qui conclut la performance pour permettre à Paris « d’emmerder le patriarcat ».  Le tout hippodrome danse volontiers alors que la chanteuse confit qu’elle aurait aimé pour l’audience qu’il fasse un peu moins chaud. Elle fait pourtant grimper le thermomètre à son apogée.