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Julia Escudero

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Warhaus - L'Olympia Paris 2025 - Crédit photo : Pénélope Bonneau Rouis
Warhaus – L’Olympia Paris 2025 – Crédit photo : Pénélope Bonneau Rouis

Warhaus est des plus prolifiques. Musicien de génie, Maarten Devoldere de son vrai nom n’a de cesse de créer. Presque coupé du monde pour mieux s’approprier son propre spectre musical, il excelle encore et encore. Il y a deux ans, le musicien nous plongeait dans les turpitudes amoureuses avec son « Ha Ha Heartbreak ». Aujourd’hui, il nous propose de toucher la Lune avec « Karaoke Moon » sorti fin 2024, une merveille d’écriture qui l’a conduit à l’Olympia de Paris. Il fallait qu’on vous en parle !

 Houston, c’est un karaoké !

L’élégance. Tout simplement. Un mot, un seul pourrait donner une idée de la musique de Maarten Devoldere, alias Warhaus. Lorsque l’on écoute son groupe Balthazar, cette définition y est tout aussi évidente. Aidé par son acolyte Jinte Deprez , les musiciens à la précision redoutable changent tous les codes du rock belge. Il faut dire que le groupe formé en 2004, profitait du passage par le conservatoire de Gand de son équipe fondatrice. Si les deux musiciens sont autant experts l’un que l’autre, chacun a sa propre marque de fabrique. Sa propre façon de composer. Et pour notre homme, il fallait créer un projet d’expression complet, Warhaus. Un univers qu’il prit d’ailleurs le temps d’installer à pas de velours comme la beauté de son timbre, sobre et hautement séduisant. Écouter l’un de ses albums revient à se glisser dans un boudoir et en déguster l’éminente effluve, obsédante. Quelle surprise donc d’en sortir aujourd’hui pour aller directement toucher la Lune. La minutie de notre musicien s’invite forcément aux festivités et ce dès ses premières notes à la précision tranchante sur « Where the names are real ». Warhaus aurait-il encore fait un chef d’œuvre ? Bien sur que oui. Pour que notre fusée décolle, il aura fallu deux années de travail acharné et neuf mois de studio.

Warhaus, It is rocket science !

C’est donc un beau bébé tout rond et bien plus brillant que l’argent qui vient nous être délivré. Warhaus nous confiait en interview ( à lire ici )  se couper de la nouveauté en musique. Concentré sur ses créations, qui sont elles, pour voler le dicton aux anglophones, rocket science. Les cuivres sont de la partie mais pas seulement. Maître des instruments, Warhaus ose tout. Si bien qu’en milieu de périple, il nous offre le pas léger d’un piano et son raffinement exquis sur un titre entièrement instrumental « Jacky N. » Sur la planète Warhaus il n’y a pas de gravité et nous flottons tous dans les airs. Ses airs si brillamment composés. Pour autant, notre astronaute entoure ce temps suspendu de titres qui lui sont aussi opposés que complémentaires. « Zero One Code », pop tribale est l’occasion d’un nouveau safari sur la Lune, bien différent de celui qu’Air nous proposait mais tout aussi envoûtant. Le temps s’il est différent dans l’espace est une valeur à tordre pour Warhaus. Il s’accélère et se ralentit, se distend alors que les percussions le marquent à l’infini, toujours avec délicatesse. Chaque instrument doit briller à l’exacte précision. Il n’est pas l’heure d’une éruption solaire mais bien d’incantations à la Lune. De fait, les voix de notre homme viennent rejoindre celles de choristes invité.es et parfois prendre des instincts électros, du moins dans leur production. Pour autant ce voyage avait commencé avec une pop dansante, très solaire elle, sur le notes de « No Surprise », peut-être celui qui correspond le mieux aux compositions auxquelles nous avait habitué Maarten Devoldere.

Tribal et obsessionnel, cet album l’est dans son entièreté. « Jim Morrison », clin d’œil évident à l’immense compositeur pourrait bien être celui qui permettra à notre homme de se noyer dans la musique jusqu’à en mourir sur scène. Les chœurs en falsetto y répondent parfaitement, telle un écho hanté des pensées du chanteur. L’occasion de lister, avec humour, ce qui a changé dans le monde depuis la disparition du chanteur de The Doors.  La lumière que l’on voit lorsque l’on regarde les étoiles, n’existe en réalité plus depuis plusieurs millions d’années. Il parait évident de ce fait que dans l’univers Warhaus, les deux musiciens partagent la scène en défiant le temps.

La sensualité, elle ne s’éteindra jamais, titre après titre. Voix grave et piano léger s’alliant pour sceller ce pacte sur « The Winning numbers ».

C’est un petit riff pour l’homme, un grand pas pour la musique

Lorsque Warhaus vient à défendre sa pépite en live sur les planches de l’Olympia de Paris, en mars 2025, il faut évidemment s’attendre à du grandiose. Le musicien s’essaie aux cuivres pour mieux s’entourer. Chaque instant est encore une fois une démonstration de précision et de beauté. Homme orchestre, il n’en oublie pas pour autant de faire décoller le public dans les hauteurs du cosmos, posant une voix inimitable sur chaque composition. L’humour est une des clés de compréhension de « Moon Karaoke » et en ce sens l’interlude avant le rappel sur « Aline » de Christophe prête à sourire. Pour autant, l’excellence est la seule doctrine tolérée ce soir-là. A nous en donner le tournis comme peuvent le faire les « hou hou » répétitifs d’ « Emely » dernière étoile brillante en bout de galette. On y convoque l’obscure pour mieux s’y perdre. Créé en 2015, le projet Warhaus semble se bonifier à la vitesse de la lumière. A chaque seconde des trois albums qui le composent. L’immense « We fucked a flame into being », premier né de cette galaxie machinalement composée, sublimait la voix de sa muse, Sylvie Kreusch, compositrice brillante et étoile filante souvent dans le sillage de notre homme. « Ha Ha Heartbreak », composé en Sicile,  livrait une vision solaire de son Monde. Les saisons ont fait place à l’éclipse. Et à ce « Karaoke Moon », preuve en est que Warhaus peut toucher les étoiles.

Warhaus - L'Olympia Paris 2025 - Crédit photo : Pénélope Bonneau Rouis
Warhaus – L’Olympia Paris 2025 – Crédit photo : Pénélope Bonneau Rouis

Sharon Von Etten - Le Trianon Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
Sharon Von Etten – Le Trianon Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Sharon Van Etten se produisait sur la scène du Trianon de Paris le 6 mars 2025. Un concert à guichets fermés qui revenait sur son dernier album « Sharon Van Etten & The Attachement Theory ». Un opus aux couleurs obscures, qui place la voix de son interprète comme un entêtant leitmotiv. On y trouve des instruments sublimés, des mélodies entre folk et indie rock, magnifiquement travaillées. Autant dire que l’envie de la voir tournait immédiatement au besoin obsessionnel. Satisfait.es ? et Pourquoi oui ? On vous raconte.

sharon van etten & le culte a la vie eternelle

Sharon Von Etten - Le Trianon Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
Sharon Von Etten – Le Trianon Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Le majestueux Trianon est plein à craquer ce soir. Pluriel, le public de Sharonn Van Etten s’y éparpille avec joie.  L’exaltation règne dès l’entrée de la chanteuse et de son groupe The Attachement Theory sur scène.  Sublime dans sa robe noire, avec un chignon à moitié relâché sur la tête, la grande prêtresse de ce soir impose le silence dès ses premières vocalises. C’est le premier morceau de son nouvel album,  « Live forever », incantation mystique au plus grand nombre qui ouvre le bal. « Afterlife », du même opus suit. Voilà le cadre posé, de la vie éternelle au royaume de l’après. Celle qui a l’habitude de composer en solo, promet maintenant de s’ouvrir au spiritisme avec un opus écrit en équipe. Si son groupe prend aujourd’hui une plus grande place dans son travail, la maitresse de cérémonie n’en impose pas moins ses déambulations, couchant sur papier ses angoisses existentielles. La scène les sublime, en faisant un sortilège d’union. Les boucles des paroles sont autant d’incantations, tranchantes, la voix se fait aiguë, monte dans les hauteurs. Cri perçant dans la nuit, délivrance immense des pensées noires pour un public qui lui, se laisse complètement aller au chant des sirènes. Sharon Van Etten choisit ce soir de faire la part belle à l’album réalisé avec son coven. Neuf titres qui en sont issus seront interprétés pour huit seulement  du reste de sa discographie.

Théorie des cordes

Théorie des cordes, certainement quand on voit les prouesses vocales proposées, toujours un brin folk, au confin de l’indie pop.  Et puis, effectivement, les instruments à cordes frappent fort ce soir, jusqu’à l’obsession.

Sharon Von Etten - Le Trianon Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
Sharon Von Etten – Le Trianon Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Théorie de l’attachement aussi alors que ses titres unissent la salle toute entière. « Anything » comme « Headspace » permettent à tout le monde de chanter en choeur. Entre deux incantations, la musicienne dialogue volontiers avec le public. Elle raconte son séjour parisien avec son fils et tous les croissants qu’ils ont mangé. En immense quantité si on la croit. Chaleureuse, elle transporte la foule dans son univers, où la qualité la dispute à la douceur. L’un des nombreux pouvoirs magique de notre hôtesse est de mettre tout le monde à son aise. Elle fait aussi la part belle à son ami qui signe les peintures affichées derrière elle. Et elle n’hésite pas à mettre en lumière d’un coup de baguette magique les qualités artistiques de ces oeuvre tout en vantant les pouvoirs de l’amitié.

« Everytime the sun comes over » , désormais culte et ode à la lumière d’une discographie sombre, sonne comme un temps fort du concert. « Seventeen »  en fin de sabbat, encore plus. Le morceau est certes l’un des plus connus de Sharon Van Etten, mais aussi certainement l’un de ses plus fédérateur. Sa force nostalgique est sans commune mesure. L’écouter revient à faire un saut dans le temps et retrouver son adolescence. Là encore, comme par un sort bien travaillé. Visuel, le morceau a d’ailleurs été utilisé dans la série « Yellow Jacket ». Pas si étonnant quand on le compare avec l’univers visuel de la chanteuse. Cette série drame horrifique et adolescente est une bonne égérie pour une musicienne qui s’était également essayée au petit écran. Sharon Van Etten était en effet au générique de l’immense série qu’était « The OA » annulée trop tôt et injustement. L’ange originel du show, nous parlait d’expérience de mort imminente et de se retrouver dans un état d’amour et d’acceptation, de transcender les croyances. Et c’est ce parallèle qui résumé le mieux la soirée de ce soir. Un moment de beauté et de précision musical, une prouesse et une expérience qui dépasse le concert, entre ésotérisme et rêve angélique.

Sharon Van Etten conclut son concert sur « Fading beauty » au cours d’un bref rappel. Lui aussi extrait de son dernier album. Un morceau au première notes hypnotisantes et au ton aérien. On vole une dernière fois dans les airs aux côtés de l’ancienne journalisme qui s’y raconte toujours à la perfection. Devenue Hecate le temps d’une soirée, la chanteuse a fait du Trianon un culte obsédant. A l’image d’un album enchanteur qui marquera l’année 2025.


The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Voir un concert des groupes de Julian Casablancas c’est toujours prendre un risque. L’excellence studio de The Voidz et The Strokes la disputant  à un rendu scénique en demie-teinte qui ira conquérir les plus grands fans pour mieux laisser de côté un public moins adepte et mois indulgent. C’est pourtant un pari qu’a choisi de relever le festival des Inrocks le temps de deux dates parisiennes les 4 et 5 mars au 104.  Nous étions au premier des deux shows. Un moment acclamé par les fans et avouons le, une franche réussite. On vous raconte.

The Voidz & l’ivresse humaine

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Voilà un moment que nous n’avions pas vu les Voidz dans la capitale française. Le très novateur groupe du génie Julian Casablancas s’était offert un Pitchfork en 2018. Un moment inoubliable par ses prouesses musicales, son univers hors case du hard rock au post punk en s’offrant des envolées électros. Mais rien n’est jamais trop beau pour le new-yorkais, compositeur émérite, adulé, adoré par un public en soif de réelles propositions musicales. Un moment aussi gravé dans les mémoires parce que Casablancas est de ces génies capricieux, qui ose tout, prend le live sans se prendre la tête. Il est ce premier de classe qui ne fait pas d’effort au contrôle et rate la moyenne, faute d’implication. Peu loquace le bonhomme s’était pourtant permis la dernière fois d’insulter le Pitchfork qui l’invitait, hop on ne se prive de rien ! Et, puis plus récemment il se faisait un passage à Paris à Rock en Seine avec les Strokes cette fois, face à un public majoritairement déçu. Le son qui ne fonctionnait pas, dirons-nous. Une gestion de scène qui en rebutait certain.es. Le rock n’est pas mort, mais son attitude désinvolte l’est certainement. Alors ce soir, en ce 4 mars, les attentes et craintes sont là. Le public est pourtant venu en masse au 104. Salle magnifique qui accueille finalement bien trop peu de concerts. Son immense hall permet à chacun.e de voir la scène où qu’il se place. Des transats sont installés en arrière salle et lorsque le concert débute sur « Blue Demon » qui fait également ses débuts en format live, certain.es choisissent d’y rester. Le reste de la foule se compacte, s’approchant au maximum.

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Il faut plisser les yeux. Les jeux de lumières plongent les musiciens dans la pénombre. Ressortent des éclairs roses et bleus qui semblent dessiner le logo des Voidz. L’aspect rétro 80’s de la formation se dessine d’entrée, des choix de couleurs aux tenues, sans oublier le son. « QYURRYUS » succède rapidement. L’auto-tune prend le pas sur le voix du chanteur, métallique, franchement électro. Il dévore le rock pour mieux le faire ressortir. Les guitares résonnent follement.  Casablancas est de bonne humeur. Ca se voit, mais ça s’entend aussi côté public. L’humeur est partagée, rendue au centuple. L’euphorie est telle qu’elle semble se faire ivresse, les têtes tournent, les corps s’activent, les yeux sont hypnotisés. Le meneur, lui, est particulièrement sobre ce soir. Rock’n’roll mais avec l’envie de bien faire. Au premier rang, quelques guerres de fans font rage pour conserver sa meilleure place au plus près du chanteur et de ses acolytes. Les fameux Voidz, réduction de Julian Casablancas & the Voidz, le nom d’origine de la formation. Le 104 donne un sacré écho à la performance, le son résonne contre ses murs et habille avec élégance l’échange musical de la soirée. L’allégresse humaine est à son sommet, et toutes les oreilles espèrent écouter « Human Sadness » tôt ou tard.

The Voidz, ces altesses humaines

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

La déception pourrait être au programme puisque d' »Human Sadness », titre phare d’une belle dizaine de minutes, il n’y aura point en live. La faute à un format long surement difficile à aborder. D’ailleurs ce sont ceux qui se prêtent le plus à l’exercice du concert qui sont interprétées. On découvre alors une légère dominante du dernier opus « Like all before you », prouesse sorti l’an dernier. « 7 Horses », « Overture », « Prophecy of the Dragon » pour n’en citer que quelques uns figurant parmi eux. « Tyranny », premier bébé fou du gang n’est pas en reste pour autant et vient défendre 4 de ses morceaux électro post punk, futuristes. Plus que moderne d’ailleurs, Casablancas et son équipe ont toujours eu un temps d’avance. Définissant le post punk avant qu’Idle et Fontaines D.C ne viennent lui ajouter ses couleurs. Le set est si plaisant qu’on se sent presque dans l’appartement des musiciens, confortablement installé.es dans leurs salons, qu’on imagine bordé de belles moulures au plafond et d’une décoration industrielle sortie de 2050. L’alliance monstrueuse de références passées à la classe assumée et d’une capacité à recréer tout, à tout repenser. Le public se délecte de « Johan Von Bronx » et du monstrueusement efficace « M.uatually A.ssured D.estruction ».  Et quitte à vivre quelques instants dans le salon des Voidz on en profite pour faire la discussion. Voilà qui est assez rare avec le musicien ! Il lâche alors qu’Emmanuel Macron est fan de leur musique.  Le nom est immédiatement hué. Si fort que le tacle envoyé à Donald Trump par la suite en devient à peine audible. Il faut dire qu’on en attendait pas moins d’un chanteur adepte de Bernie Sanders. Il avait même, pour l’anecdote, joué avec les Strokes pour le dernier meeting du politicien en 2020. Il doit être bien difficile être new-yorkais, démocrate et musicien par les temps qui courent aux USA. Non pas que cette présidence ne soit facile à vivre pour le reste du Monde. Ce soir au 104, où on essaie d’oublier un peu le monde pour mieux pogoter, notre meneur en profite pour remercier le public en français dans le texte. Si d’habitude la chose est commune elle l’est bien moins quand on parle des Voidz. Le public y réagit en masse tout comme il profite des moments les plus rock du set issus du très hard rock second album « Virtue ». « Permanent High School » ayant rejoint son comparse en début de set.

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Dans les yeux des fans de la première heure de notre iconoclaste musicien, sa pâte sublime chaque titre et se vit comme une nouvelle découverte de son répertoire. A défaut du morceau le plus attendu de notre setlist le public pourra se délecter d’un rappel avec « Flexorcist » ( issu du dernier album) et d’un joli cadeau qu’est la possibilité de se procurer en vinyle l’introuvable premier album du groupe. En sortie de salle, le public euphorique s’interroge toujours « Mais en fait, c’était un bon concert ? ». Impossible d’en tirer une réponse exacte mais les coeurs qui battent forts, les sourires immenses, les fronts en sueur feront toujours répondre oui à l’unisson aux humais plein de tendresse pour le groupe que nous sommes. En tout cas, la « sadness », elle, est  exclue !


Circuit des Yeux, le projet musicale d’Haley Fohr sera de retour le 14 mars avec un album envoûtant et hors cases « Halo on the Inside ». Originaire de Chicago, la multi-intrusmentiste brillante y livre des mélodies synth-waves, un vent de nouveauté qui souffle sur l’indie folk hantée à laquelle elle nous avait habitués. Sa précédente galette « -io », était portée, il faut le dire par les douleurs et le deuil. Celle-ci malgré son apparente noirceur raconte une toute autre histoire. Celle du retour à la vie, de la découverte de soi et d’une nouvelle forme d’amour propre, celle surtout de toutes les formes d’amour. 

Nous avons rencontré Haley Fohr dans les locaux de son label, Beggars à Paris. Avec elle nous parlons de musique, de boucles, de mythologie grecque, de cinéma, de science-fiction, de quête philosophique de la vérité et d’enfant intérieur. Interview.

Circuit des Yeux credit Dana Trippe
Circuit des Yeux credit Dana Trippe

Interview Circuit des Yeux

Pop&Shot : Bonjour, comment vas tu ? Tu enchaînes les concerts et la promo, tu reviens d’ailleurs tout juste d’Australie. Cette vie , elle n’est pas trop fatigante ?

Circuit des Yeux : Tu vas aussi loin que tu peux et quand tu rentres, tu ne fais que dormir. Ca fait partie du travail.

P&S: Parlons de ton nouvel album. Il sort le 14 mars. Commençons simplement. Comment le décrirais-tu à quelqu’un qui ne l’a jamais écouté ?

Circuit des yeux : C’est un album de danse façon opéra. C’est très actuel et dramatique.

P&S : Son titre « Halo on the Inside » est très lumineux, il semble annoncer que quelque chose de beau est en train d’arriver.

Circuit des Yeux : Ca vient d’une session d’écriture que j’ai fait au tout début. Les paroles semblaient couler de moi et j’ai pensé que c’était une bonne réplique. Et après y avoir réfléchi en profondeur, j’ai réalisé que je m’étais embarquée dans un voyage d’amour propre et d’auto acceptation. Je pense que tout le monde passe par là. Mais ce voyage je l’ai entamé depuis un bon moment. Je vis une dichotomie et je pense que ça arrive aussi à d’autres personnes. La société et la vie paraissent lourdes et sombres. Et je voulais donner corps à  tout ça que ce soit comment c’est perçu de l’intérieur comme de l’extérieur. Je voulais donner à ce sentiment les traits de l’enfant intérieur doux et espiègle qu’on a tous en nous. C’est de là d’où vient ce titre. Parce que je pense qu’on a tous ça. Le plus on passe de temps sur Terre, le plus on l’éveille.

En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement.En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement.

P&S :  la société actuelle comme les informations qu’on peut suivre sont très sombres en ce moment. Est-ce quelque chose dont tu avais besoin de parler avec ta musique ?

Circuit des Yeux : En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement. La manière dont la réthorique politique existe ne colle pas avec mes valeurs morales. Il y a aussi un nouveau gap de passé avec la technologie. Je me sens empoisonnée et je ne peux pas mettre le doigt sur ce qu’est ce poison. Je me sens hors de contrôle et je voulais personnifier cette confusion. Mettre des notes sur ce que je ressens. C’est ce que je traduis avec les instruments. Alors que la voix est pure. Je chante des idées simples et douces. C’est mon combat actuel : lutter contre le chaos et rester pure.

P&S : La bio de l’album parle beaucoup de métamorphose, d’un nouveau départ. Pourquoi as-tu ce besoin de nouveau départ ?

Circuit des Yeux : En toute honnêteté, je n’ai pas choisi ce nouveau départ. La vie a changé, beaucoup de choses ont changé ces deux dernières années pour moi et j’ai du faire corps avec ce changement. il arrive un moment dans la vie où quelque chose d’énorme t’arrive et tu dois y faire face et avancer. La musique m’a aidée à le faire d’une certaine manière. Elle m’a permis de me connecter au monde et pas de seulement rester chez moi à regarder la télé.

Quand je chante ma musique, je me sens soulagée, calme et en contrôle.

P&S : La musique, tu le dis souvent, t’aide à tout affronter dans la vie. Est-ce que l’écriture de cet album à eu ce même effet pour toi ?

Circuit des Yeux : Oui, toujours. Plus je fais ce travail, plus je n’aime pas l’écriture des albums. Je n’aime pas m’asseoir et faire face aux ténèbres parce que c’est ce que je fais. Mais d’un autre côté, j’aime chanter. C’est physique, comme un athlète et il y a de l’endorphine qui se libère. Quand je chante ma musique, je me sens soulagée, calme et en contrôle. Ca me fait le plus grand bien physique et psychologique.

P&S : J’ai lu que tu parlais de trouver ton son intérieur. J’avais eu une discussion similaire avec Julia Holter quand elle sortait son dernier album. Elle parlait de sa grossesse et donc son « son intérieur » était très aquatique, puisque très proche du son du corps. Et pour toi, ça sonne comment ?

Circuit des Yeux : Le mien est composé de deux choses : la sexualité et c’est une chose à laquelle je n’ai jamais vraiment fait face de façon à me donner du pouvoir. Et le second sonnerait comme une comédie. Comme une enfant. Quand j’écrivais ça, je m’autorisais à simplement réagir et ce qui sortait de moi était si surprenant. C’était mon humeur d’enfant. Et c’est ce son intérieur qui caractérise mon travail.

Circuit des yeux- credit Dana Trippe
Circuit des yeux- credit Dana Trippe

P&S : La pochette de l’album fait aussi penser à l’enfance. Ta coiffe dessus n’est pas sans rappeler celle de Maléfique de « La belle aux bois dormants ». C’est une idée à laquelle tu as pensé ?

Circuit des Yeux : L’imagerie est très important à mes yeux. Ca représente le diable et l’histoire de Pan dans la mythologie grecque.  Il est mi chèvre / mi humain. Il y a une sorte de retour karmique. Je suis un peu obsédée par les figures animales, ils n’ont pas de pouces ! C’est fou tu ne peux t’accrocher à rien. Tu ne peux pas t’exprimer. Je voulais donc représenter l’anti-héros et j’aime aussi à quel point j’ai l’air relaxé dessus. Je ne veux pas avoir l’air parfaite, être humaine suffit amplement. Le fait de faire la fête est associé avec cette image d’anti-héros et ça fait partie de la vie.

Malgré la musique, la fête, le sexe, c’est l’humanité qui finit par gagner.

P&S : Tu es devenu obsédée par l’histoire de Pan suite à un voyage en Grèce. Pourquoi cette histoire au milieu de toutes les histoires qui peuplent leur mythologie ?

Circuit des Yeux : J’aime le fait que Pan meurt dans cette histoire. Ils sont à demi Dieu, à demi humains. Et souvent ils libèrent leur moitié  Dieu. Ils veulent atteindre quelque chose de plus grand qu’eux même. Et j’aime le fait que Pan termine son histoire sur la mortalité. Malgré la musique, la fête, le sexe, c’est l’humanité qui finit par gagner.

P&S : Le fait que les choses finiront quoi qu’on fasse ?

Circuit des Yeux : Tout finira et il y a une forme d’acceptation à tout ça. Tout ce qui se passe maintenant est assez bien, suffit. L’acceptation de soi, aussi naïf que ça puisse sonner, c’est très important.

P&S : L’album est aussi cinématographique. Dans les inspirations, tu parles de John Carpenter et de Donnie Darko. Tu avais ces films en tête en créant l’album ?

Circuit des Yeux : J’aime l’approche cinématographique. Ma musique a toujours été plus épisodique que celle des pop stars classiques. Et dans les films noirs, ou ceux de SF on découvre toujours une vérité psychologique. Une vérité émotionnelle que les mots ne peuvent décrire. Et ma musique parle de ça.

P&S : Donnie Darko, c’est une référence importante pour toi ?

Circuit des Yeux : Ce n’est pas mon film culte mais je l’ai vu adolescente. Il était étrange et sombre et marquant. Je me souviens y avoir découvert une forme de fatalité que je ne connaissais pas.

La fatalité m’effraie, ce serait une perte de contrôle.

P&S : C’est quelque chose que tu as expérimenté par la suite, la fatalité ?

Circuit des Yeux : J’étais trop naïve. La fatalité m’effraie, ce serait une perte de contrôle. Quand tu es jeune, tout semble être possible. Donc je pense que cette partie de l’histoire m’a frappée plus tard.

La musique ce n’est pas si sérieux. Ce qui compte c’est que tout le monde soit en bonne santé et en vie.

P&S : J’ai remarqué que quand on regarde la couverture de ton précédent album -io, sa couverture est lumineuse, les couleurs sont solaires. Pourtant le thème y est bien plus sombre et grave. Alors que le nouveau a cette pochette sombre mais des thématiques plus lumineuses. C’est aussi vrai pour les compositions. C’est quelque chose que tu avais en tête ?

Circuit des Yeux : C’est vrai mais je n’y avais jamais pensé ! C’est très cool ! Je suis dans un moment plus lumineux de ma vie clairement. Je ne sais pas si on peut voir l’arc narratif des différents albums. Visuellement sur le dernier j’étais en chute libre. Je devais faire face à beaucoup de chagrin et de deuil. J’ai l’impression d’être tombée. Spirituellement d’être tombée à un niveau plus bas. J’ai le sentiment depuis, d’avoir transcendé quelque chose. Quand quelque chose de très difficile t’arrive ça t’apporte de l’élévation plus tard dans la vie. Et c’est encore plus vrai avec la musique. La musique ce n’est pas si sérieux. Ce qui compte c’est que tout le monde soit en bonne santé et en vie. Et finalement avec tout ça j’ai pu plus librement utiliser la comédie et d’autres parties de ma personnalité. J’étais peut-être trop sérieuse avant.

P&S : Sur cet album, comme sur le précédent tu as dû composer en solo. Tu as même composé celui-ci de nuit. Comment s’est passé ce processus ?

Circuit des Yeux : J’ai toujours été plus ou moins entourée. Mais pour l’écriture, j’aime faire ça de façon isolée. Sur ce nouvel album en revanche j’ai eu un producteur pour la premier fois. C’était très collaboratif. Et puis il a aussi transcendé des idées que j’avais qui pouvaient ne pas être si bonnes ou pas entièrement terminées.  Tout ça m’a rendue très vulnérable. Mais pour l’écriture j’étais seule et je travaillais tard dans la nuit. C’était moins stressant. J’avais l’impression que je pouvais me laisser aller et travailler sans arrière-pensées parce que tous ceux que j’aime étaient en train de dormir et relaxés. Je pouvais mieux m’entendre que durant la journée. Et puis quand les choses étaient plus compliquées, que je n’aimais ce que j’écrivais, avant j’aurai forcé et continué et là je laissais tomber mes propre règles et habitudes. Je prenais un snack, j’allais danser, j’appelais un ami… Et je pense que la musique a été améliorée par ça.

Circuit des Yeux - Canopy of Eden - credit Dana Trippe
Circuit des Yeux – Canopy of Eden – credit Dana Trippe

P&S : Tu es toujours très honnête sur tes sentiments et ta santé mentale. Que se soit sur scène, sur les réseaux sociaux ou en interview. Est-ce que ça fait partie du travail d’artiste de se livrer comme ça ?

Circuit des Yeux : Je ne dis pas forcément tout. J’ai des secrets que personne ne saura jamais. Mais quand il s’agit de santé mentale c’est autre chose. Ca a été un gros travail sur moi, j’avais l’impression de ne pas entrer dans les cases et c’est important de faire savoir à des gens qu’ils ne sont pas seuls sur ce sujet. Etre neuro-divergeant, déprimé, c’est quelque chose qui existe, qui est naturel et il y a des gens que tu peux trouver pour te comprendre. C’est spécifiquement vrai dans l’art. Je veux être un exemple sur ce sujet.

On pense, et c’est encore plus vrai en tant que femme, que si on ne fait pas telle ou telle chose les choses ne se passeront pas comme on le souhaite.

P&S : La santé mentale dans l’industrie de la musique est devenue un gros sujet de nos jours. On en parlait également avec Bill Ryder Jones, qui se disait très concerné. Est-ce aussi un sujet sur lequel tu souhaites t’exprimer ? Notamment sur les besoins des musicien.nes ?

Circuit des Yeux : Je veux dire que c’est vraiment difficile. Si vous vous sentez mal vous avez une réaction normale à quelque chose qui n’est pas  naturel. Je pense qu’il est important d’avoir des limites et de les respecter. Je l’ai appris plus tard dans ma vie. Suis ton intuition, si tu ne veux pas être photographié par exemple, n’hésite pas à le dire. On pense, et c’est encore plus vrai en tant que femme, que si on ne fait pas telle ou telle chose les choses ne se passeront pas comme on le souhaite. Il faut rester soi-même pour que les choses se passent comme elle doivent se passer.

P&S : Je voulais aussi te parler de tes paroles. Il y en a peu par morceau mais chaque mot semble être pesé comme pour lui donner encore plus de sens …

Circuit des Yeux : La plupart des paroles sur cet album me sont venues d’elles-même sur le moment. Et je les ai laissé couler. C’est comme le morceau qui donne son titre à l’album « Halo on the Inside ». Il y a cette coquille et ce son très lourd mais le message et la voix sont doux et pures. Ces concepts d’amour et vulnérabilité j’essaie de les garder au plus simple.

Parfois on a besoin d’entre quelque chose encore et encore pour y croire…

P&S : Et côté mélodies tu utilises beaucoup de boucles et de répétitions. C’est quelque chose que je trouve toujours très intéressant dans la musique, pourquoi utilises-tu ce procédé ?

Circuit des Yeux : Les mantras m’aident beaucoup. J’en ai toujours utilisé dans ma musique. Les répétitions fonctionnent. C’est comme dans le yoga et la méditation, il y a beaucoup de répétitions.  Dans la religion, la prière est un mantra, pleine de répétition. Parfois on a besoin d’entre quelque chose encore et encore pour y croire…

P&S : Sur le titre Truth, tu répètes « Truth is just imagination of the mind ». Tu crois que la vérité n’existe pas ?

Circuit des Yeux : C’est un genre d’énigme avec des mots que j’adore. Parce qu’il n’y pas de réponse. Je pense que les histoires qu’on se raconte sur nous même et ce que le monde extérieur dit de nous peut être très loin de la réalité. Ca dépend comment on voit ça, de façon positive ou négative.

P&S : C’est un débat philosophique. La vérité est-elle unique ou est-elle celle dite par le plus grand nombre ?

Circuit des Yeux : C’est une question qui concerne aussi les journalistes. C’est aussi ton travail de savoir ce qu’est la vérité. Ca dépend aussi de si on parle d’une chose subjective. Pour moi, même si c’est naïf, la seule chose véritable est l’amour. Je ne veux pas dire forcément l’amour romantique. Ca peut simplement être le fait d’aider quelqu’un à traverser la rue. La gentillesse est l’antidote à tout.

Circuit des Yeux sera en concert à Paris le 12 mai 2025, au Point Ephémère.