Bad Bunny est devenu tout un symbole. La superstar originaire de Porto Rico était déjà au sommet de la hit-list mais son immense pied de nez à Trump lors du Super Bowl l’a propulsé encore plus haut. A raison. Aujourd’hui symbole d’une Amérique forte de son immigration, représentant de la pluralité de ses habitant.es, il est plus qu’un chanteur mais bien une image. Sa mega tournée européenne n’a fait que renforcer ces faits. En France, de passage à la Plénitude Arena à Paris et à l’Orange Velodrome de Marseille au mois de juillet, le musicien a hypnotisé les foules. Dans l’immensité des arenas, il a choisi d’apporter un petit symbole de Porto Rico. Un lieu supposé symboliser la résistance, la force, la liberté. Des messages sublimes et d’importance capitaux. Ce lieu, baptisé la Casita n’a de cesse de faire parler de lui. Et pourtant, derrière les bonnes intentions, il est encore un objet d’ostracisation pour certaines personnes. Retour sur une bonne idée qui pose problème.
La Casita, qu’est-ce que c’est ? bad bunny
Située sur la scène de Bad Bunny, tout au long de sa tournée, la Casita, si vous n’en avez pas encore entendu parler, c’est la reproduction d’une petite maison. Aves ses murs rose poudrés et ses palmiers, elle est la reproduction d’une habitation située à Humacao, à Porto Rico. Plus qu’un décors c’est le véritable symbole de la force anti-colonialiste du pays qu’il raconte dans son album. A l’origine, cette maisonnette est celle d’un homme de 84 ans nommé Romàn Carrasco Delgado. Il avait été sollicité par l’équipe de Bad Bunny pour qu’elle apparaisse dans un court-métrage en échange de 5 2OO euros. Aujourd’hui reprise sur scène, les termes du contrat ont loin d’avoir été respectés puisque la somme n’a pas été allongée. Si cette première information peut déjà troubler et mérite qu’on s’y penche de plus près, on est loin d’avoir fait le tour des problématiques posées par ce lieu trimbalé de ville en ville. En effet, dans cet habitat symbolique, Bad Bunny invite Vip et spectateur.trices à venir danser à ses côtés et à la faire vivre. Tout le monde bien-sûr ne peut pas monter sur scène. Pour entrer dans la Casita, il faut au choix : bien connaître Bad Bunny, être une personne célèbre ou bien être un membre du public repéré par un membre du staff dédié à cet effet. Ainsi chaque soir de concert, des jeunes-femmes en écrasante majorité, son sélectionnées pour avoir l’honneur de danser devant un stade entier. Mais sur quels critères me demanderez-vous ? Sur leur physique bien évidemment ! Pour entrer dans la Casita, il faut être belle (ou beau mais plutôt belle quand même), il faut être mince, habillée de façon moderne et feindre la nonchalence. Parce que rien n’est plus beau qu’une personne qui semble ne pas vouloir monter sur scène, feindre même un léger désintérêt pour le musicien pour mieux être désirable. Le postulat pourrait déjà un peu froisser. Pourquoi toujours miser sur l’idée que pour être désirable, il faudrait en retour ne pas désirer ?
La Casita ou le règne de la minceur bad bunnny

Qui décide de ce qui est beau ? Cette question pourrait bien hanter nos nuits. En matière de Bad Bunny elle a déjà une réponse évidente. Jeremy Villanueva, c’est le membre du staff qui vient sélectionner les heureuses élues. Et les critères de beauté imposés regorgent de clichés. Il est vrai qu’un effort a été fait suite aux critiques reçues sur ce sujet mais tout de même. Lorsque l’on regarde soir après soir, les images des personnes invitées dans la Casita, la typologie est majoritairement la même : des femmes jeunes, minces, sexy, au traits que l’on attribue couramment à la beauté. On sait bien que le body positive n’aura jamais tenu la route. Balayé à peine a-t-il tenté d’exister. La beauté doit être unique, elle ne peut être accordé qu’à une seule catégorie de personnes. Qu’à un seul type de poids. Les critères qui font qu’un corps serait plus beau qu’un autre ? Flous, une habitude certainement. La récompense d’un effort, celui de la privation. Pire peut-être, le culte du corps des adolescentes, souvent plus menues. Quitte à créer une société obsédée par l’extrême jeunesse, glorifiant ainsi uniquement les corps des plus jeunes. Il n’empêche que voir ce schémas répété par un artiste si qualitatif, aux revendications si justes fait mal au coeur. Et donne surtout envie d’appeler à changer les choses, à bouger les normes. On ne le répètera jamais assez. Il n’y a évidemment pas à montrer la minceur du doigts, ni à la juger. Il y a à ouvrir les regards sur des beautés plurielles. De celles qui n’invitent pas à la création de troubles du comportement alimentaire, qu’on engraisse eux, depuis de nombreuses années. On apprend aux jeunes-filles qu’il faut être belles et que pour l’être, il n’y a pas plusieurs chemins. Si tu veux un jour danser avec un homme aussi talentueux que Bad Bunny, il faudra toujours te priver, culpabiliser de ce que tu manges. Même dans un lieu qui symbolise la rébellion. Bien sûr, ce discours ne vient en rien remettre en question les qualités musicales de Bad Bunny, ni la grandeur de son spectacle ou l’exactitude et l’intérêt de son discours. Mais il faudrait le pousser plus loin, prendre toute cette notoriété et énergie pour commencer doucement à faire le travail du colibris et planter quelques graines en valorisant les beautés multiples. Il faudrait enfin dire merde à un discours qu’on nous a répété jusqu’à l’ingérer. Ce discours ingéré qui fait mal et donne la nausée, qui fait tourner les têtes à celles qui ne pourront pas attirer l’attention des Jeremy Villanueva de ce monde et qui dit que tout le monde n’est pas assez bien. Sans rien enlever aux beautés traditionnelles, qui ont aussi leur place dans cette maisonnette, pourrait-on en ouvrir les portes plus largement ? Et par la même occasion créer des modèles multiples jusqu’à gommer enfin quelques critères de différences ?

La Casita et Ester Exposito
En matière de personnes célèbres, la Casita a accueilli son lot de très beaux noms. Pedro Pascal, Karol G, Cardi B, Jessica Alba, Ana de Armas, Jon Hamm, Salma Hayek, Austin Butler, Kylian Mbappé y ont ainsi trouvé un foyer le temps d’une grande fête. Parmi eux, la présence de l’actrice espagnole, Ester Exposito, a particulièrement marqué. Si vous la connaissez certainement pour son rôle dans Elite ou l’incroyablement terrifiant Les Maudites, elle fait aujourd’hui parler d’elle pour sa relation avec le footballeur français Kyllian Mbappé. Une relation qui se veut néanmoins discrète. Toujours est-il que dans la Casita, l’actrice a profité du moment pour danser pleinement … en regardant Bad Bunny. Il n’en fallait pas plus pour que la toile la condamne au bûcher. Quoi, une femme en couple qui danse, en public, avec un homme ? Les commentaires ont alors plu. Une femme comme ça n’en veut qu’à l’argent ! s’insurgeait-on. Certains étaient même dégoutés et plaignaient le pauvre joueur de foot. Cette mentalité qui perdure doit elle aussi cesser. Lorsqu’une femme se met en couple avec un homme, elle ne devient pas l’objet de son conjoint. Elle ne lui doit pas de rester sagement à la maison. Ses yeux peuvent croiser ceux d’un autre sans que ça ne soit tromper. Danser n’est pas tromper. Elle peut s’amuser, rire, parler avec d’autres hommes sans que cela n’aie rien à voir avec son conjoint. L’injection faite au femmes dans les couples hétérosexuelles n’ont de cesse de les priver de leur personnalité. Chaque couple a le droit de se construire comme il le souhaite tant que cela convienne à ses deux parties. L’alliance de deux personnes ne doit jamais être une privation de liberté pour l’un de ses membres. La fidélité est un accord tacite définie entre ces personnes et ne doit jamais être confondue avec de la possession. Il est accablant de voir qu’une femme, belle selon tous critères, soit toujours jugée avec cette même dureté. Aucun affront n’a été commis et aucun crime ne nécessite ici un jugement populaire. Et sa beauté est autant un critère d’envie pour certains hommes qu’un besoin d’enfermer, de priver, de capturer. Un trait bien humain, après tout, on tue bien les fleurs pour les mettre dans des vases.

Cet été l’immense tournée de Bad Bunny se poursuit, et nul doute, qu’à juste titre, elle continuera de faire briller des étoiles dans les yeux de toutes celles et ceux qui y participeront. A raison, il faut pleinement profiter de ces immenses shows. Reste à espérer que les libertés pourront y habiter plus pleinement, à l’image de cet immense artiste qui aime tant à la défendre.
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