Rencontre avec Juniore : « Écrire dans une autre langue ce n’est pas être soi, c’est fantasmer »

DR youtube – Marabout – Juniore

 

Le samedi 22 avril 2017 pour l’interview du presque-trio Juniore, le cadre semble idyllique avec le mince court d’eau qui fait entendre le bruit de son lent courant alors que tout autour est d’un vert printanier. Finalement, quand on se rend compte que la salle 11 dans laquelle est censée se passer l’interview la troupe de jeunes parisiennes n’existe pas et signifie les rives de l’Auron, on ne peut être qu’aux anges.  Un cadre idyllique pour un trio qui nous fait voyager dans leur riche univers à chacune de leurs chansons… Arrivées fraîchement par le train de Champigny sur Marne ou elles se sont produites la veille, elles ne sont que deux à répondre à nos questions : Anna Jean et Swanny Elzingre. Rencontre enrichissante au bord de l’eau

Album et Univers de Juniore

 

DR Juniore Couverture de l’album Ouh là là

Après de rocambolesques sessions d’écriture dans « La Petite Maison dans la Prairie », AirBNB situé en plein milieu du Perche qui a presque valu au premier album de Juniore de se dénommer Perché(e), c’est un tout autre nom qui a fini par être choisi.:« Ouh Là Là ». « On aime bien les onomatopées. Et celui-là nous ressemble vraiment bien. » explique Anna Jean. Le fait est qu’il fait très 60’s. Pourquoi donc cet intérêt pour cette période en particulier ? «   C’est à la fois une admiration pour la jeunesse de nos parents et aussi un goût pour l’esthétique, la musique particulièrement mais aussi de façon générale pour la période. », nous développe-t-elle. «  Le monde est beaucoup plus sérieux, l’avenir est plus incertain qu’à l’époque, que ce soit au niveau politique ou environnementale. Les choses sont moins légères, tout particulièrement au niveau des échanges que l’on peut avoir, même avec ses proches ».

Qu’est ce qui peut expliquer la motivation à s’imprégner de cette culture anglo-saxonne ? C’est tout simplement l’âge d’or de la TV et de la pop culture américaine dans les années 90 ou les filles de Juniore (et les rédacteurs de Pop&Shot) ont grandi et les grands classiques sont cités pèle mêle : Alerte à Malibu, Beverly Hills, Le Prince de Bel Air… « Et même si on en est revenus de ça (cette totale admiration), on continue d’avoir un reste d’admiration pour ce qu’évoque cette culture. », précise Anna. Les 60’s en particulier, ont cette saveur de mêler à la fois cette culture anglo-saxonne dominante et quelque chose d’hyper français, de parfois traduire littéralement les paroles des chansons nous explique telles. Le choix du français ? « Il est tout naturel. Car écrire en anglais, d’une certaine façon c’est se trahir soi. On me dit souvent quand tu parles en anglais, tu parles comme dans des séries US. Je fais genre de ne pas savoir, de quoi les gens parlent, même si en fait je sais très bien (rires) ! Écrire en français c’est raconter mon histoire, raconter une histoire qui me correspond », explique Anna avec conviction.

Influences de Juniore

 

Déjà citée auparavant, Anna nous reparle de « Répulsion » de Polanski comme principale influence pour le clip de « Panique » mis en scène en collaboration avec la photographe du groupe Julia Grandperret. Catherine Deneuve est vantée pour sa beauté insoupçonnée devenant de plus en plus dangereuse au fur et à mesure du film.

Les films de John Waters, dont particulièrement « Cry Baby » qui parle des années 60 de façon fantasmée, un peu comme les Juniore en parlent. En échangeant avec les filles, on parle de la similitude entre la pochette de « Ouh La La » faite par Anna Jean elle-même et celle de Gilles Vranckx pour «  L’étrange couleur des larmes de ton cœur ». Le format épistolaire cher au XIX ème siècle est en effet une grande influence du style des textes d’Anna Jean.

 

La magnifique affiche réalisée par Gilles Vranckx
DRLa « Chose »

La Chose

Comme elles nous l’expliquent, si la démarche n’a pas été si réfléchie que ça, ce sont au final les gens qui en parlent à Juniore qui définissent le mieux La Mort/La Chose. Pour remplacer l’idée que la personne à la basse (NDLR : leur producteur, Samy Osta) puisse parfois être là, parfois être absente, il a été décidé de le mettre un peu en scène. Et au vu des influences, le personnage d’un simili fantôme sorti d’un film de Myiasaki, a vu le jour. Cela alimentant le mystère. Mais aussi les théories sexistes comme le fait que ce soit un homme joue avec le fait que l’homme soit caché est au final séduisante à la réflexion…

 

Recommandations de Juniore

Il est à noter que FUZZY VOX, avec qui les filles ont joués la veille à Champigny sur Marne. Décrits comme des mini Arctic Monkeys ce sont des valeurs à suivre et des minis Inouïs pour les filles de Juniore. Si vous voulez voir ce qu’ils donnent, c’est juste là….

Avec Juniore et d’autres artistes le Printemps de Bourges a mis la féminité à l’honneur, chronique ici.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *