pluribus apple tvPluribus : de quoi ça parle ?

Attention spoilers à suivre dans cet article analyse de la saison 1 – Pluribus est actuellement disponible sur Apple TV

Vince Ghilligan (créateur de Breaking Bad et Better Call Saul) , revient avec une série aussi originale que fascinante. L’histoire pourrait être simple à résumer : c’est celle d’une « invasion » extra-terrestre, d’une « possession ». Les êtres humains sont progressivement puis instantanément «contaminés » par un virus étrange qui les rend… heureux.
Quelle bénédiction n’est-ce pas ? Le bonheur. Les êtres humains ne font plus qu’un : PLUR1BUS. L’individuel n’existe plus, chaque personne ne forme plus qu’un tout ; le « je » s’efface au profit du « nous ». Tout se fusionne dans une grande matrice, une immense conscience collective qui sait tout : chaque être humain garde son enveloppe corporelle mais ne fait qu’un ; « cérébralement », consciemment. L’humanité s’harmonise, se concorde, s’accorde, ne forme qu’une grande entité. Et… Les gens sont heureux. Le sourire arbore le visage de chacun. L’humain sait, l’humain connaît, l’humain est bon, l’humain est connecté, mais l’humain semble… déshumanisé. Néanmoins, certaines personnes « résistent » à cette invasion. Onze êtres humains sur cette Terre, au départ, restent eux-mêmes. Un douzième personnage se rajoutera dans l’épisode 2, un certain paraguayen, dont on connaîtra le nom plus tard, et qui aura une très grande importance dans la série. Mais c’est également le cas du personnage principal : Carol Sturka (Rhea Seehorn), grande écrivaine à succès, reconnue internationalement pour ses romances populaires et grand public. C’est à travers cette femme aussi cynique que caustique que nous allons suivre l’évolution de la planète terre post apocalyptique.

Pluribus, mais qu’est-ce qu’être humain finalement ?

Selon la conscience collective que notre héroïne questionne dès la fin de l’épisode un, ces nouveaux « humains » ne seraient pas véritablement des aliens mais jouiraient tout de même d’une technologie extra-terrestre. Nous apprenons donc qu’il y a quatorze mois de cela, des astronomes ont capté un message radio situé à 700 années-lumière de la planète terre ; ce signal étant composé de quatre composantes fréquentielles : la guanine, l’uracile, l’adénine et la cytosine. Cette séquence très particulière aurait été recrée par des chercheurs en laboratoire et celle-ci se serait transformée en une sorte de virus qui s’apparenterait à une « colle psychique » ayant le pouvoir de « tous » Les unir. Cette série, qui, à première vue pourrait paraître banale et ressembler à tant d’autres projets de science-fiction se démarque par son originalité, par la beauté visuelle de ses plans (du très gros plan au plan d’ensemble – si propre à Vince Gilligan) mais aussi et surtout par toutes les questions qu’elle peut soulever chez les spectateurs. En quoi réside finalement l’être humain ? En fin de compte, qu’est ce qui fait la spécificité de ce genre? C’est peut-être la plus grande question que nous pose cette saison une. L’Homme ne résiderait-il pas finalement dans l’individualité (et non l’individualisme), la personnalité, la singularité, les différences, le désaccord ? La série nous met également face à des dilemmes cornéliens. Quel serait le meilleur choix à accomplir: être « heureux » en perdant son humanité et tout ce qui en découle ou préférer accepter d’être « malheureux », tout en préservant ce qui fait de nous des Hommes? C’est finalement le concept même de bonheur que Gilligan interroge. Quelle est sa véritable signification, quelle en est sa cause, sa durée, sa réalité… Tant de réflexions que nous pose cette série, tant de thèmes abordés par Pluribus qu’il serait difficile de faire concis tant cette première saison est magistrale. Vince Gilligan nous laisse réfléchir, et (une fois n’est pas coutume), il le fait en ne tombant jamais dans le manichéisme (manichéisme qu’il devient d’ailleurs lassant de retrouver dans tant de grosses productions américaines). Gilligan fait tout le contraire : il est subversif, et c’est pour cela qu’on aime tant son art.

rhea SeehornAu cours de la saison, d’autres personnes « immunisées » apparaîtront et n’auront pas les mêmes réactions que le personnage principal qui, nous le verrons, sera réticente à ce nouveau monde. Dans l’épisode 2, « The pirate lady », Carol les rencontrera à Bilbao et essaiera, en vain, de les convaincre de la folie, de l’anormalité de cette nouvelle vie. Il faut sauver la planète, qui en est ? « Qui a des connaissances de biologie ? » « Qui a déjà fabriqué un volcan ? » (On a ri)  Face au désespoir de Carol, leur réaction est déconcertante. Effectivement, les cinq personnes qu’elle convoque semblent accepter leur sort, du moins, ne se révoltent pas. La plupart d’entre eux sont conciliants et suivent la mouvance en se laissant croire que rien n’a vraiment changé. Un, en particulier, Koumba Diabate, un mauritanien, profite du nouvel ordre du monde et se fait (un peu trop) plaisir : des femmes, du luxe, de la luxure. Pourquoi se révolter ? Ces gens-là sont à leur disposition, «déplaceraient des montagnes » pour leur bonheur. Et, selon eux « l’affection est toujours une bonne chose. » Mais…
est-ce la vraie vie ?

Gilligan et sa réalisation minutieuse

Les amateurs et fans de Breaking Bad ne peuvent qu’apprécier la beauté des plans. Oui c’est bien du Vince Gilligan tout craché. La série nous replonge dans cette ville d’Albuquerque qu’on aime tant. Les plans sont sublimes, du désert du Nouveau Mexique aux merveilleux pays d’Amérique du Sud, quand Manousos (le paraguayen dont nous avons déjà parlé) traverse la jungle pour arriver au Costa Rica, puis au Panama. De Tanger à Bilbao, en passant par les montagnes sublimes du Pérou dans l’épisode 9… Bref, visuellement, cette série fait voyager.
Le réalisme des scènes rend la série puissante ; la méticulosité du scénario, la subtilité de certains plans sont enivrants. Rien n’est laissé au hasard. Il y a peu de dialogue parfois, mais quel intérêt ? Dans ce genre de série, la caméra dit tout. Qu’il s’agisse de la menotte au poignet que Carol garde de l’épisode 4 à l’épisode 5, quand elle drogue Zosia pour que celle-ci lui révèle un moyen de défusionner et que, par conséquent, les autres prennent la décision de l’abandonner car elle
représente une menace, ou du drone suspendu au lampadaire (qui se bloque à cause d’une poubelle trop lourde) et qui restera jusqu’au dernier épisode. Il n’y a aucune incohérence, aucune faute. Tout est en fait parfait. Et tout a du sens. Le scénario est écrit de façon minutieuse, et cela se voit dès le premier épisode et se confirme jusqu’au dernier.

Rire comme seul l’humain peut le faire

pluribus vince gilligan avisCe ne serait pas du Vince Gilligan s’il n’y avait pas cet humour noir, grinçant, ce « burlesque », cette envie de faire sourire, voire rire, dans le drame. C’était le cas pour Breaking Bad, ça l’est aussi pour Pluribus. Les scènes sont tellement anodines, « réelles », habituelles, qu’elles en deviennent poignantes, émouvantes et parfois/souvent drôles. Gilligan a cet exceptionnel talent : celui de transformer la banalité en singularité, de transmuter des « choses habituelles » en situations exceptionnelles, surtout quand ces « choses » sont dramatiques. Faire rire dans le drame, mêler comédie et tragédie et rendre incroyable, singulier, particulier le quotidien ; c’est sans doute un des objectifs principaux de l’art. Et puis l’humour n’est-il pas l’un des premiers critères qui différencie l’humain des autres êtres vivants ?
Oui la série est drôle. A l’appui, cette scène dans l’épisode 7 où, quarante-huit jours après la fusion, Carol, seule et livrée à elle-même depuis à peu près un mois, allume des feux d’artifice en buvant de l’alcool. Un d’entre eux tombe et la vise. Au lieu de se lever pour l’éviter car il va probablement la tuer, celle-ci, ivre, le fixe et ne bouge pas. Elle accepte de mourir. Néanmoins, ce feu d’artifice, qui pourrait finalement s’apparenter à une fusée de détresse part, frôle son visage et touche la maison derrière elle, qui explose. Ce moment est dramatique, or la mélodie de fond qui ressemble à une musique de cirque rend
paradoxalement la scène drôle car elle est en total décalage avec l’état émotionnel de Carol, qui est clairement en dépression. Après avoir évité de justesse la mort, elle peindra, dès le lendemain, un message sur le sol devant chez elle «come back ». Car ce qui est, sans doute, le plus insupportable à vivre sur terre, c’est bien la solitude. (Nous reviendrons bien évidemment sur ce thème si important et si central dans cette série.)
De cette scène, dans l’épisode 3, où elle demande une grenade, qu’elle pense fausse, alors qu’elle est vraie (car dans ce monde tout est « vrai » employons de gros guillemets) ; de l’humour particulier de Carol elle-même (par son langage et son sarcasme). De cette scène dans l’épisode 5 où elle tombe dans une poubelle pour apprendre de quoi se nourrissent les « autres » ; ou dans l’épisode 9, quand, lors de leur rencontre, Manousos et Carol se disputent et que le téléphone (qui permettait de traduire leur langue respective) tombe dans une bouche d’égout et que Manousos peinera à récupérer en jurant en espagnol, insultes que le téléphone continuera de traduire en anglais…

Tout est aussi drôle… que métaphorique. L’outil qui permettait leur communication, si importante, n’est plus accessible, et déblatère des grossièretés. Toutes ces scènes font rire. C’est cet humour grinçant qui fait de la série une satire de la société moderne, société dans laquelle les êtres humains, finalement, ne sauraient plus vraiment ce qu’ils sont, n’arriveraient plus foncièrement à communiquer et ignoreraient ce qu’ils veulent véritablement: être entouré ou être seul, être heureux ou malheureux. De l’humour à la comédie, il n’y a qu’un pas : cette série est un drame qui fait sourire : une vraie
satire sociétale, mais elle traite également de ce que chaque être humain vit ou/et subit: la comédie.
Pluribus, sous certains aspects semble être le remake d’un Truman show conscient.

COMMEDIA DELL’ Pluribus, tout un art !

Pluribus zosia analyseLa comédie est au cœur de la série. Premièrement par l’humour qu’elle peut véhiculer, nous venons de le voir, mais également et surtout car tout n’est que… théâtre, jeu de rôle.
Le début de l’épisode 6, à Las Vegas, semble être une redite d’une scène de film, celle où deux malfrats jouent au poker. Le héros de ce « film » ? Un des immunisés dont nous avons déjà parlé : Koumba Diabate. Ce dernier semble accepter la comédie humaine qui se joue autour de lui, plus que cela, il s’en délecte. Une fois la partie gagnée grâce à une quinte flush royale, il demande à son adversaire de faire semblant d’être déçu d’avoir perdu. Tout n’est que mise en scène. Après avoir
récolté les « faux-jetons », tous « les figurants » rangent le décor, les accessoires, et partent du « plateau. » La mise en abyme est parfaite et nous laisse sourire en repensant au Truman show de Peter Weir. Koumba est un Trumam Burbank conscient et consentant. Ce personnage n’a d’ailleurs aucune personnalité, pas de réelle individualité, il se laisse porter sans vraiment trop réfléchir, uniquement guidé que par ses propres intérêts. C’est un suiveur. La scène du petit déjeuner, toujours dans l’épisode 6, où il imite ce que fait Carol avec sa tartine, son avocat et ses œufs brouillés en est
l’exemple frappant. pluribus
Comme Zosia ne cesse de le dire à Carol « on déplacerait des montagnes pour votre bonheur. » Les « autres » feraient tout pour combler les plus intimes désirs des immunisés. Mais rien n’est vrai. Et ça, Carol en a l’ultime preuve dans l’épisode 8, quand elle retournera au dinner qu’elle aimait tant plus jeune, endroit où elle avait commencé à écrire. Le lieu avait brûlé, et « les autres » ont tout reconstruit, en allant jusqu’à faire revenir une serveuse qu’elle appréciait tant, Bree. Tout est ici scripté, le réel a perdu toute forme d’authenticité. Carol le dira d’ailleurs à sa chaperonne « ce n’est que du théâtre, pour me détourner de mon but. ». Mais c’est également une façon pour « eux » d’imiter l’humain, de tenter de faire comme lui, alors que l’humanité les a quittés.

Carol aussi, d’ailleurs,  joue une rôle tout au long de  l’avant dernier épisode :  celui de la femme intéressée. Elle fait semblant de retourner à l’écriture de son roman alors qu’elle enquête sur eux en secret. Malgré cette comédie, Carol se fait prendre à son propre jeu dans « Charm offensive ». Après avoir couché avec Zosia, elle prend peu à peu goût à cette nouvelle vie jusqu’à la fin « explosive » de l’épisode final, où elle retrouve enfin (pour notre plus grand bonheur) son âme de révoltée.
Pour conclure, la fausseté parait ne plus exister : plus rien n’est caché, plus rien n’est secret. Le mensonge a apparemment disparu mais c’est un monde de faux semblants : la supercherie est abolie mais rien n’est vrai. Voilà tout le paradoxe. Et là est toute la force du personnage principal : elle pourrait choisir la facilité, tomber dans le panneau comme le fait plus ou moins consciemment le mauritanien, et accepter ce pseudo « bonheur » qu’offre apparemment ce nouveau monde. Un
monde meilleur ? Un monde sans guerre ni violence certes, mais un monde aseptisé, déshumanisé, superficiel et artificiel. Au milieu de tout ça, le bonheur peut-il exister ou est-il feint ? Parce que, pour être profondément heureux, comme pour ressentir toute autre émotion, il faut de l’individualité. « Ils » semblent sous l’emprise d’une drogue, un bonheur de synthèse, d’apparence. Le bonheur n’existe qu’en opposition au commun, au malheur. Sa beauté comme celle de l’or tient aussi de sa rareté. Carol a d’ailleurs le bon mot en début de saison quand elle refuse de leur demander ce qu' »ils » ressentent parce qu’elle ne « demanderait pas à son dealer s’il vendait de la bonne ».

Pluri ? Solo-bus

La série aborde méticuleusement le thème de la solitude. Est-ce que l’être humain est amené à vivre seul ? Survivre, non vivre.  On ne peut s’empêcher de penser à cette fameuse phrase : « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé » d’Alex Supertramp dans Into the Wild. Le constat se confirme. L’humain peut vivre seul, mais il n’appréciera rien et tout lui semblera fade, vide de sens. Et puis qui sommes-nous sans autrui qui nous oppose et donc nous définit ? Carole pourrait parler à n’importe quel membre de ces nouveaux humains, la conversation serait identique.

pluribus avisNotre héroïne essaie donc de vivre seule et d’apprécier la solitude, notamment au douzième jour post-fusion elle joue au golf, parcourt le Nouveau Mexique, de Jemez Springs où elle se baigne dans les sources d’eau chaude, à Santa Fe, ville dans laquelle elle visite le Georgia Okeefe muséum.  Elle vole même un tableau original pour remplacer la copie qui trône dans son salon. Mais pourtant, rien n’y fait : ça ne suffit pas. Malgré la haine qu’elle entretient pour eux, elle leur demande de revenir. Et c’est tout le conflit intérieur de Carol: c’est une révoltée, mais une « révoltée conformiste ». Carole est un oxymore, c’est une femme contradictoire, impulsive, paumée, parfois « folle », autodestructrice et c’est CA, justement, qui la rend tellement humaine. Elle concentre ce dualisme existentiel qui crée en elle tant de tristesse et de rage, mais qui fait d’elle UNE FEMME LIBRE. Elle incarne cette colère face à un monde qu’elle déteste mais qu’elle contribue à faire exister, contre son gré. C’est un personnage désespéré, mais, qui peu à peu, va avoir le courage de résister et de se révolter. Certains diront qu’elle est énervante, trop narcissique et égoïste. Eh bien oui, mais ce sont ces défauts qui font d’elle une HUMAINE. Et c’est bien cela que questionne la série. Accepter l’humanité, c’est accepter la dualité, la lumière comme les ténèbres. pluribus

La liberté est-elle une illusion ? pluribus

Carol n’aimait pas l’ancien monde car dans celui-ci elle ne pouvait pas être véritablement elle-même. Elle est bridée même dans l’écriture de son livre, la saga Wycaro, dont elle fait la promotion du tome 4 dans l’épisode 1. Nous découvrons d’ailleurs que ses fans ne sont obnubilés que par un personnage : Raban, un pirate corsaire « fier et arrogant ». Carol semble désabusée et ennuyée par ses admiratrices (ce sont quasiment toutes des femmes qui fantasment sur un
personnage masculin qui… aurait dû être au départ féminin.) On comprendra, en effet, que l’écrivaine voulait que son personnage principal soit une femme. Cette « pirate lady » qui se matérialise en Zosia, son idéal féminin, et son héroïne littéraire. Carol n’était pas libre dans l’ancien monde. Elle ne pouvait écrire la romance lesbienne qu’elle aurait souhaité, au risque de perdre ses ventes et son public. C’est aussi cette frustration qui la hante, qui alimente sa colère et fait qu’elle méprise ses lectrices. Toute une carrière basée sur un mensonge pour embrasser la norme hétérosexuelle dominante. Alors quand une nouvelle norme lui est imposée, c’est celle de trop.

pluribus saison 1 caroleZosia, donc, le chaperon de Carol, répond à ses critères de beauté mais aussi de fantasme et de liberté : créer le personnage qu’elle souhaite. Lors de leur rencontre, dans le deuxième épisode,  Carol lui demande qui elle est : « quelqu’un qu’on a cru susceptible de vous plaire. » répond-elle (ou ils). Il est bien question de manipulation. Sous leurs airs de personnes gentilles et bienveillantes, ce nouveau peuple veut imposer leurs lois : il s’agit tout bonnement de coloniser, envahir, conquérir. Comme le dit Zosia « ce n’est pas un choix, c’est un impératif biologique » Les immunisés ne sont donc pas libres, on leur fait simplement croire qu’ils le sont en leur donnant l’illusion du choix : et c’est bien en cela peut-être que réside le totalitarisme moderne. Tout n’est que fausseté et mascarade, même dans cette pseudo liberté qu’ils semblent
octroyer/offrir aux immunisés. On ne laisse pas choisir Carol : on lui impose une définition du bonheur et une vie qui « semble » meilleure. Et c’est cela qu’elle déteste par-dessus tout, que l’on choisisse pour elle, que l’on décide à sa place ; plus largement qu’on lui impose d’être quelqu’un qu’elle ne veut pas être . Ça crée d’ailleurs un effet miroir au traitement que lui avait infligé sa mère dans jeunesse. Envoyée dans un  camps de conversation pour tenter de la rendre hétéro, la voilà de nouveau confrontée à l’obligation de se convertir, d’une autre façon.

Elle comprend cette mascarade à la toute fin de l’épisode 9 « la chica o el mundo » (le titre parle de lui-même), après avoir voyagé à travers le monde avec celle dont elle est apparemment tombée amoureuse. Dans un magnifique chalet au milieu des montagnes, après une discussion sur le bonheur sur ce qui fait les être humains sont heureux, Zosia
lui avouera qu’ils pourraient parvenir à obtenir ses cellules souches grâce aux ovules qu’elle avait congelés. Ils n’ont donc pas abandonné leur objectif : la transformer, contre son gré. Rien n’était réel (peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle cela semblait si parfait.) Tout n’était donc que comédie et faux semblants. Carol sort alors enfin de son aveuglement, redevient le personnage qu’elle était au début de la saison une : une révoltée, une résistante, qui ne choisira pas la facilité, mais l’humanité, avec tous les défauts que celle-ci peut engendrer (comme, par exemple, la tristesse). Elle
avait choisi « la chica », mais c’était une erreur. A la fin de la saison une, c’est le monde qu’elle décide de secourir. Soixante-quatorze jours après la fusion, elle retourne à Albuquerque en hélicoptère afin de rejoindre Manousos pour tenter, à deux, de sauver l’humanité. pluribus

LA RESISTANCE HUMAINE FACE A L’INHUMAIN DU TOTALITARISME IMPERIALISTE

Carol est une femme qui n’aime pas les hommes ni l’HOMME en général ; mais qui trouvera néanmoins la force, peu à peu, tout au long de la saison une, de vouloir le défendre. Et c’est pour cela que c’est autant une héroïne qu’une anti-héroïne, aussi drôle qu’émouvante, aussi comique que tragique, autant vulgaire que sublime. Cette FEMME incarne finalement tout ce qui fait un être humain, dans ses contradictions les plus profondes. Une véritable héroïne subversive, «
gilliganesque », comme avait pu l’être (de façon masculine) un certain Walter White ou un certain Saul Goodman.
Carol est forte, elle réussit à dire non alors que dans ce nouveau monde, elle semble pouvoir être elle-même. Dans l’épisode 8, elle finira par poursuivre l’écriture de sa saga en osant enfin faire ce qu’elle avait en réalité toujours souhaité : faire de Raban un personnage féminin.  Or, le succès de ses livres, avant la fusion, était  principalement dû au fait que ce même Raban était un homme. Le fameux fantasme de la ménagère, l’homme fort et puissant poussé à sa caricature. pluribus

Sauver la planète, les peuples du malheur : c’est bien le discours de la conscience collective. Un faux discours qui permet de légitimer et justifier un projet bien plus sombre. Tout cela n’est en réalité qu’une large entreprise impérialiste faisant croire « aux colonisés » qu’on leur apporte la paix et le bonheur, alors qu’on ne fait, en fin de compte, que les asservir, dans une énorme tentative colonialiste et expansionniste. «Les autres » veulent en effet se servir de l’énergie qu’il y a sur Terre pour envoyer un signal dans l’espace, coloniser d’autres planètes, en particulier celle appelée Kepler
22 bis.  Difficile de ne pas faire le parallèle avec notre actualité : l’agissement de certaines grandes puissances mondiales qui se permettent des choses … inqualifiables tant elles sont inhumaines et tant elles bafouent le droit international (pour tout bonnement voler les matières premières – en feignant de vouloir apporter la paix) ; et cela, bien sûr en toute impunité.

Pluribus Manousos Tout est dit dès le titre de la série. En effet, Pluribus en latin veut dire, un parmi plusieurs. Mais c’est également la devise historique des Etats-Unis : « E pluribus unum ». Un doigt d’honneur fait au soi-disant pays de toutes les libertés mais qui en réalité ne l’est pas tant que ça.
Bien sûr, la série pose la question du choix et du libre arbitre. Les nouveaux habitants, la conscience collective, les autres (appelons-les de diverses façons) souhaitent que les derniers êtres humains fusionnent mais ils ne peuvent pas le leur imposer, cela doit venir d’un choix conscient. Et c’est le seul véritable objectif de Zosia : convaincre Carol des bienfaits de ce nouveau monde en la manipulant pour qu’elle accepte de fusionner. C’est un faux libre arbitre, c’est une liberté factice qu’on lui octroie. Fausse alternative que celle-ci finira définitivement par refuser : c’est une véritable héroïne révoltée. Elle incarne une forme de résistance, et de courage. Celle de s’élever contre la majorité. Elle est seule au départ. A la fin, ils sont deux (avec Manousos), contre l’humanité, pour essayer de la sauver, alors que ce sont eux deux, de base, qui la détestaient.

Un parmi plusieurs, tous pluriels pour être libres pluribus

Il ressort une morale de cette saison une : les hommes, les femmes sont imparfait.es, contradictoire.s, ingrat.es,
désabusé.es, malheureux.ses, mais vrai.es. Uniformiser une population ne la rendra pas meilleure. Elle anéantira tout ce qui fait la beauté de l’être humain. Vouloir imposer une utopie, ce lieu qui, étymologiquement, n’existe pas, ne pourra créer qu’une dystopie : un lieu sans liberté, sans individualité, sans conscience individuelle ; cet espace où le choix n’existe simplement pas. Le « bien » comme le « mal » doivent être. Et c’est quand on ne nous laissera plus librement faire ce
choix qu’il faudra s’inquiéter.
Ce virus n’est finalement que l’allégorie de l’aveuglément des gens face à un système qu’ils ne peuvent faire que suivre et accepter, par désespoir, peur, facilité ? Valider, acquiescer, accepter d’être un « esclave », un prisonnier dans un système carcéral à ciel ouvert où les détenus n’auraient aucun désir de s’évader car ils seraient tombés amoureux de leur propre servitude. pluribus

PLURIBUS APPLE TV AVIS CRITIQUE
Comment ne pas penser à ce chef d’œuvre d’Aldous Huxley : Le meilleur des mondes ?  Le totalitarisme est au cœur de cette série. Plus ou moins implicitement, tous les sujets traités convergent vers ce thème central. Le totalitarisme est impitoyable et inacceptable, mais, en 2025, ce système abject semble revenir sous une forme beaucoup plus sympathique et tolérable. C’est exactement de cela dont il est question dans Pluribus. Effrayant à en devenir risible tant les gens sont aveuglés. Terrifiant parce que, symboliquement, Pluribus n’est que le reflet de ce qu’est notre monde actuel : très peu de révolté.es et de resistant.es. Un monde où les méchants sont les gentils et les gentils sont les méchants. Ce que la série nous apprend : c’est qu’il ne faut pas se laisser aller à la facilité, qu’il ne faut pas avoir peur d’être différents, fous, instables, qu’il ne faut pas avoir peur d’être HUMAINS, avec tous les défauts que cela comporte et engendre. Ne pas se laisser manipuler par ceux qui s’octroient une fausse légitimité et finissent par détenir le pouvoir (ces fameuses personnes qui proclament sauver l’humanité et apporter la paix, hello Donald si tu ne t’es pas encore reconnu !) Ce que Pluribus nous fait
comprendre: c’est qu’il faut aimer la complexité de l’humanité, acquérir le courage d’assumer ses idées, ne pas avoir peur de dire NON, d’avoir le panache de se révolter (comme Carol et Manousos le font) face à tous systèmes, pays, institutions, qui osent impunément soustraire à quiconque sa liberté.

Et la saison 2 de Pluribus ?

Vince Gilligan a déjà indiqué qu’il voyait 4 saisons idéalement pour raconter l’histoire de Carol et des « autres ». On est donc impatient.es de découvrir la suite. Mais la patiente, ce trait si peu humain va devoir nous accompagner dans les mois à venir. En effet le réalisateur a déclaré ne pas être pressé de sortir sa saison 2 et qu’il faudra attendre au moins deux années avant qu’elle ne soit diffusée. Si l’attente parait longue, Stephen King lui-même s’est emparé de X pour parler en notre nom : « D’accord mais je ne rajeunis pas » a-t-il écrit avec humour. On garde le sourire mais il est vrai que le temps paraitra bien long. On ne peut qu’espérer une écriture aussi belle et précise pour une suite qui nous plongera dans toutes nos réflexions. Et pour de la qualité, l’attente vaut le coup !


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