L’année 2026 a enfin démarré ce 27 février. Quelques agréables sorties avaient déjà peuplées nos écoutes, sortant le bout de leurs nez ça et là mais l’affaire restait timide. Et voilà qu’enfin, Gorillaz offrait au monde son neuvième album. Nouveau chef d’œuvre hybride, il est sans conteste une véritable bouffée d’air frais après le discutable « Song Machine » et le très discutable « Cracker Island ». Fable visuelle sur la vie, album aux visages multiple mais à la cohérence indéniable, ce nouvel essai vient renforcer la position d’immanquable du groupe et donner à cette nouvelle année son premier sans faute.
Montée en puissance et paysages de rêve gorillaz
Le groupe virtuel de Damon Albarn a plus d’une corde à son set l’alpiniste. Créé en 1998, la formation composée de 4 personnages imaginaires (Stuart Tusselpot, Murdoc Niccals, Russel Hobbs et Noodle) est en réalité composée de beaucoup plus de musiciens réels. Depuis ses débuts, il s’amuse à brouiller les pistes du genre allant du rock au tip-hop en passant par le reggae et le hip hop. Ce nouveau jet ne déroge pas à la règle et va puiser titre après titre dans un vaste panel qui cette fois va jusqu’à la world musique et une immense dominante indienne. Damascus, onzième morceau de l’opus en est la plus parfaite illustration. Un titre au combien surprenant et bienvenu dans l’album qui modernise la musique traditionnelle de ce pays dont les sonorités sont bien peu exploitées d’habitude. On y passe d’un refrain entêtant fait de loops au hip hop sans sourciller. La magie de Gorillaz opère, les codes sont brisés. The Shadowy Light poursuit cette initiative. Gorillaz frappe là où ne l’attend pas. La pochette de l’album pouvait pourtant se vivre comme un indicatif puissant de ce périple multi-culturel. Et pourtant le changement constant de texture au cours de chaque titre et non titre après titre va constamment dérouter l’auditeur. Le voyage est si beau qu’il éblouie. Il faut non être un grand groupe mais un immense groupe pour réussir pareil tour de force. Et c’est bien en ça que la formation de Damon Albarn gagne ici de nouvelles lettres de noblesses. Dérouter sans se perdre, offrir un périple spirituel, émotionnel et musical tout en gardant une véritable consistance. Alors que Bad Bunny dans son show hyper commenté parlait à raison et avec force d’une Amérique plurielle, mettant en son centre tout son sud, Gorillaz poursuit le travail. The Manifesto en huitième position et donc à mi-parcours de la galette balance des sonorités latinos ponctuées de Hip Hop. On trip et on hallucine, comme après avoir consommé le breuvage d’un incroyable gourou au pays du Dieu Krishna. The Mountain c’est aussi la séparation entre la vie et le royaume de l’après. D’ailleurs, Albarn vient à parler avec la plus grande des délicatesses du deuil sur le titre The Hardest Thing. Tonny Allen, musicien et batteur pionnier, disparu en 2020, ressuscite le temps de donner de la voix sur l’introduction du morceau. Avec une montée en puissance angélique, des superpositions de voix et une douceur savamment bien écrite, le frontman va questionner la disparition. Obsessionnel, il répète jusqu’au titre qui suit, Orange County, les mêmes paroles en boucles : « You know the hardest thing is to say goodbye to someone you love, that is the hardest thing ». Parce que le manque ne s’arrête pas, il change les vies, la perte déteint toujours sur tout, on existe à ses côtés. Ce besoin d’en parler vient surtout de la perte de la belle-mère de Damon Albarn des suite d’un AVC alors qu’elle voyageait en Inde puis de son propre père à 10 jours d’intervalle. Damon Albarn disait au revoir à Keith Albarn, en juillet 2024. Il choisit alors de se rendre à Bénarès, capital spirituelle de l’Inde et disperse une partie de ses cendres dans le Gange offrant à la mort une toute autre vision. Cette vision va venir peupler et hanter un album hors-cases et puissant. Mais The Mountain n’est pas un album de deuil, ou pas uniquement. C’est une ode à l’existence, à la vie toute entière, ses sommets, crêtes, descentes.
Grande soupe atomique gorillaz
Et si nous étions un tout, façonné par notre imaginaire ? C’est le postulat de l’album qui vient puiser sa source dans le Gange pour mieux maximiser toutes les possibilités créatives. A mesure que les morceaux défilent, Gorillaz abandonne entièrement sa vision occidentale et se confronte au bouillon indien. Un rythme fou, une chaleur étouffante peuplent ce récit ainsi que le court-métrage qui lui est lié « The Mountain, The Moon Cave & The Sad God« . Ce récit en 2D, tout comme la galette qui lui répond sont la résultante d’un nouveau voyage des membre de la formation à travers l’Inde. C’est par la rencontre de musiciens locaux, de paysages et d’une autre façon de voir la vie que toute cette œuvre va prendre forme.
La vision occidentale, du moins d’un point de vue musical n’est pas entièrement absente de l’opus. On la retrouve par brides et à travers ses impressionnants et nombreux featurings. The God of Lying invite notamment les puissants Idles à revoir leur vision sombre du rock pour leur insuffler quelques brides de sonorités qui pourraient bien charmer les serpents. Souvent les refrains sont l’occasion de raccrocher quelques wagons avec le monde londonien dont est originaire Gorillaz. Le groupe va également puiser dans l’énergie des Beatles, le plus grand des groupes anglais, qui eux aussi avaient voyagé en Inde pour puiser de nouvelles sources de créativité. C’est sûrement leur aura dispersée qui vient à donner à l’opus ses facettes plus rock mais aussi leurs aspects plus tubesques. Puisque peut-on seulement aller en Inde en étant musiciens sans côtoyer les fantômes passés des fab 4 ? On retrouve également aux crédits l’immense Johnny Marr, autre figure emblématique anglaise et co-meneur de The Smiths, sur quatre titres. Dire que cette rencontre musicale est épique revient à diminuer la force de cette fête des divinités. De même la présence de Paul Simonon (The Clash) au générique de Casablanca avec Johnny Marr touche au rêve éveillé. Le titre lancinant à la production méticuleuse pourrait sans surprise être la création d’un Dieu aux bras multiples. C’est pourtant loin du Royaume-Unis que l’album voit le jour. Son lieu de naissance, du moins en terme d’inspiration n’est autre que Jaipur. Les sonorités viennent de la terre et de musiques folkloriques traditionnelles locales entendues dans les rues. C’est toujours un enjeux puissant que de reprendre pareil héritage, d’autant lorsque l’on a pas grandi avec, pour se l’approprier. Et pourtant, le formation réussi parfaitement son pari. The Mountain est un portail vers un nouveau monde musical, une vision transcendantale de la vie, un changement radical. Épopée brillante à vivre plusieurs fois pour mieux en déguster la substantifique moelle, il marquera à jamais les esprits de celles et ceux qui l’appréhendent. Damon Albarn, le créatif, l’indomptable, n’a de cesse de rappeler ses dons d’innovations et d’expérimentations musicales. The Sad God clôture notre voyage en une ritournelle à fleur de peau qui prend aux tripes. Les Dieux de la musique, plus humains qu’ils n’y paraissent, peuvent bien faire de leur tristesse des montagnes dans lesquelles ont trouve tous refuge.
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