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avril 2020

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logo du groupe de musique magenta club

Un message envoyé sur WhatsApp :

Bonsoir à tou.tes,

On est donc reclus(e)s jusqu’à nouvel ordre…

Malgré ça on aimerait essayer de faire une vidéo en mode “club confiné” avec celles et ceux d’entre vous qui sont partant(e)s.

C’est pour un morceau qu’on a enregistré avec Vendredi Sur Mer et qui s’appelle “Chance”. Ce serait un peu long de vous donner l’ensemble des détails du coup faites-nous signe si vous êtes chauds de participer comme ça on vous donne plus d’infos.

Prenez soin de vous et des vôtres <3

Tel a été le point de départ de ce clip. Et c’est donc avec la participation de la communauté qui suit Magenta que le clip s’est construit. Un morceau qui parle de timidité et de séduction. Un duo avec Vendredi sur Mer brillamment mené et un montage et des vidéos qui permet de mettre en avant cette idée de distances, limites, qui s’impose ou qu’on nous impose. Magenta qui aime “sa famille” prépare un album et on peut s’attendre de leur part à encore beaucoup de cadeaux pour leur communauté. Vivement la fin du confinement et une reprise de vie normal pour les découvrir en live.

Pas de doute Magenta est un projet à suivre.

Si vous aussi vous voulez des nouvelles de Magenta n’hésitez pas à les ajouter sur +33 6 76 06 34 37

 

Découvrez le clip de Chance de Magenta

 

Quoi de mieux en cette période si particulière que de dédier son temps libre à la découverte ? Certainement l’une des choses les plus stimulantes de notre existence. Chercher… Découvrir… Ne pas s’accommoder à quelconque confort, mais toujours se trouver dans un état d’esprit d’ouverture au monde, d’élargissement culturel, afin de faire jaillir un sentiment de satisfaction nous donnant l’impression de nous construire en même temps que notre cercle s’élargit. Voilà ce dont nous avons tous besoin, même sans nous en rendre forcément compte. Et quel moment plus adapté que celui que nous vivons en ce moment, confinés, à l’heure où absolument tout est disponible en ligne depuis chez soi, où chaque album peut être écouté sur les services de streaming (même si nous vous conseillons d’aller les acheter, action malheureusement impossible en ce moment)

 Mais pour cela, je vous l’accorde, il faut savoir où aller chercher, ce qui n’est pas toujours évident à l’heure où la création se multiplie à vitesse grand V.  C’est pour cette raison que je vous propose aujourd’hui d’être une sorte de guide, sans aucune prétention évidemment, mais seulement dans l’objectif de vous donner quelques pistes d’exploration, au travers desquelles vous aurez ensuite tout le temps de creuser vous-même pour y découvrir certaines merveilles dont vous ne soupçonniez peut-être même pas l’existence. Et il se peut très bien que vous ne connaissiez déjà ce que j’ai à vous proposer, mais ce n’est pas une raison valable pour ne pas vous y replonger dedans !

C’est du côté de la musique que j’ai d’abord choisi de m’orienter, avec plusieurs albums, certains plus connus que d’autres, dont vous ne pouvez pas passer à côté ! Ces œuvres ont été choisi au hasard, dans divers horizons, pour que chacun puisse y trouver quelque chose qui l’inspire. Ce ne sont ni des albums totalement inconnus, ni des classiques mondialement réputés. Ils font partie d’un juste milieu, entre évidence et confidentialité. Somme toute, des classiques pour tous ceux qui voudront bien les reconnaître comme tel. Néanmoins, une chose est certaine : ce sont des albums extraordinaires, chacun à sa façon, qui ouvrent des portes immenses vers le genre dans lequel ils s’inscrivent et plus généralement vers une conception de la musique unique. Ma sélection s’appuie évidemment sur des goûts personnels qui, je l’espère, pourront toucher le plus grand nombre. C’est à raison de deux ou trois albums par semaine que je tenterais de vous tracer un chemin qui me ressemble, et dans lequel vous pouvez vous retrouver, et cela jusqu’à la fin du confinement !

Pour cette première semaine, j’ai décidé de vous présenter trois albums qui me tiennent particulièrement à cœur, chacun appartenant à des styles très diverses :

 

album n°1 :Sorcerer (Miles Davis)

 Inutile de le présenter, le nom de Miles Davis se suffit à lui-même, tant il renvoie à une carrière gigantesque et à un génie reconnu dans le monde entier. Pour autant, le connaissez-vous vraiment ? Avez-vous déjà essayé de plonger la tête baissée dans son œuvre ? Vertigineuse je vous l’accorde… Pas facilement accessible… Mais néanmoins indescriptible une fois votre esprit abandonné à sa musique. C’est la raison pour laquelle il semble important de procéder par étapes lorsque que l’on s’attaque à un artiste d’un tel niveau. Avant toute chose, c’est une porte d’entrée qu’il faut chercher, surtout si vous n’êtes pas grand adepte de jazz ou ne serait-ce qu’un minimum réceptif à cette musique (et si vous l’êtes, je n’ai probablement rien à vous apprendre de Miles Davis). Une fois la porte d’entrée trouvée, la suite n’en sera que plus aisée. Peu d’albums de Miles Davis sont évidents, mais certains le sont tout de mêmes plus que d’autres. Alors s’il vous est déjà arrivé de tendre l’oreille sur l’un d’eux et de ne pas y avoir trouver le confort attendu, ou le talent hors norme qu’on lui reconnaît, n’ayez pas peur, cela n’a rien d’anormal. Néanmoins, n’abandonnez pas ! C’était peut-être le mauvais album pour se lancer… Avec les grands artistes, il est parfois difficile d’y trouver un bonheur instantané. C’est souvent dans la durée que leur génie vous étreint progressivement jusqu’à vous étouffez de passion et de sentiments décuplés. La musique de Miles Davis, avant de pouvoir l’écouter passionnément, est un art qui se digère, auquel on réfléchit longuement en attendant qu’il fasse pleinement son effet, comme un travail d’exploration, de recherche et de découverte, au bout duquel se trouve très certainement une satisfaction bien plus intense de celles que beaucoup d’autres musiques peuvent vous apporter sur l’instant. Donc trêve de bavardages et de procrastination, il est temps pour vous de franchir le cap si ce n’est pas déjà fait !

 Kind of Blue, Bitches Brew… Des albums dont le nom résonne très fort encore aujourd’hui. Les classiques de Miles Davis, considérés à juste titre comme des chef-absolus, ne sont très certainement pas les albums les plus faciles à aborder. Commencer par le sommet n’est pas toujours la meilleure idée. La première écoute de Bitches Brew vous laissera probablement déboussolé et ahuri, mais ne vous donnera pas l’envie de vous y replonger une seconde fois, à moins que vous n’y soyez habitués. Dans le cas contraire, il faut préparer le terrain avec des albums plus accessibles. Ce fut en tout cas ma manière d’aborder la chose. C’est pourquoi je vous conseille aujourd’hui Sorcerer, un album sorti en 1967, soit trois années avant Bitches Brew et huit années après Kind of Blue. Cette période fut particulière pour Miles Davis qui ne tarderait l’année suivante à emmener le jazz vers de nouvelles expérimentations en l’orientant vers un style électrique aux envolées rock. Sorcerer reste lui dans une veine très jazz, bien qu’on y devine une légère attirance de l’artiste pour ce vers quoi il se dirigera plus tard. On y sent déjà un saxophone accrocheur, qui sera d’une terrible force et violence sur Bitches Brew. Les compositions géniales de Sorcerer alternent entre moments calmes et moments précipités, grâce à une alliance de plusieurs qualités d’un immense album de jazz : rythme, intensité, jubilation… Tout y est. Sorcerer explore à tâtons autant que nous prenons plaisir à faire part de ce voyage. Il démarre très fort avec Prince of Darkness, puis prend des pauses, s’accélère, se perd volontairement, ré accélère, tente avec succès, ralentit, réussit avec bravoure, et se termine sur un dernier morceau chanté apportant une touche surprenante. 40 minutes de génie. Une œuvre excellente qui vous permettra, je l’espère, de vous lancer dans le grand Miles David si ce n’est pas déjà fait !

 

Album n°2 : L’homme à tête de chou (Serge Gainsbourg)

Tout le monde connaît évidemment Serge Gainsbourg, au moins du nom, dont principalement les titres phares de sa carrière : « Initials BB », « Le poinçonneur des Lilas », « Je suis venu te dire que je m’en vais »… Ainsi que l’album Melody Nelson, souvent considéré comme son grand chef-d’œuvre. Gainsbourg est une légende de la musique et très certainement le plus grand représentant de la chanson française, qu’il a su emmener dans une autre dimension (et ne venez pas me parler de Johnny Halliday s’il vous plaît). Alors que reste-t-il à découvrir de lui si vous ne le connaissez pas sur le bout des doigts ? Pleins de choses ! Love on the Beat par exemple, un album extraordinaire, ou Aux Armes et caetera dans lequel il s’expérimente au reggae avec tout le génie qu’on lui connaît, ou encore son incroyable concert au casino de Paris en 1985. Si vous ne connaissez pas tout cela, n’hésitez pas une seule seconde. Mais aujourd’hui, je souhaitais vous parler d’un album du maître que j’affectionne tout particulièrement : l’Homme à tête de chou. Ni son plus connu, ni son plus secret, cet album révèle l’art de Gainsbourg dans toute sa splendeur et son excentricité. Sorti en 1976, l’album raconte l’histoire d’une tragédie amoureuse entre un homme et une certaine Marilou. Tout est dit dans l’incroyable premier morceau titre, qui se plaît à raconter la triste fin de cette histoire : « du jour où je me mis avec elle, je perdis à peu près tout », avant que le reste des morceaux ne reconstruise tout cela en détails, de la rencontre à l’amour passionnel jusqu’au meurtre final. Ce premier morceau fait l’effet d’une véritable bombe. D’une hallucinante beauté mêlée à une tristesse à vous en faire hérisser les poils, « L’homme à tête de chou » est l’une des plus grandes ouvertures d’albums qu’il soit, et, isolé du reste, un morceau monstrueux. Tout y est intégré en à peine trois minutes comme si, avec une seule chanson, Gainsbourg était parvenu à raconter la vie. Quelques phrases d’une poésie froide et cruelle chantées par cette manière du chanteur si particulière, entre spleen et nonchalance, propre à un orateur hors du commun. La voix de Gainsbourg se fond tellement dans le morceau qu’elle parvient à lui donner la force nécessaire pour l’élever à un niveau encore rarement atteint. Ajouté à cela cette composition si particulière, ovni instrumental, où l’incroyable mélodie (sans Nelson) convoque de manière répétitive deux notes semblables à des coups de poing, entre terreur et magnificence. Le piano, la guitare, la basse et la batterie qui viennent lui donner vie et consistance au fur et à mesure forment entremêlés ainsi une orgie auditive inatteignable depuis.

 La suite de l’album nous entraîne dans un tourbillon d’amour se dégradant au fur et à mesure. Avec des morceaux moins éclatants que le premier mais toujours aussi extraordinaires, Gainsbourg nous enlace de sa voix qui devient peu à peu une drogue pour nous autres auditeurs. Comme accro à cette ardeur sexuelle dont lui seul a le don, nous nous laissons transportés au travers de cette histoire noire, constamment élevée par une incroyable poésie et des compositions d’une terrible efficacité. Variations sur Marilou, ballade funeste de plus de sept minutes bourrée de références en tous genres, et sommet de l’album de par sa beauté sauvage, fait de Gainsbourg le roi définitif du langage en lui donnant l’occasion d’y déposer ses mots d’une justesse profonde ainsi que son parlé d’une volupté intense. Puis arrive le meurtre sur la chanson d’après… que je vous laisser découvrir…

Vous l’aurez compris, L’homme à tête de chou est une pierre précieuse, oui, qui confirme en 12 chansons tout ce que l’on dit de Gainsbourg concernant sa grandeur.

 

Album n°3 : Pound for Pound (Royal Trux)

Un peu plus confidentiel que les deux artistes précédents, Royal Trux a cependant toutes les qualités requises pour vous séduire. Croyez-moi, Pound for Pound est une monstruosité qui, dès lors qu’elle vous empoigne, ne vous lâche pas de sitôt. Ce couple américain de rock indépendant, composé de Neil Hagerty et Jennifer Herrema, actif de la fin des années 80 au début des années 2000, ne ressemble à rien d’autre. Connus pour leur côté jeune et défoncé jusqu’à la surenchère, leur musique est à leur image : abrasive, défoncée, artisanale, éclatante… Royal Trux s’est aventuré sur des terrains risqués, avec généralement une production faite à l’arrache, et des compositions tellement tordues et éclatées dans tous les sens qu’il est difficile de s’y accrocher. Néanmoins, le groupe fut un acteur important des années 90, même si davantage dans l’ombre que les évidents Nirvana, Pixies, Sonic Youth… Royal Trux a exploré, a disséqué les sons et les compositions, a mis au goût du jour un rock sauvage et rudimentaire.

 C’est à la toute fin de leur carrière, en 2000, que sort Pound for Pound, un album surprenant venant du groupe tant il semble s’être appliqué en matière de composition et de production. Moins rugueuse, plus audible mais tout aussi sévère, leur musique semble soudainement gagner en ampleur le temps d’un album. Pound for Pound rugit d’une force nouvelle, élevé par des morceaux incroyables d’une efficacité sans précédent. Les deux voix de Jennifer et Neil s’entrechoquent, s’épousent, se bagarrent, se torturent, s’embrassent… Les morceaux, décapants, sont pour la première fois chez ce groupe aussi évidents et jouissifs, comme si chacun d’entre étaient des classiques. Aucune sortie de voie, le chemin du début jusqu’à la fin est clair et précis. Basse tonitruante, riffs de guitare sauvages, tout est fait pour vous en foutre une claque, comme si le groupe avait tout miser sur cet album afin de donner un grand coup fracassant, d’exploser totalement, d’être reconnu à leur juste valeur. D’ailleurs, leurs voix n’ont jamais aussi bien sonné, un mélange de sexe, de torture, de jouissance et d’espoir… Somme toute, un chant qui transpire la vie. Ecoutez seulement la première chanson, Call out the Lions, et vous comprendrez de suite.

 Voici donc les trois albums à écouter cette semaine si vous ne savez pas quoi faire et si vous avez la motivation de partir en exploration musicale ! Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle sélection d’albums.

Léonard Pottier