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Portals de Melanie Martinez (2023)

Après cinq ans d’absence, Melanie Martinez revient avec son troisième album, Portals. S’inscrivant directement dans la lignée de ses premiers albums Cry Baby et K-12, Portals représente le troisième chapitre de l’histoire de l’alter ego de Martinez, Cry Baby. Un album discutable. 

Nostalgie rose

Ah… Melanie Martinez… Avoir 14/15 ans et te découvrir… Tomber sur Cry Baby en 2015, dont l’univers horrifique et sucré ne peut faire que penser à l’univers un tantinet plus sombre de Tim Burton… La musique, l’esthétique, le message qui tombe dans les mains au moment de l’adolescence où l’on baigne dans l’idée que que l’on est incompris.e et différent.e. Période bénie d’une renouveau culturel hors du commun et l’impression d’avoir trouvé son mentor.

Découverte avec l’émission The Voice Us avec sa reprise de « Toxic »,  Melanie Martinez est arrivée sur le devant de la scène avec son écart entre les dents et ses cheveux teints en noirs d’un côté et roux de l’autre. Le roux deviendra successivement blanc, bleu, rose, vert… Et très vite, tout s’enchaîne. Cry Baby sort et c’est un franc succès (dans mon souvenir partiel d’ancienne ado), mais Melanie apparait alors comme une artiste à part entière, une génie incomprise qui sort tube sur tube au sein d’un seul et même album concept. Mais de quoi il parle cet album ?

Cry Baby c’est l’histoire d’une petite fille (« CryBaby ») qui grandit dans une famille dysfonctionnelle (« Dollhouse »)  et qui apprend peu à peu à s’échapper de ce carcan, évidemment il lui arrive quelques galères (« Milk and Cookies »; « Tag, You’re It ») mais résilience est clé.

Balance ta melanie

Et puis un jour, c’est le drame. Melanie Martinez est accusée de viol par son ancienne meilleure amie. Les CD sont jetés par les fenêtres, les tee shirts sont brûlés. Celle qui prônait la non violence et l’amour tint alors à peu près (tout à fait) ce langage : « elle n’a jamais dit non » avant de sortir sur Sound Cloud un morceau vengeur produit à l’arrache où elle descend « les gens qui la trahissent ». À ce jour, on a toujours pas eu le fin mot de l’histoire.

Socialement, cette histoire était assez intéressante. N’oublions pas que le public de Melanie Martinez avait entre 10 à 16 ans (et encore). La plupart étant sur les réseaux sociaux un peu trop jeunes, il y avait dans l’air un soupçon d’influence et un léger manque de recul. La réponse de Melanie, trop floue pour que certains d’entre nous arrêtent de l’écouter, fut pour bien d’autres la preuve ultime de son innocence. Et la présumée victime subit alors une vague d’harcèlement facilement comparable (bien que moins relayée) à celle d’Amber Heard lors de son procès contre son ex mari, tellement sympathique, Johnny Depp… de l’idolâtrie à la misogynie il n’y a finalement qu’un pas.

L’histoire est cependant passée assez vite sous le tapis et l’on (ce pronom est ici indéfini pour une raison) criait que tout était faux.

Un retour sans rougir

Mais elle est revenue quand même la Melanie, deux ou trois ans plus tard avec K-12 qui retraçait cette fois-ci les années collège/lycée (l’esthétique faisait plutôt maternelle ou primaire) de son personnage. L’album est parfaitement dans la lignée de Cry Baby, les mêmes métaphores aussi douteuses qui nous avaient faits partir en vrille à l’époqueMais il faut le dire, son message militant disparaissait un peu sous tout ce sucre. Et l’album fut vite retiré de ma bibliothèque virtuelle.

Melanie Martinez – 2023

Björk (usa)

Portals, donc c’est son troisième projet et si Cry Baby meurt à la fin de K12, ça ne l’empêche pas de réapparaitre ici sous une nouvelle forme. Sorte de fée/troll à quatre yeux, la peau rose et mullet vert, Melanie Martinez n’apparait désormais que sous ce déguisement en public. Les performances live doivent en pâtir sous toutes ces prothèses. Mais elle n’a jamais été connue pour avoir une bonne maîtrise de sa respiration.

La couverture, par contre, ressemble à Fossora de Björk et c’est un peu grossier. Le seul effet que ça fait, c’est d’arrêter l’album de Melanie pour aller se réécouter Post.

Portals, est-ce que c’est bien ?

J’avais d’énormes à priori avant d’écouter l’album. Je craignais d’y retrouver ce que j’avais tant aveuglément adoré à 14 ans et tant décrié à 16. Melanie Martinez a réussi l’exploit de ne pas me contredire. Sa musique, qui a pris un tournant plus électro, est datée, dirigée vers un public très (trop) spécifique. Et ces filles-là, elles ont grandi.  Les métaphores et l’esthétique viennent écraser le message qui en devient presque maladroit et attendu. On a compris, la société est capitaliste. Mais quand ça vient d’une chanteuse avec un choix aussi varié de merchandising, ça fait quand même sourire.

Et il ne faut pas être médisant, quelques morceaux valent vraiment l’écoute, notamment Battle of The Larynx qui fait un peu rétro 2000 avec un touche plus electro avec l’autotune (dont elle aurait pu se passer sur à peu près 100% des morceaux). De plus, les compositions instrumentales de certains morceaux comme « Void », « Light Shower », « Moon Cycle » ou « Evil » soulignent une inspiration rock 90s indéniable. L’album fait s’entremêler différents genres musicaux de manière plutôt intéressante et crée ainsi un univers à la fois coloré et éthéré.

En fin de compte, le nouvel album de Melanie Martinez vaut bien une petite écoute. Son univers reste très intéressant, la recherche est là et une réflexion intéressante est faite sur la mort et puis bon, la nostalgie n’a-t-elle pas parfois raison de nous ?


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