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Julia Escudero

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L’adolescence, un sujet traité à maintes reprises par Hollywood et consorts. Souvent du point de vue même de l’adolescent.e, tel que perçu par un adulte. Un univers vu comme coloré, parfois douloureux, toujours idéalisé. Mais rarement juste et réaliste. Pourtant tout bascule avec la série Adolescence, nouvelle création de Jack Thorne et Stephen Graham diffusé sur Netflix. Nombreux.ses sont celles et ceux à parler de la meilleure série de la plateforme depuis longtemps. Quatre épisodes à fleur de peau composent cet objet à part et hors cases. Entre horreur dans le quotidien, empathie et prouesse technique, le show a effectivement mis la barre très haut. Ou comment un fait divers monstrueux peut hypnotiser et horrifier avec une seule question répétée en boucle, pourquoi ? Après quelques jours de réflexion suite à son binge-watching, on vous en parler.

adolescence netflixAdolescence, de quoi ça parle ?

Lorsqu’un ado de 13 ans est accusé de meurtre, sa famille, une psychologue clinicienne et l’inspecteur chargé de l’affaire se demandent ce qui s’est vraiment passé.

ADOLESCENCE, EST-ce que c’est bien ?

La presse, les internautes (avec tout de même une note de 4/5 sur Allocine), tout le monde semble être unanime concernant la nouvelle série Netflix. Son tout premier épisode y est certainement pour beaucoup. Le show se découpe en 4 épisodes, tous tournés en plan séquence. Ils ont tous été en effet réalisés sans que la caméra ne soit jamais coupée, laissant l’action défiler de bout en bout. Une prouesse d’autant plus magique qu’elle permet de se retrouver jeté dans l’intrigue sans jamais avoir le temps de reprendre son souffle. Le procédé va d’ailleurs permettre de nous identifier à la famille Miller dont le quotidien bascule du jour au lendemain dans l’horreur. Imaginez un peu, un beau matin, la police enfonce votre porte et embarque votre fils de 13 ans en l’accusant de meurtre. Ce réalisme c’est ce qui est le plus voulu par le réalisateur. Ce dernier racontait comment plusieurs faits divers, des assassinats de très jeunes adolescentes par des garçons de leurs âges l’avaient inspiré. Avec cette question en tête : pourquoi ?

adolescence netflix stephen grahamQu’est ce qui pousse un garçon si jeune à poignarder une jeune fille ? Les adultes sont-ils complètement largués par les évènements ? Les écrans et réseaux y sont-il pour quelque chose ? Quel est le pouvoir des réseaux sociaux ? Quel est le regards des jeunes sur la masculinité ? Comment se voient-ils en tant qu’hommes ? Ces questions sont traitées tour à tour et on ne peut que féliciter l’équipe et sa capacité à les dépeindre sans cliché, sans lourdeur, sans avoir la prétention de tout savoir et en prenant tous les regards adultes entourant ce monde si difficile d’accès. En ça, Stephen Graham ( dans le rôle d’Eddie Miller, le père de Jamie) livre une performance bluffante. Son écriture, très pointue, son évolution, ses incompréhensions mais surtout ses doutes quant à sa part de responsabilité dans les épreuves traversées sont autant d’atouts pour la série. Tout comme c’est le cas de Christine Tremarco, parfaite dans le rôle de Manda Miller, mère au combien réaliste dont la détresse et le besoin de garder le cap dans ce tourbillon ne peut qu’inspirer la plus grandes des empathies.

Vous le lisiez (sûrement) partout la question du pourquoi est ici plus importante que celle du qui ? C’est à la fois vrai et faux. Le premier épisode nous prend au tripes comme la famille Miller, sortie du lit à 6 heures du matin. Et rien ne nous est épargné. On suffoque avec elles et eux, on doute, on s’interroge, on refuse. La candeur d’Owen Cooper (Jamie Miller), le jeune protagoniste qui livre ici une performance spectaculaire pour son premier rôle, nous donne l’envie de le protéger de ce monde. Comment associer ses tâches de rousseurs et ses larmes à un crime sanglant ? En ça le premier épisode est éprouvant de bout en bout et il y a fort à parier que vous le finissiez les larmes aux yeux.

Adolescence, minute par minute

Chaque épisode va par la suite se concentrer sur une nouvelle partie de l’intrigue, avançant dans la temporalité pour raconter les conséquences de chaque action, se focaliser sur chaque personnage toujours en plan séquence. Dans le  registre, la fin de l’épisode 2 avec une caméra qui finit sur un drone mérite qu’on applaudisse de toutes nos forces la beauté de réalisation. Le « mouvement » INCEL, ces hommes célibataires qui détestent les femmes et les blâment pour une  règle de leur invention, le 80/20 (selon laquelle 80% des femmes s’intéresseraient à seulement 20% des hommes)  est évoqué. Il est à l’origine de bien des haines, une image déformé que peuvent avoir certains hommes d’eux-même et crée une incompréhension du rejet jusqu’aux pires retranchements.

La place d’Instagram dans les rapports adolescents est également mise en cause, toujours avec juste mesure. Comment une idéologie, on ne peut plus fausse, peut-elle atteindre des enfants si jeunes et les convaincre qu’ils sont concernés ?  Voilà l’une des thématiques sur laquelle se penche Adolescence. Et la série se retrouvera à débattre avec force de la place de l’image de soi dans un groupe scolaire harcelant au collège comme au milieu des réseaux sociaux. Puisque aujourd’hui la cloche qui retentit et sonne la fin des cours n’est plus une frontière pour laisser aux adolescents le luxe de souffler. Face à tout ça, l’impuissance des parents et des adultes se vit continuellement comme un douloureux choc, un mur infranchissable.

Psychologie de l’adolescence

adolescence netflix jamie millerPourtant la phrase la plus marquante de  l’épisode 2 qui se déroule dans l’école et donc au milieu de nos sujets, sera prononcée par la policière en charge de l’enquête. Le fait que seul le suspect marquera les esprits et que la victime elle, sera immédiatement oubliée par le plus grand nombre. Quand on voit l’obsession qui grandit aujourd’hui pour les tueurs en série, on ne peut que lui donner raison. Non que le sujet ne puisse intéresser, évidemment, mais qu’il ne faut pas déifier les bourreaux en oubliant leurs victimes. Et cette même inspectrice Frank (Faye Marsay) sera souvent oubliée, mise de côté, au profit de son collègue masculin, le détective Bascombe (Ashley Walters). Comme un miroir de l’intrigue qui plâne tout autant sur l’âge adulte. Quel exemple donnons-nous alors ?

A mesure que les quatre épisodes avancent certain.es seraient tenté.es de lui trouver des temps longs. Il faut dire que la série Adolescence ne cherche jamais à avoir un rythme soutenu. Au contraire, la psychologie des personnages y est centrale. Très théâtral, le troisième épisode, aura lieu en un temps et en un seul lieu. Tête à tête éprouvant et fascinant, il joue d’un rythme effectivement lent, pour mieux décortiquer l’horreur. C’est d’ailleurs le premier qui a été tourné par l’équipe. Un tour de force puisque toute la puissance de l’épisode repose sur ses dialogues et que donc, la caméra ne coupe jamais. Cet entretient avec une psychologue permet de mieux décortiquer, de répondre à un grand nombre de questions, mais jamais à toutes, comme c’est le cas dans notre réalité.

Adolescence | Bande-annonce officielle VF | Netflix France

Pour obtenir le résultat souhaité, chaque épisode aura finalement été tourné entre 10 et 15 fois. Le tout a demandé à son très jeune acteur de toujours bien entrer dans son personnage. Enfin, il reste un épisode à la série pour conclure son histoire mais aussi parler des conséquences sur la famille.

« Adolescence » est récit glacial, difficile, loin du feel good movie et des programmes plus mainstreams auxquels Netflix nous a habitué. La série n’en est pas moins une claque aussi obsédante que propice aux nombreux débats. Certain.es en profitent d’ailleurs pour tenter de ramener l’intrigue à des questions (bien dégoutantes)  entre racisme et immigration. Mais tout est bon pour n’avoir que ce sujet en bouche. Celles et ceux-là passent largement à côté du sujet central de la série bien plus riche. Entre déconnexion avec le monde adolescent, image de la masculinité qui se véhicule de père en fils, violences qui en découle, influence des réseaux sociaux, les questions y sont abouties et ne cherchent pas à blâmer un fautif unique qui serait l’étranger. Au contraire nous dit le show, absolument tout le monde, pourrait être concerné par pareille histoire. Adolescence restera de ces O.V.N.I complexes qui ne parleront pas à tout le monde. Pourtant son travail de mise en scène comme la force émotionnelle de son récit resteront en mémoire comme une véritable révolution du côté du petit écran.


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Mumford and Sons - Elysee Montmartre Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Mumford and Sons – Elysee Montmartre Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Mumford & Sons, la simple évocation de ce nom et voilà qu’une sensation de plénitude nous envahit. La folk rock particulièrement solaire du groupe a ce pouvoir magique de convoquer le bien-être et de le faire apparaître, le temps de quelques notes ou d’un simple morceau. Trop rare, la formation revient enfin en 2025 avec un nouvel opus « Rushmere » qui sortira le 28 mars. La promesse d’un temps à se conter des morceau autour d’un feu de camp, au moins par la pensée. Et ces belles histoires, le groupe avait choisi de les raconter à un public de lucky few, le 7 mars 2025, à l’Elysée Montmartre. Concert exclusif à coeur très humain. On vous emmène faire une pause. Soufflez, respirez, le show va commencer.

Mumford & Sweets

Voilà quelque jours que le temps piquant de l’hiver a enfin décidé de faire une trêve. En ce début du mois de mars 2025, les températures montent à 17 degrés permettant à chacun.e d’afficher une mine ravie. La misère serait bien moins pénible au soleil comme dit la chanson. Tout ça pourrait n’être que pure coïncidence, mais l’affaire parait trop grosse pour y croire. Les astres alignés laissent bien voir que le passage de Mumford & Sons dans la capitale y est pour beaucoup. La formation de Marcus Mumford vient offrir ses douceurs dans une petite salle. Une tournée des clubs de seulement 9 dates triées sur le volet, pour public convaincu et dont les places se sont toutes vendues en quelques minutes seulement. Qui dit concert à places limitées dit aussi format tout particulier. Devant la salle, certain.es sont tombées dans le piège de la revente de faux billets et essaient quand même de supplier leur entrée. Tout le monde veut sa place au soleil. Point de première partie, point d’heure tardive, un show simple et parfaitement orchestré attend les spectateurs ce soir. Pour les accueillir, un véritable décors de guinguette a été installé. Des petits lampions peuplent autant la scène que la jolie salle parisienne. Pour celles et ceux qui l’ont toujours connue, le simple fait de faire quelques pas dans l’Elysée Montmartre est synonyme de joie. Le lieu qui avait brûlé avait failli être remplacée par un parking il y a plus de 10 ans et son sauvetage, essentiel, en font un lieu qui convoque passé et présent de la plus belle des façons. Cette dualité, elle est aussi miroir de la musique de Mumford & Sons, folk rock accessible. La folk, la musique qui  honore l’ancien, reprend en son origine des morceaux du patrimoine folklorique si anciens que personne n’en connait le compositeur. Le rock, ce courant qui sait toujours se renouveler et apporter son lot de modernité.

Mumford and Sons - Elysee Montmartre Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Mumford and Sons – Elysee Montmartre Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Douceur, on le disait et c’est à l’acoustique que le concert débute. En son centre, avec sa guitare sèche : Marcus Mumford. A ses côtés, silencieux mais bien présents  on retrouve Ben Lovett et Ted Dwane. « Reminder » et « Ditmas », issus des deuxième et troisième opus du groupe, sont interprétés à pas de velours et  sans micro. Dans la salle, sous les lampions, le silence est d’or. Et puis, comme ce tour de guitare consistant à accélérer son rythme et à le faire monter de façon épique, si classique dans leur compositions, nos musiciens passent à la vitesse supérieure. « Rushmere » est celui qui lance cette nouvelle configuration. Des lumières chaleureuses se joignent aux festivités. Le nouvel album promet une arrivée de l’été sans passer par la case printemps. Les londoniens nous sortent de la ville. Un road trip endiablé ? La découverte de paysages à la beauté foudroyante ou bien beaucoup d’amour ? Les images se succèdent pour mieux porter aux rêveries. Très vite, l’un des plus beaux morceaux du groupe « Little Lion Man » est interprété. On en est seulement au quatrième titre et toute l’assemblée chante déjà, très fort, chaque mot.

Mumford & ses sons magiques

On dit souvent que la musique a des vertus magiques. Celle de soigner les maux certes. Mais c’est aussi une madeleine de Proust incroyable. Pour un groupe comme Mumford & Sons, créé en 2007, il y a de grandes chances que leurs morceaux vous transportent vers un temps passé, souvent vu comme bien plus beau sous le filtre de la nostalgie. Peut-être serait-ce un premier concert. Pour moi, c’était la vie de backpacker sur le continent australien pendant de beaux mois toujours ensoleillés. Et si d’accoutumée, une telle expérience aurait peu d’impact sur la réception d’un concert, la création même des mélodies du groupe fait particulièrement sens, associée à ces verdoyants souvenirs. Des étendues de plages et de décors sauvages. Mumford & Sons est le remède pour s’offrir la jeunesse éternelle. Quand « Guiding light » résonne, la capacité tubesque de la formation apparait comme évidente. Ces gens n’ont-ils que des singles ? La manière toute particulière de faire vibrer voix et cordes de guitare ont cette force. Transcendante. Aux côtés de nos acolytes, de nombreux musiciens viennent donner du corps à la musique. Des cuivres sont présents et feront tout particulièrement sens en fin de set notamment sur « Caroline » pendant le rappel et extrait du dernier opus. D’ailleurs celui-ci ne sera pas en reste sur la set list ce soir en pointant son nez le temps de trois morceaux. Mais qui dit concert à fans avertis promet surtout une belle retrospective d’une discographie composée de 5 albums. Tous trouveront leur place. « Awake my soul » (de « Sigh no more », le premier bébé du groupe) est un véritable temps fort de la soirée. Tout comme l’inoubliable « The Cave » qui se fraie un chemin emprunt de beauté dès ses toutes premières notes. Toujours un démarrage doux, toujours une montée en puissance des instruments, montagne russe sentimentale à l’évidence fracassante. Côté public, les origines sont variées. Beaucoup ont fait le déplacement pour assister à ce concert à part. L’amour prend une telle place, qu’une demande en mariage a lieu au fond de la salle. L’explosion de joie de la jeune fiancée va de pair avec celle du public, lui aussi en train de dire Oui ! A l’autel du bien être ici dressé. Le chanteur n’hésite pas à adresser quelques mots à l’audience, beaucoup de remerciements, parfois en français. Il se paie aussi un détour par la batterie et répond aux fans du premier rang, prenant sur scène un cadeau, rébus des titres des morceaux fait en émoticônes. S’il n’arrive pas à répondre à toutes les propositions, il sera largement aidé par le public.

Mumford & Songes

Le rêve éveillé de ce concert sera de courte durée, un peu moins d’une heure et demie. Mais pourtant, il opère un bel effet sur la dopamine. « The Wolf » (extrait de « Wilder Mind ») fait office de dernier morceau avant le rappel. Ses mélodies s’envolant loin dans les airs pour mieux toucher les nuages. Le retour sur scène des musiciens permet de complètement boucler la boucle en un show cohérent et débute par deux titres à l’acoustique chantés presque murmurés. « Timshel » et « Where are you now » permettent ainsi de redescendre doucement sur terre. Le cardio descend, quelques minutes seulement. Il faudra ensuite redémarrer plus fort, plus beau pour trois titres, « Sigh no more » puis un dernier extrait du nouvel album : « Caroline » donc, nous le disions. Et puis enfin, vient l’un des morceaux les plus fédérateurs du groupe. Mais ne le sont-ils pas tous ? « I Will Wait » balance ses merveilles, une toute dernière fois sous les lampions de notre guinguette en plein Paris. Avant de quitter la scène, le groupe confie adorer Paris, communique en français et promet à demi-mots un retour prochain. Il est un peu plus de 21 heures 30 quand les lumières se rallument non sans quelques au revoir chaleureux avec la foule. Des visages ravis peuplent le décors. Dehors, la nuit semble éblouissante mais aussi incongrue après cette heure passée au soleil. Quelques part entre le monde bien réel et celui des rêves, on continue de chanter « I Will Wait«  comme un leitmotiv, une formule magique, pour se téléporter en tout instant en lieu sur.

Mumford and Sons - Elysee Montmartre Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Mumford and Sons – Elysee Montmartre Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

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Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar

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Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

L’année 2025 devait donc débuter avec Franz Ferdinand.  Sept années s’étant écoulées depuis la sortie de leur précédent opus « Always Ascending », il s’agissait maintenant de ne plus perdre une minute. Et dans ces cas là, lorsque les astres s’alignent et que tout semble couler de source, le groupe écossais comptait bien marquer les esprits et prendre possession de ce que serait 2025. Une sorte de promesse d’un départ de course sur les chapeaux de roue, un présage d’avenir meilleur. Le 10 janvier la formation sortait donc son « The Human Fear », balayant en revanche les craintes des fans quant à une transformation trop radicale de ses mélodies. Et puis, Alex Kapranos et sa bande avait décidé de donner rendez-vous à son public parisien le 25 février, à la Cigale. Des retrouvailles en petit comité donc, sans peur mais pleines d’amour, auxquelles nous avons eu la chance d’assister. On vous embarque dans cette soirée en chantant « Take you out ».

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Franz ferdinand & The Human Heart

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Franz Ferdinand conquérant ? Son nom après tout, vient de l’Archiduc François Ferdinand d’Autriche, dont l’assassina avait précipité l’entrée dans la première guerre mondiale. En réalité, ce choix venait surtout de son obsession pour le changement brutal. Et ce besoin de redéfinir ses codes, le groupe l’a exprimé d’album en album. Au risque de parfois laisser quelques fans derrière, sur la touche. Ce fut le cas sur ses précédentes galettes, sorties en 2013 et 2018 et qui portent à de fortes discussions lorsqu’évoquées auprès des afficcionados de la première heure. Il fallait donc redéfinir son ADN. La maturité aidant, la sortie d’un best off entre deux se mêlant à l’affaire, le groupe  pouvait donc enfin se recentrer sur ce qui faisait de lui un objet mythique qui se transmet de génération ne génération et dévoiler son « The Human Fear ».  Ce soir donc, La Cigale est pleine à craquer, débordante de vie, et la peur semble en être exclue. En son lieu et place se trouvent des visages de tout âge.  Au balcon, au premier rang, une famille entière a fait le déplacement. Les deux très jeunes garçons connaissent les paroles par coeur comme leur petite soeur. Les parents reprennent les mots en boucle, souriant fièrement face à leur progéniture. Les conquérants mettent tout le monde d’accord. Franz Ferdinand démarre pourtant son set par un titre qui ne semble pas promettre l’union : « Bar Lonely ». Bar, certainement, lonely certes pas. Point besoin de décors, le groupe a bien mieux que ça : une forme de classe indémodable, indétrônable. Lors de la promo de ce son nouveau jet, la formation espérait avoir un son qui sait se renouveler mais qui pour autant porte une marque de fabrique unique. Dans son costume parfaitement coupé, les cheveux gauminés, le dandy écossais est inimitable et le pari est hautement relevé. L’évidence d’une attitude, d’une voix, d’une manière de faire sonner les guitares est bien là. Franz Ferdinand a une formule magique qui ne lasse pas et réuni en chaque occasion. Les couleurs sont chaudes et les esprits eux aussi se chauffent. On oublie les angoisses, le groupe met directement les pieds dans le plat et condense en début de set list un bon nombre de ses nouveaux titres : « Night or Day » ou encore « The Doctor » sont ainsi très vite interprétés.  « Nous sommes Franz Ferdinand de Glasgow, mais nous sommes aussi très français » balance d’entrée le leadeur. Il s’adressera d’ailleurs bien souvent à la foule dans un français impeccable. Mais et, sans tomber dans les potins, on peut rappeler que le musicien est aujourd’hui l’époux de l’une de nos fiertés nationales : Clara Luciani.

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

We couldn’t have a much better night

Le nouvel album n’est pas le seul à trouver sa place ce soir. D’ailleurs il ne faut pas attendre longtemps pour écouter le très culte « Walk Away » que l’on retrouve au générique du second album du groupe « You could have it so much better ».  Sur scène, notre homme tient toujours une posture glamour décuplée d’une énergie communicative. Des bons dans les airs viennent ponctuer ses interprétations. La voix tient sans sursauter, preuve d’années d’expérience. Les instruments, eux se délient à la perfection. Ce soir, comme toujours à la Cigale le son est parfaitement géré. Sans fantaisie, le décors blanc posé en arrière scène profite de jeux de lumières de toutes les couleurs. Impossible de ne pas s’arrêter un temps pour saluer la performance à la batterie d’Audrey Tait qui remplaçait Paul Thomson en 2021. Cette touche féminine bienvenue ne manque pas de marquer tant voir une femme à cet instrument dans un groupe majoritairement masculin est un fait rare. Côté public, les bouche ne se ferment pas. Chaque titre semble connu parfaitement par la foule. Chaque mot est répété encore et encore comme un mantra. Les prières sont elles aussi des mantras, elles se disent et redisent et lorsque l’on répète ainsi quelque chose avec force, on finit par y croire  profondément. Ainsi toute l’assistance, priant les Dieux d’un rock hors temps et hors case, semble demander, en un culte bruyant, aux musiciens de ne pas partir.

Une interlude par le nouvel album sur « Everydaydreamer »  et nous voilà de retour sur un classique « The dark of the matinée » (issu du premier opus). L’occasion de se rappeler que l’une des forces indéniable du groupe réside en sa capacité à gérer parfaitement ses rythmiques. Ses loops, militairement rock, magnifient les titres tout comme la constance d’une voix toujours doucement rieuse. L’élégance écossaise est indéniable et l’esthétique de ce pays ne cesse d’émerveiller. D’ailleurs ce n’est pas pour rien que la présence de Franz Ferdinand sur son label historique, Domino Records, a su être un argument de taille pour Arctic Monkeys  lorsqu’eux même cherchaient un label pour faire connaître leur rock pointu. Ainsi s’écrivent les légendes. Et légendaire ce concert, dans cette salle si humaine, l’est assurément.

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Take us out

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

La setlist continue de nous proposer des sauts d’époques en époques. Un coup, nous voilà les pieds bien ancrés en 2025 avec le titre « Built it up », le suivant, on retrouve le premier né de Franz Ferdinand, grâce au morceau « 40′ » et donc l’année 2004. Vingt années se sont écoulées. Une vie entière pour certain.es. Les courants et les modes ont radicalement changées et ont même eu le temps de revenir. Le fluo, les tailles basses et hautes, le pop punk et le hip hop, même les slashers. Le monde a bougé a toute vitesse et dans ce courant fou, ces années qui défilent sous nos yeux, les titres du groupe, comme un pilier, n’ont jamais pris une ride. Impossible à démoder, associés à une époque et à toute celle qui ont suivi. Franz Ferdinand nous a fait danser, sautiller, nous a vu souffler nos bougies, parfois plus qu’on ne le voulait, sans jamais avoir pris le goût amer de la nostalgie. C’est aussi vrai dans le torrent scénique auquel on assiste, durant lequel on communie. Et enfin, alors que la soirée n’a pas encore touchée à sa fin, le groupe nous invite sortir, une fois de plus, de nos coquilles, de nos maisons, de nos années et on entame en un choeur  puissant l’immense « Take me out ». Celui qui aura vu naître le culte. Le groupe profite par ailleurs de la soirée pour offrir quelques surprises et un peu de culture à son public.  La culture elle passe par la découverte du bouzouki, sorte de guitare à trois cordes d’origine grecque sur lequelle  Kapranos a composé certains morceaux de son nouvel album.

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Les surprises, elles tiennent en la présence de la tornade Master Peace le temps d’un morceau sur « Hooked » en fin de course puis par l’interprétation du titre « Jacqueline », choisi par une fan pour débuter le rappel. On finit forcément en feu sur « This Fire », comme s’il ne faisait pas assez chaud. On retient nos souffles, on se laisse aller à en faire trembler la fosse une dernière fois, avant de retrouver nos peurs, bien trop humaines, là-bas dehors. Ici, les émotions humaines visitées, elles regorgeaient d’amour, alors que le temps avait enfin accepter d’arrêter sa course effrénée, quelques heures seulement.

Franz Ferdinand - La Cigale Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Franz Ferdinand – La Cigale Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

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Kaky, bricoleur du son, a plein d’idées ! C’est à l’été 2020 qu’il lance son premier titre « La tête pleine ».  Avec sa tête bien faite, l’idée fonctionne immédiatement. Les hanches s’activent, ses créations s’invitent dans les playlists. Il faut dire que le bonhomme aime à s’y amuser avec les sons. Son premier EP « Room 404 » avait été créé à partir de samples de bruits du quotidien. Publié le 12 mars 2021 ( un cadeau d’anniversaire pour moi), il né d’un bricolage amateur qu’il s’amuse à détailler sur sa plateforme : les Kakysounds. Ce qui était vrai pour CocoRosie et son premier jet « La maison de mon rêve », réalisé à partir de sons de salle de bain et jouets d’enfants,  l’est aussi pour Kaky.

KAKY © Jean de Blignières
KAKY © Jean de Blignières

Intégrer bruitages de la vie permet de créer un objet défiant toute attente. Sauf qu’ici l’indie pop onirique  des sœurs Sierra et Bianca,  est remplacé par des mélodies urbaines. Et comme le veut le registre, le terre à terre l’emporte. La mélancolie du quotidien prend le relais. On y découvre une plume affutée, une sincérité à fleur de peau. Et donc, des bruits quotidiens qui résonnent bien différemment quand ils viennent à percuter la réalité froide du rap de Kaky. Sauf que le rêve n’est jamais loin. Celui de réussir dans la musique. Son art, celui qui le transporte, le transcende, le porte surtout.

Rêves et cauchemars

En 2022, le musicien à la voix grave et puissante publie un album, « Joli Monde ». Le monde est un bel endroit, il vaut la peine qu’on se batte pour lui. La première partie est au moins vraie. Vous connaissez la chanson. Il faut attendre deux ans pour que les bricolages reviennent, les rêveries aussi mais surtout la plume acide. Voilà qu’enfin, fin 2024, il revient avec sa « Note 1-? ». « Plus rien ne me touche, c’est vrai. » conte-t-il sur « Mayday ». Il y déverse ses douleurs dès ce premier titre. On y découvre un mélange habile de rap et de refrains bien sentis et chantés. Comme toujours, porté par des mélodies savamment écrites, Kaky touche au cœur. Il y parle de remplir le vide en soi. Chez l’artiste, le bricolage est une confidence faite au plus grand nombre. Trois titres viennent peupler cet EP sombre et pourtant dansant, le clair-obscure y règne en maître. La lumière pour Kaky, c’est la musique. Notre monsieur touche-à-tout ne pouvait pas en rester là. Il devait répondre à ses peines et à la dernière confession de cette galette intitulée « Peur de vivre ». Alors le voilà de retour avec un nouveau titre, qui est dévoilé le 6 février : « Drôle d’idée ». Le rêve y est omniprésent. Celui de la musique toujours, quoi qu’il en coûte, la musique ou se tuer à essayer.

Une deuxième note pour poser ses idées

Ce titre il l’explique : «  Tout ce bad mood provient d’une obstination à se battre pour un rêve, quitte à en tomber malade, et de s’enfermer dans l’idée que si ça ne marche pas, c’est parce que tu n’es pas à la hauteur. C’est ça, le paradoxe de la musique : plus tu travailles, plus tu te déconnectes de la réalité des gens qui t’écoutent, et donc moins tu parviens à leur parler, car tu ne vis plus dans leur réalité. Au final, tu deviens moins pertinent. »

KAKY © Jean de Blignières
KAKY © Jean de Blignières

« Drôle d’idée » trouvera-t-il sa place sur un nouvel EP ? C’est fort à parier et on scrutera les annonces, les doigts croisés. Le morceau lui, est des plus attendus si l’on en juge par ses 15 000 streams et 100 000 auditeurs mensuels. Il  fait le pont avec le précédent EP et promet un temps plus lumineux pour notre musicien. Il faut arrêter de travailler pour trouver l’inspiration. En musique, il ne faut pas s’enfermer dans le travail ! Et ce constat permet à Kaky de proposer un titre plus dansant, franchement bien écrit et joliment produit. Impossible de ne pas s’arrêter sur son refrain, plus pop qu’à l’accoutumé. Certes l’urbain est toujours là, mais l’idée est aussi d’y exploiter des sons qui sauront nous réchauffer.

Kaky a bricolé son univers pour en faire une composition à la beauté assumée, d’une véracité bien trop rare. Une  façon de jouer avec les émotions, de passer du sombre à la lumière. Là où ses premiers titres mettaient des mélodies dansantes sur des textes aux tourments criants, ses nouvelles notes d’intentions vont crescendo. Chaque titre est une face de notre musicien. Pile et ses désolations, face et son espoir. Toujours à fleur de peau, tout en s’interrogeant en continue, la douceur remplace au moins un temps, l’amertume. Entre dans la ronde, et viens tomber amoureux des détails musicaux de ces mémoires. Tu y trouveras un roman de sentiments et d’expérimentations toujours réussies.


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