Vous vous souvenez des années 2000 ? MTV était au sommet de sa gloire, tout comme le pop punk, ses guitares solaires, ses textes légers et ses riffs propices aux pogos. Nous étions les enfants de Blink 182, nous chantions « What’s my age again? « . Un titre qui a pris sens bien des années plus tard quand il a vraiment été question de se demander où étaient passées nos folles années d’insouciance où il faisait bon faire n’importe quoi pourvu que l’idée puisse sembler amusante et peut-être même vaguement dangereuse. A notre époque aseptisée, où il est bon de s’isoler dans une bulle réduite et surtout prendre soin de soi, l’insouciance passée et salvatrice vient clairement à manquer. Essentiel ou non (mais ho que si essentiel, ne disons pas de bêtises), l’art est le vecteur principal de petites et grosses révolutions. Qu’il soit politisé et invite au débat ou qu’il permette simplement de se détacher des codes sociaux convenus pour mieux y trouver notre place, c’est bien lui qui nous fait nous sentir en vie. Historiquement, les courants punk et rock ont toujours été ceux qui portaient en eux cette énergie provocante. Le pop punk prônait le laisser-aller et il se laissait aller même sur le travail de composition qui souvent se contentait du minimum syndical pour mieux se concentrer sur des refrains accrocheurs et des paroles entre amusement et ton adolescent.
Les années sont passées, MTV a perdu de sa superbe. Et la musique elle, a choisi de focaliser sa scène indée sur une qualité musicale bien plus poussée. Au Royaume-Uni, au temps de l’avant Covid, on faisait du post-punk et ses sombres mélodies enragées et mélancoliques. Une merveille nécessaire mais qui ne suffisait plus à être le seul exutoire de notre besoin primaire de bouger nos fesses et de nous accorder un superficiel amusement bien au-dessus de toute forme de profondeur intellectuelle. La superficialité même des gens qui en ont marre d’être profonds. voilà donc que les tee-shirts de Blink 182 et des logos MTV ont repris leur place dans les boutiques tendances. Et côté musique ? Me demanderez-vous. Et bien bonne nouvelle, elle aussi a choisi de reprendre le rock solaire, avec une nouvelle formule, soyons-en certains, mais la même énergie. Et c’est inconsciemment pour répondre à ce besoin que DYE CRAP a fait son apparition en France.
DYE CRAP, de la vitamine D sous forme de morceaux
Anciennement The Baked Beans, DYE CRAP s’est formé suite au départ de son ancien chanteur. L’idée ? Créer un projet feel good où pop rime avec danse et coups de folie, où on fait de la musique sérieusement sans pour autant se prendre au sérieux. Le groupe prépare alors son tout premier album éponyme à paraître le 30 avril 2021. Pour le teaser en beauté, il sort un premier extrait « MY SHITS », à la batterie travaillée, aux notes qui sentent l’été dont l’inspiration pourrait se situer entre la pop de Foster the People et le rock plus brut de décoffrage. Le tout est pourtant franchement accessible à toutes les oreilles alors que son clip coloré rappelle la bande de Steve-O et s’écoute sur un donuts multicolore. Maintenant que l’oreille est happée et que l’envie de danser est bien présente, DYE CRAP récidive avec une second extrait qui pourrait bien vous donner votre dose de vitamine D pour l’année. Et c’est tant mieux, la vitamine D est recommandée pour éviter d’attraper la Covid, nous aurions donc tord de nous en priver. « Cooloroonie » s’avère plus punk que son prédécesseur, il en garde pourtant les notes sucrées. Alors que la gimmick des guitares qui saturent légèrement se fait entendre il est évident qu’une bande de potes qui s’amuse est derrière ce titre savamment construit. Le refrain prend l’inclinaison d’un hymne à scander et sent bon les influences rétros maitrisées, digérées et re-crées avec modernité. Vous avez besoin de l’écouter, nous en avons tous besoin. Attention néanmoins, ce titre est réalisé par des professionnels, à ne pas reproduire chez soi, à moins qu’à l’inverse de Jackass cette fois, tout ce que vous verrez et écouterez soit justement à reproduire en boucle. Fun, flowers and rock’n’roll.


Mélange des genres. Et si la bande-dessinée et son support papier prenait une nouvelle dimension à travers la musique ? C’est bien le très joli pari relevé haut la main par Cocoon qui signe avec un EP deux titres « Pacific Palace ». Un premier extrait « Blue Night » a déjà été dévoilé au mois de janvier 2021.
C’est sur une scène proche du genre horrifique de s’ouvre The Little Things. La première actrice présentée par l’oeuvre, Sofia Vassilieva, vous la connaissez peut-être pour avoir prêté ses traits à Ariel, la fille aînée d’Alison DuBois dans la série Medium. Et il faut dire qu’aujourd’hui, en matière de thrillers et surtout d’enquêtes policières, c’est bien la série télé qui mène de loin le jeu, s’offrant quelques idées très travaillées, des sujets actuels, du traitement et de l’analyse, parfois même des frayeurs et ce depuis bien longtemps (personne ici ne pensera jamais à Esprits Criminels mais on ne peut que saluer le travail à ce titre de New-York Unité Spéciale, Monsieur Mercedes ou même Mind Hunter). Ce que les séries télévisées ne pourront néanmoins à l’heure actuelle pas enlever à ce Little Things c’est bien sa photographie et sa réalisation froide, lisse, aussi carré que le personnage de Rami Malek : l’inspecteur Baxter. En dehors de son interprète, ce dernier partage une chose avec le rôle qui aura valu la gloire de l’acteur, Freddy Mercury : ses dents longues. Jeune policier rigoriste et aussi prometteur qu’il est religieux, cet inspecteur est presque une célébrité dans sa brigade et est promis a un brillant avenir. Mari aimant, père de deux enfants, il n’est pas sans rappeler le personnage de Brad Pitt dans Seven. A quelques attributs prêts. Il rencontre Denzel Washington, inspecteur rétrogradé mais fin profiler, visiblement traumatisé par un évènement dont on ne découvrira les tenants et aboutissants qu’en toute fin de pellicule. C’est bien là que la magie opère, quand les deux géants du cinéma actuel se croisent et se donnent la réplique dans une bobine qui fait parfois rimer finesse avec contemplatif. Puisqu’il ne faut pas s’attendre ici à un jeu de chat et de la souris tendu de bout en bout servi par un suspens attelant. The Little Things comme son nom l’indique tient sa prouesse de petits éléments, préférant installer sans fin son ambiance et son propos à une mise en scène grandiloquente. Le traumatisme de Joe Deacon (Denzel Washington) est l’épicentre de l’histoire. Il déteint sur le carriériste Baxter, se répand inexorablement comme un cancer à tous petits pas. Le contaminant sans s’en apercevoir jusqu’aux dernières notes lugubre de cette fable un brin politisé et qui ne sera pas sans rappeler dans son tout dernier acte The Pledge (avec Jack Nicholson) non par un dénouement semblable (pas de spoilers comme promis) mais par un goût doux-amer laissé au spectateur. Le duo enquête donc sur les crimes commis par un tueur en série lugubre. Là encore l’esthétique prime et le métrage est loin de dévoiler à la face du Monde les détails sanglants des meurtres perpétués. On reste dans un sous-entendu évident, où point trop n’en faut et où seuls quelques détails pourront faire frissonner. Petits détails toujours. C’est là qu’entre en scène Jared Leto, suspect numéro 1 de l’enquête dans le rôle d’Albert Sparma. Comme pour son Joker désavoué – à raison mais pas d’inquiétude, il retentera sa chance dans le Justice League de Zack Snyder en mars, parce que vengeance, l’acteur-chanteur ne laissera pas Joaquim Phoenix s’en tirer comme ça- un goût de trop peu quant à son temps d’exposition à l’écran viendra à se faire sentir. Trop peu parce que l’idole aux nombreuses groupies livre ici une performance époustouflante et juste. Il délaisse d’ailleurs ses grands yeux bleus et ses traits poupons pour un maquillage le dévalorisant, un nez imparfait, des lentilles marron, des cheveux sales, un ventre bedonnant. Un beau travail qui vaut par ailleurs à l’équipe des maquilleurs une nomination pré-sentie aux Oscar pour ce relooking trash. Sparma est un étrange personnage, glauque, flippant, libidineux, tous les indices pointent vers lui. Tous ou presque puisqu’il fait bien trop office de suspect idéal. Et si les certitudes se font nombreuses, rien n’est pour autant si définitif. Il est pourtant fascinant de le regarder toiser les grands acteurs qui lui font face, les narguer sournoisement, s’amuser avec leurs convictions. C’est finalement de ce versus que se dégage l’essence même d’un film qui aurait nettement moins de qualités s’il n’était pas si bien porté par ses interprètes. Puisque comme The Pledge cité plus haut, l’oeuvre s’étire avec lenteur profitant de quelques scènes bien menées (l’interrogatoire en fait partie) pour se construire. Noirceur et jeu d’acteur font bon ménage là où conviction et foie parfois se mélangent jusqu’à leur paroxysme. C’est finalement en son final que le film explore le mieux son propos. Quelle est la limite à ce que justice soit faite ? Quel est le rôle de la police ? Qu’est-ce que l’instinct ? Qu’est-ce qu’un tueur ? Une forte actualité de 2020 pourrait même retrouver ici en un sens une forme d’écho qui pousse à la réflexion. Photographie magnifique, jeu de caméra maîtrisé, ton tenue et jeu d’acteur 5 étoiles voilà autant de forces d’un film pourtant inégal et imparfait. Il laissera notamment un sentiment d’inachevé quant à ses meilleures idées pour se concentrer sur la psychologie de ses deux personnages centraux parfois en étirant des scènes qui auraient méritées moins de temps d’expositions. Sans être le Seven de 2021, ce The Little Things a pour mérite son passage dans de nombreuses mains expertes et sa capacité à mettre en avant la réflexion de son spectateur qui n’est jamais pris pour un imbécile loin de là. A découvrir donc pour s’offrir quelques beaux débats et se rappeler que le thriller est le reflet de ce que l’Homme a de plus sombre et que le genre manque toujours cruellement aux affiches du cinéma actuel.
Entrepreneuse, chanteuse de talent, personnalité engagée et engageante, auteure, interprète, modèle de force et de détermination, Yseult a plus d’une corde à son arc. En 2020, elle sort un nouvel EP « Brut » et y met à son service ses capacités vocales époustouflante et sa capacité à être elle-même. Un pari qui paye. Celle qui faisait partie des incontournables du MaMA festival 2019 se voit aujourd’hui nommée dans la catégorie Révélations aux Victoires de la Musique 2021. L’occasion pour l’équipe de Pop’n’Shot de la rencontrer et de parler avec elle de la cérémonie mais surtout de lutte. De lutte pour casser la barrière des genres, de lutte pour faire vivre l’art, de lutte pour une bienveillance collective, pour que l’Etat prenne mieux soin du peuple. Une interview sans langue de bois à voir absolument.