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Julia Escudero

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On connaissait « Young Sheldon », spin-off très moyen dérivé de « The Big Bang Theory » et retraçant les aventures de son personnage le plus intéressant alors enfant. Voilà maintenant que débarque « Young Sherlock » sur nos écrans et son principe bien moins cavalier puisque cette fois-ci issu de la série de livres « Les premières aventures de Shelock Holmes » d’Andrew Lane. On y retrouve donc le célèbre détective, pas vraiment en culotte courte mais pas encore installé dans sa carrière. Avec Guy Ritchie aux commandes de ce show diffusé depuis le 4 mars sur Amazon Prime, les attentes ne pouvaient qu’être grandes. Verdict.

young sherlockYoung Sherlock : de quoi ça parle ?

À 19 ans, Sherlock Holmes est sans expérience, quand il se retrouve embarqué par le mystère autour d’un meurtre survenu à l’Université d’Oxford. Plongeant dans sa toute première affaire avec un manque certain de discipline, le jeune homme tente de démêler une conspiration qui pourrait changer sa vie à jamais.

Young Sherlock, est-ce que c’est bien ?

young sherlock moriartySortie en grande pompe sur Amazon Prime, déjà classée numéro 1 sur la plateforme de streaming seulement quelques jours après sa sortie, ce Young Sherlock est déjà perçu comme la série évènement de ce début d’année. Il faut dire qu’elle profite à la réalisation comme à la production de la présence de Guy Ritchie à qui l’on doit l’excellent « Snatch » mais aussi les deux films « Sherlock Holmes » de 2009 et 2010 avec Robert Downey Junior aux crédits. Avec tout ça en tête, le résultat laissait présager le meilleur. Et il faut dire que le retour du célèbre détective dans ses jeunes années, cette fois-ci assisté non pas de Watson mais d’un certain James Moriarty a tout de jouissif. Il y a quelque chose d’évident et de profondément plaisant à suivre des histoires de détectives. Les récents succès d’ « A couteaux tirés » et de ces suites ne fait que renforcer l’idée qu’on est nombreux.ses à prendre un grand plaisir à suivre un mystère et à voir un personnage fort bien qu’atypique le résoudre. En la matière, Sherlock Holmes, le plus célèbre de tous les enquêteurs ne lasse jamais. La version de Steven Moffat à travers la série « Sherlock » avec à l’affiche Benedict Cumberbatch avait laissé une trace indélébile sur cette histoire intemporelle et avait offert trois saisons cultes et sublimes. La dernière étant malheureusement un raté. Mais elle apportait aussi une note très obscure aux aventures qui peuplent le 221b Baker Street, faisant de son personnage central un être associable et esseulé bien que virtuose.  Il était peut-être temps de redonner à ces enquêtes une touche de légèreté. Et c’est là que la nouvelle série de Guy Ritchie tire entièrement son épingle du jeu. Elementaire, ce nouveau Sherlock joue autant sur des codes d’actions que sur des déductions très pertinentes pour maintenir son spectateur dans un état de plaisir constant. Le jeune détective, qui cette fois-ci se retrouve à enquêter au dépourvu dans l’université d’Oxford est bien plus sympathique que dans ses précédentes versions. Pour autant, on en profite pour faire un saut dans son palais mental et en apprendre plus sur ce qui fera de lui le légende que tout le monde connait. La réalisation est rapide et efficace, sans fioriture certes mais permet un moment de visionnage addictif, simple et efficace. Pour ainsi dire, le show se regarde tout seul.

Young sherlock primePour ne rien enlever au tout, on retrouve à ses côté un Moriarty espiègle et hautement sympathique interprété par Donal Finn. Certes, il est difficile de se détacher de l’immense performance d’Andrew Scott qui incarnait une version aussi dérangée que brillante de cet anti-héro. N’empêche, le ping pong mental des deux super génies et leurs répliques qui s’enchainent à une vitesse folle est un plaisir continu. L’enquête regorge de plus de son lot de rebondissements et de surprises qui saura tenir le spectateur en haleine. La résolution, elle, parait bien peu importante tant le plaisir se tient dans le voyage et ses petits coups d’éclats cérébraux. Le rendu très british donne un grain très élégant à la série qui s’américanise sur quelques scène d’actions et de combats sans jamais tomber dans la grandiloquence hollywoodienne. De son côté Hero Fienne Tiffin, donne un véritable charme au personnage de Sherlock. Toujours aussi intelligent, réputé associable mais pas tant finalement, il personnifie le flegme britannique à lui seul. Si les films et séries qui dépeignent les enquêtes de célèbres détectives ne pourraient pas faire la course aux Oscars, ils constituent toujours le plus parfait des divertissements. De ceux qui intriguent, se regardent avec passion et font passer de véritables temps d’évasion du quotidien. Ce Young Sherlock a en plus pour lui d’apporter sa touche d’humour au programme et de s’offrir une réflexion politique pour le moins pertinente bien que légèrement dosée. La bonne surprise tient également à la présence de l’inquiétant Joseph Fiennes (The Handmaid’s Tale) au casting, toujours très juste dans ses rôles. Colin Firth régale également dans un rôle complexe aussi détestable qu’amusant. Enfin Zin Tseng s’avère être la révélation de cette nouvelle série. A cette belle brochette d’acteurs.trices viennent s’ajouter les nombreux clins d’œil à l’univers originel de Sherlock Holmes. Quelques blagues dissimulées ça et là peuplent le récit, qu’on comprendra très aisément sans avoir besoin d’être expert.e sur le sujet. Celle sur un certain et célèbre chapeau notamment laissera un joli sourire sur nos visages. Il serait dommage de spoiler l’histoire et de trop en dire. Ce « Young Sherlock » est un bonbon à déguster épisode après épisode en gardant en tête le mantra de notre personnage : « Quand vous avez éliminé l’impossible, tout ce qui reste, aussi improbable soit-il, doit être la vérité. » Et cette vérité, repose toujours sur un scénario parfaitement écrit.

Découvrez la bande-annonce de Young Sherlock

Young Sherlock - Bande-annonce officielle | Prime Video

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L’année 2026 a enfin démarré ce 27 février. Quelques agréables sorties avaient déjà peuplées nos écoutes, sortant le bout de leurs nez ça et là mais l’affaire restait timide. Et voilà qu’enfin, Gorillaz offrait au monde son neuvième album. Nouveau chef d’œuvre hybride, il est sans conteste une véritable bouffée d’air frais après le discutable « Song Machine » et le très discutable « Cracker Island ». Fable visuelle sur la vie, album aux visages multiple mais à la cohérence indéniable, ce nouvel essai vient renforcer la position d’immanquable du groupe et donner à cette nouvelle année son premier sans faute.

Montée en puissance et paysages de rêve gorillaz

gorillaz the mountainLe groupe virtuel de Damon Albarn a plus d’une corde à son set l’alpiniste. Créé en 1998, la formation composée de 4 personnages imaginaires (Stuart Tusselpot, Murdoc Niccals, Russel Hobbs et Noodle) est en réalité composée de beaucoup plus de musiciens réels. Depuis ses débuts, il s’amuse à brouiller les pistes du genre allant du rock au tip-hop en passant par le reggae et le hip hop. Ce nouveau jet ne déroge pas à la règle et va puiser titre après titre dans un vaste panel qui cette fois va jusqu’à la world musique et une immense dominante indienne. Damascus, onzième morceau de l’opus en est la plus parfaite illustration. Un titre au combien surprenant et bienvenu dans l’album qui modernise la musique traditionnelle de ce pays dont les sonorités sont bien peu exploitées d’habitude. On y passe d’un refrain entêtant fait de loops au hip hop sans sourciller. La magie de Gorillaz opère, les codes sont brisés. The Shadowy Light poursuit cette initiative. Gorillaz frappe là où ne l’attend pas. La pochette de l’album pouvait pourtant se vivre comme un indicatif puissant de ce périple multi-culturel. Et pourtant le changement constant de texture au cours de chaque titre et non titre après titre va constamment dérouter l’auditeur. Le voyage est si beau qu’il éblouie. Il faut non être un grand groupe mais un immense groupe pour réussir pareil tour de force. Et c’est bien en ça que la formation de Damon Albarn gagne ici de nouvelles lettres de noblesses. Dérouter sans se perdre, offrir un périple spirituel, émotionnel et musical tout en gardant une véritable consistance. Alors que Bad Bunny dans son show hyper commenté parlait à raison et avec force d’une Amérique plurielle, mettant en son centre tout son sud, Gorillaz poursuit le travail. The Manifesto en huitième position et donc à mi-parcours de la galette balance des sonorités latinos ponctuées de Hip Hop. On trip et on hallucine, comme après avoir consommé le breuvage d’un incroyable gourou au pays du Dieu Krishna. The Mountain c’est aussi la séparation entre la vie et le royaume de l’après. D’ailleurs, Albarn vient à parler avec la plus grande des délicatesses du deuil sur le titre The Hardest Thing. Tonny Allen, musicien et batteur pionnier, disparu en 2020, ressuscite le temps de donner de la voix sur l’introduction du morceau. Avec une montée en puissance angélique, des superpositions de voix et une douceur savamment bien écrite, le frontman va questionner la disparition. Obsessionnel, il répète jusqu’au titre qui suit, Orange County, les mêmes paroles en boucles : « You know the hardest thing is to say goodbye to someone you love, that is the hardest thing ». Parce que le manque ne s’arrête pas, il change les vies, la perte déteint toujours sur tout, on existe à ses côtés. Ce besoin d’en parler vient surtout de la perte de la belle-mère de Damon Albarn des suite d’un AVC alors qu’elle voyageait en Inde puis de son propre père à 10 jours d’intervalle. Damon Albarn disait au revoir à Keith Albarn, en juillet 2024. Il choisit alors de se rendre à Bénarès, capital spirituelle de l’Inde et disperse une partie de ses cendres dans le Gange offrant à la mort une toute autre vision. Cette vision va venir peupler et hanter un album hors-cases et puissant. Mais The Mountain n’est pas un album de deuil, ou pas uniquement. C’est une ode à l’existence, à la vie toute entière, ses sommets, crêtes, descentes.

Grande soupe atomique gorillaz

gorillaz the mountain court métrageEt si nous étions un tout, façonné par notre imaginaire ? C’est le postulat de l’album qui vient puiser sa source dans le Gange pour mieux maximiser toutes les possibilités créatives. A mesure que les morceaux défilent, Gorillaz abandonne entièrement sa vision occidentale et se confronte au bouillon indien. Un rythme fou, une chaleur étouffante peuplent ce récit ainsi que le court-métrage qui lui est lié «  The Mountain, The Moon Cave & The Sad God« . Ce récit en 2D, tout comme la galette qui lui répond sont la résultante d’un nouveau voyage des membre de la formation à travers l’Inde. C’est par la rencontre de musiciens locaux, de paysages et d’une autre façon de voir la vie que toute cette œuvre va prendre forme.

La vision occidentale, du moins d’un point de vue musical n’est pas entièrement absente de l’opus. On la retrouve par brides et à travers ses impressionnants et nombreux featurings. The God of Lying invite notamment les puissants Idles à revoir leur vision sombre du rock pour leur insuffler quelques brides de sonorités qui pourraient bien charmer les serpents. Souvent les refrains sont l’occasion de raccrocher quelques wagons avec le monde londonien dont est originaire Gorillaz. Le groupe va également puiser dans l’énergie des Beatles, le plus grand des groupes anglais, qui eux aussi avaient voyagé en Inde pour puiser de nouvelles sources de créativité. C’est sûrement leur aura dispersée qui vient à donner à l’opus ses facettes plus rock mais aussi leurs aspects plus tubesques. Puisque peut-on seulement aller en Inde en étant musiciens sans côtoyer les fantômes passés des fab 4 ? On retrouve également aux crédits l’immense Johnny Marr, autre figure emblématique anglaise et co-meneur de The Smiths, sur quatre titres. Dire que cette rencontre musicale est épique revient à diminuer la force de cette fête des divinités. De même la présence de Paul Simonon (The Clash) au générique de Casablanca avec Johnny Marr touche au rêve éveillé. Le titre lancinant à la production méticuleuse pourrait sans surprise être la création d’un Dieu aux bras multiples. C’est pourtant loin du Royaume-Unis que l’album voit le jour. Son lieu de naissance, du moins en terme d’inspiration n’est autre que Jaipur. Les sonorités viennent de la terre et de musiques folkloriques traditionnelles locales entendues dans les rues. C’est toujours un enjeux puissant que de reprendre pareil héritage, d’autant lorsque l’on a pas grandi avec,  pour se l’approprier. Et pourtant, le formation réussi parfaitement son pari. The Mountain est un portail vers un nouveau monde musical, une vision transcendantale de la vie, un changement radical. Épopée brillante à vivre plusieurs fois pour mieux en déguster la substantifique moelle, il marquera à jamais les esprits de celles et ceux qui l’appréhendent. Damon Albarn, le créatif, l’indomptable, n’a de cesse de rappeler ses dons d’innovations et d’expérimentations musicales. The Sad God clôture notre voyage en une ritournelle à fleur de peau qui prend aux tripes. Les Dieux de la musique, plus humains qu’ils n’y paraissent, peuvent bien faire de leur tristesse des montagnes dans lesquelles ont trouve tous refuge.


Clara Luciani - We Love Green 2025 - Crédit photo : Louis Comar

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We Love Green 2025 - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2025 – Crédit photo : Louis Comar

L’hiver est installé mais pour autant on continu de penser à l’été ! On compte les mois avant d’y retrouver les festivals et en tête de liste, le plus engagé de tous : le Festival We Love Green. Pour son édition 2026, l’évènement qui aura lieu à la Plaine de la Belle Etoile au Bois de Vincennes du 5 au 7 juin a mis les petits plats dans les grands et promet un moment musical de qualité tout en mettant l’accent sur l’écologie. L’affiche complète a été dévoilée. Elle annonce du très lourd et comme chaque année des concerts pour faire plaisir à tout le monde.

we love green : Une affiche variée et puissante

we love green 2026Côté programmation cette année, et après une brat édition on part sur d’énormes pointures et ce dès le premier jour. A ce qui avait déjà été annoncé, le festival ajoute Yoa, Max Baby, Luv Cat et Laze. En tête d’affiche du vendredi on retrouve pour mémoire le groupe de Damon Albarn, Gorillaz qui balancera d’ici peu, un nouvel opus, le 27 février 2026. Une annonce magnifique qui va permettre aux billets de s’arracher. Et le reste de la programmation ce même jour laisse rêveurs.euses : Little Simz, Feu! Chatteton, Dijon, notre pepito bleu national : Sebastien Tellier, Sudan Archive … la liste est superbe pour ouvrir les festivités.

Le samedi n’est pas en retrait avec deux immenses stars féminines : la première Theodora est l’artiste féminine française la plus écoutée du moment. Elle fera son retour à We Love Green suite à son passage l’an dernier, mais cette fois elle devrait prendre d’assaut la grande scène. A ses côté, l’icône pop Addison Rae viendra chanter ses hits. Et le reste de la journée est tout aussi immense avec Mac Demarco, la très attendue Hayley Williams qui n’avait pas encore annoncé de date dans l’Hexagone sur sa tournée. Oklou ou encore Overmono seront également de la partie. Derniers annoncés, Lancey Foux, Blu Samu, Bamby, Olympe4000, Loukeman et Alewya complètent le tableau.

Enfin dimanche, la clôture sera folle. Côté international The XX feront vibrer le festival. Et pour ce qui est de la France, Charlotte Cardin sera de la partie. Charlotte de Witte, Dom Dolla ou encore les très attendus Ethel Cain et Disiz seront à leurs côtés.

Reste à se procurer des pass très vite ! Le festival risque en effet d’affiche complet. Pour en être rendez-vous sur le site de la billetterie. 


Clara Luciani - We Love Green 2025 - Crédit photo : Louis Comar

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Ezra Furman - Cabaret Sauvage @ Louis Comar
Ezra Furman – Cabaret Sauvage @ Louis Comar

Ezra Furman vous la connaissez sûrement si vous avez suivi la série « Sex Education ». La musicienne signait la bande-son du célèbre show sur Netflix .Elle laissait alors comme cadeau au Monde l’immense titre « Every Feeling » qui nous invitait à ressentir toutes les émotions possibles en une seule soirée, de la colère à la joie. Si le titre sera absent de la superbe set-list interprétée en ce 29 janvier 2026 au Cabaret Sauvage de Paris, les émotions elles, furent de la partie. Un concert à fleur de peau et débordant de sincérité qui fit dominer le plus important de tous : l’amour, sous toutes ses formes.

Modern Woman : ouverture entre onirisme et révolte

Modernw0man - Cabaret Sauvage @ Louis Comar
Modernw0man – Cabaret Sauvage @ Louis Comar

Difficile rôle que celui de la première partie, souvent oubliée, à moitié écoutée ou boudée. D’autant plus lorsqu’il s’agit de pure découverte. Ce soir pourtant, si toutes les émotions sont invitées à se bousculer, les plus positives viennent à gagner la partie. Ce qui sera vrai pour Ezra Furman le sera tout autant pour Modern Woman qui nous fait nous réjouir d’avoir accéléré le pas pour arriver dès le début des concerts. La formation dévoilera le 1er mai son premier opus Johnny’s Dreamworld et profite de la soirée pour révéler un univers seulement dévoilé via quelques titres sur les plateformes. Le groupe porté par la voix servie au couteau de sa chanteuse, Sophie Harris, fascine. Alors que la chaleur dans la salle tranche radicalement avec le froid glaciale dehors, tous les yeux et toutes les oreilles sont tournées vers la scène. Et c’est un show qui ne souffre d’aucune répétition qui nous est ici offert. Les morceaux touchent à toutes les catégories du  post-punk sans faux pas. On pense évidemment à Dry Cleaning sur quelques phrasés avant de carrément s’envoler vers un récit crié qui n’est pas sans évoquer Sprints. Des temps plus calmes viennent accompagner un récit taillé pour satisfaire les fans d’indie rock. Chaque morceau surprend tant par sa diversité que son efficacité. Une pointe de lyrisme fait son apparition, les notes s’envolent et se répercutent dans chaque recoin de la salle. L’instant est une compilation de retournements de situations, plot twists musicaux sur plot twists musicaux. L’ensemble regorge pourtant d’une parfaite cohérence et d’une maîtrise impeccable de la scène. De Sonic Youth à Kate Bush, le rêve éveillé de la chanteuse diplômée en littérature nous fait basculer dans une modernité sans fin qui connait ses classiques. Rêve lucide sous LCD ou caresse sonore dont on se délecte ? Le monde de Modern Woman est un périple qu’on aura le plus grand plaisir à parcourir dans le futur.

Modernw0man - Cabaret Sauvage @ Louis Comar
Modernw0man – Cabaret Sauvage @ Louis Comar

Ezra Furman : Disponibilité émotionnelle à son apogée

C’est pour défendre son dernier album en date « Goodbye Small head » que la très prolifique Ezra Furman nous a donné rendez-vous ce soir. Album rock vertigineux sur la perte de contrôle, l’opus comme bien souvent avec le répertoire de la dame nous invite à mettre nos émotions dans le désordre.

Il faut dire que ce nouveau jet porte en lui une force encore plus rock et énervée que son prédécesseur : le parfait All of us flames. Il faut pourtant un temps pour entrer pleinement dans l’univers de la musicienne. Lorsque « Grand Mal », premier morceau de son dernier album donne le La de la soirée, l’atmosphère est aussi timide côté scène que côté public. On tâte cette rencontre sur la pointe des pieds, on apprend à se connaître tout en douceur. Nous le disions, Ezra Furman personnifie toutes les émotions, elle appelle à ressentir sans plus s’interroger, sans retenu. Mais pour accepter ce ras-de-marrée sentimentale, il faut d’abord prendre du temps. Ainsi, la très touchante musicienne révèle tout doucement ses intentions derrière sa jolie robe rose. Les premiers temps ne seront en rien à l’image du final de la soirée qui ne fera que profiter d’une montée en puissance phénoménale, dans laquelle chacun.e finira par embrasser autant la musique que ses propres pensées pour donner naissance à un corps unique entièrement contrôlé par les notes. Côté set-list c’est sans surprise Goodbye Small Head qui domine le voyage avec pas moins de cinq titres issus de son répertoire. Il sera suivi de près par le culte Transgelic Exodus alors que l’avant-dernier All of Us Flames manquera cruellement au programme mais réjouira à chacune de ses deux apparitions.

A mesure que notre oisillon se dévoile, sa voix cassée prend d’assaut les coeurs du public. Aussi parfaitement vacillante et touchante en live que sur album, elle subjugue par son authenticité  et son unicité. Ezra Furman est une artiste engagée. Femme transexuelle et bisexuelle, elle revendique album après album son identité. Le public, plus que réceptif vient aussi défendre les couleurs trans de par la présence d’un drapeau bleu et rose flanqué d’un drapeau breton dans la foule. on sourit en pensant à l’immense bêtise de l’élu RN qui serait en pls en découvrant pareil objet qui pourrait représenter en quelques motifs sa version fantasmé des transmusicales de Rennes. Il avait pour mémoire demandé à ce que l’on retire ses subventions à l’évènement puisqu’il serait un festival de musiques transexuelles (non du tout). Et combien même il le serait, où serait le problème ? Toujours est-il qu’ici la bienveillance est maîtresse.

La politique s’invite aussi sur scène. La colère pointerait-elle le bout de son nez ? Elle s’accompagne au moins de tristesse alors que la chanteuse suite à quelques titres en solo et à l’acoustique (« Hour of deepest need », « Suck the blood from my wound ») dépeint un constat alarmant de son pays, les USA. La politique totalitaire de Trump est évoquée les larmes aux yeux avant que les victimes des violences policières et de l’ICE ne soient nommées pour qu’on ne les oublie jamais en tant qu’individu.es. Chaque nom de victime est applaudit avec force par l’assemblée en un hommage aussi touché que révolté. « Book of our Names », l’un de plus beaux titres de la chanteuse résonne alors en rappelant tout le sens de ce titre si important. Le retour en full band se fait en toute cohérence et permet au concert de monter encore d’un cran. « Love you so bad », morceau culte de la discographie de la chanteuse permet à toute l’audience de chanter avec douceur. Et puis l’harmonica fait son entrée scénique sur « Take off your sunglasses », reprise de l ‘ancienne formation de la musicienne. Ensemble, nous avons, ri, pleuré, nous avons été en colère, nous avons vécu pleinement. C’est bien d’ailleurs à cela que sert la musique. Les au revoirs semblent arriver bien trop tôt sur la reprise de d’Alex Walton « I need the angel ».

Ezra Furman - Cabaret Sauvage @ Louis Comar
Ezra Furman – Cabaret Sauvage @ Louis Comar

Heureusement nos émotions ne sont pas là pour être mises à rude épreuve ce soir. Au contraire, elles doivent être magnifier et nous voilà en train de dire merde à la frustration. Trois nouveaux morceaux viennent alors satisfaire nos coeurs et nos âmes. On se concentre une dernière fois, on dit merde aux douleurs et aux peines, quelques minutes encore, alors que la chaleur de l’instant ne laisse plus place qu’à l’amour. « Tell’em all to go to hell » vient conclure l’instant en un brasier géant là où l’obscurantisme n’a pas sa place. C’est cette lumière qui perdurera dans nos esprits pour affronter ces dernières semaines d’hiver qui nous attendent.

Ezra Furman - Cabaret Sauvage @ Louis Comar
Ezra Furman – Cabaret Sauvage @ Louis Comar