Melody's Echo Chamber par Diane Sagnier
Melody’s Echo Chamber par Diane Sagnier

Energie stellaire que Melody’s Echo Chamber. Trois ans après Emotional Eternal, la musicienne et productrice française revient avec Unclouded. Un album velouté, clairvoyant et peut-être le plus cohérent de sa carrière. Avec elle, nous avons parlé de créativité libérée, d’algorithmes abyssaux et de Hayao Miyazaki. Rencontre. 

Trouver l’équilibre

Nous avons rencontré Melody’s Echo Chamber dans les bureaux de son label, dans le 17ème arrondissement de Paris. Récemment installée en Bretagne, elle n’était à Paris quelques heures avant de se rendre à Londres pour la suite de sa promo. Entrevue spéciale, donc. Son quatrième album, Unclouded, est sorti le 5 décembre dernier et semble être son projet  le plus équilibré à ce jour : « Il représente un état d’esprit idéal pour moi, un esprit que je recherche et que je cultive tous les jours, pour être désencombrée de nuages d’émotions diverses et variées, » explique-t-elle, « sur cet album, j’ai l’impression d’avoir trouvé une nouvelle foi. Ma déesse, ce serait la créativité. La nature c’est la créativité pure. »

Difficile, à l’écoute de Unclouded, de ne pas ressentir ce cap franchi. L’album se déploie comme un aveu d’espoir, celui d’un passage d’un besoin d’évasion constant à celui de la reconnection à l’experience même de vivre.  « Avant j’avais l’impression que je devais créer d’autres mondes pour m’échapper, parce que celui dans lequel je vivais m’oppressait et j’allais dans d’autres mondes. Sur Unclouded, je suis retombée amoureuse de la vie de manière plus profonde et plus simple. C’est une connection à la source du flot et de la créativité et de la nature. J’y raconte cette expérience. »

Cette dimension est d’autant plus évidente que l’univers de Melody’s Echo Chamber a toujours été profondément visuel, presque cinématographique. Le titre de l’album est d’ailleurs emprunté à une citation de Hayao Miyazaki, extraite de Princesse Mononoké : « Tu dois voir avec des yeux non troublés par la haine. Vois le bien dans ce qui est mal, et le mal dans ce qui est bien. Ne te range d’aucun côté, mais jure plutôt de préserver l’équilibre qui existe entre les deux. » C’est précisément là que se niche la philosophie de Unclouded : au cœur d’une pensée non binaire, fluide, où la vérité n’est jamais figée. « Miyazaki est un artiste qui me connecte à un monde particulier, celui de l’enfance, mais aussi celui de l’équilibre « , me confiera-t-elle plus tard.

La Genèse d’Unclouded

Installée en Bretagne, Melody évoque les longues marches quotidiennes près de l’océan, essentielles à son équilibre mental. Pour elle, la musique fonctionne comme un cycle infini, une succession de vagues. Lorsque j’évoque « Daisy », dernier morceau de Unclouded en collaboration avec El Michels Affair, son visage s’illumine : « C’est génial que tu aies remarqué ça. Je l’ai placé là volontairement, pour créer cet effet de boucle. Ce n’est pas une conclusion, mais une ouverture. C’est quelque chose que j’ai envie de continuer à explorer sur le prochain album, notamment en retravaillant avec El Michels Affair. » Elle poursuit : « Je vois la créativité comme un flot, et la nature en est l’incarnation. Je suis fascinée par sa capacité d’adaptation, ses mutations, ses transmutations; elle trouve toujours des solutions. J’ai besoin d’une bulle de nature pour créer. Ça s’entend dans les arrangements, très végétaux. Et ça vient aussi de mon producteur Sven Wunder, qui travaille comme un impressionniste : il peint plus qu’il ne compose. »

C’est une première collaboration entre l’artiste française et le producteur suédois. Une rencontre à la fois instinctive et risquée, vécue comme un saut dans l’inconnu par Melody. Avec un petit rire, elle raconte s’être « crashée » dans son univers, portée par une énergie aussi stimulante qu’intimidante. Ne pas se connaître, accepter l’incertitude, faire confiance au mouvement ; le duo entame le travail à partir d’une démo, « Memories Underground » : « il y a énormément d’énergie dans ce morceau parce que c’est sur celui-ci que l’on s’est rencontrés. On voulait que ça marche et l’énergie était drôle et vive. On a beaucoup joué. » Si Melody choisit Sven Wunder, ce n’est pas un hasard. Elle cherchait chez lui ce qui lui avait parfois manqué auparavant : une rigueur sonore, une cohérence globale, un disque pensé comme un tout, de A à Z. Habituée à se laisser guider par l’intuition et la dispersion, elle ressent cette fois le besoin d’un cadre clair, structurant, presque rassurant. Unclouded naît ainsi d’un désir de concentration, d’équilibre donc, plutôt que de débordement.

Pour la première fois, Melody aborde la création avec des outils de projection : vision board, objectifs artistiques définis en amont et rompt avec son ancien mode de travail, plus flottant, où « advienne que pourra » servait de mantra. Elle décide de recentrer le projet autour d’un axe fondamental : la batterie. Instrument qu’elle décrit comme magique, « son instrument », capable de mettre en mouvement à la fois le corps et l’âme. Le groove devient le point d’ancrage autour duquel tout gravite. La vision s’impose rapidement : immerger l’auditeur dans un flot continu, porté par sa voix, une rythmique vivante et un nuage de guitares. Malgré la richesse et la diversité des musiciens impliqués, Melody réussit à revendiquer une forme de direction bienveillant, où le cadre sert avant tout à libérer. « Une de mes grandes qualités en tant que ‘chef de projet‘ », dit-elle, c’est que j’arrive à aller capturer les trésors des gens et les faire sortir de leur zone de confort. » Là où Sven Wunder déploie habituellement une musique luxuriante, ornementale et élégante, elle choisit de distordre, de détourner, de provoquer des rencontres inattendues. En retour, il l’entraîne vers des territoires nouveaux, en l’entourant de musiciens issus des scènes soul, jazz ou folk suédoises. Autant de voix qui viennent enrichir Unclouded sans jamais en brouiller la clarté.

être artiste en 2025

Lorsque la conversation glisse vers l’époque actuelle et la promotion musicale sur les réseaux sociaux, Melody marque un temps de réflexion. « C’est abyssal ce qu’il se passe aujourd’hui. Le moment du partage est devenu un gouffre. On doit créer du contenu, mais il ne peut pas être profond, parce que c’est du format court, dicté par des algorithmes. C’est presque impossible pour un artiste de se faire connaître sur les réseaux, et en même temps c’est primordial, c’est ambigu. » Cependant, elle reconnait une certaine forme de privilège dans son rapport aux réseaux sociaux : « Nous on a bossé pendant deux ans et demi et on veut tout faire pour qu’il ait une vie. J’ai la chance d’avoir une audience et une communauté qui va me suivre et jeter une oreille à ce que je fais, qu’ils aiment ou pas. »

Aujourd’hui, les formats d’écoutes ont évolué, la patience aussi. Exit les disques entiers selon certain.es, concentrons-nous sur les sorties de singles à l’infini. Ce n’est pas le cas de Melody’s Echo Chamber qui favorisera toujours le travail d’un album, qu’elle conçoit comme des récits entiers, des tableaux plutôt que des fragments. « Certaines personnes dans les commentaires trouvent ça étranges que mes morceaux soient plus courts, » raconte-t-elle, « mais moi je trouve ça tellement logique ; ma propre attention a diminué. J’ai déjà exploré des morceaux de 7 minutes, et peut-être que ça reviendra mais là ça représente notre époque. »

Quand Melody repense à ses débuts et aujourd’hui, son évolution, une chose n’a pas changé, assurément. « Ma passion pour la musique n’a pas bougé. J’ai toujours autant d’amour à faire ce que je fais et mon processus d’alchimiste de transmutation. J’aime l’échange de la collaboration, de présenter ses mondes intérieurs. »

Melody’s Echo Chamber sera en tournée Européenne en avril 2026, avec un passage par le Trianon le 23 avril.


Sam Amidon - ©Allyn Quigley

Sam Amidon : « Les chansons folks n’appartiennent à personne » (interview)

Il est sur le devant de la scène folk américaine depuis plus de vingt ans,…

Sylvie Kreusch : « J’ai besoin de m’ennuyer pour trouver l’inspiration » (interview)

Sylvie Kreusch a probablement sorti le meilleur album de cette fin d’année. A l’origine d’une…

Julia Holter par Camille Blake

Julia Holter: « Je ne berçais pas ma fille avec mes chansons, elles sont trop bizarres. » (Interview)

Julia Holter est une artiste à part dans l’univers musical actuel. Chanteuse rêveuse aux compositions…

Write A Comment