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septembre 2016

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Buzz sur Springsteen : Pourquoi s’il faut n’écouter qu’un album, cela doit être Darkness on the Edge of Town

Alors que l’autobiographie du Boss, garantie 0% Ghostwriter, vient de sortir il y a quelques jours dans nos vertes contrées, et que l’on va probablement entendre ci et là quelques morceaux parmi les plus connus pour illustrer l’information, focus sur le meilleur album du plus célèbre habitant du New Jersey. En toute subjectivité.

Mardi 27 septembre 2016 est sorti dans les kiosques l’autobiographie de Bruce Springsteen, « Born to Run », chez Albin Michel. Écrit par ses propres soins, sans intervention extérieure, à l’instar de son idole Bob Dylan ou bien encore Patti Smith (dont la collaboration a donné le magnifique « Because the night »), le livre est présenté comme authentique et sincèrement émouvant par les chanceux ayant eu la chance de l’avoir déjà lu. Gageons que l’on devrait entendre au gré des diverses présentations de l’information les morceaux les plus connus du Boss : «  Born to run », «  Born in the USA », « The River », « Streets of Philadelphia »…

La combinaison de l’automne, saison propre à la nostalgie et à la saudade et de la sortie de l’autobiographie de Springsteen amène à s’interroger sur le meilleur album du Boss, celui qui lui correspond le mieux. Ayant passé plus de quatre décennies sur scène, des générations entières ont évolués au gré de ses différents albums, ses différentes périodes (avec ou sans le E-Street Band), l’ont découvert, mis de coté et redécouverts au fil du temps. On est pas la même personne à 17 ans qu’à 67 ans (suivez mon regard… Joyeux anniversaire M. Springsteen, bien que le 23 septembre soit passé au moment de la rédaction de ce papier !). Et si « Born to Run », le livre, pas le morceau (encore que…), a pour but de révéler toutes les facettes du Boss, de montrer qui il est, quel album est le mieux à même de caractériser Springsteen dans ce qu’on projette sur lui ? Pas besoin de roulements de tambour, les plus attentifs remarqueront que la réponse à cette non-interrogation est déjà dans le titre…

« Darkness on the edge of town » est le quatrième album de Bruce Springsteen sorti en juin 1978. Classé numéro 151 dans le top 500 des meilleurs albums par Rolling Stone Magazine, il fait suite au succès commercial de l’album « Born to Run » sorti trois ans plus tôt et qui l’a fait connaître du plus grand monde. D’ailleurs, on trouve un certain écho dans le thème du premier morceau, le rythmiquement enjoué « Badlands » (« I wanna find one place, I wanna spit in the face of these badlands » est à mettre en parallèle avec le « It’s a deth trap, it’s a suicide rap. We gotta get out while we’re young » ) parlant d’un homme désirant une autre vie et s’extirper de l’endroit d’où il vient. Le premier morceau de chaque face de l’album se trouve d’ailleurs contrebalancé par un dernier morceau avec un rythme plus dans la complainte. Comme les deux faces d’une même pièce. Vouloir absolument s’en sortir mais parfois avoir la tentation de renoncer. D’ailleurs, la sortie du livre « Born to run » et les révélations de Springsteen sur la dépression de son père et son propre combat depuis de nombreuses années pour lutter contre la même maladie apporte un éclairage particulier à la construction de cet album, qu’il avait voulu plus personnel et moins « évident » commercialement parlant que le fameux « Born to run ». Avec «  Adam raised a Cain », au titre évocateur, pas besoin de chercher bien loin ce qui a pu inspirer le Boss, et pourquoi sa voix s’éraille autant sur ce titre. La voix se fait toujours aussi puissante mais à un rythme un peu plus doux avec « Something in the night ». Springsteen et Van Zandt s’amusent avec leurs guitares sur « Candy’s room ». « Racing in the street » vient clore la première face de l’album et met tout le monde d’accord (ou alors c’est que vous n’avez pas d’âme…). Le Rêve Américain brisé mais qu’on veut vivre quand même , le sentiment de liberté que l’on cherche à avoir par tous les moyens, la mélancolie… Tout y passe et sans aucun problème, bercé que l’on est par la voix de Springsteen et du piano comme pratiquement seul partenaire de jeu durant ce morceau.

Avec un peu de vague à l’âme, perdu dans ses pensées, on peut attaquer l’autre face avec « The Promised Land », qui nous donne envie de continuer à croire en l’avenir et en une archétypale « American Way of Life ». « Factory » et « Streets Of Fire » viennent doucher un peu l’enthousiasme, au niveau des paroles, car techniquement et musicalement elles restent très bonnes et équilibrées. « Prove it all night » est une déclaration « d’amour » à la naïveté et à l’entrain communicatif. Tout est en place pour que vienne vous cueillir le petit joyau méconnu de l’album… « Darkness on the edge of town » ! Pas forcément en tête des classements des morceaux préférés des critiques ou des fans, celle ci a pourtant l’art d’être maîtrisé de bout en bout. L’accompagnement du E-Street Band y est au diapason de la voix de Springsteen qui n’a pas à forcer pour vous faire partager les regrets d’un homme ayant tout perdu et vivant dans la pauvreté.

On pourrait finir par penser que tout cela filerait un peu le bourdon… Hors, il n’en est rien. En écoutant l’album de bout en bout, on aura voyagé avec Bruce. Vu l’Amérique probablement comme il est l’un des derniers à la voir, on aura espéré, on aura pleuré, on se sera perdu dans ses pensées, on aura regretté… Mais malgré tout, après avoir entendu les dernières notes, ce qu’on voudra c’est continuer à se battre. Car, après tout, c’est cela vivre. Alterner entre ce qui nous hante et ce qui nous pousse à exorciser nos démons, mais le principal étant toujours avoir la foi de continuer. Trêve de philosophie de supérette, merci pour tout M. Springsteen !

Et vous ? Quel est votre album préféré du Boss et pourquoi ? N’hésitez pas à donner votre avis.

Pour ceux n’ayant pas vu le film Suicide Squad de David Ayer sorti en salles le 3 août cet article contient des spoilers.

Difficile de passer à coté de Suicide Squad cet été. La faute à un marketing plus qu’agressif mais efficace de la part de DC qui jouait son va tout pour sauver son « Cinematic Universe » mis à mal par des résultats et des critiques plus que frisquets à l’encontre de son Batman vs Superman. Les rumeurs de reshoot de scènes en catastrophe pour coller à un esprit plus « fun » suite au succès surprise de l’irrévérencieux Deadpool alternaient avec les frasques d’un Jared Leto ayant pris, soi disant, son rôle de Joker un peu trop à cœur…

Poussé par la curiosité morbide de savoir si le regretté Heath Ledger serait supplanté par la performance de Jared Leto dans le rôle du Joker ou bien par un sentiment mêlé de nostalgie et d’espoir fou de voir Will Smith revenir sur le devant de la scène dans une grosse production digne de ce nom ( After Earth et Men In Black 3 étaient de regrettables accidents, n’est ce pas?), le public, débordant d’impatience, ne demandait qu’à être cueilli par le déjanté Escadron Suicide…

Inutile de rappeler, plus d’un mois après les faits, la grande désillusion ajoutée à la claque (dans le mauvais sens du terme) qu’a été la sortie du film. Rythme mollasson, humour approximatif (pour ne pas dire à coté de la plaque), enjeux flous, Cara Delevingne se déhanchant devant un mauvais fond vert en guise de menace ultime, réactions incompréhensibles des personnages… Un accident industriel comme on en a peu vu ces dernières années dans l’industrie du cinéma hollywoodien…

Néanmoins, le sujet de cet article reste Harley Quinn. Particulièrement mis en avant au cours de la promotion et dans le métrage, cela pouvait s’expliquer par la popularité du personnage auprès des fans et par la progression fulgurante de Margot Robbie. En effet, il y a encore trois ans, l’actrice australienne sortait de l’éphémère série Pan Am. Depuis, elle a pu participer au Loup de Wall Street, Diversion ou bien encore Tarzan. Une trajectoire ascendante dans la lignée du personnage crée non pas sur papier mais sur le petit écran pour les besoins de la série animée des années 90 dont le concept ne pouvait que plaire. Harleen Quinzel, psychiatre à l’asile d’Arkham (sorte d’auberge espagnole ou tout les ennemis de Batman finissent par passer à un moment donné ou à un autre) est le médecin en charge de l’analyse d’un certain Joker. Finissant par tomber amoureuse de lui, elle tombera aussi progressivement dans la folie en le suivant dans ses méfaits au gré d’une relation chaotique faite d’abandons et d’éloignements successifs. Un personnage fantasque, une sorte de Deadpool (sans la grossièreté gratuite du film). Adoptant un costume d’arlequin (d’ou le surnom d’Harley Quinn), son personnage va devenir en quelque sorte l’incarnation du jusqu’au boutisme de la folie amoureuse, quelqu’un abandonnant tout ce qu’elle est, ce qui la caractérise pour l’être aimé.

Cette présentation se veut sommaire et bien évidemment, comme beaucoup de personnages de comics, les origines d’Harley Quinn ont déjà connus plusieurs subtiles variations, mais force est de constater que tout était réuni pour que l’incarnation de Margot Robbie soit la meilleure possible. Couple terrible avec le Joker, personnalité « borderline » comme il est coutume de plus en plus de les aimer au cinéma dernièrement, décomplexion totale…

Force est de constater que pendant une grande partie du naufrage métrage, elle tire son épingle du jeu, se réservant les rares bons mots (la grande majorité se trouvant dans les diverses bandes annonces fournies par Warner/DC les mois précédant la sortie du film, mais ceci est une autre histoire), restant un des rares membres de l’équipe cohérents avec ce qu’ils sont censés être, à savoir des bad guys forcés de faire le boulot des « gentils ». Bref, le film avance, on sait déjà qu’on assiste à une purge mais on se dit qu’au moins la Harley Quinn de Margot Robbie sera une des rares satisfactions du film (avec le Joker par Jared Leto ? Le débat est ouvert), figure dynamique et libre d’un métrage engoncé dans les limites d’une industrie.

C’est alors que la scène de la discorde arrive. On est à la fin du métrage, l’Enchanteresse (toujours incarnée par la dodelinante Cara Delevingne) plonge les divers membres de la Suicide Squad dans une sorte de rêverie ou chacun y va de son fantasme personnel. L’un rêve de pas avoir commis l’irréparable au moment de l’apparition de ses pouvoirs, un autre rêve de pouvoir vivre pleinement le grand amour avec l’alter ego humain de la fameuse Enchanteresse… Bref, une sorte de « milk scène » tardive pour nous faire rendre sympathique des personnages dont le scenario approximatif et le montage erratique ont fini depuis de nombreuses minutes par nous désintéresser totalement de leur devenir. C’est donc le moment onirique d’Harley Quinn… Et voilà que son fantasme, son rêve le plus fou se trouve incarné par elle, dans une cuisine américaine type, avec une chevelure permanentée dont on imagine les bigoudis fraîchement enlevées, entrain de donner la becquée à deux charmants bambins et en faisant la bise à un Joker sans « maquillage » aucun ! Voilà, la vision du métrage d’Harley Quinn, une psychiatre ayant tout plaqué par amour pour le plus grand fou que la Terre ait porté mais qui au fond d’elle n’aspire qu’à être une ménagère ?! L’Arlequin du Joker, selon le scénario de Suicide Squad, n’aspirerait donc qu’à être une wanna-be Momonne ! Une desperate housewife de banlieue cédant quelques temps aux caprices de son excentrique mais ne désirant en secret qu’à préparer les sandwichs pour le midi des mômes, prendre un emprunt pour la nouvelle Lexus et mitonner des petits plats pour son doux et tendre au retour du boulot ?!?!
Voici au final, quand on demande de creuser un personnage au concept fort ce que ça donne ? Un personnage de femme forte et indépendante ne le serait donc que parce qu’elle n’a pas trouvé les moyens d’être une bonne femme au foyer ?!

Au final, si Suicide Squad accumule les ratés, l’un des plus grands sera celui du personnage d’Harley Quinn…