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Plus rien ne peut arrêter Fontaines D.C.. Les génies irlandais du post punk ne font que poursuivre une ascension folle qui ne semble pas connaître de limite. Et dans leur quête de toucher les cieux se niche une capacité à toujours se renouveler. Du très smithien A heroe’s death et ses références encrées dans les vertes contrées irlandaises qui les ont vu naître à Romance et son univers qui flirtait avec les 90’s entre Korn et Oasis, le chemin est immense. A chaque album, un nouveau coup de génie. La machine à tubes qu’était Skinty Fia se détachait du très indé Dogrel, leur premier né. Romance leur avait ouvert la voix d’un succès digne de la grande époque d’Arctic Monkeys. Après avoir rempli un Accor Arena en seulement 5 minutes, mais chacun.e sait qu’ils auraient bien pu en remplir 10 s’ils l’avaient voulu, il était temps d’enfin découvrir leur nouvelle merveille : Dopamine Chamber.

Dopamine Chambre :  chambre froide d’une epoquefontaines d.C.

Fontaines D.C. Dopamine Chamber
crédit : Ewen Spencer

Dopamine : neurotransmetteur, aussi surnommé molécule du plaisir. Est-ce lui qui perdure après la romance ? Celle-ci s’est craquelée et nous a abandonnés. Si Fontaines D.C. a toujours été un miroir obscure tendu à notre société, le groupe de Grian Chatten continue sa quête obsessionnelle de vérité. Les débuts de ce nouveau jet sont aussi abruptes que puissants. Avec eux et leurs poussées électros synthé, on s’éloigne des deux singles énigmatiques, dévoilés pour mieux nous teaser l’album. « Marianne » promettait un voyage accessible et construit alors que « Tongue » brouillait toutes les pistes. De son côté « Six Shot Morning », l’ouverture de notre shot de dopamine promet une entrée en matière bien plus sinistre et oppressante. La voix de notre meneur s’y fait grave, toute notre attention est sollicitée. Ce neurotransmetteur il est nous est donné via nos téléphones selon la formation. Les images de guerre, de catastrophes écologiques, d’intelligence artificielle y côtoient des memes de chatons. Où est donc la romance dans tout ça ? Nous sommes les victimes collatérales d’écrans qui obnubilent à faire perdre la raison … et la morale. Fontaines D.C. nous le disait déjà sur « Televised Mind » (A Hero’s Death).  Ce sont donc les ténèbres qui prennent d’assaut cette quête introspective alors que Grian Chatten nous dépeint un Monde dans lequel : « Silicon Valley took a photograph ». N’essayez pas de régler vos écrans, nous contrôlons tout ce que vous allez voir et entendre. Ce qu’ « Au delà du réel » dépeignait dans son obscure séries de contes télévisés dans les années 90 a tout autant de réalités aujourd’hui. Et si seul le punk pouvait encore un nous sauver ? Lui qui n’a jamais chercher à sauver la reine. Des têtes doivent tomber. En attendant côté album, elles tournent à toute allure. « Marianne » rappelle l’immense capacité tubesque d’une formation pour laquelle la quête créative semble n’être qu’une formalité. « Happy for you » comme « Demolition » ont tous les deux cette même immédiateté. Celle des plus grands titres qui habiteront nos esprits une vie durant. En la matière la production aide à se plier à ce jeu de perfection. La profondeur est bien là et chaque titre profite ainsi d’une ampleur majestueuse qui ne fait que rappeler que Fontaines D.C joue dans la cours des grands. Vive ces rois et leurs têtes bien faites, ceux que l’on attendait tant !

Chambre noir et photographie d’une epoque fontaines D.C.

Une première écoute chez les disquaires indépendants (dont le nôtre) avait rassemblé les foules le 8 octobre. Au programme des magasins qui débordaient d’une communauté de fans aimants. La première surprise lors de sa seconde écoute en solo tient en l’aisance instantanée que l’on peut avoir avec chaque morceau. Il ne faut qu’une fois pour que cette grande chambre pleine de dopamine ne semble familière. En seulement deux petites années, Fontaines D.C. a complètement abandonné le masque de la romance, ses références aux années 90 sont restées coincées derrière des tenues en rose et bleue. « Mimesis » ressemble plus à un élégant clin d’oeil à Joy Division. L’âme du groupe de Ian Curtis formé en 1976 semble bien faire quelques apparitions ça et là. Peut-être même que les corbeaux tourmentés des Cure et de leur trilogie cold wave dont l’épicentre est Pornography auraient eux aussi volé au dessus de la chambre de nos irlandais. « You Miss Me » en emprunte quelques habits sans jamais perdre de la capacité tubesque de nos irlandais. Si la voix de Chatten et sa capacité de conteur y est pour beaucoup, les guitares de Connor Curley et Carlos O’Connell sont le coeur vibrant de l’opus. Elles n’ont jamais perdu la fougue de leurs débuts. Pour la formation la question du où ? a toujours été primordiale. Venir de Dublin, s’en éloigner, trouver la romance ailleurs et aujourd’hui où s’échapper. L’urgence de ces interrogations qu’explique Deego dans le communiqué de l’album se retrouve dans chaque morceau. Comment se construire en toute perte de repères? Le groupe y répond par la création d’un empire. Dopamine Chamber c’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres mondes dont celui de Rosalia. La musicienne avait entièrement redéfini la pop avec son immense Lux, entre opéra multilingue et créativité hors normes. Sur « Where is Gone » sur lequel elle s’offre un duo, elle vient aussi apporter sa touche de lumière. Les voix en sont l’obsédant centre alors qu’elles se répondent en un habile jeu. Une pause pleine de douceur qui tranche radicalement avec une intro plus électro et des guitares qui résonnent comme des claviers. Le groupe n’a donc aucune limite ! Les singes fédérateurs de U2, d’autres irlandais devenus trésors mondiaux sont à la portée de nos musiciens. Il en sucent la substantifique moelle pour y ajouter une sauce de noirceur. Jamais radiophoniques, jamais grand public, toujours Grands, tout simplement. Titre après titre, Fontaines D.C. prouve qu’ils n’ont rien perdu de leur superbe. désireux de ne pas s’abandonner aux désiras d’une audience de plus en plus nombreuse, le groupe fait le pari de ne jamais se perdre. Qu’importe les tournées des stades qui font tourner les têtes, les quêtes existentielles restent les mêmes. Les esprits surchauffent au gré de morceaux toujours aussi précis et identifiables. La froideur dublinoise est là, palpable. Rien dans ce nouvel album ne sent le « Rock star, Porn star, Super Star » que le combo s’amusait à chanter dans « Boys in the Better Land ». A la manière de « Favourite », le morceau le plus joyeux de leur dernier né, « Japan » affiche un temps bien plus lumineux en bout de course. Peut-on passer des pubs irlandais à la grandeur japonaise et toujours être chez soit ? Probablement si l’on sait transporter sa chambre avec soit. « Intimate » permet à Grian Chatten d’énumérer avec gravité ses obsessions une dernière fois. Les machines sont omniprésentes, les répétitions nous enveloppent dans leurs shots de dopamine. N’éteignez pas vos enceintes, Fontaines D.C. contrôle tout ce que vous allez entendre. Les écrans mentent, le punk lui convoque encore autant la vérité qu’il sait synthétiser le bonheur.


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C’était annoncé depuis un moment, Netflix avait racheté les droits de la série « You », petit bijoux avec Penn Badgley que l’on connait pour avoir interprété Dan dans la série Gossip Girl. Un tel nom à l’affiche pouvait promettre un nouveau show pour midinette éprises d’histoires d’amour complexes et de mélodrames tirés par les cheveux. Il n’en est rien tant « You » est un objet à part dans l’univers du petit écran. Une romance dérangeante portée par un héro stalker et son obsession pour son héroïne, Beck interprétée par Elisabeth Lail.

You la non romance plus romantique que ce qu’on nous sert habituellement

You beck joe peach

A en juger par la bande-annonce, à se laisser conseiller par les ouï-dire actuels « You », pourrait bien être une nouvelle série banale qui joue le jeu du suspens et du mychtère parce qu’il parait que c’est tendance. Est-ce cliché ? La partie concernant la psychopathie de Joe (Penn Badgley) ne serait-elle qu’une douille? Un peu comme les choix multiple dans le dernier épisode de Black Mirror ? Point du tout! « You » obsède dès ses premières minutes. Pourquoi donc? Parce que la série arrive à faire aimer son personnage principal, son stalker et à justifier ses actions injustifiables. Dès les premiers instants, Joe, propriétaire d’une petite librairie new-yorkaise tombe sous le charme de Guenevere Beck, jolie blonde au sourire ravageur et à l’esprit bien fait. Si le cinéma s’est souvent employé à nous faire aimer son héroïne, la voir dans le regard de Joe et ce grâce à un narrateur en voix off, accentue ce fait. A ses yeux, l’imparfaite Beck devient parfaite, ses doutes, ses peurs, ne sont que des éléments positifs: Joe pourra la rassurer, il saura prendre soin d’elle. Chacune des pensées de notre anti-héro son adressés à sa belle, il lui décrit ses sentiments, explique et justifie ses actions même les moins justifiables. Il la stalke et peut-être que dans un monde où il est de bon ton de fouiller les Facebook et Instagram de tout le monde, sa démarche parait moins lourde, moins étrange qu’elle ne devrait l’être. Peut-être aussi que si Joe est un sociopathe bien écrit, Dan son personnage de Gossip Girl, qui a quand même crée un site pour espionner Serena n’en était pas moins un.

 

2019 et les années qui la précède ne sont pas des années romantiques. Exit les belles love stories pleines de miel sur nos petits écrans, pour vendre une histoire d’amour il faut qu’elle soit sur fond d’intrigues plus globales. Si la recherche du fan qui shipera le couple élu doit bien traverser la tête de nos chers scénaristes, c’est bien ceux de « You » qui s’en sortent le mieux. A tel point qu’ils créent le couple idéal, le petit ami idéal. Même en observant les dérives du petit-ami stalker, dérangé, violent, meurtrier, le spectateur se retrouve régulièrement à mettre de côté les scènes qu’il vient d’observer pour mieux se focaliser sur les attentions de l’homme amoureux et de sa dulcinée. A tel point que Penn Badgley lui-même a dû prendre les devant et rappeler via Twitter aux fans de la série que Joe n’est pas le petit-ami idéal du tout, non bien au contraire. Difficile pourtant de ne pas fondre devant le everythingship et le gâteau scrabble. C’est un tour de force incroyable que nous offre « You ». L’envie que celui qui devrait être « le méchant » de la série s’en sorte, et ce malgré toutes ces mauvaises actions.

Le jeu de miroir avec son jeune voisin, Paco n’est sûrement pas étranger au phénomène. Même s’il est facile d’occulter les mauvaises actions de Joe en raison de toute l’attention qu’il porte à Beck, sa faculté à prendre soin du garçon qui habite au dessus lui apporte une touche d’humanité en plus.  Puisque le personnage de Penn Badgley se révèle être une figure paternelle bienveillante et au petit soin pour celui dont la mère alcoolique et droguée est en plus battue par son compagnon. Outre cet aspect bienveillant du personnage, Paco met en lumière le passé de Joe. Lui aussi a souffert, lui aussi a été abandonné. Tous ces faits constituent des circonstances atténuantes pour notre anti-héro. Le public alors, prompt à pardonner ses excès éprouve alors une compassion sans fin pour lui. Paco dérive et se noie dans la perdition de sa mère. Joe a vécu la même chose. Le public ressent la douleur et la couleur de Paco puisqu’elle nous est montrée à l’écran et imagine volontiers accorder la même dose d’empathie à un personnage devenu adulte mais n’ayant pas appris la frontière entre le bien et le mal. Il n’est ni Barbe Bleue, ni le grand méchant loup et si la capacité à commettre le pire n’est pas innée, alors il est sauvable.

A l’air post « Me too », You reste-t-elle pertinente?

You: Beck et Joe

L’année précédente a été moteur d’un énorme travail sur le féminisme. A travers lui, on a enfin pris le temps d’expliquer qu’une femme n’est pas une petite chose fragile qu’il faut sauver et qu’un couple pertinent s’appuie sur un consentement mutuel. Que dit alors un show qui fait l’apologie d’un personnage qui décide que cette relation doit exister et qui contrôle les faits et gestes de sa compagne? Probablement qu’il pourrait être le méchant ultime de l’année 2019. Un savant manipulateur qui sous couvert de vouloir le bien de l’objet de son affection se permet de prendre les décisions pour elle. La fiction pourtant ne peut et ne doit pas avoir dans tous les cas un rôle d’éducation, même en se situant dans son époque, même en prenant en compte son contexte social, une fiction reste une fiction, elle a pour but de divertir. « American Psycho » n’a jamais dit qu’il serait bon de massacrer ses collègues à la hache en son temps, « Grave » ne fait l’apologie du cannibalisme pas plus que « Le Silence des agneaux ».

Apprendre à aimer le personnage dérangé et qui agit mal ne doit pas pousser à cautionner toutes ses actions. Et bien au contraire, la romance de « You » peut être un révélateur, un miroir de ce qu’est une relation malsaine. Elle peut pousser à s’interroger sur les dérives de la jalousie, du besoin de possession et de l’impression de faire pour l’autre ce que l’on fait en réalité pour soit.

Beck, un personnage fort bien écrit

Beck dans la série You netflix

Si la toile entière semble être tombée sous le charme de Joe, Beck elle déplait. Apparemment mieux vaut être un sociopathe romantique aux « bonnes intentions », qu’une artiste perdue. Et pourtant, la jeune-femme est un personnage complexe et fort bien écrit. Loin de la jeune-fille parfaite, Beck traîne son lot d’incertitudes et de doutes. Elle se cherche en tant qu’artiste et qu’écrivaine, doutant de ses compétences, de ses facultés à créer, rebroussant chemin, ne sachant s’accorder le droit à être heureuse. Comme beaucoup, elle se cherche à travers les autres pour exister. Attachante, entière et réfléchie, elle s’inscrit comme un personnage réel en quête d’elle-même et d’une réussite qui lui permettrait de s’affirmer.

A noter, que, comme son petit-ami dérangé, elle joue aussi à la stalkeuse amateure lorsqu’elle même cherche à en apprendre plus sur certains éléments de la vie de Joe. Miroir, mon beau miroir, dis moi qui ne s’amuse pas à espionner l’être aimé?

Une saison 2 prévue et probablement casse-gueule

Une deuxième saison de « You » est déjà programmée sur Netflix, son tournage et sa date de diffusion n’ont pas encore été révélé.

Pourtant quelques informations ont déjà fuitées sur son contenu. Candace et Joe seront bien sûr de la partie alors que Peach ( Shay Mitchell) et Beck pourraient bien revenir sous forme de flash back. Paco (Luca Padovan), le jeune voisin du tueur et le Docteur Nicky ( John Stamos- aussi connu pour avoir campé les traits du très cool oncle Jessy dans « La fête à la maison ») devraient aussi être de retour.

Si l’on se base sur le second roman de Caroline Kepnes, l’auteure du livre qui a inspiré la série, cette seconde partie devrait se dérouler à Los Angeles, ville que Joe déteste. Le protagoniste a en effet été contraint de quitter New York pour tenter de retrouver une vie normale, sauf que ses tendances obsessionnelles le rattrape.

SPOILERS ALERT: s’il est difficile et peu déontologique de juger d’un objet qui n’est pas encore sorti, la suite de « You » crée néanmoins de belles frayeurs me concernant. L’absence de Beck, du couple qu’on prenait plaisir à suivre et le risque d’une répétition ( nouvelle obsession sur Candace ou sur une autre femme) risquent de peser lourd dans la balance. A l’instar d’un « 13 reasons why » qui a perdu de sa superbe au court de sa saison 2, ou dans « Prison Break » qui est complètement parti en sucette lors de sa saison 3, « You » va devoir marcher sur des œufs pour éviter de sentir le concept étiré pour raisons financières. La présence d’une suite pensée par l’auteure tend quand même à rassurer sur cette suite, à condition que les scénaristes sachent s’arrêter à temps. Réponse d’ici quelques mois….

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