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Louis Comar

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Aller en festival,  on en  avait perdu l’habitude depuis  plus d’un an et demi. Bien heureusement, cette disette a pris fin cette semaine grâce au Printemps de Bourges. Les organisateurs ont travaillé d’arrache-pied pour prévoir une version « allégée » du mythique évènement : moins de 1000 personnes dans les salles, masques obligatoires sur tout le site et concerts en configuration assise distanciée. Ce ne sont donc pas les meilleures conditions pour profiter d’un concert, mais si c’est pour voir de la musique live, on fera avec.

 

En ce vendredi ensoleillé, c’est sous la tente des (W)inouïs du Printemps de Bourges que l’après-midi commence. Le meilleur des jeunes talents musicaux est là pour faire vibrer les spectateurs confortablement assis à leurs chaises, face à leurs tables… Pirate et son hip hop survolté lancent les hostilités et se donnent à fond tout au long des 30 min qui lui sont accordées. Les textes, en hommage aux banlieues ou sous forme de déclaration d’amour à leur mère prêtent à sourire de temps en temps, mais regorgent de sincérité.

 

 

Après 5 minutes de pause c’est Euteika qui monte sur scène. Dans un registre similaire à son prédécesseur, le jeune homme livre une prestation pleine d’énergie. Est-ce que c’est une mode ou pas, mais il est important de souligner que ces deux premiers Inouïs de la journée sont entrés sur scène cagoulés. Pourquoi ?  On ne sait pas, surement pour donner un style ou bien en hommage au public masqué qui sait ?

 

 

Rien ne ressemble à la vie d’avant dans ce Printemps de Bourges 2021, le site a été largement réduit pour se concentrer en un petit amas de salles proches les unes des autres. Certaines manquent cruellement au décors alors que  les restrictions ont forcé les organisateurs à réinventer et adapter le festival. Pourtant le plaisir de se retrouver, d’écouter enfin de la musique et de se sentir vibrer sous les boom boom incessants des basses est plus fort que tout. Plus fort même que les nombreuses demandes de rester assis. Les concerts debout, ce sera pour le 30 juin, une date si proche qu’on pourrait presque la toucher du doigt. C’est peut-être pour cette raison d’ailleurs que certains artistes osent demander à son public de se lever, de danser devant sa chaise. Il serait aisé de penser, « danser dans le calme » finalement. Sauf que ce calme, plus personne n’en veut et que doucement mais sûrement, le printemps réchauffe les coeurs à mesure que les heures défilent et que les lives gagnent en intensité.

 

À 18h, après une très sympathique entrevue avec L’Impératrice, il est déjà temps de s’enfermer dans l’Auditorium pour le mystérieux concert de S+C+A+R+R. La scénographie du groupe est impressionnante : un énorme totem de projecteurs trône au milieu de la scène, entouré par deux draps blancs servant d’écrans, le tout derrière 3 postes d’instruments habillés avec du matériel informatique.

 

 

L’entrée sur scène du groupe repéré et produit par Dan Levy (The Dø) est aussi surprenante qu’intrigante. Le chanteur arrive en fauteuil roulant, poussé par un autre membre du groupe. Ils sont trois et tournent le dos à l’audience pendant l’entièreté du premier titre. L’ambiance musicale est particulièrement entrainante et le groupe arrive à dégager une aura digne des plus grands. La distance que le trio a réussie à créer ne dure pas bien longtemps. En effet, au début du premier titre, la chute d’un clavier l’oblige à reprendre son morceau, coupant net l’ambiance qu’ils avaient créée.

Dès le deuxième titre, le chanteur se lève de sa chaise roulante pour se mettre face au public. Comme s’il était possédé, il ne s’est pas arrêté une seule fois de danser pendant tout le show.

Ce concert, impressionnant par la musique, la technique et la mise en scène, réussi à mettre tout le monde d’accord.

 

Quelques minutes après c’est au tour de la tête d’affiche de l’Auditorium de faire son apparition. L’Impératrice vient défendre son nouvel album pendant les 50 min qui lui sont accordées. Les six membres ont plaisir à retrouver la scène et communique cette envie au public qui se lève dès le deuxième titre pour danser. La maitrise technique du groupe impressionne et chaque titre est justement interprété. L’Impératrice dégage une énergie solaire tout au long de sa performance. Le sourire de sa chanteuse aux cheveux bleus, Flore Benguigui, y est sûrement pour quelque chose. A moins que la construction réfléchis de son dernier opus « Tako Tsubo » ne soit la clés du succès. Si les six membres du groupe prennent le temps de penser leur projet comme un objet entier et varié sur album, ils en font autant sur scène. Ainsi chaque titre dévoile un univers bienveillant où même ceux qui ne savent pas danser sont invités à le faire. Danser évidement, pour reprendre l’esprit des publicités pour les boissons alcoolisés, en faisant attention à sa santé et dans le plus grand respect des gestes barrières.

 

 

Il est désormais temps de se diriger vers le palais d’Auron pour voir les têtes d’affiches de la journée. Sur le chemin il est possible d’apercevoir J-Silk interprétant sa new soul devant le public du French Vip, petit espace réservé aux professionnels.

J-Silk-Printemps_de_Bourges-2021
Photo : Louis Comar

 

Au même moment Sébastien Tellier fait vibrer les murs d’un palais d’Auron complet et conquis. L’électro pop de l’artiste français semble ravir la foule en particulier au moment de « La Ritournelle », titre phare du musicien.  Reste néanmoins à regretter que le morceau iconique soit interprété dans sa version la plus instrumental avec un seul passage du célèbre couplet.  La scénographie est très travaillée et donne une esthétique sophistiquée au concert.

 

 

Juste avant le concert de Philippe Katerine, le groupe Belge Annabel Lee se présente au (W)Inouïs pour faire une démonstration de son talent. Cela fait du bien de retrouver une formation rock sur cette scène où le genre n’avait pas été très représenté en début de journée. L’esprit punk de ces amoureux des Distillers et de Nofx transparait dans les riffs pourtant power pop qu’ils distillent. La belle bande de pote sait s’entourer d’une atmosphère bon enfant qui cache un beau travail de composition. Audrey Marot, la pétillante chanteuse de la formation pourrait bien marcher sur les traces de son idole Brody Dale grâce à son débit vocal et son jusqu’au boutisme scénique. La comparaison vocale s’arrête néanmoins là, notre Inouï ayant un timbre plus aérien qui confère à une pop accessible.

 

 

Retour au palais d’Auron pour terminer cette journée aux côtés de l’acteur et chanteur Philippe Katerine. L’entrée sur scène de l’artiste, comme tout le concert, est à son image : décalée. Il passe en revu ses meilleurs tubes et les titres de son nouvel album pour le plus grand plaisir du public. Certains diront que ce show comme toujours barré sera le cachet de vitamine C dont ils avaient besoin pour reprendre des forces après les mois de confinement. Comme toujours avec la star c’est une explosion de bonne humeur, d’exubérance qui lui donnent la fougue nécessaire pour que le kitch devienne de bon goût.

 

 

Ce vendredi du Printemps de Bourges marque le retour des festivals en France. Malgré les restriction, qui, il faut l’espérer seront bientôt un mauvais souvenir, ce sont les retrouvailles qui marquent ce retour en festival.  La présence du soleil malgré l’annonce de pluie diluviennes pourrait d’ailleurs bien être un signe. Et si le temps tournait ? Pour les artistes présents aussi émus que leur public de communier à nouveau, on ne peut que le souhaiter de tout coeur. Le Printemps en été a encore deux belles journées à nous offrir.


We Hate You Please Die - Can't Wait To Be Fine
We Hate You Please Die – Can’t Wait To Be Fine

La bonne nouvelle du jour vient de Normandie et c’est We Hate You Please Die qui l’apporte avec le clip de « Can’t Wait To Be fine ». Le tout nouveau single du groupe, annonciateur d’un deuxième album pour le 18 juin.

C’est un titre résolument rock que nous propose ici le quatuor. Il est accompagné d’un clip engagé qui raisonne avec la période actuelle où le groupe y fait part de son ras le bol, son envie d’aller mieux, son envie de temps meilleurs.

Ce morceau est incroyablement bien construit autour de moments calmes et de déferlantes d’énergie. C’est d’ailleurs sur un bon rythme que la musique commence accompagnée de la vidéo réalisée par Gaëlle Manach. La bande danse au milieu d’un cercle lumineux et au son d’un trio guitare, basse, batterie très entrainant. Puis la voix grave de Raphaël entre en scène pour lancer complètement ce morceau. Tout d’un coup tout se calme, le temps semble suspendu comme si le groupe prenait sa respiration avant de repartir de plus belle sur un rythme effréné. Ce schéma, la formation va le répéter pendant tout « Can’t Wait to Be Fine », et c’est l’ingrédient qui fait que l’on ne va pas voir le temps passer sur ce titre de 6 minutes.

 

 Une énergie communicative

We Hate you please die
crédits: Lucie Marmiesse

Chaque passage plus calme est une montée en puissance vers une éruption d’énergie terriblement communicative. Le contraste entre le début du clip et la fin est frappant. Au commencement, bien que le groupe soit ensemble en train de danser ou bien allongé, il semble y avoir un manque, une certaine lassitude à l’image du chanteur sur son vélo d’appartement.  Chaque membre du groupe parait déconnecté, voir presque seul, en tout cas un mal-être se ressent.

C’est au bout de plus de deux minutes qu’un changement commence à arriver, il s’installe crescendo au rythme de la musique, chacun commence à se libérer petit à petit, puis c’est l’explosion. Sur ce parking, toute l’énergie retenue sort d’un coup à la manière d’un exutoire.

Une revendication si simple de vouloir aller bien, mais pourtant si importante et rare en cette période

Tout se mélange, les instruments, les voix, les gens. Ce titre prend un tournant de révolte et les paroles une revendication que l’on a envie de scander avec les rockeurs normands. Une revendication si simple de vouloir aller bien, mais pourtant si importante et rare en cette période.« Can’t wait to be fine » se termine sur un cri de rage et de soulagement, avec l’impression d’avoir dit ce que l’on avait sur le cœur. Ça y est on peut aller bien, profiter du temps, de ses amis, de se rassembler à l’image des dernières secondes de la vidéo.

Avec ce nouveau titre We Hate You Please Die frappe fort et montre que l’on peut s’attendre au meilleur pour ce nouvel album à paraître. « Can’t Wait To Be Fine » est une explosion d’énergie et fait le plus grand bien en ce moment. La formation normande maîtrise à la perfection l’architecture de son single et nous emmène faire un tour de montagne russe bien trop court mais particulièrement bon.


Fils Cara - Sous Ma Peau - 2020
© Andrea Montano

Nous avions découvert Fils Cara lors du Prix Chorus 2020, il est de retour cette semaine avec le clip de son titre « Sous Ma Peau ».

Le jeune artiste français, qui sait proposer des morceaux mêlant l’urbain et le phrasé, met cette fois-ci en lumière le troisième titre de son EP « Fiction ».  Le clip de « Sous Ma Peau » débarque, en cette période si particulière, comme une piqure de rappel. Le rappel qu’il ne faut pas oublier de parler d’amour comme il le fait avec ce titre. Il s’annonce tout en douceur alors qu’une rythmique puissante s’installe en arrière plan. La voix claire, reconnaissable attire l’oreille, d’abord clairement urbain, le morceau s’amuse à croiser les genres et les façonne devenant  ainsi chanté sur son refrain. « Tu vois sous ma peau » scande le musicien qui ne cesse de monter en puissance se faisant carrément dansant alors que sa phrase répétée avec obsession s’installe dans les esprits pour le ne plus en sortir.  A mi-parcours, le registre change, un piano s’installe, la douceur et la gravité prennent entièrement corps rappelant que Fils Cara sait manier le changement de styles avec aisance sans une seule fausse note. Cette respiration proche du silence qui rappelle que l’amour parfois ne nécessite pas de vocabulaire, est l’occasion de rebondir, de toucher les hauteurs et le ciel dans les dernier instants d’une déclaration amoureuse à fleur de peau.

La vidéo, elle, est réalisée par Hugo Pillard et mélange les styles. D’un côté,  on découvre des images de Fils Cara en train de chanter ce morceau envoutant dans un environnement mystérieux et à l’ambiance changeante au fil du temps. De l’autre, l’illustration des paroles de la chanson, avec la mise en scène de l’intimité d’un couple complice à la vie mouvementée. Le film épouse parfaitement le rythme de cette chanson qui avait si bien résonnée dans l’auditorium de la Seine musicale en octobre dernier. Pas de doute, le petit prodige Fils Cara a bien compris les codes actuels, sachant créer son style entre modernité et classique, tordant les mélodies comme de la pâte à modeler, jouant des notes pour leur donner des couleurs fluos, faisant de l’urbain une invitation à la fête comme à la mélancolie. Comme aurait pu le dire Rudyard Kipling, tu seras une star mon fils.

Fils Cara ❍ SOUS MA PEAU (CLIP OFFICIEL)