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Rodolphe Burger
 Crédit photo: Julien Mignot

 C’est dans son appartement parisien que Rodolphe Burger a accepté de répondre à mes questions. Attablés, nous discutons pendant plus d’une heure, sans voir le temps défiler. Passionné de son œuvre et de sa carrière, je l’écoute avec attention parler de sa vision du rock. C’est avec étonnement et grande satisfaction de ma part qu’il se livre avec jovialité sur des sujets divers et variés. La discussion se construit autour de thèmes sur lesquels j’ai longtemps souhaité l’entendre parler, notamment sur le son, la production, ses influences, sa vision de la musique… Un moment comme il en est rare, qu’une voix de conte, celle d’un éternel passionné, aura mené avec enthousiasme. Plein d’étoiles dans les yeux au moment de m’en aller, je le quitte avec le sentiment d’avoir franchi une étape : celle d’une ouverture et d’un élargissement de mon horizon musical. Voici donc la synthèse écrite de ce qu’il m’a raconté, aussi bien sur son nouvel album prévu pour le mois de juin prochain que sur son amour pour le son.

 Pour rappel, Rodolphe Burger, né en Alsace et leader du groupe Kat Onoma dans les années 80/90, est un artiste important du paysage musical français, ayant collaboré avec les plus grands: Jacques Higelin, Alain Bashung, Rachid Taha… Dans une démarche indépendante depuis ses débuts, il détient son propre label : « Dernière Bande ». En 2001, il crée un festival « C’est dans la Vallée », à travers lequel il fait vivre de musique la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines en Alsace. Sa carrière solo, conséquente, réputée notamment pour ses albums Cheval-Mouvement et Meteor Show, se poursuit encore aujourd’hui sans limites, et dans un perpétuel renouvellement. 

Je souhaite débuter avec une question assez générale, pour essayer d’en apprendre un peu plus sur vous, surtout pour notre audience qui ne vous connaît pas forcément. Je voulais ainsi savoir ce que vous faîtes de vos journées ? Quel est le quotidien de Rodolphe Burger ?

Rodolphe Burger : Du fait de la démultiplication des projets, je suis rarement désœuvré. Je suis même plutôt sur-occupé, notamment par les concerts. Il y a évidemment les tournées mais à côté de cela, je fais aussi des concerts un peu particuliers qui sont des petites créations. Celles-ci sont liées à des évènements qui demandent beaucoup de préparation. J’ai la chance d’être sollicité et d’avoir régulièrement des propositions qui ne se refusent pas. J’adore les commandes, souvent très stimulantes, qui nous permettent d’aller à des endroits que l’on n’aurait pas soupçonnés.

En effet, vous faîtes beaucoup de scène, pas forcément dans le sens commun du terme, à savoir des concerts classiques, mais vous semblez particulièrement attaché au fait de jouer devant un public, quel qu’il soit, pour divers évènements.

Rodolphe Burger : Oui, c’est une dimension de la musique qui me plaît, le fait que cela se pratique évidemment devant un public mais aussi à plusieurs. Comme je suis dans une démarche indépendante, j’ai une petite équipe avec laquelle on organise quelque fois des évènements plus confidentiels, comme par exemple des « thé dansants ». On ne boit pas de thé et on ne danse pas, mais on se retrouve le dimanche après-midi dans des endroits tenus secrets. Ce genre de projets est vraiment à part. C’est hors promo, hors commande.

 Aussi, j’apprécie beaucoup les passages en studio, le fait que l’on essaye d’être dans une sorte d’état et de dynamique proche de celle du live. Quelque chose de l’ordre de la performance.

Ce que j’aime, c’est cette variété de situations.

Donc si je comprends bien, vous dédiez toute votre vie à la musique ?

Rodolphe Burger :  Tout à fait, cela fait longtemps maintenant. Il y a eu des années où j’étais en parallèle sur la musique et d’autres activités, avant de faire le choix de ne faire que ça. J’ai recommencé à faire de la musique au moment où j’ai débuté l’enseignement de la philosophie. Il y eut plusieurs années où j’étais donc à cheval entre ces deux occupations. C’était étrange, assez inconfortable et en même temps intéressant d’être engagé à 100% dans deux choses qui ne sont pas forcément compatibles.

Actualités

« On a eu envie avec Erik Marchand et les musiciens qui nous accompagnent d’écrire un deuxième chapitre à cette collaboration » 

J’ai vu que vous alliez bientôt entamer plusieurs dates avec Erik Marchand, avec qui vous aviez fait un album en 2004. A quoi doit-on ces retrouvailles ?

Rodolphe Burger :  Oui, il y a un projet nouveau. On a eu envie avec Erik Marchand et les musiciens qui nous accompagnent d’écrire un deuxième chapitre à cette collaboration. Nous avons déjà fait un disque du nom de « Before Bach ». C’était assez étonnant et improbable. On doit ce genre de situations à des circonstances particulières, des amis… Ce sont souvent des résultats inattendus, une chose en provoque une autre. J’avais fait ce disque avec Olivier Cadiot, « Hôtel Robinson », sur l’île de Batz en Bretagne. J’ai donc joué à cette occasion à Morlaix, dans un petit théâtre. J’ai proposé à mon ami Joran Le Corre, qui programme le Festival Panorama, de choisir des invités, parmi lesquels figurait Erik Marchand. S’en est suivi une connexion particulière sur un morceau. Il se trouve qu’à ce concert assistait Jacques Blanc du Quartz de Bretz. Il souhaitait à tout prix un prolongement de cette collaboration. Il nous a alors commandé une création, que nous avons fait dans mon studio en Alsace. S’en est suivi un disque, et des concerts… Nous l’avons rejoué il n’y a pas si longtemps en Bretagne. C’était un grand plaisir de le retrouver et on a vu que le public réagissait encore mieux maintenant. On a donc voulu donner une suite à ce projet, suite que nous avons enregistré il y a quelques semaines, qui donne vie à un nouveau répertoire, que nous allons bientôt présenter en concert. L’album n’est pas encore mixé donc nous n’avons pas encore de date de sortie.

A côté de cela, il y a mon nouvel album solo qui est prévu pour juin mais aussi d’autres projets comme celui avec le Couscous Clan, le groupe que j’avais avec Rachid Taha, que l’on a décidé de poursuivre avec des invités, dont un stupéfiant chanteur de raï : Sofiane Saïdi. Il y aura surement un disque à venir autour de ce projet.

Carrière

« Quand tu écoutes le Velvet, tu ne penses pas à Ornette Coleman, mais de savoir qu’ils allaient écouter sa musique en ayant l’intelligence de ne pas vouloir jouer dans la même cour, montrait qu’ils connaissaient leurs limites. Je veux dire, à aucun moment ils ne se sont pris pour des musiciens noirs » 

Et vous avez un public autour de vous qui vous suit dans n’importe quelle nouveauté et épreuve ? Car vous jouez dans des endroits pas forcément réputés et qui bénéficient de très peu de publicité j’imagine.

Rodolphe Burger :  Oui, bien sûr. Nous sommes à beaucoup d’endroits différents. Moi j’aime beaucoup cela. C’est ce que les situationnistes appelaient la dérive sociale : d’être dans un mouvement, de traverser des situations, des lieux, d’être dans une expérimentation permanente et de ne surtout pas être figé dans un fonctionnement unique. Je crains évidemment la routine.

Vous faîtes partie de ceux qui font le plus de choses diverses et variées, et toujours selon un même esprit. Vos projets semblent se répondre entre eux. On ressent un lien solide, un fil conducteur, une colonne vertébrale bien constituée.

Rodolphe Burger : Oui voilà, c’est ce que j’espère. Je ne pensais pas que cette aventure dans la musique m’amènerait à cela. Comme je le disais il y a quelques minutes, il faut tel projet pour m’amener à faire quelque chose que je pensais impossible. Récemment, j’ai fait une création autour du Lenz de Büchner et je me suis retrouvé à chanter du Schubert, ce que je n’aurais jamais imaginé possible. Dans mon prochain album, il y a d’ailleurs deux lieder de Schubert. J’aime être surpris moi-même par ce que la musique m’amène à faire. Tout cela est guidé par la musique elle-même, par les rencontres. Cette dimension est fabuleuse, car elle ne passe pas seulement par le langage. L’intuition est davantage mobilisée, et suit l’idée d’un mouvement rapide et consistant. Ce n’est pas fumeux. C’est quelque chose de très concret.

 

Before Bach, l’album avec Erik Marchand, le montrait très bien. C’est l’exploration d’une langue, le breton, donc la représentation d’un voyage hors de votre monde, adapté à votre propre identité.

Rodolphe Burger : Cela suppose d’être à la fois à sa place, de ne pas se sentir menacé, et d’être en même temps ouvert au langage de l’autre, curieux. C’est quelque chose qui n’est pas immédiat. Les années Kat Onoma étaient des années bien plus centrées sur nous-mêmes, dans notre laboratoire, à fabriquer notre son et à la recherche d’une identité, au détriment parfois de relations extérieures. C’est plus tard que j’ai pris goût à la rencontre et que j’ai réalisé son importance. Un épisode qui m’a permis d’envisager de faire une création avec Erik Marchand par exemple, c’est l’expérience que j’ai eu au préalable avec un groupe afghan, à Strasbourg, une situation ponctuelle de soutien à l’Afghanistan. C’était un groupe en exil. En répétition je marchais sur des œufs, j’étais inquiet, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire. J’étais ébloui par leur façon d’articuler les thèmes, et je m’aperçois que tout leur concert est en do dièse. Les variations viennent du rythme, de la mélodie elle-même, sans changements harmoniques. Il a fallu que je trouve une façon de me glisser là-dedans. J’y allais à petit pas, j’étais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, avec ma guitare électrique, au milieu d’un ensemble acoustique. En fait j’ai découvert qu’ils attendaient une seule chose de ma part : que j’envoie le gros son. Lorsque je m’y suis mis, je les ai vu sourire. Cet épisode m’a en quelque sorte désinhibé. Il faut assumer d’être soi-même, avec ses limites et tout ce qui s’en suit, puis trouver un moyen de communiquer.

C’est ce qui est impressionnant avec votre œuvre. Vous avez une base solide, autour de laquelle vous gravitez sans vous répétez. Quoiqu’il y a cette forme de répétition qu’est la reprise constante de vos propres morceaux, chose à laquelle vous êtes attachés depuis toujours. D’où vient cette obsession ?

Rodolphe Burger : La reprise, c’est quand même le béaba. Au début en tout cas. Les groupes de rock commencent généralement par faire des reprises. C’est l’école des autodidactes. Personnellement, j’ai une pratique de la reprise qui n’est pas vraiment celle-là, même s’il m’arrive d’en faire en tant que pur hommage. La plupart du temps, ce sont des reprises très interprétées. Je trouve que cela permet de raconter quelque chose de plus. On est d’emblée dans un contrepoint. Au fond, j’éprouve la même chose avec mes propres morceaux.

Oui, parce que vous reprenez beaucoup de vos morceaux.

Rodolphe Burger : Oh oui, avec Olivier Cadiot, nous avons au moins 50 versions de « Cheval-mouvement ». Avec Kat Onoma, nous avions déjà cette pratique-là. Quand j’ai fait un disque avec Philippe Poirier récemment qui s’appelle « Play Kat Onoma », dans lequel nous avons repris des anciens morceaux, c’était un grand plaisir. Reprendre Kat Onoma comme si on reprenait les morceaux d’un autre groupe. Au fond, c’était un répertoire.

Vous avez traité vos morceaux d’une manière totalement différente, beaucoup plus calmement…

Rodolphe Burger : Oui, en laissant plus de place au français. C’est un album dédié à Jack Spicer, poète américain qui avait déjà inspiré Billy the Kid, l’album de Kat Onoma. A l’époque, je n’imaginais pas donner autant d’importance au français. Là, ce fut possible. C’est beaucoup plus minimaliste. Il y a cet écart intéressant étant donné que c’étaient des morceaux que nous n’avions pas joués depuis quinze ans. Ce fut enrichissant d’aller à l’os de la chose, de tester ce qui tient, sur quoi cela repose, en quoi cela consiste exactement. D’être dans une épure autant que possible, quitte ensuite à lui donner du développement. Cette démarche du minimalisme, Kat Onoma la pratiquait déjà. Par exemple, cette reprise de « Wild Thing » de Jimi Hendrix : elle tenait sur trois accords, on allait jusqu’au silence puis on repartait de ce silence…

Bouleversant… C’est cette reprise qui m’a fait découvrir Kat Onoma. A l’époque d’ailleurs, je pensais que c’était une chanson originale, et elle m’a fait un effet indescriptible.

Rodolphe Burger : Tu n’es pas le seul à avoir pensé que c’était une chanson originale (rires).

Vous avez également dédié un album entier à des reprises du Velvet Underground. Comment est né ce projet ? Par passion ?

Rodolphe Burger : Par passion évidemment, mais à la base, c’est lié à une commande de création que l’on a faite en live au théâtre de Sète. Ça a été guidé par le plaisir. Je me suis demandé avec qui j’avais envie de faire ça, de me plonger dans ce répertoire merveilleux.

Et encore une fois, vous êtes parvenu à l’intégrer à votre univers.

Rodolphe Burger : Surement, mais en déformant beaucoup moins. C’est investi avec énormément de jubilation et de chaleur, alors que le Velvet s’obligeait à être très froid, s’interdisait le groove, la chaleur. C’était un tel bonheur de réactiver ces morceaux et revérifier à quel point c’est vivifiant, vivant… Alors qu’à l’époque, on avait l’image de quelque chose de morbide.

Le Velvet vous a suivi durant toute votre carrière.

Rodolphe Burger : Oui, oui, le Velvet a été très important, comme une influence, mais surtout comme un exemple. On pouvait projeter beaucoup de choses sur ce groupe. Quand j’ai appris qu’ils étaient fan d’Ornette Coleman, j’ai été à la fois surpris et très content. J’aimais aussi beaucoup cet artiste, même si je l’ai découvert après. Quand tu écoutes le Velvet, tu ne penses pas à Ornette Coleman, mais de savoir qu’ils allaient écouter sa musique en ayant l’intelligence de ne pas vouloir jouer dans la même cour, montrait qu’ils connaissaient leurs limites. Je veux dire, à aucun moment ils ne se sont pris pour des musiciens noirs.

Rodolphe Burger
Crédit photo : Julien Mignot

Nouvel album

« Nous avons enregistré quatre morceaux de Kat Onoma, dont un sera sur l’album, dans une version nouvelle et avec un invité » 

Pour revenir à votre nouvel album que vous avez brièvement mentionné, vous n’avez encore rien annoncé. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Rodolphe Burger : Le disque est fini. Je réfléchis en ce moment au visuel. Il sortira en juin. Il y aura une tournée en automne qui suivra.

Il a été enregistré dans votre studio en Alsace ?

Rodolphe Burger : Tout à fait. Entièrement là-bas. Ça a été une expérience incroyable, je n’ai jamais fait un disque de cette façon. Ce qui était inhabituel, c’est l’enchaînement de deux albums solos aussi proches dans le temps.

 On rappelle que GOOD est sorti il y a trois ans, en 2017, et que No Sport, le dernier album solo avant GOOD, remonte-lui à 2008.

Rodolphe Burger : Voilà. Il y a eu plusieurs projets entre No Sport et GOOD, dont Play Kat Onoma, l’album dédié au Velvet et l’hommage à Mahmoud Darwish. Mais en effet, pas d’albums solo. Or, j’étais tellement content de la formation live de « GOOD », ce trio que je forme avec Sarah Murcia et Christophe Calpini, que je leur ai proposé de repartir rapidement en studio enregistrer de nouvelles choses, sans volonté particulière de faire un disque. J’avais quelques idées et tout s’est fait incroyablement vite, dans une entente assez étonnante. J’ai adoré toutes les formations avec lesquelles j’ai tourné. Avec le temps, j’ai pris goût à la forme trio. J’avais trouvé géniale celle de No Sport avec Alberto Malo et Julien Perraudeau. Quand je change de formation, c’est surtout par défi de renouvellement, et non par lassitude. D’ailleurs, je continue à collaborer avec plusieurs musiciens avec lesquels j’ai joué. Je pourrais demain jouer avec Kat Onoma. Il y a quelque chose qui, pour moi, reste toujours là. Quand on a rejoué avec Philippe Poirier par exemple, ce fut immédiat, comme si rien n’avait changé.

Mais pour revenir au nouvel album, je dirais qu’il y a eu l’envie de ne pas s’arrêter en si bon chemin. On a ainsi passé des moments magnifiques dans ce studio. On travaille incroyablement sans s’en rendre compte, c’est un immense plaisir. Le disque s’est fait de cette manière-là, sans que je me pose de questions de cohérence, en m’abandonnant totalement au désir du moment. Je me suis retrouvé avec des morceaux extrêmement disparates, au point de me demander si j’allais parvenir à construire un album.

Vous êtes finalement parvenu à assembler les pièces d’une manière qui vous plaît ?

Rodolphe Burger : Oui, j’en suis très content, c’est un disque extrêmement libre.

Un disque dans la continuité de GOOD ?

Rodolphe Burger : Il y a à la fois des choses qui s’en rapprochent fortement, surtout au niveau du son, cette porte qui s’est ouverte et que je souhaite explorer davantage. Il y a même des morceaux qui vont un peu plus loin dans la même direction il me semble. Et d’autres choses qui sont tout à fait différentes. On peut faire une reprise d’un morceau de rocksteady avec à côté un lieder de Schubert.

 Est-ce que vous reprenez des anciens morceaux à vous comme vous en avez l’habitude ?

Rodolphe Burger : Nous avons enregistré quatre morceaux de Kat Onoma, dont un sera sur l’album, dans une version nouvelle et avec un invité. Mais je ne veux pas encore tout dévoiler, à ce rythme il n’y aura plus de surprises (rires).

Clips et art visuel

« Notre album Far From the Pictures attestait plus ou moins de notre distance par rapport à l’image » 

Parlons d’autres choses alors, je ne voudrais pas être trop curieux (rires). J’ai vu sur votre chaîne Youtube plusieurs clips, parfois étranges, autour de votre précédent album. Le morceau « GOOD » bénéficie par exemple de deux clips. J’ai l’impression que l’un d’eux est plus officiel que l’autre, même si les deux en portent le marqueur.

Rodolphe Burger : C’est une histoire qui me tient à cœur, même si je n’ai pas vraiment communiqué là-dessus. Sur « GOOD » j’ai eu envie de proposer à des jeunes vidéastes issus d’école d’art de réaliser des clips totalement libres. C’était à eux de choisir le morceau qui les intéressait, c’était comme un exercice. Eloigné de toute idée de clip promotionnel. Il y a eu en effet une autre proposition de clip sur le morceau « GOOD », différente de celle qu’avait imaginé Patrick-Mario Bernard, le réalisateur du film GOOD.

Quel est votre rapport aux clips ? Personnellement, j’ai toujours beaucoup de mal, je trouve qu’ils dénaturent quelque chose de la musique, je peine souvent à les regarder. Je préfère écouter le son sans visuel.

Rodolphe Burger : Je suis tout à fait de ton avis. A l’époque de Kat Onoma, on a vu naître l’image comme accompagnement indispensable de la musique. On ne connaissait pas cela, et on était quelque peu réticent. On avait beaucoup de mal. C’était le règne de MTV, M6, des boîtes de pubs qui fourguaient leurs réalisateurs aux maisons de disques. Notre album Far From the Pictures attestait plus ou moins de notre distance par rapport à l’image. Mais ce qui était paradoxal, c’est que l’on disait souvent que notre musique stimulait l’imagination, avait un côté presque cinématographique, qui appelait d’une certaine façon l’image. Aussitôt que l’on figeait des images sur la musique, nous étions distants, dans une sorte de déboire, de conflit… Et en même temps, plusieurs clips anglais ou américains me plaisaient beaucoup. Quelques clips français aussi, mais ils étaient bien plus rares. J’avais vu qu’en Angleterre, les groupes indés comme Cure par exemple faisaient leurs clips avec des potes. Il y avait cette connexion dans la musique anglaise entre le rock et les écoles d’art. C’est quelque chose de très important dans l’histoire même de la pop anglaise. Beatles, Stones, Bowie… Il y avait des liens avec les arts visuels, que nous n’avons pas connu en France. C’est ce que j’ai essayé de faire exister à travers ces quelques clips autour de l’album Good (regroupés sous le nom videobox).

 

Clip alternatif du morceau Good de Rodolphe Burger

 

Mouvement et répétition / Vision du rock

« On a découvert que dans le jazz, il y avait par exemple des figures plus rock’n’roll que dans le rock » 

J’aimerais approfondir cette notion de fixation. Vous disiez ne pas apprécier les choses figées, notamment les clips qui emprisonnent en quelque sorte l’imaginaire de la musique. Vous ressentez la même chose vis-à-vis de vos morceaux, que vous ne cessez de disséquez et de malaxer, comme pour empêcher de les figer à travers une seule interprétation, chose très rare chez les artistes ?

Rodolphe Burger : Pour moi, c’est vraiment le signe qu’un morceau n’est pas mort tant qu’on prend plaisir à le redécouvrir sans cesse. On a envie de vérifier quelque chose, d’aller voir si cela tient toujours et comment cela tient. C’est quelque chose que j’ai aimé chez certains musiciens de jazz, très libres. Je me souviens d’un disque d’Archie Shepp où il reprend du Duke Ellington. Magnifique. Archie Shepp a fait partie de cette avant-garde qui s’est affranchie de la tradition, sans pour autant considérer la musique de Duke Ellington comme une musique morte. Surtout pas. Tout à coup, il fait entendre Duke Ellington d’une façon autre, très belle. J’aime ce geste qui consiste à sauver quelque chose du passé, quelque chose qui n’est pas mort. La musique a ce pouvoir. J’aime assez mettre à mal et dialectiser ces partages entre ce que l’on appelle « grande musique » ou « musique savante » et « musique populaire », entre art noble et art vulgaire. Et donc aussi entre musique occidentale et musique modale, entre l’ancien et le neuf par exemple…

Je dois probablement cela au fait que j’ai recommencé à faire du rock dans les années 80, à un moment de reprise, car j’en avais déjà fait dans ma jeunesse. Tous les membres de Kat Onoma avaient d’ailleurs eu des expériences précoces avec le rock. C’était notre point commun. C’est comme si l’on avait évacué le côté un peu juvénile, cette tendance à vouloir à tout prix casser la baraque façon « roll over Beethoven », qui va évidemment de pair avec le rock, mais qui nous importait moins avec les années passées. On savait pouvoir faire un rock différent. C’est ce qui nous a rapprochés au moment où j’étais à la recherche de musiciens sur la même longueur d’ondes que moi : on avait tous écouté d’autres musiques. On ne se limitait évidemment pas au rock. On a découvert que dans le jazz, il y avait par exemple des figures plus rock’n’roll que dans le rock. Quand tu as vu Ornette Coleman ou certaines formations de free dans la grande époque, tu remarques qu’au niveau de l’attitude et de la radicalité, rares sont ceux qui leur arrivent à la cheville.

Oui, tout est dans l’esprit. Il ne suffit pas seulement de guitares pour faire du rock. C’est une attitude, un mode de pensée.

Rodolphe Burger : Et c’est grâce à cela que notre vision s’élargit. C’est ce qui faisait la force de Kat Onoma. On s’entendait là-dessus.

En ce sens, vous perpétuez l’idée d’un rock intemporel et immortel.

Rodolphe Burger : Disons un rock qui sort de cette naïveté-là. Je refuse d’employer les termes comme « rock adulte » ou « rock sérieux » car ce n’est pas cela dont il s’agit. C’est juste un rock qui se veut moins impulsif et rentre dedans. Or, je ne savais pas si c’était possible. La grande question était de déterminer si cette naïveté n’était pas consubstantielle au rock.

Il y a plusieurs manières de voir le rock. Vous vous rangiez plus du côté de Lou Reed et du Velvet.

Rodolphe Burger : Voilà, c’est ici que le Velvet intervient comme exemple, tout à fait. C’est un groupe phare de ce point de vue-là. Les références s’élargissent, les influences également. Le blues pour Lou Reed, la musique répétitive et d’avant-garde pour John Cale… Et la musique classique également. Tout se mélange d’un coup. Le rock ne se réduit pas à ce genre étroit, qui se voudrait inséparable de l’adolescence et du jeune âge. Et je dis cela sans aucun mépris car il y a des propositions d’adolescents quelquefois fulgurantes. Et c’est souvent aussi la jeunesse qui permet cette fulgurance.

Si l’on s’intéresse au punk par exemple, qui a beaucoup joué sur le côté « tabula rasa », on voit très bien que ce n’est pas le cas. Ce sont des gens qui avaient un background et qui se référaient à des choses très précises.

Tout cela pour dire qu’on ne se reconnaissait dans aucune des visions courtes et clichés qui dominaient en France. On se sentait plus à l’aise dans des démarches et des propositions proches de certains groupes indépendants américains ou encore allemands qui étaient exactement dans la même attitude.

Notre période de tâtonnement et de recherche, avant que l’on commence à enregistrer, s’est étendue sur six ans, entre 80 et 86.

A un moment où le rock était comme qui dirait mis à mal…

Rodolphe Burger : Bah les années 80, c’est l’apparition des synthés et d’une façon particulière d’enregistrer la musique.

A laquelle vous vous opposiez j’imagine…

Rodolphe Burger : Complètement. Nous n’étions pas tellement branchés sur cette scène de la cold wave anglaise. On nous a mentionné Joy Division, que j’adore par ailleurs, mais comme influence… Ce n’était pas du tout le cas. Nous étions davantage connectés à l’Amérique qu’à l’Angleterre par exemple. Et finalement, encore plus à l’Allemagne. Le rapport allemand à la musique, c’est ce qui nous attirait réellement.

Tu vois, l’électro, je me rends compte qu’elle est plus allemande qu’autre chose. Ils sont à la fois mélomanes et ils ont été obligés, eux, de faire table rase et d’inventer quelque chose, de manière radicale. Ils ne pouvaient plus s’appuyer sur le passé.

Vous parlez des groupes tel que Can, Neu ! ou encore Kraftwerk ?

Rodolphe Burger : Oui, ce que l’on appelle le Krautrock. Ce sont des groupes qui ont été très importants pour nous. Nous étions aux avant postes, sur la carte de leur tournée. Donc tous ces groupes, je les ai vus en concert, sans que l’on se dise que c’était quelque chose de radicalement différent. C’était une proposition plus large, qui nous parlait. Il faut se rendre compte que les anglais, lorsqu’ils se trouvaient en manque d’inspiration, se sont rendus là-bas afin d’en regagner.

On pense tout de suite à David Bowie et Brian Eno.

Rodolphe Burger : Il y a une radicalité et une invention sonore. Une profondeur par nécessité. L’Angleterre était irriguée par un folklore. Nous, on ne pouvait pas s’appuyer réellement là-dessus. En tant qu’alsacien, il n’y avait rien. Il fallait chercher ailleurs, s’inventer des racines, se fabriquer son monde.

On fait partie de cette génération Wim Wenders, fascinée par l’Amérique, avec un rapport à la musique du même ordre. Je pense que ce qu’il nous a manqué en Europe, ce sont les noirs. Même dans la grande musique du siècle aux Etats-Unis, on peut dire que toute la country vient d’Allemagne par exemple. C’est une manière vivante de réinventer la musique allemande, au niveau de l’instrumentation, de la thématique… Ce qui est fascinant, c’est de voir ce que les juifs, les immigrés allemands, les noirs, les indiens sont parvenus à faire avec les racines, tout en allant vers une transfiguration. Une nécessité de le transfigurer. Hendrix, on entend que c’est à la fois quelqu’un d’enraciné et un être totalement ailleurs, dans l’espace. C’est une obligation historique dans laquelle se trouvaient les américains. En Europe, il y avait d’emblée quelque chose de vieux…

Rodolphe Burger
 Crédit photo: Julien Mignot

Son et Production

« S’il y a un endroit qui donne à penser, à plein de niveaux, c’est bien le studio » 

A côté de votre rôle de compositeur et d’interprète, vous êtes également reconnu comme producteur.

Rodolphe Burger : Oui, mais j’ai du mal à me qualifier moi-même de producteur. Si je l’ai été, c’est en tant que camarade. Je n’en ferais pas mon métier. J’ai partagé mes expériences. Il est vrai que j’ai produit un bon nombre de projets, mais dans lesquels j’étais impliqué aussi ailleurs, du point de vue de la composition par exemple. Cela a commencé avec Françoise Hardy, puis Jeanne Balibar, Alain Bashung… Mais c’est avec Higelin que je me suis retrouvé dans une situation particulière, celle d’être sollicitée comme réalisateur. J’ai longtemps hésité car c’était une lourde responsabilité. C’était à un moment où il doutait beaucoup et il avait besoin d’aide. Il cherchait un allié, ce qui m’a beaucoup touché. De voir Higelin venir te demander de l’aide, ce n’est pas rien. Le studio en Alsace a beaucoup aidé. C’est un lieu réconfortant dans lequel il se sentait à l’abri, à l’opposé des studios cliniques qu’il détestait par-dessus tout.

Vous dîtes ne pas vouloir être qualifié de producteur, mais s’il y a bien une chose qui fascine dans votre œuvre globale, c’est la qualité hallucinante de la production. D’où vous vient cette exigence pour le son ?

Rodolphe Burger : C’est du goût. Du goût et de l’exigence en effet. J’adore cela, c’est fascinant. Cela m’intéresse philosophiquement. S’il y a un endroit qui donne à penser, à plein de niveaux, c’est bien le studio. Comment se fabrique les œuvres ? Quelle est la place de la technique ? Comment s’articulent plusieurs éléments comme le savoir-faire, l’invention, le hasard, le contrôle, le non-contrôle ? Toute cette espèce de chimie complètement extraordinaire. Il suffit de lire les mémoires de l’ingénieur des Beatles à Abbey Road. Il raconte à quel point c’était une sorte de laboratoire, alliant expérimentations et détournements. J’ai travaillé avec des personnes qui, justement, étaient des as du détournement. Cette démarche renvoie presque à l’essence même de ce qu’est le son rock. Par exemple, la distorsion, fondamentale dans le rock, est au départ une faute, transformée ensuite en détournement. En prise acoustique, la saturation est l’ennemie. Et le rock, tout à coup, fait avec la saturation. Hendrix est allé détourner absolument tout, utilisant l’excès. Qu’est-ce que cela fait quand on met tout dans le rouge ? La musique est un domaine où la créativité technique est permanente. C’est le domaine où il y en a d’ailleurs le plus, après l’armée. Il y a d’ailleurs des rapports très étroits entre les progrès militaires et ceux du côté de la musique. Tout ce qui est radiocommunication, les émetteurs, les compresseurs…

En même temps, ce n’est pas un domaine où l’on peut dire qu’il y a du progrès.

Moins de recherche et beaucoup d’uniformisation à l’heure actuelle, du moins dans ce que l’on met en avant aujourd’hui.

Rodolphe Burger : Il y a le risque que cela s’uniformise évidemment. L’ordinateur fait rentrer tout dans un tuyau très étroit. Et en même temps, c’est d’une commodité incroyable. Tout le monde peut enregistrer un album génial chez soi. Ce qui est beau dans un studio, c’est qu’il y a le dernier cri technologique qui cohabite avec des vieilleries que l’on croyait obsolètes. On cherche aujourd’hui des choses que l’on jetait auparavant. Klaus Blasquiz, le chanteur de Magma, a fait une espèce d’entrepôt de SPA pour le matos de son, qu’il ramasse parfois dans la rue. N’importe quelle pédale a une couleur, une qualité… Les progrès, c’est génial, ça permet de compenser les défauts des trucs d’avant. Cela fait remonter le passé.

L’album Meteor Show a été fait en sollicitant grandement les logiciels, en les amenant dans des zones interdites.

Meteor Show est un exemple de production phénoménal. J’ai rarement entendu autant de recherche et d’exigence dans le son que sur cet album, qui fait d’ailleurs partie de mes œuvres musicales préférées de tous les temps. C’est un album qui a marqué la production en France autant que des œuvres comme Homework de Daft Punk ou encore Moon Safari d’Air.

Rodolphe Burger : C’est gentil de le dire, je le pense aussi. En tout cas, en le faisant, nous avions ce sentiment, d’être à un endroit nouveau. C’était tellement exaltant et fort comme sensation, je m’en souviendrai toute ma vie.

Vous aviez dit à l’époque vouloir atteindre une « futurisation » du son. Un bond dans le temps, c’était l’idée ? Bond qui d’ailleurs, est toujours d’actualité. On ressent encore aujourd’hui cette pulsion futuriste.

Rodolphe Burger : Ah oui oui oui, tout à fait. C’était vraiment lié à des configurations techniques. C’est la première fois où l’on pouvait se servir de l’ordinateur comme magnéto, ce qui nous a permis d’appliquer des traitements au son particuliers et novateurs. Cela ne signifiait pas pour autant que l’on rompait avec la console analogique. Au contraire, on utilisait une console avec des clapets qui permettaient de faire à la main des effets de coupure. Chaque piste a été travaillée en live. Il y a donc ce mélange entre son analogique et son numérique. Tu pouvais ralentir de 50, 100, 200%, et voir ce que cela donnait. Tu finis par avoir un son totalement stupéfiant, qui ne sonne comme rien d’autre. On passait au vitriol des pistes entières.

« En France, il y a des bons interprètes d’accord… Mais ces personnes n’ont souvent aucun sens de l’exploration et de la production. Je ne dis pas que tout musicien doit s’engager là-dedans mais je suis toujours étonné que l’on puisse y être totalement insensible » 

 Cette passion du son se perd j’ai l’impression, vous ne trouvez pas ? Les artistes semblent de moins en moins exigeants de ce côté-là.

Rodolphe Burger : Cela dépend. Pas forcément. Par exemple, Christophe a une passion du son incroyable. Il est comme un gamin. C’est ce qui lui a permis de se détacher de cette case « variété » qui est en même temps sa provenance. L’exemple inverse, celui chez qui il n’y avait aucune recherche de son, parce qu’il s’en fichait, c’était Johnny Hallyday. En France, il y a des bons interprètes d’accord… Mais ces personnes n’ont souvent aucun sens de l’exploration et de la production. Je ne dis pas que tout musicien doit s’engager là-dedans mais je suis toujours étonné que l’on puisse y être totalement insensible. C’est artistique de part en part cette affaire. J’aime travailler avec des techniciens qui sont également des artistes. J’attends d’eux une sensibilité. Nous partageons une oreille ensemble.

Je souhaitais également vous parler de la qualité d’enregistrement de vos concerts. Je pense notamment à ceux de Kat Onoma, Happy Birthday Public ou Live at la Chapelle. Des albums live d’aussi bonne qualité, ça n’existe pas normalement (rires). Quel est le secret ?

Rodolphe Burger : C’est vraiment lié aux personnes avec qui l’on travaille, plus qu’au matériel. Ce n’était pas un matosexceptionnel. Rien d’extravagant. On peut faire avec peu des choses qui sonnent formidablement. Il y a de moins en moins de règles par rapport à cela. Des personnes comme Rick Rubin me fascinent, dans ce qu’il a réussi à faire avec Johnny Cash n otamment. C’est sublime. Moi j’aime bien Johnny Cash mais je ne tombe pas de ma chaise à chaque fois que j’entends un de ses morceaux. Avec Rick Rubin, c’est différent. Là tu tombes littéralement de ta chaise. Il est parvenu à enregistrer cette voix comme jamais personne ne l’avait fait. C’est extraordinaire de présence.

J’avoue davantage connaître Bob Dylan…

Rodolphe Burger : Pour Bob Dylan, c’est sur son album Oh Mercy que la magie opère. Ses albums sont souvent variables en terme de production. Avec celui-ci, il atteint un sommet. Je me souviens de l’effet qu’il m’a fait, indescriptible. Et l’on doit cela à Daniel Lanois. Il y a ce morceau… Je ne me souviens plus de son nom…

« Man in the long black coat » ?

Rodolphe Burger : Oui voilà, c’est formidable. La voix, c’est du fil de fer barbelé. Je l’ai fait écouter à l’ingénieur du son avec qui j’ai fait mon premier album « Cheval Mouvement » en guise d’exemple et de modèle. Daniel Lanois est le premier à avoir remis la console au centre du processus d’enregistrement et à rompre avec cette séparation des années 80, complètement clinique, où les studios ressemblaient à des cabinets de dentiste. Les musiciens venaient enregistrer chacun leur tour. Dylan lui-même a été déconcerté par la façon de travailler de Lanois. C’était le retour de l’art du live en studio.

« Lulu, l’album de Lou Reed et Metallica, je le trouve évidemment merveilleux » 

Dans les années 80, donc avant Oh Mercy, la musique de Bob Dylan était au plus mal. On a perdu Bowie à ce moment-là. Lou Reed est le seul à avoir plus ou moins survécu à ces années dévastatrices, bien qu’il eut été impacté également. On l’entend dans le son de ses albums d’ailleurs (The Bells, Growing Up in Public, Legendary Hearts…)

Rodolphe Burger : Il y a quand même cet album… Mistrial, pas très fameux (rires).

C’est vrai, mais Lou Reed a gardé une sorte de constante assez impressionnante. En ce sens, je le rapproche souvent de vous, car j’y vois des parallèles entre son œuvre et la vôtre : cohérence de l’œuvre globale, exploration, passion du son, identité unique. J’imagine que vous avez suivi et admiré la carrière de Lou Reed.

Rodolphe Burger : Enormément. Lou Reed, c’est considérable. J’ai eu un moment l’opportunité de le rencontrer. Mais je n’ai pas voulu, car j’avais trop peur. J’ai lu tellement de récits autour de lui.

J’ai une dernière question qui me tient à cœur, notamment pour connaître l’avis du fan de Lou Reed que vous êtes. J’ai procédé à un classement des meilleurs albums de la décennie en décembre dernier, dans lequel votre album GOOD apparaît d’ailleurs en trentième position, et j’ai pris le risque de mettre Lulu, le projet de Lou Reed en collaboration avec Metallica, en première place. On sait à quel point cet album est controversé. Je voulais savoir votre avis sur cet album.

Rodolphe Burger : Je le trouve évidemment merveilleux. Je ne comprends pas pourquoi il s’est fait lyncher de cette manière. C’est juste super.

Je pense que l’on peut s’arrêter ici. Merci beaucoup Rodolphe Burger, ce fut un immense plaisir.

Rodolphe Burger : Merci !

Voici une sélection personnelle de morceaux de Rodolphe Burger et Kat Onoma, si vous souhaitez (re)découvrir son oeuvre. Cette playlist a été pensée pour être écouté dans l’ordre suivant :

“Petit Vagabond” – Kat Onoma (Live at la Chapelle)
“Le déluge (d’après moi)” – Kat Onoma (Far From the Pictures)
“Ensemble” – Rodolphe Burger (No Sport)
“Cheval-jungle” – Rodolphe Burger (Meteor Show)
“Wild Thing” – Kat Onoma (Cupid)
“C’est dans la vallée” – Rodolphe Burger (Valley Session)
“Old Trouble” – Kat Onoma (Live at la Chapelle)
“Try to understand” – Rodolphe Burger, Olivier Cadiot (Welche)
“John and Mary” – Kat Onoma (Far From the Pictures)
“Happy Hour” – Rodolphe Burger (GOOD)
“House People” – Rodolphe Burger, James Blood Ulmer (Guitar Music
“Passe/donne” Rodolphe Burger (Valley Session)
“B à Batz” – Rodolphe Burger, Olivier Cadiot (Hotel Robinson)
“Be Bop de Beep” – Rodolphe Burger, Philippe Poirier, Julien Perraudeau (Play Kat Onoma)

 

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