Si Lady Gaga rencontrait le succès dès la sortie de son immense premier opus, The Fame et sa suite The Fame Monster au titre si évocateur, son Born This Way allait tout changer pour elle. Et pas pour elle uniquement d’ailleurs mais aussi pour toute une communauté qui verrait en elle une porte parole. Porté par un hymne résolument queer – mais pas que – cet opus majeur de la pop fêtait en mai 2026 ses 15 ans. L’occasion de revenir sur la genèse d’un album toujours d’importance publique.
Un album aux propos toujours aussi essentiel -préambule
Avant de plonger pleinement dans l’univers du second né de Lady Gaga, il est essentiel de rappeler que la voix portée par Born this way est toujours de première importance aujourd’hui. Le titre phare de l’album qui lui donnera son nom est instantanément devenu un hymne LGBT+ Si quinze ans plus tard, certaines lignes ont bougées, ce n’est en rien une vérité générale et le besoin de porter la parole de la communauté et de la représenter est toujours aussi essentielle. A l’heure où ces lignes sont écrites, le Sénégal vient d’adopter une loi réprimant encore plus sévèrement l’homosexualité. L’homophobie étatique y est telle qu’elle devient une priorité gouvernementale. Des peines de 5 à 10 ans de prison sont ainsi appliquées en plus d’une véritable persécution quotidienne des personnes LGBT+. Malheureusement, ce n’est qu’un exemple d’injustices et d’atrocités commises envers une communauté de personnes de part le monde. En mai, la communauté européenne a notamment renoncé à interdire les thérapies de conversion, préférant inciter ses états membres à agir par eux-mêmes. L’égalité, la liberté totale n’est acquise nulle part dans le monde. Toutes les manières de faire bouger les lignes sont importantes. Les artistes comme Lady Gaga, dont la voix porte, sont primordiaux et permettent de créer des safe spaces plus que nécessaires. En espérant célébrer la prochaine décennie de cette album avec plus d’avancées majeures.
Née pour tout changer lady gaga
Stefani Joanne Angelina Germanotta s’était toujours destinée à un immense succès. Dès ses 4 ans, elle apprenait le piano. A ses 13 ans, la voilà déjà qui composait et s’offrait des scènes ouvertes. Alors qu’elle est encore au collège, elle gagne le prix de chant d’un concours de jazz. Le lycée est moins clément pour la future Lady Gaga. Elle y souffre de harcèlement scolaire, ses camarades moquant son physique qu’ils jugent atypique. Rien dans le harcèlement scolaire ne se justifie jamais et la douleur de cette situation la marque à jamais. C’est en partie pour cette raison que la chanteuse écrira par la suite son second album, le culte Born this way. Ce morceau et son titre éponyme aux propos multiples deviendra par la suite un hymne culte, d’une importance majeure. Non seulement pour toute personne qui se sent différente, une incitation grand public à oser s’affirmer et être soi. Mais c’est aussi et surtout un immense morceau pour la communauté LGBT+. Replongeons-nous dans le contexte. Nous sommes en 2010 lorsque Lady Gaga débute la composition de cet album. Les temps sont alors différents. Le mariage pour tous.tes est encore interdit aux États-Unis, il faut attendre 2015 pour qu’il soit légiféré. Il en va de même en Europe. De son côté Lady Gaga est en plein tournée pour The Monster Ball Tour. En un seul album, la musicienne s’est propulsée au statut de super star. A tel point que de grandes universités donnent des cours sur sa stratégies marketing. Tous ses morceaux sont déjà cultes. Gaga joue du piano avec ses pieds, talons vissés dessus. Le monde est fasciné. Elle est, c’est connu, la relève de Madonna. Ce succès ne sort pourtant pas de nulle part. Des années de galères le précèdent. Signée chez Def Jam records à seulement 19 ans, elle voit son contrat se faire annuler en seulement 3 mois sans plus d’explications (la maison de disque avait du flaire on se le dit). Auditions à répétitions, scènes rock du Lower East Side mais surtout début en tant que choriste de Mika, son premier soutien, précède son immense succès. La voilà donc en 2010 sur les routes, en train de composer pour son futur album. La plupart des titres seront d’ailleurs enregistrés sur la tournée.
Née pour créer le single parfait lady gaga
Bien souvent les artistes prennent le temps de composer l’album entier avant que le single phare finisse par pointer le bout de son nez. Ce n’est pas le cas de Lady Gaga, loin de là. Born This Way qui donnera son titre à l’album est le premier qui lui vient, à la grande surprise de Dave Russell qui enregistrera ses voix et mixera le titre. Il expliquera par la suite comment ce dernier a lancé l’album. Il faut dire qu’il lui a fallu seulement 10 minutes pour en écrire le premier jet. La Mother Monster le fait ensuite écouter à son ami de longue date le blogueur Perez Hilton. Il le qualifie immédiatement d’hymne gay. Il estime également à juste titre que le morceau pourra être universel et touchera un grand nombre de personnes. Et il a raison. La musicienne, elle, veut parler de liberté absolue. Elle veut un titre entier, au franc-parler qui ne se cache pas derrière une forme de poésie pour amoindrir son propos. Il faut aller droit au but. Elle explique d’ailleurs : « En revenant au début des années 90, quand Madonna, En Vogue, Whitney Houston et TLC faisaient de la musique qui donnait du pouvoir aux femmes, à la communauté gay et à toutes les communautés privées de leurs droits, les paroles et les mélodies étaient très poignantes, très gospel et très spirituelles et j’ai dit : c’est le genre de disque que je dois faire. C’est le disque qui va secouer l’industrie. Il ne s’agit pas de la piste. Il ne s’agit pas de la production. Il s’agit de la chanson. » Il faudra néanmoins 50 prises pour créer le titre parfait. Pour Lady Gaga le morceau est d’importance capitale. Elle y fait tomber sa carapace, se montre en tant qu’elle-même et s’y affirme pleinement. La même chanteuse qui joue constamment de tenues grandiloquentes et d’artifices y tombe – un peu – le masque. Elle y parle d’elle certainement mais aussi, comme le soupçonnait Perez de la communauté LGBT+. Elle confiait d’ailleurs à l’époque revenir de ses concerts émue de ses échanges avec ses fans. Nombre d’entre eux témoignent de parcours difficiles, de difficultés de s’affirmer dans une société qui veut toujours pointer du doigt voire broyer les différences. Elle réalise alors qu’elle peut agir à son échelle, agir de façon significative en musique. Un précepte entièrement fondé. La musique et sa grande visibilité tient un rôle central en terme d’ouverture d’esprits, de « normalisation ». Elle permet la réflexion et s’adresse à la masse.
C’est à l’occasion de la cérémonie des 53ème Grammy Awards que le titre est joué pour la première fois en direct. Lady Gaga y arrive dans une sorte d’œuf, un incubateur avant de se dévoiler entièrement. Cette éclosion aura un rôle majeure.
En Malaisie, où à l’heure actuelle, les personnes LGBT+ sont horriblement réprimées, punies, emprisonnées, le titre est évidemment censuré. Les paroles « gay, straight, or bi, lesbian, transgender » sont supprimées sur les radios. Gaga répond plus fort et demande à son public sur place de s’affirmer, de se battre pour ses droits. Côté média, elle sera également la première personne à utiliser le mot « transgenre » à la télévision à l’occasion de son invitation au SuperBowl en 2017. Une avancée majeure.
Née pour crée un album intemporel lady gaga
Un grand single peut suffire à lancer un album mais la Queen ne s’arrête pas là. Le 15 avril 2011, elle dévoile son second single, l’immense Judas. Elle y parle de la douleur et des trahisons que lui a fait subir son ex. Elle explique sortir grandie de cette histoire. Son clip, lui, met en scène Gaga en tant que Marie de Magdala et offre le récit d’une nouvelle conquête de Jerusalem au risque de faire grincer des dents les religieux trop impliqués. Le titre en lui-même multiplie les influences entre house, dubstep et tribal techno sans jamais rejeter son patrimoine pop. Suivent encore deux singles avant de dévoiler l’intégralité de l’album au monde. Le premier, The Edge of Glory est publié deux semaines avant la sortie de l’opus et est inspiré par le décès de son grand-père. Enfin Hair clôture le compte à rebours, une semaine seulement avant le grand lancement. Born this Way est publié le 23 mais 2011. Sa version classique comporte 14 titres alors que le deluxe, lui, monte à 23 pistes dont six remixés. L’album est évidemment un succès commercial instantané. En fin d’année il cumule plus de 2,1 millions d’exemplaires vendus aux États-Unis et plus de 5,5 millions d’exemplaires dans le monde. Comme le veut le star system, la Mother Monster enchaîne les récompenses, ainsi le clip de son single titre reçoit deux awards aux MTV VMAs et lui permet d’apparaître aux côtés de Brian May, le guitariste de Queen. Le groupe est l’une de ses principales sources d’inspiration puisque c’est à lui qu’elle doit son nom et au titre Radio Gaga. S’en suit une tournée mondiale en 2012 au court de laquelle elle se brise la hanche ce qui la forcera à annuler une partie de ses dates de concerts mais aussi à rester en fauteuil roulant. Nommée comme étant la personne la plus célèbre du monde au Guiness des Records 2013, elle crée aussi son propre réseau sociale LittleMonster.com. Ses little monsters sont alors légion, si nombreux qu’il changent et redéfinissent tous les codes. Sa force et celle de sa communauté n’ont de cesse de faire bouger les lignes. Lady Gaga est aujourd’hui tant une personne qu’un mythe. Loin de pop stars plus classique, la force de son message donne à sa musique plus de corps. Si l’histoire n’a pas débutée par Born this Way, c’est bien lui qui aura su lui donner une nouvelle écriture, plus limpide. La voix d’une grande dame qui lutte avec l’art comme arme pour un monde pluriel où chacun.e peut s’affirmer avec fierté. Nous sommes né.es pour voir ce vœux être exaucé.
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