
Et voilà, le coup d’envoi de l’édition 2026 de We Lovre Green a enfin eu lieu ce 6 juin. Côté météo, le festival bien souvent impacté par des litres de pluie aura vu sa première journée se dérouler sans qu’une seule goute ne vienne la perturber. Bonne nouvelle, plutôt que de mouiller nos têtes, on préférait mouiller nos joues, avec des larmes de joie et d’émotions en découvrant en live Gorillaz, venu livrer sur scène son magnifique dernier album The Mountain. D’aucun.e dirait qu’il serait le meilleur album de l’année, vous pouvez donc m’appelez d’aucune. Pour le reste de la programmation, Little Simz, Dijon, Yoa ou encore Feu ! Chatterton s’ajoutaient à la programmation. On vous emmène gravir la montagne.
Gorillaz nous plonge dans son été indien we love green

Si quelqu’un pouvait bien créer le parfait album de deuil, sans jamais entrer dans la facilité, c’était Damon Albarn. The Mountain, c’est l’épopée indienne du meneur de la formation qui fait suite au décès de son père. Une façon de dire au revoir tout en s’appropriant un voyage musical dans un pays qui ritualise le décès de façon entièrement différente de celle de nos habitudes occidentales. Albarn y était lorsque ce drame lui est tombé dessus, il choisit d’en faire un album grandiose et de convoquer la modernité évidente du mélange des genres. La folk indienne vient donc rencontrer le rock de la troupe en un opus qui se permet tout parce qu’il peut tout faire. Restait à découvrir ce que donneraient pareilles prouesses en live. L’avantage lorsque l’on a à faire à d’immenses génies c’est qu’on peut être certain.es que tout se passera toujours au mieux. Ainsi, Albarn, en treillis militaire à la mode indienne débarque accompagné autant de ses compères que d’une immense troupe pour l’accompagner. Des Musiciens qui viennent jouer des instruments que l’on écoute en bordure du Gange, des choristes mais aussi des invité.es spéciaux se relaient sur scène.
Après avoir pris le temps de poser ses bases en jouant dans son intégralité l’intro de The Mountain, le spectacle se lance en grandes pompes. Tournée des festivals ou pas, le groupe ne vient pas proposer un best off de sa carrière et son dernier né domine largement la set-list. Les jeux d’écrans divins plongent l’audience dans l’univers si particulier du groupe. Le meneur en forme, déverse ses mots dans un micro à forts effets qui ressemble bien plus à un transmetteur radio. Le passage indien des Beatles était fort d’expériences hallucinogènes et de parcours tracés d’amour. Ici notre été indien, bien qu’un peu froid s’ouvre sur une explosion sensorielle. Loin de l’enchaînement de gros singles, on assiste à la mise en place d’immenses instruments, qui se croisent pour mieux se donner du sens. Albarn en chef militaire s’offre un saut dans la foule et rassemble parfaitement ses troupes. Meneur control freak, il sait aussi déléguer. On sait que Gorillaz aime à multiplier les feats sur albums, c’est aussi vrai en live. Kara Jackson, Bootie Brown, Omar Souleyman viennent ainsi se joindre à cette immense cérémonie. Fatoumata Diawara, sublime invitée se mêle à la fête et offre en exclusivité le titre « Désolé » , hymne puissant et pertinent. Les gros succès ne manquent pas à l’appel. Ainsi, les trois albums cultes du groupe : Demon Days, Plastic Beach et Gorillaz s’offrent tous trois, 3 morceaux sur un set d’une heure et demie. « Fell Good Inc. » fera son apparition en fin de course, et accentuera ses tournures hip hop grâce à l’intervention de Posdnuos. De son côté, « Clint Eastwood » conclue les festivités transformé avec génie par la présence d’instruments traditionnels indiens, comme pour personnifier la rencontre de deux époques. Mais lorsque le deuil pointe le bout de son nez, il est évident que le passé et le présent se confondent toujours. Il faut laisser exister le souvenir, troublé par une nouvelle réalité. Le plaisir de voir la foule compacte, immense, chanter sur ces titres tient pourtant peu la comparaison avec le frisson de découvrir de nouveaux morceaux en live. « The Happy Dictator » en début de course, « The Moon Cave » et le très réussi « Delirium » en tête de liste des moments les plus époustouflants d’un sans faute. Il fallait toucher le sommet ce soir. L’ascension, vertigineuse, aura empli nos têtes de souvenirs indélébiles.

Feu ! Chatterton, les poètes bénis déclament leurs vers
Il est 19 heures 15 lorsque la Prairie (la grande scène du festival) reçoit le fleuron de la scène française : les bien aimés – et à juste titre- Feu ! Chatterton. Poètes bénis et petits génies des instruments ont su, depuis l’avènement de leur premiers vers sur « Ici, le jour a tout enseveli » se faire un public d’adeptes. Logique, se dira-t-on, la formation a toujours offert des sets à la précision remarquable. Ici aussi d’ailleurs, où la prestance iconique d’Arthur Teboul fait quasiment tout le travail. Son charisme lui suffit à prendre entièrement possession de la scène, tout comme son sourire à la sincérité troublante. Le chanteur est un personnage à part entière depuis le jour 1. C’est d’ailleurs lui qui avait tout ensevelit, il ne faut pas en douter. Le musicien sait manier l’art délicat de proposer une modernité musicale à une attitude de l’ancien temps, un brin désuète, fort vintage. Néanmoins la set-list de ce soir est largement dominée par Labyrinthe, le dernier alexandrin de notre formation. Et cet album est loin des sommets auxquels nous avions été habitués. Peut-être simplement parce que on retrouve une dynamique ritualisée que l’on connait aujourd’hui bien. « Un Monde nouveau » issu de Palais d’Argile s’offre tout de même une apparition bienvenue en bout de course et permet à tout l’assistance de chanter en coeur. Tout comme le grand final sur « La Malinche », tout droit ressuscité des débuts de la formation.
De Sebastien Tellier à Yoa : retour en France après le périple indien we love green
On ne présente plus l’immense Sebastien Tellier. Si son Dieu est bleu, alors vénérons le bleu. Le musicien barbu sublime l’électro qu’il peuple s’instruments de toutes parts. Sur la scène de la Clairière, immense chapiteau bleu lui aussi, on le retrouve d’abord assis derrière un piano avant qu’il ne vienne s’amuser avec sa guitare. Inclassable et iconique, notre homme choisit de satisfaire immédiatement son audience en balançant son culte « La Ritournelle » dès les premiers instants. Le reste du set est tout aussi majestueux. Tellier est un repère et la promesse d’un éternel bon moment où les notes nostalgiques s’élèvent avec la puissance des géants.

La nouvelle scène française a aussi sa place ce soir. Sur la scène de la Canopée, où Theodora se produisait l’année précédentes, voilà Yoa qui vient proposer une toute autre façon de se raconter. La « favorite » confie sur scène avoir sorti un album qui parle avant tout d’elle. Entre sono clairement électro, textes à la mélancolie accentuée et danseuses pour l’accompagner, la musicienne se dévoile et se dénude. Elle excelle en trans et en danse, sur ses moments instrumentaux, entièrement électros. Sombres, puissants, ils servent d’un exutoire bienvenue. On s’amuse clairement, en réalisant que chaque mot sur scène peut survolter le public. Comme lorsque Yao présente sa gourde Shrek et que l’action est suivi de cris. Mais il faudra attendre le dernier titre pour vivre un profond moment de magie et la voir décoller dans une robe qui la propulse dans les cieux.
We Lovre Green continue sa route enchantée dès ce samedi et promet un édition inoubliable.
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