Il était une fois Hayley Williams. La meneuse de Paramore offrait au monde sa vision du rock depuis 2004. Une vision jamais trahie, qui a toujours su se renouveler et parfois frôler avec la pop sans y plonger entièrement. Pour sa première date de festival européen, la chanteuse avait choisi We Love Green comme terreau. Un moment puissant, sincère et intimiste malgré l’immense public rassemblé. Bienvenu.e à sa bachelorette party en plein air.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

Hayley Williams : modèle essentiel pour punk rock princess perdue

Dans les années 2000, le rock était en plein essor. La scène pop punk était partout. Dans nos films et séries, dans nos coeurs et nos vies. On portait des chaussures de skate, des baggys et des t-shirts de groupes. Nous étions un petit groupe qui se sentait un peu à part, on parlait déjà un peu de santé mentale à notre manière. On cherchait à ressembler à nos idoles, à connaître leurs goûts, on découvrait le punk à travers leurs yeux. Ces yeux là étaient tous masculins. C’est en 2004 que Paramore se lance. Les autres membres du groupe, tous des mecs, étaient alors anxieux d’accueillir une fille au sein de la formation. Un fille ça sait faire du rock ? Du punk ? Il y avait bien les Distillers, rare exception mais de là à parler de scène populaire… Hayley Williams a alors tout changé. Comme Avril Lavigne mais sans jamais tomber dans son penchant mainstream, elle osait se frotter à un monde de mec et souvent à faire mieux qu’eux. Notre musicienne ne s’est jamais trahie et a offert un modèle à part entière à toute une génération. Les plus gros noms de nos scènes ont partagés ses concerts, ses feats et Paramore est devenu l’un des groupes les plus connus de son époque. Après avoir affiché son nom à la BO de « Twilight », le groupe s’offrait même les premières parties du Era’s Tour de Taylor Swift. Les deux chanteuses ont quasiment le même âge et perdurent, voir même explosent en notoriété, combattant les clichés de l’âgisme qui sévit. On peut exister bien plus fort passé 30 ans quand on est une femme nous disent-elles aujourd’hui sans le souligner. Forte d’un nouveau public entre swifties maintenant convaincues et de celles et ceux qui l’adulent depuis leurs 15 ans, voilà notre meneuse débarquée en solo. Elle publiait en 2025, un superbe album, moderne, dansant, accessible et pourtant pointu : Ego Death at a Bachelorette Party. Et c’est pour défendre cette pépite à à l’image DIY mais à la production soignée qu’elle prenait d’assaut en ce samedi 6 juin, la scène de la Clairière de We Love Green.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

Hayley Williams ou la fête où nous sommes tous égaux

Point de gros décors ni d’artifices ne viennent peupler la prestation d’Hayley Williams ce soir. Il est 22 heures lorsque la musicienne débarque sur scène. Attendue, elle l’est. D’ailleurs elle ne manquera pas de souligner sa surprise à voir autant de monde face à elle pour sa première date en festival européenne. « Je ne m’attendais pas à ça » confie-t-elle, touchante. D’une sincérité redoutable, elle confie d’ailleurs penser au Japon lorsqu’elle est triste avant d’ajouter « Maintenant, je penserai à ce moment ». Celui-ci s’écrit dans un jeu d’ombres et de lumières. Des intermèdes rouges viennent la dessiner avant de mieux la révéler, cette bachelorette party aurait-il pris les allures d’une soirée pyjama ? On s’y raconte sans rougir, en toute confiance. Côté set-list, la chanteuse ne laissera pas passer un seul titre de Paramore. Venue jouer ses compos, c’est uniquement son dernier opus qui sera interprété, dans le désordre. Sur les 20 titres qui le composent, 14 seront joués ce soir. Le reste de sa discographie, Petals for Armor et  Flowers for Vases / Descansos (2020 et 2021) ne trouveront à aucun moment une petite place. Voilà qui donne lieu à un set très cohérent et à l’esthétique unique. Hayley Williams n’officie pas uniquement derrière le micro. Habituée à jouer en groupe, elle donne la réplique à ses musiciens et les rejoint entre clavier et guitare. En live, sa voix de soprano, qu’elle travaille depuis ses 13 ans se révèle. Enterre-t-elle sa vie de jeune fille ? Pas vraiment, la chanteuse a avancé dans son style, son registre. Sa maturité scénique se ressent par une forme d’habitude, la pratique invite à la perfection. Et pour autant, elle semble toujours s’émerveiller d’être là, d’être écoutée. La foule lui répond volontiers. Les premiers rangs chantent, sautent, dansent, lui tendent des pancartes en une immense fête. Et puis si l’ego est mort, on peut bien laisser de côté toutes les barrières, celles qui nous bloquent, nous empêchent de se laisser complètement aller. La foule prend le plie sur « Disappearing Man » et son intro qui s’ouvre uniquement sur sa voix. « Hard », ses beats rythmés et son refrain emprunt de pouvoir permet de monter dans les sommets. Le morceau qui donne son titre à l’album vient se placer en milieu de set, obsédant. « Good Ol’ Days » intervient en bout de course alors que notre chanteuse s’offre quelques pas de danse. Si elle prend peu de temps pour s’adresser à son public, elle n’en a pas moins une véritable générosité scénique de tout instant et joue pleinement avec et pour son audience. La soirée se termine sur « Parachute »  et ses instruments sur le fil du rasoir. La montée en puissance est radicale et diablement efficace. Alors que les spectateur.trices quittent la scène de la Clairière pour se frayer une place au milieu de la fosse de Theodora, la question vient à se poser : Hayley Williams ne serait-elle pas la boss lady ? Celle qui aura montrer qu’aucune porte ne doit être fermée pour les femmes et qui aura su redéfinir les codes du punk en éclipsant tous les  à priori sur son passage.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

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