Les derniers rayons de soleil, comme les derniers jours semi-confinés, donnaient à Paris ce samedi 3 avril, un air de liberté. Minimale certes, empruntes de gestes barrières et de restrictions toujours, mais d’une forme printanière qui pouvait au moins prêter à sourire. C’est dans ce contexte qu’est tombée l’invitation faite aux professionnels uniquement, du duo Namoro à assister à sa release party. Des mots qui ces derniers mois, dans ce contexte particulier , signifiaient plutôt évènement en ligne qu’en présence physique. L’idée donc de se rassembler pour écouter de la musique live avait en soi déjà quelque chose de magique.Ce petit grain de folie et de beauté, ne s’avérait finalement pas être une simple vue de l’esprit. La beauté et l’union existait toujours, tout comme les arts vivants. C’est au CO que les musiciennes avaient donné rendez-vous à un public trié sur le volet. Nous y étions.
mythe, music and sun
Le lieu en lui-même vaut déjà le détour. Au programme un espace restaurant fait de bric à braque, d’oeuvres d’art et de souvenirs à l’image d’une boutique des Puces de Paris situées à quelques rues de là. Isabelle, la propriétaire, ne peut qu’attirer la sympathie lorsqu’elle dépeint un projet de grande ampleur incluant cours de yoga et espace cabaret à venir dans ses murs. Ceux qui le connaissent n’en démordent pas : il faudra absolument y revenir lors de sa réouverture, le Co est l’un des meilleures restaurants du 18ème arrondissement et probablement l’un de ses bars les plus libres, personnifiant l’âme de ce quartier cosmopolite. Il n’empêche qu’il garde encore d’autres secrets. Notamment, une terrasse cachée à l’étage, lieu de notre showcase. Des chaises y ont été installées pour respecter les consignes assises et distanciées. Face à elles, instruments et micros sont touchés par le soleil. Exit le froid matinal qui rappelais que la semaine qui suivraient verrait revenir la neige, au mois d’avril, d’un hiver sans fin qui semble avoir commencé en mars 2020. Ici, la chaleur est de mise, sur scène et au-dessus de nos têtes.
Bienveillantes et complices, les acolytes de Namoro nous font face. L’accueil a été réalisé par leurs soins et plus que l’esprit showcase, c’est ici la sensation d’être invités chez des amis qui se dégage. Sur album, les filles frappent fort donnant un grain d’électro à des compositions aériennes en anglais et en français qui pourraient bien évoquer Yelle ou Sexy Sushi. En live, c’est à un voyage au coeur d’un mythe qu’est convié l’assemblée. Celui de Cassia Popée, figure non binaire, aux trois yeux et trois bouches, que ses créatrices racontent avec passion. « Quand on se reconnait pas dans les souvenirs, on les invente » expliquent-elles alors qu’avec des codes qui pourraient bien rappeler les figurent indous, nos deux hôtesses évoquent une forme de déesse LGBTQIA+ friendly. Ce sont ses louanges qu’elles vantent à travers leurs chants des sirènes. Le voyage traverse les époques alors qu’elles reprennent « Les démons de minuit » peut-être ceux-là mêmes qui nous manquent le plus dans une version aussi sensuelle que contemporaine. Les riffs trainent en longueur alors que les deux voix se composent en écho. Les voix se sont celle de Bili Bellegarde, connue pour être une figure du cabaret parisien Madame Arthur (l’une des premières scènes de Serge Gainsbourg aujourd’hui cabaret de shows travestis aussi piquants que joliment mis en scène) et celle de Mascare, maîtresse des machines au ton grave. L’alliance des deux s’inscrit comme une évidence poétique, une petite révolution musicale.
Textes féministes et engagement trouvent une nouvelle voix, défiant les codes pour se les réapproprier, évoquant tantôt une certaine scène française des années 90, tantôt les arts en générale et en particulier la littérature. C’est d’ailleurs bien une démarche très arty que dévoilent nos deux musiciennes. Au-dessus de la scène plane l’âme de chanteuse engagée parisienne Colette Magny qui dénonçait injustices et péril écologique. Entre chaque morceau, elles prennent le temps de se raconter avec humour et ton prophétique « Certains travaillent en famille, nous travaillons en costumes. » s’amusent-elles dans leurs tenues multi-colores. Le public initié est bienveillant et n’en perd pas une miette. Les pieds s’agitent sur le sol alors que les corps figés sur une chaises se déhanchent dans les esprits uniquement. la performance de 9 titres est aussi lumineuse que le lieu qui nous abrite et que les néons qui se racontent.
Puisqu’apparemment il faut une fin à tout, Namoro conclut par un morceau pour l’été comme elles se plaisent à l’expliquer. Enjoué et joliment rythmé, il pourrait comme le souligne l’audience faire un carton aux soirées Wet for Me (organisées par le collectif lesbien et féministe Barbi(e)turix). Si danser est aujourd’hui une forme de crime, le groupe convoque l’esprit de la fête au moins le temps de quelques notes bien senties et utilisent leurs machines telle une planche de Ouija. De la trans communication instrumentale qui réveille un passé qui nous manque à tous et qu’on espère conjuguer au futur. Comme le succès à souhaiter à nos musiciennes.
Le premier album de Namoro, Cassia Popée sera disponible en vinyle le 11 juin.


Vous vous souvenez des années 2000 ? MTV était au sommet de sa gloire, tout comme le pop punk, ses guitares solaires, ses textes légers et ses riffs propices aux pogos. Nous étions les enfants de Blink 182, nous chantions « What’s my age again? « . Un titre qui a pris sens bien des années plus tard quand il a vraiment été question de se demander où étaient passées nos folles années d’insouciance où il faisait bon faire n’importe quoi pourvu que l’idée puisse sembler amusante et peut-être même vaguement dangereuse. A notre époque aseptisée, où il est bon de s’isoler dans une bulle réduite et surtout prendre soin de soi, l’insouciance passée et salvatrice vient clairement à manquer. Essentiel ou non (mais ho que si essentiel, ne disons pas de bêtises), l’art est le vecteur principal de petites et grosses révolutions. Qu’il soit politisé et invite au débat ou qu’il permette simplement de se détacher des codes sociaux convenus pour mieux y trouver notre place, c’est bien lui qui nous fait nous sentir en vie. Historiquement, les courants punk et rock ont toujours été ceux qui portaient en eux cette énergie provocante. Le pop punk prônait le laisser-aller et il se laissait aller même sur le travail de composition qui souvent se contentait du minimum syndical pour mieux se concentrer sur des refrains accrocheurs et des paroles entre amusement et ton adolescent.
Mélange des genres. Et si la bande-dessinée et son support papier prenait une nouvelle dimension à travers la musique ? C’est bien le très joli pari relevé haut la main par Cocoon qui signe avec un EP deux titres « Pacific Palace ». Un premier extrait « Blue Night » a déjà été dévoilé au mois de janvier 2021.
C’est sur une scène proche du genre horrifique de s’ouvre The Little Things. La première actrice présentée par l’oeuvre, Sofia Vassilieva, vous la connaissez peut-être pour avoir prêté ses traits à Ariel, la fille aînée d’Alison DuBois dans la série Medium. Et il faut dire qu’aujourd’hui, en matière de thrillers et surtout d’enquêtes policières, c’est bien la série télé qui mène de loin le jeu, s’offrant quelques idées très travaillées, des sujets actuels, du traitement et de l’analyse, parfois même des frayeurs et ce depuis bien longtemps (personne ici ne pensera jamais à Esprits Criminels mais on ne peut que saluer le travail à ce titre de New-York Unité Spéciale, Monsieur Mercedes ou même Mind Hunter). Ce que les séries télévisées ne pourront néanmoins à l’heure actuelle pas enlever à ce Little Things c’est bien sa photographie et sa réalisation froide, lisse, aussi carré que le personnage de Rami Malek : l’inspecteur Baxter. En dehors de son interprète, ce dernier partage une chose avec le rôle qui aura valu la gloire de l’acteur, Freddy Mercury : ses dents longues. Jeune policier rigoriste et aussi prometteur qu’il est religieux, cet inspecteur est presque une célébrité dans sa brigade et est promis a un brillant avenir. Mari aimant, père de deux enfants, il n’est pas sans rappeler le personnage de Brad Pitt dans Seven. A quelques attributs prêts. Il rencontre Denzel Washington, inspecteur rétrogradé mais fin profiler, visiblement traumatisé par un évènement dont on ne découvrira les tenants et aboutissants qu’en toute fin de pellicule. C’est bien là que la magie opère, quand les deux géants du cinéma actuel se croisent et se donnent la réplique dans une bobine qui fait parfois rimer finesse avec contemplatif. Puisqu’il ne faut pas s’attendre ici à un jeu de chat et de la souris tendu de bout en bout servi par un suspens attelant. The Little Things comme son nom l’indique tient sa prouesse de petits éléments, préférant installer sans fin son ambiance et son propos à une mise en scène grandiloquente. Le traumatisme de Joe Deacon (Denzel Washington) est l’épicentre de l’histoire. Il déteint sur le carriériste Baxter, se répand inexorablement comme un cancer à tous petits pas. Le contaminant sans s’en apercevoir jusqu’aux dernières notes lugubre de cette fable un brin politisé et qui ne sera pas sans rappeler dans son tout dernier acte The Pledge (avec Jack Nicholson) non par un dénouement semblable (pas de spoilers comme promis) mais par un goût doux-amer laissé au spectateur. Le duo enquête donc sur les crimes commis par un tueur en série lugubre. Là encore l’esthétique prime et le métrage est loin de dévoiler à la face du Monde les détails sanglants des meurtres perpétués. On reste dans un sous-entendu évident, où point trop n’en faut et où seuls quelques détails pourront faire frissonner. Petits détails toujours. C’est là qu’entre en scène Jared Leto, suspect numéro 1 de l’enquête dans le rôle d’Albert Sparma. Comme pour son Joker désavoué – à raison mais pas d’inquiétude, il retentera sa chance dans le Justice League de Zack Snyder en mars, parce que vengeance, l’acteur-chanteur ne laissera pas Joaquim Phoenix s’en tirer comme ça- un goût de trop peu quant à son temps d’exposition à l’écran viendra à se faire sentir. Trop peu parce que l’idole aux nombreuses groupies livre ici une performance époustouflante et juste. Il délaisse d’ailleurs ses grands yeux bleus et ses traits poupons pour un maquillage le dévalorisant, un nez imparfait, des lentilles marron, des cheveux sales, un ventre bedonnant. Un beau travail qui vaut par ailleurs à l’équipe des maquilleurs une nomination pré-sentie aux Oscar pour ce relooking trash. Sparma est un étrange personnage, glauque, flippant, libidineux, tous les indices pointent vers lui. Tous ou presque puisqu’il fait bien trop office de suspect idéal. Et si les certitudes se font nombreuses, rien n’est pour autant si définitif. Il est pourtant fascinant de le regarder toiser les grands acteurs qui lui font face, les narguer sournoisement, s’amuser avec leurs convictions. C’est finalement de ce versus que se dégage l’essence même d’un film qui aurait nettement moins de qualités s’il n’était pas si bien porté par ses interprètes. Puisque comme The Pledge cité plus haut, l’oeuvre s’étire avec lenteur profitant de quelques scènes bien menées (l’interrogatoire en fait partie) pour se construire. Noirceur et jeu d’acteur font bon ménage là où conviction et foie parfois se mélangent jusqu’à leur paroxysme. C’est finalement en son final que le film explore le mieux son propos. Quelle est la limite à ce que justice soit faite ? Quel est le rôle de la police ? Qu’est-ce que l’instinct ? Qu’est-ce qu’un tueur ? Une forte actualité de 2020 pourrait même retrouver ici en un sens une forme d’écho qui pousse à la réflexion. Photographie magnifique, jeu de caméra maîtrisé, ton tenue et jeu d’acteur 5 étoiles voilà autant de forces d’un film pourtant inégal et imparfait. Il laissera notamment un sentiment d’inachevé quant à ses meilleures idées pour se concentrer sur la psychologie de ses deux personnages centraux parfois en étirant des scènes qui auraient méritées moins de temps d’expositions. Sans être le Seven de 2021, ce The Little Things a pour mérite son passage dans de nombreuses mains expertes et sa capacité à mettre en avant la réflexion de son spectateur qui n’est jamais pris pour un imbécile loin de là. A découvrir donc pour s’offrir quelques beaux débats et se rappeler que le thriller est le reflet de ce que l’Homme a de plus sombre et que le genre manque toujours cruellement aux affiches du cinéma actuel.