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C’est la série doudou du moment, Nobody Wants This débarquait pour sa seconde saison sur Netflix en octobre 2024. Série d’amour, quasi impossible mais pas trop, elle permet en plus de retrouver à l’écran deux acteurs.trices chouchous du grand public et de nous : Kirsten Bell et Adam Brody. Mais entre plusieurs moments adorables ponctués de gloussements parce que l’amour c’est beau, la série vient à poser problème. Notamment dans l’évolution de Joanne au court des deux saisons. Peut-on être adorable et un peu toxique quand même ? Quels messages renvoie un show en matière d’identité personnelle dans une relation amoureuse ? Décryptage entre bon moment de binge watching et grinçage de dents.

nobody wants this netflix saison 2Nobody Wants This : De quoi ça parle ?

La relation improbable entre une femme au franc-parler et agnostique et un rabbin non conventionnel. (résumé officiel)

Nobody Wants This : Amour, gloire et religion

Le postulat de base ne peut que faire plaisir : un rabbin, doux comme un agneau, beau gosse et encré dans ses traditions, tombe follement amoureux de Joanne, podcasteuse amours / sexo dont l’esprit libre est en opposition avec la vie d’un homme de foi. Comme le veulent nombre de comédies romantiques, l’alliance des deux va contrarier leurs entourages, leurs visions du monde, leurs existences parce que l’amour vous transforme et vous épanouit. Aussi parce qu’une bonne histoire d’amour doit avoir son lot d’embuches. Et de personnages secondaires croustillants  : Morgan et Sasha en tête de list pour les nommer. Cette trame c’est celle qu’on nous propose au court des tous premiers épisodes, Joanne est habituée aux dates foireux, à moins qu’elle ne soit trop exigeante. Elle utilise son podcast qu’elle co-anime avec sa sœur, Morgan, donc, pour en rire et en tirer des conclusions universelles. Celle qui ne croit pas vraiment en l’amour va changer radicalement au contact de Noah. Voyez-vous, Joanne, souffre en fait de nombre d’insécurités que seul un homme bien pouvait combler. Admettons, c’est un peu comme dans les téléfilm de noël sauf que personne ne part trouver son vrai soit à la ferme, vrai soit qui est en fait une trad wife endormie. Bonne nouvelle, pour trouver la trad wife en soi, pas besoin de verdure, on peut aussi le faire à Los Angeles. Parce que c’est bien ça qui bloque dans Nobody Wants This. Toute notre envie d’aimer le show, et d’apprécier dans ses grandes lignes sa légèreté, son humour et sa douceur viennent se heurter à des tournants d’écriture qui pour le moins surprennent. En début de parcours Joanne, est pleine de bon sens et de spontanéité, elle apporte un grain de folie à sa relation notamment par un message dès le début qui vient caractériser le personnage:  un baiser si intense qu’elle croit « être enceinte ». Seulement voilà, la party girl tourne vite à la trad wife, parce que sa découverte d’un univers religieux vient tout basculer. Et si aimer c’était s’oublier parce qu’on avait tout faux ? Vient alors sous-entendre le show qui refuse de se confronter à l’unité de chacun.e. Et certes, l’histoire de la série est entièrement adaptée de la vie réelle de son autrice : Erin Foster, elle même transformée par la rencontre de son futur mari de confession juive. Reste qu’une belle histoire d’amour doit toujours inspirer deux personnes à se compléter sans chercher à transformer l’autre.

nobody wants this kirsten bellNobody Wants This : coup de foudre à la synagogue

Parce que nous le disions, Noah est rabbin. Et c’est là que la belle histoire d’amour coince. Pour trouver épouse et se consoler de sa rupture avec la parfaite Rebeccah (qu’il a quitté) , figure idéale de l’épouse juive par excellence, il lui faut une femme, elle même juive. Bien sûr et c’est là l’histoire, il est important pour un rabbin de représenter une communauté soudée par la foi. Et l’entourage comme la tradition peuvent avoir besoin de ce repère fixe. Oui mais, alors qu’ils se connaissent à peine, Noah demande à sa copine athée de se convertir pour que leur amour perdure. Les couples inter-religieux ou de fois différentes, même quand il s’agit d’absence de foi, rencontrent régulièrement ce problème, peut-on s’aimer si on ne croit pas en la même chose ? Sauf qu’ici, Joanne est souvent montrée comme le problème. Parce qu’elle ne trouve pas la grande révélation, veut-elle devenir juive ? Elle doit le sentir. Sauf qu’ici l’idée d’être ou non juive tient à épouser une suite de traditions et de fêtes. Et oui la religion juive s’articule autours d’instants de vie communs, fort plaisants et enrichissant en terme de famille, d’amitié et de communauté. Mais comme toute religion elle est aussi liée à des croyances, notamment celle en Dieu. Et c’est aussi cela qu’il faut sentir, une conviction en un texte, une doctrine, une entité supérieure.

Mais non, comme une pub pour la religion (un thème si américain mais qui a au moins le mérite de ne pas être chrétien cette fois et c’est déjà ça), l’idée même de s’interroger sur l’existence d’un Dieu n’est jamais abordée. Joanne pourrait donc bien s’activer et tout en elle vient crier à son envie de devenir conformiste. Parce que son existence était dans le faux. Elle crie mariage, bébé, et conversion parce que les fêtes juives sont fun. Et il n’y a rien de mal à parler d’une vie collective tournée autour d’une foi commune, d’une communauté et ses traditions. Ces chemins sont emplis de belles choses. Mais il y a à s’interroger sur le besoin de raconter qu’une foi traditionnelle serait le seul chemin juste à suivre pour s’épanouir. Sans jamais aborder les difficultés à croire un texte, à comprendre pourquoi on agit comme si ou ça. D’ailleurs le mot kasher n’existe même pas dans le show. Ici seul le porc serait proscrit. D’ailleurs comme pour faire encore passer le personnage de Joanne pour la reine des idiotes, elle apporte à son premier repas avec sa belle famille un plateau de charcuteries.

nobody wants this morganSeule sa sœur lui dit qu’elle a changé et rien de tout ça ne semble problématique. Personne ne se demande où est passée Joanne, si Noah veut maintenir l’unité de la personne qu’il aime. Non, il lui demande avec patience et répétition de se convertir et de croire vite. De croire en des fêtes en soit, si on résume. Les scènes s’enchaînent et l’envie de crier souvent aussi. Parce que chaque red flag est présenté comme super cute. Oui Noah est un personnage touchant, mais il est aussi comme on le voit dans la saison 2 réfractaire à trouver une synagogue progressiste qui réadapte le message religieux pour moins appliquer le texte à la lettre. Les scénaristes eux mêmes tournent l’idée au ridicule. Le progressisme est une connerie, il faut garder la tradition. Et si tout n’est jamais à jeter en matière de traditions, si la question est sensible et délicate et apporte autant de réponses que de couples mixtes dans la vraie vie, on vient à se demander si Joanne n’est pas écrasée en tant que femme. Noah finalement, qui veut bien faire avec la famille de sa douce (mais les traditions hein) ne change rien pour elle. Elle vient beaucoup chez lui, participe à ses célébrations, fait tout pour être aimée par ses proches, change ses rêves et envies. Lui, en revanche, lui interdit de parler de leur couple sur son podcast pour garder leur intimité. Evidemment ça s’entend mais dans ce cas, on ne peut pas demander à l’un de placer le boulot de l’autre au cœur de ses priorités. Alors il quitte son temple, c’est vrai mais ce fait ne change rien. Il faut que Joanne change de religion et apprenne tout du judaïsme. Et à priori on part du plus bas niveau de connaissances possibles. Elle doit apprendre, embrasser les traditions, s’isoler dans sa relation, se détourner de ce qui la caractérise pour devenir l’autre. Et dans ce schémas, elle n’a de cesse d’être repoussée, notamment par Esther, la femme de Sasha qui passe son temps à la traiter de « Slut ». Personne ne l’aime. Voilà qui importa peu à Joanne qui fera tout pour être acceptée y compris et surtout se perdre.

Le journal de Joanne (mais pas trop) nobody wants this

nobody wants this saison 2Mais qui est la femme de ce couple ? La question reste en suspend. A priori, victime du divorce de ses parents, le père ayant fait son coming out tardivement, elle est blindée d’insécurités. Parce que sa famille est clairement moins bien que celle de Noah. Ou du moins c’est ce que dit le show, alors que c’est entièrement faux. Lui a le parfait foyer et une mère de caractère qui défend ses convictions, mais s’avère attachante. La mère de Joanne est un peu illuminée et se contente de suivre des instants de passion temporaire, se découvrant même « juive » d’un coup suite à une soirée. Joanne elle, ne veut qu’être rassurée. Petite chose adorable qui s’inquiète de tout mais se fait rassurer à chaque fin d’épisode ou presque. La première fois c’est touchant, de voir des angoisses disparaitre au profit de la naissance de l’amour. C’est même assez réaliste. Et puis au fur et à mesure on rêve que les rôles s’inversent, que chacun.e apporte à l’autre son lot de renouveau. Pourtant le coup du couple que tout oppose fonctionne généralement bien. Comme dans « Dariah et Greg » dans les années 90. Si vous ne l’avez pas, c’est un vieux show, pas d’inquiétude. Comme Seth et Summer dans « Newport Beach ». Si vous ne l’avez pas, Adam Brody est Noah et Seth …. Et d’ailleurs l’acteur joue d’une sympathie naturelle qui en fait effectivement le petit ami idéal. Resterait aux scénaristes à s’adoucir dans l’écriture. A la fin de cette nouvelle salve d’épisodes Noah choisit enfin Joanne après une nouvelle rupture. Il la choisit même si elle prend le temps de se convertir. De là à savoir s’il accepterait une femme athée à ses côtés, en l’aimant malgré leurs différences, les choses sont loin d’être si simples. Nous voilà donc en train de rêver de voir un personnage exister pleinement, mettre aussi en avant les avantages de ses choix de vie à elle. Sans en faire une opposition à celles et ceux qui croient. Sans se dire supérieure à l’autre, mais en affirmant ses croyances, ses besoins et convictions. Et ce sans que le show ne la juge entièrement et ne la fasse passer pour une créature needy, désespérée et triste. On peut croire en l’amour mais pas en Dieu. On peut aussi croire aux deux. Tous les besoins se respectent. Être en phase avec soi-même, croire en soi et y croire encore plus fort dans les yeux de la personne aimée, voilà la plus belle des déclarations. Non les athées ne sont pas tristes et sans but, ils croient en l’instant présent et en la vie. Ils peuvent croire en l’amour. Il n’y a pas à juger, rejeter les croyants, il y a de la beauté dans les rites comme dans l’essence d’une femme libre et moderne. On peut croire en toutes les formes d’amour et trouver que c’est suffisant. Everybody wants this.


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C’était en 2021, la série du moment. Certes pas au point de « Stranger Things » mais tout de même, ça parlait beaucoup de « The Sandman » sur Netflix. Elle avait cette image de série pointue, issue d’une bande-dessinée, du type qui s’adresse à un public d’experts. Tu vois ces shows que tu ne peux pas comprendre si tu n’en as pas toutes les références, trop écrite pour être mainstream. Lancée dans une envie de savoir, dans la conviction de passer un bon moment, un peu sombre, j’ai tenté à toute hâte. Peut-être même avec l’envie  d’en parler après avec une certaine fierté et dissimuler ainsi que j’avais pu aller au bout de « Riverdale » et que je garde un certain amour pour les mauvais films et mauvaises séries, pour le plaisir de visionnages sans prise de tête. Bon voilà donc que je tentais avec espoir « The Sandman ». La saison 1 était un moment aussi oubliable que prétentieux. Blindée d’effets visuels à gros coûts pour en mettre plein la vue et mieux endormir l’esprit. En la matière Dream, le personnage principal aux quinze noms, joue bien son rôle tant il est facile de piquer du nez en regardant épisode après épisode son triste spectacle. N’empêche l’arrivée de la saison 2 piquait la curiosité, on pouvait réessayer, après tout seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Verdict donc.

the sandman season 2The Sandman saison 2 : pince moi que je me réveille

Autant ne pas seulement vous gâcher une série et le faire pour plusieurs, désolée d’avance. Quand la réalisation veut faire croire à la qualité d’un métrage, il utilise sur ses images un filtre bleu et orange. Les couleurs vont bien ensemble et ça donne donc le sentiment de regarder un film qualitatif pondu par un génie. The Sandman applique en sa saison 2, diffusée sur Netflix, cette règle à la lettre. Tout le temps. Tout y est plus bicolore qu’un Malabar bi-goût. Donc déjà hein c’est bien on peut pas argumenter que ce n’est pas beau, c’est très joli, puisque forcé par des filtres. On peut quand même reconnaître à l’équipe de réalisation sa capacité à créer de beaux décors et à travailler chaque plan comme une photographie artistique. Jusqu’au trop plein, jusqu’à en oublier le scénario. Pour le coté artistique d’ailleurs, chaque personnage va ainsi être sur-stylé, sur-joué, en continue. A commencer par Dream, le grand maître des rêves, l’infini super puissant joué par Tom Sturridge. Non content d’être le personnage le plus antipathique de l’histoire de cinéma (pas désagréable comme un personnage de méchant juste insipide et déplaisant) son interprète s’évertue à lui donner un air grave en continu. Dans les faits, Dream à une duck face un peu déprimée pendant deux saisons, quelques soient les circonstances. C’est le seul personnage qui ne lâche pas un sourire. C’est aussi parce qu’il est torturé. L’infinité c’est pas évident. D’autant plus dans une série qui donne des dates de manière complètement aléatoires.

des épisodes infiniment longs

The sandman saison 2
Hello, tes frères et sœurs veulent te juger stp

Ainsi cette fois-ci, on découvre la famille d’Infinis, celle de Dream : Désire, Délire, Destruction,le Destin,  la Mort et les autres. Elle se réunit parce que Destin a une vision, quelque chose de grave va arriver. Et quand une série tv réunit une fratrie, la même règle s’applique toujours : les frères et sœurs se parlent continuellement mal. C’était vrai par exemple pour « Vampire Diaries », pardonnez l’exemple, mais quand on est dans un ton sérieux, avec des gens à la duck face torturé on envoie chier de façon verbeuse sa fratrie. Et, c’est, sans originalité le cas ici évidemment. Cette prédiction n’intéresse personne, parce que tu existes depuis le début des temps mais t’as toujours pas appris à écouter les autres. Par contre cette réunion permet à Dream de se rappeler de son grand amour, la belle et pauvre Nada au destin tragique. Vous vous souvenez que dans la saison 1, 100 années de  l’absence du protagoniste avaient causé un certain chaos ? Eh bien 100 ans c’est un petit chiffre. Et on est pas là pour faire dans la dentelle. Du coup, son grand amour qui l’a repoussé parce que le fait d’être ensemble une nuit avait causé la mort de tout son peuple et qu’elle craignait les conséquences d’une plus longue histoire, a décidé de se la péter en matière de durée. En effet Dream l’a envoyée en enfer depuis 10 000 ans pour se venger de ce rejet. Normal, le mec la drague en rêve et supporte pas qu’elle se choque, elle reine des premiers hommes, de la mort de la totalité des personnes qui l’entourent parce que la règle est qu’on ne date pas avec un infini. Ça s’explique à coup de « If you wish » pour parler bien … Not all men but Dream beaucoup quand même aussi.

The Sandman : un grain de sable dans les mythes

the sandman délireCe qui est surprenant chez The Sandman c’est sa faculté à ne pas choisir. Déjà à ne pas choisir des datations qui ne vont pas dans tous les sens, les milliers d’années se citent à tour de bras, comme si tout le monde voulait avoir le plus gros temps, avec un manque de dosage assez rare pour tout de même se retourner vite fait avant de se rendormir. Mais aussi, la série ne choisit pas sa réalité, tous les mythes qui cohabitent. Le paradis, l’enfer, la mythologie grecque. Les dieux uniques, ceux multiples, l’enfer de Lucifer, les enfers d’Hadès. Dans l’idée pourquoi pas mais dans ce cas là il est important de donner une cohérence au tout. A expliquer un peu le récit. Ce n’est pas le cas ici, donc c’est une bouillie. On ne peut pas tout jeter bien sûr dans la série. On peut apprécier le fait que Lucifer soit une femme, Desir un personnage non binaire (Mason Alexander Park excelle dans le rôle), la beauté du cadre et son image reconnaissable. Mais il serait difficile de passer à côté du fait que cette saison 2 ne sait pas vraiment de quoi elle parle elle-même changeant son enjeu à chaque épisode. De la recherche de cet amour perdu (mais qui ne veut pas en vouloir à Dream, elle ne veut pas qu’il souffre – Pitié, s’il te plait, sois en colère contre ce mec super toxique ma fille), on passe à la clé de l’enfer puis à la quête d’un frère puis à la quête d’un fils sans que tout cela ne s’additionne si bien. Les personnages sont finalement pauvrement écrits, ne donnant jamais l’occasion de pleinement les apprécier. Les dialogues en faux vieil anglais ressemblent à ceux que réciteraient des enfants au cours d’un jeu pour faire semblant de bien parler. Une copie bancale de mots trop répétés. Et c’est épuisant à regarder. Pire tout le monde parle anglais. Tout le temps partout en toute époque. De la Grèce antique à la France de ka Terreur de Robespierre, il n’existe qu’une seule langue pour une infinité d’époques. Et tout ça sur seulement la première partie d’une saison 2 qui va s’étirer longuement. Au moins les scénaristes auront pris le temps de conclure.

The Sandman, le père de l’année

the sandman dream Mais surtout les incohérences et les réactions sont cauchemardesques. Par exemple lorsqu’ils recherchent un mortel qui a, lui aussi au doigt mouillé, plus de 10 000 ans (toujours plus ) meurt d’un accident. Plus de 10 000 ans et le mec a jamais eu d’accident ? Comment ? Sans parler des dialogues improbables avec Orphée, le fils de Dream, celui-même de la mythologie grecque. On a tous préféré le Orphée de Kaos, merci de nous rendre cette série incroyable ! Les dieux de la mythologie étaient difficiles, c’est chose connue. Mais y-a-t-il pire père que l’infini Dream ? Il faudra nous le présenter.  Notamment parce que vexé que son fils attristé de la mort de sa femme lui lâche un « Vous n’êtes plus mon père », le voilà qui le laisse à la pire des tortures. en s’en foutant. Le plus gros problème du show reste donc les traits de caractères de son personnage principal. Un être qui se vexe de tout, punit tout le temps, n’aime personne, est injuste sans être jugé. Et le florilège de personnages secondaires, toujours en arrière plan, ne suffit pas donner de l’intérêt pour le monde merveilleux de Duck Face au ton grave à la Batman.

The Sandman signe ici l’arrêt de sa série en deux parties. Le temps de tuer son personnage principale et de tenter un moment d’émotion à travers le personnage de Desir. L’émotion est ce qui aura fait cruellement défaut au show ou plutôt l’émotion bien travaillée, celle à laquelle on croit. C’est pourtant le budget et l’audience trop basse qui aura valu à Dream et sa troupe de perdre leur série. Il faudra trouver un autre conte à dormir debout maintenant, pour se plonger ensuite dans nos rêves bleus et oranges.


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You : Penn Badgley (Joe Goldberg) Netflix © 2025

C’est officiel, la série Netflix You tire sa révérence  après cinq saisons. Une série en demi-teinte, parfois bancale, souvent géniale mais qui nous aura tenu en haleine depuis 2018. Adieu Joe Goldberg tu as hanté nos écrans, mais tu ne nous manqueras pas. Ce final est l’occasion de revenir sur la place de la série dans le paysage moderne. 

Depuis des siècles, le glauque nous fascine. Des jeux du Cirque à Rome, en passant par les exécutions publiques au Moyen-Âge aux podcasts de true crime, notre rapport au macabre n’a jamais disparu : il s’est simplement transformé. Aujourd’hui, les chaînes YouTube dédiées en sont la preuve ultime. L’humain aime le morbide et même si la pudeur nous fait détourner le regard, une autre partie mise sous cage, aimerait pouvoir garder le contact avec l’horreur de la réalité d’un meurtre. Culpabilité catholique ou morale systémique, le glauque dérange et doit être caché. C’est sûrement cette pudeur d’ailleurs, qui rend le sujet d’autant plus attirant.

C’est précisément cette tension que You capte et nous offre. Lorsqu’elle débarque sur Netflix en 2018, avec pour personnage principal un serial killer à la voix intérieure omniprésente, la série offre une expérience inédite : elle nous invite non seulement à observer le crime, mais à l’accompagner. On peut enfin assumer cette envie de regarder.  Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre donne voix à un meurtrier — Le Silence des Agneaux, ou American Psycho l’avaient fait avant — mais You démocratise ce point de vue et le rend accessible au grand public, sur une plateforme aussi massive que Netflix, à peine un an après Me Too. 

L’entrée dans le psyché de Joe Goldberg est déroutante, dérangeante et… addictive, et pendant cinq saisons, on n’a cessé d’en redemander.

 

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hello, You.

Je suis tombée sur You quelques jours après la sortie de la première saison. Je devais avoir 16 ans, à peu près. Sur l’écran d’accueil de Netflix, le visage de Penn Badgley s’impose, brisant le quatrième mur pour me lancer un : « Hello there… ». Il est complètement terrifiant, mais le preview est tellement parlant que je n’ai pas besoin de lire le résumé. Je clique. Dans la série, le personnage de Joe n’est pas aussi inquiétant que le teaser le laissait croire. Il y est aussi beau que Penn Badgley l’a toujours été, il est attentionné et en plus il travaille dans une librairie à New York. On leur pardonne même presque les dialogues un peu gênants.

C’est ce qui fait le charme dissonant de la série : ça parle de meurtre, mais passé sous le coup de l’amour et de l’image littéraire,  le tout avec un filtre de caméra doux et un cadre « romantique ». Tout est en place pour entrer de notre propre chef dans la cage de Joe. Et en nous faisant volontairement entrer dans la cage dorée d’un monstre, la série nous rend à la fois complice et victime.

Folie à un qui se veut deux

Au fur et à mesure des saisons, la folie de Joe est de plus en plus terrifiante et incontrôlable. Même si on sait que c’est un assassin, on se laisse manipuler. Il a toujours une bonne raison. Il aime. En effet, si You nous attire si facilement, c’est aussi parce que le visage qu’elle lui donne est très séduisant.

Joe Goldberg n’a rien du monstre classique, rien du monstre qu’on imagine dans ce genre de situations. Il est beau, cultivé, charmant. Il cite des romans sans effort et bosse donc dans cette librairie indépendante. Et surtout, il semble capable d’un amour absolu. Penn Badgley incarne à la perfection cette figure du manipulateur : celui qui avance masqué, qui ne montre jamais son vrai visage, et qui gagne votre confiance avant de la détruire.

À travers Joe, You ne se contente pas de raconter une histoire de meurtre : elle met en scène une mécanique d’emprise émotionnelle glaçante.

You (Saison 1) avec Penn Badgley et Elisabeth Lail Netflix © 2018
You (Saison 1) avec Penn Badgley et Elisabeth Lail Netflix © 2018

Joe Goldberg : un archétype

Comme je le disais, tout au long des saisons, Joe donne de nombreuses raisons pour justifier ses crimes. Celle qui revient le plus souvent ? Protéger celle qu’il aime et sa peur de l’abandon. Ahem. Au bout de cinq saisons où chaque femme aimée devient cible, on pourrait se dire que le concept de la série tourne en rond, et pourtant non, on ne se lasse absolument pas. En tout cas, moi non.

Si la série plait autant c’est avant tout pour son côté irréaliste. Ce n’est pas logique qu’il s’en sorte autant à chaque fois, sur cinq saisons. On veut voir jusqu’où il ira pour justifier ses crimes, aussi persuadé qu’il est d’être innocent, et de juste vouloir aimer et protéger. 

Il y a presque une tension comique à cette série. On a presque l’impression que Penn Badgley tente de le mettre en exergue dans son langage corporel, son phrasé. Les gestuelles, les réactions de Joe sont tellement extrêmes, tellement clichés, qu’on en vient à souffler du nez. C’est pas possible qu’il réussisse à berner autant de femmes. Autant d’hommes. Autant de monde. Lui-même. C’est pas possible qu’il réussisse autant à s’en sortir. Et pourtant si. Un constat :  l’impunité d’un beau mec blanc hétéro est toujours aussi puissante en 2025. On a beau taper du pied, on ne peut pas nier les faits.

Les manipulateurs agissent par tactiques, il y a des signes qui ne trompent pas. Des réflexes, des gestes et des regards qui ne trompent pas. Joe en est devenu l’archétype. La caricature du manipulateur qui en vient au meurtre pour justifier son amour. La perspective est tellement assumée, elle paraît presque logique dans le développement de l’intrigue. Et le spectateur est autant pris au piège que Beck, Love, Marienne, Kate ou Brontë. on sait qu’on ne devrait pas se laisser avoir, mais on se laisse faire, saison après saison. Jusqu’au dénouement final. 

Fantasmez sur Penn, pas sur Joe (ou sur personne en fait)

L’une des forces de You est d’avoir transformé Joe Goldberg en anti-héros adoré et détesté à parts égales. Très vite, une partie du public a fantasmé sur lui. Même face à l’accumulation des horreurs, beaucoup ont continué à trouver des excuses à ses actes.  Ce phénomène n’est pas anodin et s’observe dans le rapport de certain.es face à de vrais serial killers. Il révèle à quel point notre regard peut être biaisé par le charme, la culture, l’apparente vulnérabilité d’un homme. La série le sait, elle le manipule même volontairement. You force le spectateur à se demander : « Pourquoi ai-je envie qu’il s’en sorte ? » — et cette question est parfois plus dérangeante que n’importe quel meurtre mis en scène à l’écran.

En effet, la série a révélé chez beaucoup d’internautes une forme de misogynie internalisée impressionnante. Lorsqu’à la sortie de chaque saison, on lit les réactions en ligne, on remarque la facilité des gens à blâmer… non pas Joe… mais ses victimes. Beck est jugée trop fade. Love trop folle et menaçante. Kate, Marienne et Brontë n’étaient tout simplement pas assez jolies. Ces réactions à vomir reflètent ainsi toute l’influence du personnage de Joe. Il réussit même à en piéger les non-concerné.es.

You : Un final réussi ?

[ATTENTION : SPOILERS DE LA SAISON 5 JUSQU’À LA FIN DE L’ARTICLE]

Venons-en donc à la saison 5. Le final de la saison 4 aurait pu être un dénouement approprié dans la logique du personnage : en impunité totale, il atterrit désormais tout en haut de la chaîne alimentaire, désormais marié à Kate Lockwood, riche femme d’affaires. Un final en demi-teinte mais aussi cynique que le voudrait son personnage. Les auteurs de la série en ont décidé autrement et c’est peut-être pas plus mal, finalement.

On retrouve Joe trois ans après la fin de la saison 4 et il vit sa nouvelle vie sous les projecteurs, affublé d’un nouveau sobriquet : Prince charming. Ça fait rager. Et ça fait rire. Un rire d’outrage. C’est prévisible, mais on est quand même un peu contents de le retrouver.

Très vite, on rencontre la nouvelle fixation de Joe : Bronte. Si d’entrée de jeu, sa connection à Beck semble un peu capilotractée, sa place dans l’intrigue est primordiale. On sait très vite qu’elle est plus jeune que Joe, écrasée par un désir d’écriture qui la dépasse, et traumatisée par la longue maladie qui a emporté sa mère. Elle est complètement vulnérable, ce qui est d’ailleurs démontré vers l’épisode 4 : «  You don’t realise how much power you have over me. » lui déclare-t-elle. La cible parfaite, donc, qui malgré tous les rebondissements de la saison, tombera un temps dans son piège. Bonus : elle est suffisamment grande gueule pour ne pas être l’oie blanche que l’on attend des victimes d’abus et l’arrivée de son personnage a, lui aussi, fait réagir négativement le public en ligne. Surprenant ? Pas vraiment.

Joe (Penn Badgley) et Bronte (Madeline Brewer) dans la saison 5 de You
Joe (Penn Badgley) et Bronte (Madeline Brewer) dans la saison 5 de You (Netflix © 2025)

Serial manipulator

Ce qui a permis à la série de survivre cinq saisons, c’est le développement constant de la personnalité de Joe. Au fur et à mesure, le meurtrier dévoile des failles de plus en plus grosses (si tant est qu’elles ne les étaient pas déjà) et on peut creuser plus profondément dans son psyché. Ce qui parfois pouvait être perçu comme une simple « raison à ses meurtres » est de plus en plus condamnée alors que la série progresse. Ou alors, c’est juste moi qui ai grandi entre temps et repère mieux les signes. La focalisation est de moins interne à Joe et on commence à respirer et entendre d’autres voix. La saison 5 en a donc été la plus aboutie de ce côté là, là où la saison 4 laissait à désirer. Cette fois, la série assume pleinement la manipulation qu’il exerce sur les femmes autour de lui, tentant petit à petit de nous en faire sortir aussi.

Dans la course poursuite du dernier épisode où Penn Badgley signe peut-être sa performance la plus impressionnante, Joe hurle à Bronte, alors libérée de son emprise : « I made you special Bronte and you’re too selfish to know how good you’ve had it« . En volonté d’être Pygmalion, Joe se sent légitime de prendre des filles vulnérables et tenter de les modeler à son image, leur promettant un amour sans borne. Et malheur à celle(s) qui sortirai(en)t du cadre. 

Être victime d’abus est d’une violence inouïe, surtout quand on ne trouve pas de refuge. La série le retranscrit plutôt bien. La mention spéciale revient à Marienne, qui après avoir dû simuler sa mort pour lui échapper, revient et délivre peut-être le discours le plus émouvant de la série lors de l’épisode 9. Un passage qui nous rappelle qu’on a toutes été un peu Bronte, Marienne ou Kate. Et que certaines d’entre nous finissent malheureusement par être Beck.

But You’re a creep

Mais la scène finale de la série est sûrement la plus mémorable de la série. Joe finit donc emprisonné, seul, comme il l’a toujours craint. Après s’être pris une balle dans l’entrejambe par Bronte, sa masculinité est réduite à néant et son image publique est détruite. Une fin parfaite à cette série imparfaite donc, qui se boucle sur un énième monologue de Joe… qui est…scandalisé que le sort s’acharne ainsi sur lui, un pauvre innocent qui voulait juste trouver la femme de sa vie. Ça en devient juste comique, ce refus de voir le problème en face. Dans un dernier regard face-caméra glaçant, il affirme : « Peut-être que le problème, c’est pas moi…mais toi. » Le personnage est cyclique et n’évoluera pas.

Ainsi, You aura montré, saison après saison, qu’il est facile de se laisser séduire par les monstres quand ils savent nous parler d’amour. Joe Goldberg n’a pas changé et il ne changera pas. Mais peut-être que nous, spectateur.rices, devons apprendre à ouvrir les yeux — même quand c’est séduisant de les fermer.

Bye-bye Joe ! (Netflix © 2025)
Bye-bye Joe ! (Netflix © 2025)

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Curieux bijoux que ce Décaméron sorti sur Netflix cet été sans grande promotion. Pourtant, cet objet télévisuel hors normes s’ose à mélanger les genres et les époques, situant son intrigue en pleine épidémie de peste en 1348 pour mieux lui offrir un traitement et un ton d’une grande modernité. Au milieu de sujets de lutte des classes, de survies, de sexe comme de sexualité, à travers ses actions barrées et ses drames finement écrits ressortent deux messages : l’amour est un fardeau aux visages pluriels et les histoires contées sont celles qui changent les trajectoires.

Le Décaméron NetflixLe Décaméron de quoi ça parle ?

Située à Florence en 1348, alors que la peste noire frappe fort, la série suivra une poignée de nobles qui sont invités à se retirer avec leurs serviteurs dans une grande villa de la campagne italienne et à attendre la fin de la peste avec des vacances somptueuses. Mais alors que les règles sociales s’amenuisent, ce qui commence comme une aventure sexuelle imbibée de vin dans les collines de la Toscane va se transforme en lutte pour la survie.

Le Décaméron pourquoi c’est bien ?

Le Décaméron LiciscaA l’origine, le Décaméron est un recueil de 100 nouvelles écrites en italien par Boccace entre 1349 et 1353. Du matériel d’origine il restera la peste et l’isolement de nobles dans une demeure pour fuir la maladie. Si le roman se base sur le décalage entre l’insouciance du recul d’un lieu décrit par paradisiaque et l’horreur de la peste noire, la série Netflix n’aura elle aussi de cesse de jouer sur des décalages.

Le premier est d’ailleurs le ton et le langage. Nos nobles et leurs serviteurs, en costume d’époque, retirés dans une villa de rêve alternent constamment entre tournure de phrases en vieil anglais et mot actuels, les « fuck » y allant bon train sans jamais rendre l’un ou l’autre incohérent. Ce jeu rend le tout immédiatement attractif comme le recul évident qui est pris avec la maladie dans les premières minutes. La mort étant autant quelque chose que l’on fuit qu’un sujet relayé au second plan de problématiques bien plus terre à terre ou humaines : gloire, fortune et statut social en tête. D’ailleurs l’humour est immédiatement utilisé comme une arme. Un humour pince sans rire, absurde et souvent à l’anglaise. D’un récit qui pourrait s’adresser à un public averti en quête de nourriture intellectuelle, la série va rapidement prendre le plie de s’adresser au plus large public possible sans jamais pour autant le prendre de haut. En seulement 8 épisodes, la mini série saura par ailleurs changer son discours et la trajectoire de ses personnages, à tel point qu’en fin de course, le souvenir de leur première apparition paraitra bien lointaine. Le Décaméron nous fera ainsi aimer follement ses personnages, se jouant de nos sentiments premiers à leurs égards.

La peste ou le choléra ?  La lutte des classes !

Le Décaméron - Pampinea et Misia
Pampinea et sa servante
Misia

De prime abord, la série semble traiter de lutte des classes. C’est l’un des sujets qui sera le fil rouge des premiers épisodes. Déjà parce que une servante et une noble vont par un concours de circonstance et une belle rébellion échanger leurs places. Lorsque Filomena (Jessica Plumer que vous connaissez grâce à Sex Education mais dont vous découvrirez ici une nouvelle facette) et Licisca (Tanye Reynolds) échangent les rôles, la servante au grand coeur finit par se comporter comme la noble qu’elle jugeait. Trucs et astuces pour séduire et assurer son futur se mêlent à un profond besoin de liberté. La seconde, elle, fera également son chemin de croix, mais sans jamais perdre de vue les traits qui la caractérisent s’affirmant plus en tant que personne une fois les besoins du statut mis de côté.

Sirisco (Tony Hale ) et Stratilia (Leila Farzad à retrouver au casting de l’incroyable série Kaos), privés de leur maître et devant mentir sur le sujet, deviennent eux même les « Scapin » et maîtres de la villa à leur insu, magouillant pour reproduire, malgré les circonstances extérieures, le schéma auquel ils sont habitués. L’idée de ne pas être de simples serviteurs mettra son lot de péripéties avant de leur arriver en tête. Et là encore la série questionnera, lorsqu’un peu de pouvoir vous est donné faites-vous mieux que celui qui l’avait avant vous ?

Tindaro, le malade imaginaire, renverra quant à lui une image du népo kid terrible. Auto-centré, mysogine, cherchant une attention constante. Il finira lui aussi par changer de trajectoire, grandissant à l’écran comme pour mieux prouver que même le pire d’entre nous peut s’améliorer sans jamais devenir pour autant parfait. Rédemption y es-tu ?

Le sujet de la religion est lui aussi abordé pour mieux être moqué. La pieuse Neifilie prête à tout pour être sauvée par Dieu est rapidement tournée en ridicule, cherchant Dieu jusqu’au plus absurde des comportements. Pourtant et finalement c’est bien loin de l’amour divin qu’elle trouvera sa rédemption, mais sur un chemin de vie allant à l’encontre de son éducation chez les nones. Un parcours qui lui fera d’abord questionner le péché de chaire. Puis, il lui permettra aussi d’aimer pleinement, sans jamais douter, son mari homosexuel, faisant un pied de nez magnifique au traitement habituel du religieux pour les questions LGBT +.  Mais nous y reviendrons plus tard. De leurs côté, les mercenaires, parlant au nom de Dieu sont dépeint comme les plus cruels des personnages qui, soit disant au nom du Divin, ont des problématiques bien plus terre à terre et propres à l’avarice.

Le Décaméron ou L’amour, fardeau aux nombreux portraits

Le Décaméron Panfilo Neifile
Panfilo et Neifile, l’amour a bien des visages

Mais là où le Décaméron fait fort c’est lorsqu’il parle d’amour. Oubliez l’amour romantique, il n’a qu’une petite place dans l’univers de la villa, elle même personnage à part entière de notre histoire.

Il serait dommage de ne pas d’abord parler du couple Neifile / Panfilo. Leur intrigue et leur histoire est probablement le plus beau traitement de ce que signifie aimer vu sur petit écran. Il leur suffira de quelques scènes en milieu de série pour réchauffer et serrer les coeurs. Lui, le noble malin, aux mille idées pour magouiller leur avenir. Elle, la douce et pieuse qui ne cherche qu’à obéir à Dieu. Le couple marié partage une véritable complicité mais ne partagent pas la couche. Panfilo est un homme homosexuel qui ne peut l’assumer – du moins en est-il persuadé- au grand jour. Lorsque les masques tombent et qu’enfin chacun.e apprend à s’ouvrir entièrement à l’autre, alors la plus belle des amitiés et le plus incroyable des attachements vient à se livrer à l’écran. Et ce jusque dans la toute dernière scène de nos époux qui s’aiment à la folie en son sens le plus noble.

L’amour il peut aussi être toxique. C’est le cas de la relation entre Pampinea, le personnage le plus détestable du show et sa servante Misia. Pampinea,  prête à tout pour être mariée, attachée à sa dot qui aura elle aussi une place à part dans l’histoire, l’argent y est donc personnifié, ne fera que montrer le pire d’elle même en toute action. Mais Misia lui voue une totale dépendance affective. Cette relation tient l’une des places centrales de la série. Son évolution, sa mise en place et les conséquences souvent tragiques pour tous.tes qui en découlent.

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THE DECAMERON. Tanya Reynolds est Licisca et Jessica Plummer est Filomena

L’amour au sein d’une fratrie aussi torturée soit elle, la découverte du premier amour pour Liscisca qui lui servira de rédemption, l’amour d’un lieu, d’une communauté, mais aussi celui d’une mère pour son enfant, l’amitié sincère et celle qui voudrait bien devenir un lien de parenté, tous sont abordés. Mais pour mieux en parler il faudrait tout spoiler, ce que l’on évitera de faire ici.

La dernière fête avant la fin du Monde

Au dessus de l’aventure de nos personnages, le visage de la mort plane sans cesse. Il a pris d’assaut Florence et le Monde, la maladie y règne. Alors, dans un confinement qui n’est pas sans rappeler ce qu’on a pu vivre avec le COVID, on tente de garder le visage de la norme. Ne l’avons nous pas fait aussi à coup d’apéros Skype pour croire en un quotidien plus classique ?

Ici les fêtes vont bon train, on mange et on boit à plus soif alors que dehors la faim règne. Derrière les sourires, l’ombre d’une mort certaine, peut-être prochaine et le poids du deuil. Misia personnifie la perte et pourtant, celle-ci sera constamment éclipsée pour lui préférer les faux semblants et les faux drames nourrirent par Pampinea.

Le sexe est de la partie, il a de nombreux visage mais son premier n’est autre que celui de Dioneo, médecin beau gosse qui fera fantasmer et douter la villa toute entière. Il est la personnification de la liberté autant que de la tentation. C’est par lui que tout commence mais pas nécessairement que tout finit.

Ce Décaméron prend tous les visages du drame, tous ceux du tragi-comique et sert autant à déverser quantité de message qu’à divertir. Puisque, et c’est aussi là sa force, il tient surtout à mettre le récit en son coeur. C’est le récit qui peuple le livre d’origine et les histoires que se content les nobles pour passer le temps. Ce sont les récits pluriels de nos personnages qui viendront nous chambouler et nous amuser au cours d’une série hors cases. Et c’est le même récit qui conclue notre show. Celui qui rappelle que toutes les histoires sont intemporelles et que qu’importe leur temps et leur lieu, elles parleront à tous.tes pourvu qu’elles soient bien contées.


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