
Barbra Streisand. Une artiste qu’on ne regarde pas simplement jouer, mais qui impose quelque chose : une voix, une présence, une manière d’exister à l’écran qui dépasse largement le cadre du cinéma et de la musique. De la comédie déjantée au drame romantique, en passant par des projets profondément personnels, Streisand n’a jamais joué petit. Et c’est précisément ce qui rend sa filmographie aussi fascinante : elle ne cherche pas à rentrer dans un moule, elle le redéfinit. Voici donc six films essentiels… et un de plus, parce qu’avec elle, impossible de s’arrêter à un chiffre rond (+ une annonce en fin d’article).
Funny Girl (1968)

Absolument incontournable, Funny Girl marque le premier rôle au cinéma de Barbra Streisand. Elle y obtient en un coup l’adoration du public… et l’Oscar de la Meilleure Actrice en 1969 (dans une rare égalité avec Katharine Hepburn). Mais l’aventure ne commence pas sur un plateau de tournage. Non, elle commence sur les planches de Broadway, où la comédie musicale originale avait déjà forgé le personnage, l’humour et le charisme unique de Barbra Streisand.
Dans le rôle de Fanny Brice, elle est à la fois drôle, touchante et terriblement vivante. Chaque regard, chaque note est chargé d’émotion, de vulnérabilité et de force, et elle domine l’écran avec une présence qui ne laisse jamais personne indifférent. Funny Girl est une démonstration impressionnante : Streisand sublime et rend hommage à Fanny Brice et nous emporte dans son univers avec un mélange parfait de fragilité et d’assurance. Approchez, approchez, une étoile est née.
The Way We Were (1973)

Celui ou celle qui a dit à Barbra qu’elle « n’était pas attirante comme il fallait » est fasciste. Voilà, c’est dit.
Il est difficile, voire impossible, de parler de Barbra Streisand sans évoquer The Way We Were. Réalisé par Sydney Pollack, ce film dépasse largement le cadre d’une simple histoire d’amour impossible un peu mièvre en apparence. Ici, c’est le déchirement d’un couple qui s’aime malgré des différences politiques profondes. L’histoire s’étend sur plusieurs décennies, des années 30 aux années 50, dans une Amérique dorée frappée par le maccarthysme, la suspicion et la tension sociale.
L’alchimie entre Barbra Streisand et Robert Redford est tout simplement extraordinaire. Ses yeux débordent d’amour, de désir et de ce besoin viscéral d’être aimée par l’homme qu’elle a toujours convoité. Lui, aux antipodes de tout ce qu’elle incarne, joue le golden boy qui n’a jamais eu à prendre quoi que ce soit au sérieux : argent, cheveux lustrés, mâchoire carrée, talent, milieu WASP… tout lui sourit. Et elle ? Une jeune femme juive de New York, marxiste, grande gueule, issue d’un milieu modeste, qui ne rentre jamais dans le moule. Tout ce qu’il aime chez elle, ce sont justement ces traits qui le font fuir. Cette tension constante entre eux rend chaque scène d’amour, chaque regard échangé, absolument déchirants.
Up The Sandbox (1972)

Up The Sandbox est une petite perle oubliée dans la filmographie de Barbra. J’aurais pu facilement parler de The Owl And The Pussycat, The Prince Of Tides ou, allez, Mon Beau-Père et Moi 2 (non), mais il y avait quelque chose de plus pertinent à ressortir : ce film explore une facette plus expérimentale de Barbra.
Elle y incarne Margaret, une femme au foyer, tiraillée entre fantasmes, frustrations et réalité quotidienne. Le film jongle entre comédie, poésie et réflexion sur la condition féminine sans jamais tomber dans l’hilarité totale, et Streisand y brille par son intensité et sa subtilité. Ce n’est pas un blockbuster, ni un rôle qui lui permet de chanter à gorge déployée, mais c’est un rôle où elle impose sa présence et révèle toute sa capacité à capturer des émotions complexes, parfois contradictoires. Sans spoiler, on la voit débattre avec Fidel Castro dans un rêve surréaliste. Mais n’en disons pas plus…
Yentl (1983)

Il y en a eu des débats autour de Yentl. À presque quarante ans, Barbra Streisand serait “trop vieille” pour jouer un personnage dans la vingtaine. Certains ont parlé d’ego-trip de diva ultime, d’autres se demandaient qui s’intéresserait à une histoire centrée sur des personnages juifs (oui, oui, ça a été dit). Et pourtant, Yentl est la preuve totale que Streisand est une artiste à part entière. Elle réalise, produit, interprète et chante dans un projet qu’elle portait depuis près de quinze ans. Le film devient un projet colossal et profondément personnel, reflet de son propre parcours : une femme qui a dû surmonter ses complexes sur son physique et son talent, et qui prend enfin le contrôle de sa carrière dans un monde affreusement masculin.
Au cœur du film, Yentl se déguise en homme pour étudier le Talmud, éducation réservée aux hommes. Ce déguisement questionne les genres, la liberté des femmes, et l’accès au savoir dans une société où les rôles sont strictement codifiés. Yentl est également un film qui célèbre la culture juive et la tradition, rarement représentée à Hollywood. Barbra Streisand y montre avec fierté et respect une identité culturelle riche, tout en rendant le film accessible à un public large. Derrière ce portrait intime, il y a une force féministe : une femme prend le contrôle de son destin, de son apprentissage et de sa vie. Elle montre qu’on peut défier les conventions, les critiques et les attentes, tout en restant pleinement soi-même.
Avec Yentl, Barbra marque de nouveau l’Histoire en gagnant le Golden Globes de la meilleure réalisatrice. Il s’agit de la première fois qu’une femme a été récompensée dans cette catégorie.
The Mirror Has two faces (1996)

Avec The Mirror Has Two Faces, Barbra Streisand passe de nouveau derrière (et devant) la caméra pour livrer un film profondément personnel. Et ça se sent. Ici, elle ne joue pas seulement un rôle : elle décortique l’amour, le désir, et surtout cette obsession presque maladive de devoir être “désirable” pour être aimée. Le point de départ est simple, presque théorique : un mariage sans sexe, sans passion, purement intellectuel, presque mathématique. Sur le papier, ça ressemble à une solution… envisageable. À l’écran, c’est beaucoup plus cruel. Parce que très vite, ce que le film met en lumière, c’est le manque : le regard qui traîne, le désir qu’on étouffe, et cette frustration silencieuse qui finit par tout envahir.
Face à Jeff Bridges, volontairement rigide, presque désincarné, Barbra Streisand déborde d’émotions. Elle aime trop, elle ressent trop, et c’est précisément là que le film devient touchant. Il y a quelque chose de profondément douloureux dans cette idée de devoir renoncer à une partie de soi pour que la relation fonctionne. Mais la vraie surprise, c’est Lauren Bacall. Tranchante, brillante, presque cruelle, elle incarne cette mère obsédée par la beauté, le paraître et le regard des autres. Et dans chaque scène avec Streisand, c’est un duel : deux générations, deux visions de la féminité, deux manières d’exister dans le monde.
Oui, le film a ses défauts. Oui, certains aspects sont très années 90 (et pas toujours pour le meilleur). Mais il y a une sincérité désarmante dans la manière dont elle aborde ses thèmes. Elle prend des clichés et les retourne, parfois maladroitement, mais toujours avec conviction. The Mirror Has Two Faces, ce n’est pas son film le plus maîtrisé. Mais c’est peut-être l’un des plus honnêtes. Et rien que pour ça, il mérite largement sa place ici.
What’s Up, Doc? (1972)

Dans chacun de ses rôles, Barbra Streisand ne passe jamais inaperçue. L’oeil vif, la blague aiguisée, le débit au rythme d’un sprint. Elle arrive, et tout le reste doit suivre. D’une certaine manière, si demain, on me demandait de choisir UN film pour définir Barbra, ce serait sans hésiter What’s Up, Doc? de Peter Bogdanovitch. Dans un hôtel de San Francisco, quatre valises identiques se perdent, se confondent et sèment un chaos total chez leurs propriétaires respectifs. Un point de départ absurde, voire cartoonesque, qui donne le ton. On y découvre la fabuleuse Madeline Kahn pour la première fois à l’écran.
Face à Ryan O’Neal (que l’on a déjà croisé sur ce site dans Paper Moon), Barbra Streisand y est impeccable, campant presque en filigrane une version humaine de Bugs Bunny : maligne, insaisissable, toujours un coup d’avance, et surtout, totalement incontrôlable. Lui subit, elle orchestre. Le duo fonctionne à merveille, l’alchimie est instantanée, les quiproquos s’enchaînent, et fait de ce film un classique total de la comédie américaine.
What’s Up, Doc? rend hommage aux screwball comedies des années 30, notamment à Bringing Up Baby (L’Impossible Monsieur Bébé) avec Katharine Hepburn et Cary Grant, sans jamais se fourvoyer. Le film est hilarant, cocasse et les blagues vont à 400 à l’heure. Mon seul regret par rapport à ce film, c’est que je ne pourrai jamais le redécouvrir pour la première fois.
Mention Spéciale : The Main Event (1979)

Si après avoir vu tout ça, vous n’êtes pas encore repu.es, voici un petit digestif datant de 1979. The Main Event (ou Tendres Combats en français) réunit pour la seconde fois à l’écran Barbra Streisand et Ryan O’Neal. Sept ans après What’s Up, Doc?, le duo ne se trompe pas de valise cette fois-ci, mais de vocation professionnelle.
Le pitch en quelques mots : Hilary Kramer, une entrepreneuse en faillite, tente de récupérer une partie de ses pertes en remettant sur le ring un boxeur déchu, Kid Natural, dont elle avait “récupéré” le contrat comme déduction fiscale ; une idée qui ne plaît pas vraiment au principal intéressé. Résultat : plutôt que de se battre sur le ring, les coups volent en coulisses, dans des quiproquos et des situations qui se veulent drôles. On y retrouve comme dans de nombreux projets cinématographiques de Barbra, cette subtile inversion des rôles de genre où elle se retrouve en position de supériorité face à l’homme qui lui donne la réplique.
Le scénario est, soyons honnêtes, un peu bancal. Mais le film fonctionne à peu près comme un hommage nostalgique pour ceux qui ont adoré What’s Up, Doc? et n’ont pas pu se contenter d’un seul film. Le duo y est irrésistible : drôle, complice et transforme ce qui aurait pu être une comédie légère oubliable en un petit plaisir coupable à savourer en fin de marathon Streisandien. Évidemment, on aurait pu continuer longtemps à énumérer d’autres films comme A Star Is Born, Hello, Dolly! ou encore On A Clear Day You Can See Forever mais tous les bons tops ont une fin et d’ailleurs…
LE MEILLEUR POUR LA FIN : un hommage à BARBRA Streisand au nouvel odéon

Bon, si après tout ça vous n’êtes vraiment pas rassasié·es, il reste encore du dessert. Et pas n’importe lequel. Les 21 et 25 avril 2026, à l’occasion de la semaine d’anniversaire de Barbra Streisand, deux projections exceptionnelles auront lieu au Nouvel Odéon à Paris. Ces séances sont présentées par Paper Moon, une jeune association dédiée à l’organisation d’événements cinématographiques, et clairement à suivre de près.
Le 21 avril à 20h15, The Way We Were.
Le 25 avril à 16h15, Funny Girl.
Et pour celle-ci, j’aurai le plaisir, l’honneur et une légère pression, d’animer le débat à l’issue de la projection. Alors si vous aimez le cinéma, les grandes histoires d’amour, ou simplement voir une légende prendre toute la place à l’écran… vous savez où aller.
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