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Les années 90, déjà et rapidement suivies par les années 2000 ont le vent en poupe. La mode vestimentaire s’y est d’abord mise ressortant des placards le fluo qu’on pensait oublié. Il faut dire que la période actuelle n’aide pas à éviter le sentiment de nostalgie : guerre, pandémie, détresse écologique… les temps sont dures. Il va donc de soit que certain.es préfèrent se tourner vers un temps jugé bien plus doux pour y puiser une inspiration hautement romancé. A moins que les trentenaires et quarantenaires, aujourd’hui à la tête des posts créatifs de ce Monde, ne transpose leur nostalgie de l’enfance dans leurs créations en se disant que c’était mieux avant. Tout n’est-il pas mieux quand on est plus jeune ? Ce qui est vrai dans la mode l’est tout autant dans le cinéma. C’est pourquoi une multitude de reboots viennent envahir nos écrans, petits et grands, au risque de laisser place à un manque évident de créativité et de lasser les foules. L’occasion de refaire découvrir toute une époque me direz-vous ? Oui et non. Il s’agit plutôt et surtout de copier un concept pour lui donner des codes plus actuels. Quitte à parfois perdre entièrement le propos initial en en gardant uniquement la substantifique moelle.

Les sitcoms aux propos transformés

Friends aniston cox perry kudrowLes temps ont changé, les moeurs aussi. Les récentes polémiques concernant la série Friends n’en sont d’ailleurs que l’exemple évident.

La série était-elle grossophobe ? Frôlait-elle la transphobie ? Les fans suppliaient pourtant en masse de retrouver leurs 6 amis favoris sur écran. Force est de constater qu’aucun cachet ne semblait assez gros pour faire plier la troupe menée au moins en ses négociations commerciales par Jennifer Aniston – rappelons le, c’est elle qui avait dealé un cachet d’un million de dollars par épisode à ses copains – du coup le public n’a pu se consoler qu’avec une émission spécial retrouvailles et quelques anecdotes croustillantes sur les coulisses du fameux show. Un teaser bien fait avait pourtant trompé des centaines de fans espérant retrouver Monica, Ross et les autres. N’est-ce pas en un sens pour le mieux ? Après tout, le fantasme de ce que seraient devenus nos amis pourrait valoir bien plus que de voir la vérité en face. Et s’ils s’étaient perdus de vu ? Et si les divorce avaient coulé à flot ? Et si Phoebe était aujourd’hui moins excentrique ? Et si les techniques de drague de Joey l’avaient conduit en prison ? Il fut un temps où l’on disait qu’une bonne série devait s’arrêter avant de faire dans la caricature d’elle-même (Coucou « Prison Break »). Ce dernier plan sur les clés de l’appartement de Monica était, il faut le garder en tête la conclusion parfaite d’une ère.

Pas besoin d’aller chercher si loin finalement pour voir débouler des personnages qui aujourd’hui n’auraient plus le même impact. La petite soeur de « Friends » aka « How i met you mother » dont la première saison avait été diffusée en 2005 n’échappe pas à la règle. Aujourd’hui, cette dernière profite d’un reboot avec Hilary Duff baptisé « How I met your father ». Ce qui change ? Le personnage de Ted Mosby (Josh Radnor), célibataire au coeur d’artichaut malgré ses trop nombreuses conquêtes est remplacé par celui de Sophie (Hilary Duff). Si certains personnages (Robin) de la série initiale viennent s’offrir une apparition dans le sitcom, le personnage central du show et son aspect comique ne pourraient plus être de la partie en 2022. Barney Stinson, sa liste d’astuces pour séduire des femmes à la chaîne, sa manière d’ailleurs de les traiter ne peuvent plus faire rire dans un monde post Me Too qui a ouvert bien des yeux. D’ailleurs, son interprète Neil Patrick Harris confiait lui même qu’en 2022, la place de Barney serait en prison. En 2005, pourtant, le personnage était le centre de ressorts comiques indissociables du show. A tel point que son « Bro code » avait été édité dans le monde réel et vendu en masse à un public en demande des trucs et astuces du tombeur / prédateur barré. Il sera difficile de contredire le fait qu’il était d’ailleurs l’essence même de ce qui faisait rire dans « How I met your mother ». Changer l’âme du ressort comique d’une série vaut-il donc la peine de la réadapter ? Aussi intéressant soit-il de se questionner sur ce qu’un personnage comme Barney a pu apporter en terme de validation d’harcèlement comme méthode de drague, ne doit-il pas simplement servir d’exemple de ressorts comiques qui doivent aujourd’hui changer ? Et peut-on sincèrement penser que l’humour du sitcom se contente de venir d’un décalage passé/ présent et de la perspective de raconter l’histoire du point de vue d’un narrateur unique ? D’ailleurs pour l’anecdote Neil Patrick Harris était également à l’affiche d’un autre métrage acclamé puis contesté, « Gone Girl » dont le caractère sexiste avait récemment été remis en question puisque le personnage féminin y était dépeint comme manipulateur et dangereux. Un manque d’empathie pour les violences conjugales ou un thriller efficace ? Le débat reste à ce jour ouvert.

La machine à transporter dans le futur et à changer les moeurs

Pour parfaire ce besoin de nostalgie tout en prenant en compte les codes d’une génération qui a changé, redéfinissant sa perception du Monde et des personnages que l’on doit leur raconter, les scénaristes ont pris le pli de transporter les récits initiaux dans notre époque. Le tout en changeant la typologie des personnages dans l’optique de les rendre plus inclusifs, plus variés qu’il ne l’étaient au départ. Au risque de ne pas toujours faire l’unanimité. Le cas du nouveau James Bond par exemple qui sera interprétée par Lashana Lynch, une femme noire, en est l’exemple criant. De quoi faire parler certains, complètement opposés au projet. Au delà de simples réponses réac à un tel changement, qui ne sont pas vraiment intéressantes à traiter, subsistent deux questions : ce nouveau personnage permettra-t-il de faire avancer les mentalités  loin du sexisme des versions existantes ou n’est-ce pas une simple interprétation d’un homme blanc hétéro cis transformé plutôt que de créer un personnage entier à même d’épouser les traits de son interprète ? Lui créer une nouvelle histoire, bien à elle et non pas en épousant l’ombre de ce qui existe, n’aurait-il pas été plus pertinent ? Plutôt que de parler d’un personnage créé en 1953, revenons-en à nos années 90/2000 et traitons d’exemples plus récents.

A commencer, par le cas Sabrina, l’apprentie sorcière dont la série originale fut diffusée pour la première fois en 1996. Le personnage d’Archie Comics vivait ses grands jours, en France sur KD2A, diffusé sur France 2 et se contentait d’être un sitcom adressé à un public très jeune sans plus de fond que le simple fait de faire rire et divertir.  « Les Nouvelles aventures de Sabrina », elles diffusées sur Netflix en 2018, et développées par Roberto Aguirerre-Sacasa s’offre un tout nouveau visage. Développées pour être une sorte de spin off de « Riverdale », la série a décidé de mettre en avant des personnages beaucoup plus développés dans un univers bien plus sombre. Exit les blagues, bonjour le féminisme et rituels satanistes, la sororité et l’inclusivité. Le résultat offert dépasse pourtant les espoirs et laisse peu de places aux doutes des plus septiques, l’univers y est plus riche et développé, le rendu addictif, contemporain et puissant. Loin de se cantonné à un manque d’inspiration criant, cette nouvelle Sabrina prouve qu’un reboot peut aussi s’avérer pertinent.

Autre lieu, mais sujet comparable, le cas Roswell New Mexico. La série d’origine, diffusée en 1999 avait déjà pour elle de parler d’acceptation des différences sous couvert de dépeindre des personnages aliens. Alors, on reprend la recette mais en appuyant ses traits. Les aliens deviennent ainsi le drapeau de l’immigration aux USA et d’un accueil qui peut lui être fait entre racisme et agressivité. Un propos largement et peut-être même lourdement souligné par le statut du père de Liz Ortecho, issu de l’immigration mexicaine aux Etats-Unis. Malgré son évidente simplicité – on ne peut que penser à Vampire Diaries et ses ficelles grossières mais addictives en regardant le show mais bon on retrouve au scénario Carina McKenzie, donc il fallait s’y attendre – cette nouvelle version apporte quand même quelques bonnes choses. A commencer par un avortement (alien donc complexe) mis en scène sans juger le personnage qui y a recours, une belle chose dans un pays qui remet ce droit sur la sellette mais pas le port d’armes, faudrait surtout pas. Outre ce changement, Michael devient bisexuel dans cette V2 et offre avec Alex (le personnage préféré de toutes les meilleures personnes à avoir suivi la V1) la plus belle histoire d’amour du show. Bien mieux que Liz et Max, le fandom ne dira pas le contraire. Et même avec de grosses ficelles, le propos sur l’immigration permet sans nul doute d’ouvrir un début de débat dans la tête d’un très large public. La première saison, aussi teen soit elle, reste plutôt addictive. La deuxième surfe certes, sur un certain néant en terme d’intrigue mais  en profite pour balancer des dialogues trop écrits et se déroule de façon plaisante. Réussite ? Le matériau d’origine n’était de toute façon pas assez grandiose qu’il puisse en être autrement.

 

C’est la faute aux nouvelles technologies

Il existe aussi le cas « Elle est trop bien », devenu « Il est trop bien » dans sa nouvelle version diffusé par Netflix. A l’origine, il était une comédie romantique menée par Freddie Prince Jr qui découvre que derrière une queue de cheval et des lunettes affreuses se cache en réalité un être humain. Et qu’en plus, c’est une fille et qu’elle est intelligente mais surtout belle les cheveux détachés. Il en fait donc, suite à un pari, le reine du lycée pour prouver qu’il le peut. Sa version 2022 s’en rapproche largement sauf que cette fois c’est une meuf qui découvre que derrière l’ado rebel du lycée se cache en réalité un mec cool grâce à un pari. Refait par pure nostalgie, sans vraiment en changer les codes mais en y ajoutant les réseaux sociaux, le film est comme celui qu’il imite à regarder un dimanche de gueule de bois. La seule valeur ajoutée est d’y retrouver Matthew Lillard et Rachel Leigh Cook, qui étaient dans la version d’origine, cette fois respectivement en principal du lycée et mère de famille et de se prendre un sacré coup de vieux, en leur compagnie. Et pourtant l’original avait su laisser dans les coeurs de ceux qui l’ont découvert au vidéo club, un petit quelque chose entre plaisir coupable et doudou réconfortant.

elle est trop bien freddie pricne jrD’autres alternatives existent, on parle réseaux sociaux, mais les nouvelles technologies sont aussi de la partie. C’est le cas pour « Chucky » qui apparait pour la première fois à l’écran en 1990. Dans sa version d’origine, la poupée meurtrière a hérité de l’âme d’un tueur en série avant de se mettre à reprendre ses bonnes vieilles habitudes sous les traits d’une poupée. Dans son énième version rebootée en 2019, alors qu’une bonne vieille suite de plus aurait pu faire l’affaire, notre copain roux en plastique s’avère être un jouet hautement performant baptisé Buddi. Créé pour l’amusement des enfants, l’une des poupées subit une manipulation de la part d’un employé licencié. C’est ce bug programmé qui fait d’elle un tueur. Autant dire, qu’à part de l’hémoglobine, l’idée n’apporte rien à la saga de plus qu’un film oubliable… mais quand un filon fonctionne, pourquoi se priver ? Et voilà typiquement, une idée qui aurait pu être nouvelle en se détachant du nom de « Chucky » pour créer son propre univers. Après tout, en matière d’horreur, tirer des ficelles à l’infini est monnaie courante.

Vivre avec son temps

ocean's 8Nombreux sont ceux à tenter de jouer sur des franchises existantes, tout comme James Bond et en se contentant de « recaster » le rôle principal donné à un ou des hommes. « SOS fantôme », « Ocean’s 8 » et leurs castings féminins qui crient là encore à un certain manque d’inspiration. D’autres se contentent d’utiliser les noms de franchises qui fonctionnent pour les plonger dans un univers qui n’a plus rien à voir mis à part la citation forcée d’éléments qui en ont fait le succès. C’est le cas pour « Chair de Poule » ce film gênant qui au lieu de reprendre les codes d’une horreur justement dosée pour effrayer les enfants, se contente de balancer pantin, momie et nom d’R.L Stine  dans une espèce de tourbillon mal fait et un poil ringard ou encore « Jumanji » devenu un jeu vidéo un peu comme « Chucky » cité plus haut…

Si certains propos des années 90, 2000 n’épousent plus du tout ceux de l’époque actuelle et qu’il faut admettre que les moeurs ont changé très rapidement, ne vaudrait-il pas mieux simplement créer de nouvelles histoires portées par de nouveaux personnages en se détachant simplement d’une idée qui a fait son temps  ? Quoi qu’on en dise, les années 90/2000 ont su aussi poser la première pierre d’un édifice qui aujourd’hui s’est développé. Ce qui s’est passé dans ces époques, malgré les changements de consciences, a aussi permis d’ouvrir des voies, de « Buffy contre les vampires » son héroïne forte et la romance de Willow avec Tara, ou le premier baiser gay du petit écran via le personnage de Jack dans « Dawson », en passant par la liberté sexuelle des héroïnes de « Sex and the City », le propos contre le racisme de « Candyman » de Bernard Rose en 92 qui lui aussi aura revit grâce à l’évident Jordan Peel en 2021 (qui de mieux pour mélanger horreur et parler du problème du racisme que lui ?) tous ont eu leur importance.Et ces petits pas ont pu aujourd’hui se transformer en un véritable sprint.

Cela dit, il existe pourtant une série hautement subversive et d’une grande importance, dont le message était déjà limpide en son temps : « Queer as folk ». Le show créé en 2000 dans sa version américaine du moins (elle était en premier lieu une série britannique déjà rebootée à l’époque) avait le mérite de dépeindre une certaine communauté gay de Pittsburg sans tabous, sans clichés et sans jamais se perdre. De sa saison 1 à 5, elle a su créer des personnages entiers, écrits sans fausse note, éveiller les consciences, amuser, faire vivre des romances plurielles remarquablement écrites, créer du drame, questionner les politiques sur un point de vue unique, parler drogues, sexe, sida, parentalités plurielles … Difficile de juger de son reboot 2022 par le simple prisme d’un trailer sorti à ce jour. Reste à espérer pourtant que les scénaristes sauront en garder l’âme sans concession, sans jamais basculer. Et de ce point de vue là, ils semblent pourtant avoir pris le plie de se concentrer sur l’un des dernier thèmes de la dernière saison (l’attaque à la bombe du club emblématique du show, le Babylon) plutôt que ce qui pouvait faire la beauté de la série d’origine : un quotidien raconté. Il est donc naturel de se questionner sur l’intérêt de reprendre un produit des années 2000 parfaitement construit, au propos déjà amplement existant et adapté à notre époque pour le refaire. D’autant que tout comme dans d’autres séries, la série tient aussi à l’attachement que l’on a à ses personnages de l’iconique Brian Kinney au talentueux Justin Taylor en passant par l’adorable Emmett ou la tornade Debbie. Avoir suivi le chemin des « Chroniques de San Francisco » qui ont gardé leurs personnages dans le temps, à chaque retour dans le fameux immeuble ( en 93, 98, 2001 et 2019) pourrait paraitre plus censé. On demande donc à voir la suite avec une certaine prudence…

La nostalgie c’est bien, créer avec un matériel existant permet sûrement d’enclencher la cash machine plus facilement et à réfléchir sans avoir à tout penser. Reste pourtant à espérer que l’époque que l’on vit pourra artistiquement se centrer sur elle-même et apporter aussi son lot de nouveautés, à rebooter au prochain coup de nostalgie.


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